Vue de Lamballe depuis la rivière : le pont de pierre à plusieurs arches, les maisons anciennes et, sur la colline, la silhouette gothique de la collégiale sous un ciel bleu dégagé.
Paranormal

À Lamballe, la collégiale n'a pas de fantôme : ses nuits appartiennent aux légendes

Aucun récit d'apparition ni mention d'un spectre n'a été retrouvé pour la collégiale Notre-Dame de Lamballe : ses nuits sont occupées par un folklore breton de fées bâtisseuses, de souterrain au trésor gardé par un démon et de statuette de la Vierge revenant sur son rocher.

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Dressée sur son éperon rocheux au-dessus de la vieille ville de Lamballe, dans les Côtes-d'Armor, Notre-Dame-de-Grande-Puissance n'a pas grand-chose d'une église ordinaire. Créneaux, meurtrières, casemate sous le choeur, caves, combles fermés, et cette porte basse percée au nord que personne ne se souvient d'avoir vue ouverte : l'édifice a des allures de forteresse mal convertie. Le décor idéal pour une histoire de revenant.

Vue de Lamballe depuis la rivière : le pont de pierre à plusieurs arches, les maisons anciennes et, sur la colline, la silhouette gothique de la collégiale sous un ciel bleu dégagé.
Vue de Lamballe depuis la rivière : le pont de pierre à plusieurs arches, les maisons anciennes et, sur la colline, la silhouette gothique de la collégiale sous un ciel bleu dégagé. - (source)

Le problème, c'est que l'histoire manque. Cherchez un "fantôme de la collégiale de Lamballe", et vous ne trouverez ni récit d'apparition constitué, ni mention d'un spectre dans les archives du chapitre. Ce que l'on trouve est plus ancien et plus étrange : des fées, un souterrain, un trésor gardé par un démon, et une Vierge qui revient la nuit. Autrement dit, la collégiale n'abrite pas un fantôme : elle abrite tout un folklore nocturne - et une architecture qui lui ressemble.

Un chapitre n'est pas un registre de spectres

En 1420, le duc Jean V fait démanteler le château de Lamballe, reconstruit puis fortifié par ses adversaires ; l'église Notre-Dame, elle, sort intacte du désastre, fortifications comprises. Le duc en prend possession et y installe, en 1437, un collège de six chanoines. L'église devient une collégiale.

Un chapitre de chanoines n'est pas une société de chasseurs de fantômes. C'est une institution : elle produit des statuts, des comptes, des fondations, des obituaires - la mémoire d'un culte et d'un patrimoine, pas un journal d'apparitions. Rien, dans ce que l'on peut consulter sur ce chapitre lamballais, n'évoque des revenants. Cela ne prouve évidemment pas que personne, dans la ville, n'a jamais raconté d'histoire de spectre. Simplement, aucune trace publique n'en subsiste, et l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence.

Une église pensée pour la guerre

L'édifice actuel est une accumulation. Les parties romanes des XIIe et XIIIe siècles - portails nord et ouest, nef, bras nord du transept - sont les plus anciennes ; la première trace écrite est la dédicace, vers 1202, par Geoffroy Hernon, évêque et seigneur de Saint-Brieuc. Le choeur et le bras sud du transept datent du XIVe siècle, en gothique rayonnant.

La collégiale Notre-Dame-de-Grande-Puissance à Lamballe-Armor : grand édifice en pierre à tour carrée, dominant les maisons, vue depuis un parterre de fleurs violettes floues.
La collégiale Notre-Dame-de-Grande-Puissance à Lamballe-Armor : grand édifice en pierre à tour carrée, dominant les maisons, vue depuis un parterre de fleurs violettes floues. - (source)

La guerre de Succession de Bretagne, à partir de 1341, change tout. Jeanne de Penthièvre et son époux Charles de Blois renforcent le château, et l'église y est intégrée. Son choeur devient un ouvrage défensif : tourelles, courtines crénelées au-dessus du chevet et du collatéral sud, casemate sous le choeur, escaliers pris dans l'épaisseur des murs. Les pèlerinages, jusque-là importants, sont interdits - on craint l'espionnage. "Pourquoi l'a-t-on fortifié alors qu'il y avait un château à côté ? C'est censé être un lieu de paix mais on y trouve des meurtrières", s'étonne Camille, guide bénévole, dans un reportage d'actu.fr publié en 2024.

Au tournant du XVe siècle, Marguerite de Clisson prend en charge l'entretien de Notre-Dame : collatéral sud reconstruit, jubé exécuté en 1414-1415, grande verrière du choeur installée - détruite au XIXe siècle. C'est aussi elle qui, après avoir tenté d'imposer ses fils sur le trône ducal et fait enlever Jean V, déclenche la riposte qui emporte le château. La suite est une longue série de malheurs : clocher foudroyé puis écroulé, reconstruit avec une flèche de plomb en 1459 ; clocher à nouveau endommagé à la fin du XVIIe siècle, remplacé par une terrasse ; Révolution qui détruit statues et orgue et transforme l'église en temple de la Raison ; nef déconstruite puis rebâtie, travaux achevés en 1857. L'édifice est classé au titre des monuments historiques depuis le 2 août 1848.

De cette histoire heurtée vient l'aspect "biscornu" du monument : la construction s'est arrêtée une vingtaine d'années pendant la guerre, si bien qu'un côté verse dans le gothique flamboyant quand l'autre non. De quoi nourrir bien des questions de visiteurs.

La porte condamnée, le souterrain et le trésor

C'est ici que la nuit entre en scène. Les recueils de folklore breton collectés au XIXe siècle - Paul Sébillot en rapporte au moins une variante - racontent que le choeur de Notre-Dame repose sur de belles caves, ouvertes au-dehors par une porte basse, au pied du mur nord. Interrogez les plus vieux habitants : ils vous répondront que cette porte, ils ne l'ont jamais vue s'ouvrir. C'est l'entrée d'un souterrain reliant Notre-Dame au château de La Hunaudaye, avec un embranchement jusqu'à la Caillibotière.

Le souterrain, disent-ils, a été creusé par les fées en même temps que le choeur. La preuve : les galeries conduisent à la "chambre à Margot", un comble du côté nord, juste au-dessus de la porte, où l'on voyait encore naguère sa quenouille pétrifiée. Là dorment les trésors de Margot, des monceaux de pièces, gardés par un "suppôt du diable". Quelques gouttes d'eau bénite suffiraient à rendre l'argent à l'église. Des prêtres ont essayé, une dernière fois il y a un siècle environ : ils sont descendus en procession, croix et bannière en tête, chacun un cierge bénit à la main, le recteur en étole avec son goupillon. Cent pas plus loin, une nuée de "guibettes" - une variété de moustiques - est venue se brûler dans les flammes en si grand nombre qu'elle a fini par éteindre tous les cierges. La procession eut grand-peine à ressortir. Depuis, la porte est condamnée et l'entrée interdite.

Les fées de la nuit et la Vierge têtue

La variante la plus connue fait de l'édifice entier une oeuvre nocturne. Les fées auraient bâti Notre-Dame et la tour de Cesson en une seule nuit ; Margot, attardée à chercher des pierres, arrive alors que ses soeurs donnent le dernier coup de truelle. Le tas de pierres amassé au tertre de Caliguet, en Trébry, serait sa dernière charge. Une autre version, citée par Sébillot, veut que les fées soient venues construire la "cathédrale" de Lamballe après avoir laissé inachevé un portrait de saint Jacques le Majeur à Saint-Alban, effrayées par Gargantua.

Et puis il y a la Vierge. On aurait aperçu, il y a longtemps, au milieu des ronces du rocher, sous une aubépine toujours fleurie, une statuette de la Vierge mère. Les Lamballais la portent à l'église paroissiale, puis dans leurs chapelles : chaque nuit, la statue revient invariablement sur son rocher. Le message est clair - elle veut une chapelle en ce lieu. On se décide à bâtir ; les travaux sont à peine commencés que les fées achèvent tout en une nuit, tour comprise.

Ces récits partagent un même ressort : la nuit est le moment où les choses se construisent, s'accumulent et refusent de bouger. Les fées bâtissent la nuit, la statue revient la nuit, le trésor attend la nuit, et même la tentative d'exorcisme est une procession nocturne. Aucun mort, pourtant, ne revient hanter les vivants. Le "fantôme" est un mot que l'on accroche après coup à ces motifs. Le trésor lui-même se compte en pièces de six francs : une monnaie des conteurs plus que des bâtisseurs, qui trahit une légende retravaillée longtemps après la pose des premières pierres.

Ce que les visites racontent aujourd'hui

La collégiale se visite. L'été, des bénévoles de l'association Sprev - Sauvegarde du patrimoine religieux en vie - encadrent des visites gratuites. En juillet 2024, c'est Camille, vingt ans, étudiante en histoire de l'art et archéologie, qui menait celle racontée par actu.fr. Ce qu'elle met en avant est éloquent : les vitraux les plus récents, posés entre 2002 et 2013, un chantier d'environ quatre millions d'euros ; un jubé polychrome peint au sang de boeuf, dont il resterait, assure-t-elle, cinquante exemplaires en France et vingt en Bretagne ; la voûte de bois restaurée grâce à l'argent personnel de Napoléon III, après une missive des Lamballais. Et, dans la cave, six fûts de chêne champenois descendus en décembre 2023, ainsi qu'un "passage secret" menant, selon la guide, vers la vieille ville - écho lointain du souterrain de la légende, même s'il ne faut pas confondre les deux.

Dans ce reportage, il n'est question ni d'apparition ni de revenant. Le mystère vendu aux curieux est architectural, pas spectral. Il en va de même des zones que l'édifice garde fermées : caves, combles, casemate, ces "recoins de la collégiale interdits au public" auxquels Le Télégramme consacrait un article en 2021.

Ce qui hante vraiment les lieux

Au fond, ce qui rend la collégiale de Lamballe "hantée", ce n'est pas un mort : c'est une forme. Une église crénelée greffée sur un château disparu, un choeur blindé, une casemate, des caves, une porte murée, des combles baptisés chambre à Margot. Il n'en faut pas plus pour que l'imaginaire s'accroche - et la Bretagne a de longue date ses figures de la nuit, comme les lavandières des lavoirs, qui n'ont jamais eu besoin d'archives pour circuler de veillée en veillée.

D'autres légendes locales, elles, finissent par se dissoudre dès qu'on tente de les localiser. Celle de Lamballe tient mieux, parce qu'elle a un décor : elle est née de la pierre. Le fantôme que l'on vient chercher n'a laissé aucune trace vérifiable. Ce qui reste, bien vivant, c'est un fonds folklorique breton et une église fortifiée qui, décidément, inspire toutes les histoires, sauf celle qu'on lui prête le plus souvent.

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Questions fréquentes

La collégiale de Lamballe est-elle hantée par un fantôme ?

Aucun récit d'apparition constitué ni aucune mention d'un spectre n'a été retrouvé dans ce que l'on peut consulter du chapitre de Lamballe. Les traditions nocturnes rattachées à l'édifice relèvent d'un folklore breton plus ancien : fées bâtisseuses, souterrain au trésor gardé par un "suppôt du diable", statuette de la Vierge revenant chaque nuit sur son rocher. Cette absence de trace ne prouve pas que personne n'a jamais raconté d'histoire de spectre dans la ville.

Pourquoi la collégiale Notre-Dame de Lamballe a-t-elle été fortifiée ?

La guerre de Succession de Bretagne, à partir de 1341, a conduit Jeanne de Penthièvre et Charles de Blois à renforcer le château de Lamballe, auquel l'église fut intégrée. Son choeur devient alors un ouvrage défensif : tourelles, courtines crénelées au-dessus du chevet et du collatéral sud, casemate sous le choeur, escaliers pris dans l'épaisseur des murs. Les pèlerinages, jusque-là importants, sont interdits par crainte de l'espionnage.

Que raconte la légende du souterrain et du trésor de la collégiale de Lamballe ?

Selon les recueils de folklore breton collectés au XIXe siècle, dont Paul Sébillot rapporte au moins une variante, une porte basse au pied du mur nord du choeur, que les plus vieux habitants n'ont jamais vue s'ouvrir, donne accès à un souterrain reliant Notre-Dame au château de La Hunaudaye, avec un embranchement jusqu'à la Caillibotière. Le souterrain aurait été creusé par les fées ; il mène aux galeries du choeur et à la "chambre à Margot", où se trouvait naguère sa quenouille pétrifiée, et abriterait les trésors de Margot, gardés par un "suppôt du diable". Des prêtres auraient tenté de les récupérer en procession, avec croix, bannière et cierges bénis : une nuée de "guibettes" aurait éteint les cierges avant cent pas, et la porte fut depuis condamnée.

Que disent les légendes sur la construction nocturne de l'église et sur la Vierge ?

La variante la plus connue fait de l'édifice entier une oeuvre nocturne : les fées auraient bâti Notre-Dame et la tour de Cesson en une seule nuit, Margot arrivant avec sa dernière charge de pierres alors que ses soeurs donnaient le dernier coup de truelle - le tas de pierres du tertre de Caliguet, en Trébry, serait cette dernière charge. Une autre version, citée par Sébillot, veut que les fées soient venues construire la "cathédrale" de Lamballe après avoir laissé inachevé un portrait de saint Jacques le Majeur à Saint-Alban, effrayées par Gargantua. Une statuette de la Vierge découverte dans les ronces du rocher revenait, dit-on, chaque nuit à son emplacement, jusqu'à ce qu'une chapelle soit construite en ce lieu.

Peut-on visiter la collégiale de Lamballe ?

La collégiale se visite : en été, des bénévoles de l'association Sprev - Sauvegarde du patrimoine religieux en vie - encadrent des visites gratuites. En juillet 2024, c'est Camille, étudiante en histoire de l'art et archéologie, qui menait la visite racontée par actu.fr ; ce reportage ne mentionne ni apparition ni revenant. Certaines zones restent fermées au public, comme les caves, les combles et la casemate.

Sources

  1. [PDF] Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie · academiesavoie.org
  2. Passage secret, Napoléon III : cette église des Côtes-d'Armor est extraordinaire · actu.fr
  3. Histoire de Lamballe par le chanoine Dutemple Table des matières · alp22400.net
  4. lamballe 1 - photos patrimoine histoire - bretagneweb.com · bretagneweb.com
  5. Excursions - Budé-Orléans-index · bude-orleans.org
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Léa Talbot @shadow-hunter

Le paranormal me fascine depuis l'enfance, quand ma grand-mère me racontait ses histoires de revenants bretons. Aujourd'hui journaliste pigiste à Brest, j'aborde l'inexplicable avec un mélange de curiosité et d'esprit critique. Je présente les faits, les témoignages, les théories – sans trancher. À toi de te faire ton avis. Je crois qu'il y a des choses qu'on ne comprend pas encore. Pas forcément des fantômes, mais... quelque chose.

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