Publié le 3 août 2018, Swimming mêle rap introspectif, funk et soul dans un album qui préfère l'incertitude aux grandes conclusions. Mac Miller y cherche moins une sortie de crise qu'une façon de garder la tête hors de l'eau.

Dès Come Back to Earth, le morceau d'ouverture, l'image est posée : "I was drowning, now I'm swimming" - "Je me noyais, maintenant je nage". La phrase, relevée par le Guardian, résume l'élan du disque, mais pas une victoire définitive. Dans sa recension, Meaghan Garvey décrit plutôt un parcours de treize titres vers l'acceptation de soi, sans triomphe final.
Cette réserve compte. Après la sortie de l'album, la mort de Miller, le 7 septembre 2018, a rendu ses paroles plus difficiles à entendre sans y chercher des signes avant-coureurs. Mais Swimming est paru de son vivant, et sa tonalité ne suffit pas à en faire un adieu prophétique. Le disque laisse coexister la fragilité, l'espoir et le doute ; il ne livre pas la clé d'une tragédie.
Du rap au funk, sans étiquette trop étroite
Parler de jazz-rap pour résumer Swimming serait réducteur. Le rap reste au centre, mais il se glisse dans des arrangements qui empruntent aussi au funk et à la néo-soul. Des cordes et des nappes de synthétiseur donnent de l'espace à Come Back to Earth ; Wings ralentit le tempo autour d'une couleur soul, tandis que What's the Use? avance sur un groove souple. Sur Ladders, les cuivres font monter l'énergie jusqu'à un refrain plus éclatant.
Ces arrangements ne servent pas seulement à rendre l'album chaleureux. Ils créent un contraste avec des textes tournés vers le doute et l'effort quotidien. Sur Self Care, par exemple, une production aérienne et un changement de rythme font affleurer une éclaircie sans effacer la fatigue du morceau. La musique s'ouvre ; le malaise, lui, ne disparaît pas d'un coup.
Le Guardian entend dans ces choix un disque patient, à l'image de son propos. Sur So It Goes, le morceau de clôture, des guitares discrètes et un synthétiseur enveloppant précèdent un mur de son qui engloutit Miller : pas de résolution spectaculaire, plutôt un relâchement. L'album avance par nuances, comme si l'équilibre se gagnait morceau après morceau.
Une maturité réelle, mais pas une oeuvre sans failles
Cette retenue distingue Swimming de la promesse d'un récit de guérison parfaitement construit. Elle peut aussi en être la limite. Une autre critique du Guardian juge que plusieurs morceaux se fondent dans une brume funk agréable, mais peu mémorable. L'album paraît plus mûr et plus maîtrisé, sans que chaque titre s'impose avec la même force.
Cette réserve empêche aussi de transformer chaque détail en annonce de la mort de Miller. La force du disque tient moins à une prétendue prescience qu'à sa façon de rester ouvert : il donne à entendre l'effort, sans en garantir l'issue.