En février 2006, un premier album paraît sans fracas sur un label indépendant, Fargo : L'Autre Bout du monde. Son autrice, Emily Loizeau, y déploie un piano, deux langues et une manière très personnelle de passer de l'une à l'autre. Vingt ans plus tard, elle annonce deux temps de scène : une célébration au Théâtre de la Ville, à Paris, avec son groupe et ses amis, puis une tournée annoncée pour l'automne 2026, avec son piano pour unique accompagnement.

Une enfance entre deux langues
Née à Neuilly-sur-Seine le 7 février 1975, Emily Loizeau est franco-britannique. Son père est français, sa mère anglaise. Elle est la petite-fille de la comédienne Peggy Ashcroft et la soeur de la journaliste Manon Loizeau. Peggy Ashcroft a reçu un Oscar pour La Route des Indes. Cette double ascendance éclaire son répertoire : elle écrit et chante en français comme en anglais, sans qu'aucune des deux langues ne prenne le dessus sur l'autre.
Elle commence le piano à cinq ans et suit de longues années d'études classiques avant de consacrer trois ans au théâtre. Un disque de six titres autoproduit, La Folie en tête, précède l'album qui va vraiment la faire connaître.
Des chansons bâties avec d'autres
Le succès de L'Autre Bout du monde entraîne une tournée de près de deux ans et d'environ 200 concerts, jusqu'au Grand Rex en novembre 2007. À ses côtés, la batterie de Cyril Avèque et le violoncelle d'Olivier Koundouno donnent déjà au piano une compagnie. Les duos avec Andrew Bird ou Franck Monnet prolongent ce goût du dialogue.
Avec Pays Sauvage, elle élargit encore le cercle : Danyèl Waro, Moriarty et Thomas Fersen participent au disque. Le Prix Constantin, reçu en novembre 2009, puis l'Olympia marquent cette étape. Cette carrière ne se construit donc pas seulement autour d'une chanteuse assise à son clavier, mais aussi dans la rencontre avec d'autres voix.
Mothers and tygers paraît en 2012. Au Centquatre-Paris, où elle est artiste associée depuis 2014, elle explore aussi le théâtre musical avec Mona, devenu un album en 2016. Ce détour compte dans le retour annoncé au piano : dépouiller l'accompagnement ne signifie pas effacer les formes que les chansons ont traversées.

L'engagement écologiste comme fil rouge
Le parcours d'Emily Loizeau ne se lit pas seulement en albums. En 2019, elle publie le titre Viens avec moi mon vieux pays pour soutenir le mouvement Nous voulons des coquelicots, qui réclame l'interdiction des pesticides. Cette fibre traverse aussi son écriture la plus récente : la salle Le Grand R présente La Souterraine, annoncé comme son dernier album, un disque où elle "donne corps en chansons à une révolte douce, pleine de poésie et de liberté" - une formule qui appartient à la fiche de la salle, pas à l'artiste.
Un retour au piano seul
L'album Icare paraît en 2021 ; son site personnel évoque ensuite "une tournée triomphale qui aura duré près de 2 ans", sans qu'une source indépendante en précise la durée. En septembre 2024, elle revient avec La Souterraine. C'est donc un répertoire de six albums que la chanteuse entend revisiter seule sur scène. Dans l'annonce relayée par Grand Poitiers, elle explique : "je prendrai la route toute seule avec mon piano tout nu et un peu ovni". Cette tournée est annoncée pour l'automne 2026, après les concerts de La Souterraine et la célébration de l'anniversaire au Théâtre de la Ville.
Ce retour au piano seul referme une boucle ouverte vingt ans plus tôt : un répertoire construit sur des arrangements, des duos et des choeurs se retrouve ramené à une voix et un instrument. Pour une oeuvre qui doit beaucoup à la couleur des cordes et aux timbres collectifs, l'exercice met à nu l'essentiel - la mélodie, le texte, la manière de tenir une salle sans filet. Dépouiller le son, ici, revient à rendre plus audible ce qui se dit : l'intime et l'engagement ont toujours cohabité dans ses chansons.