Le 19 juin 2026, le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Volodymyr Zelensky l’ordre de l’Aigle blanc. Cette décoration, la plus haute distinction polonaise, avait été conférée au président ukrainien en 2023 par Andrzej Duda. Le retrait sanctionne le baptême, le 29 mai 2026, d’une unité des forces spéciales ukrainiennes au nom de « Héros de l’UPA ».

L’UPA est l’Armée insurrectionnelle ukrainienne. Varsovie l’accuse d’avoir massacré des civils polonais en Volhynie pendant la Seconde Guerre mondiale. Les sources vérifiées ne citent pas d’explication officielle ukrainienne du choix de ce nom.
Le baptême de l’unité et la rupture polonaise
Le 29 mai 2026, le centre spécial d’opérations nord des forces spéciales ukrainiennes a reçu le nom « Héros de l’UPA » sur décision de Zelensky. Les autorités polonaises ont condamné immédiatement. Nawrocki s’était dit « indigné » et avait proposé le retrait de la distinction dès la fin mai.
Le 19 juin, il a signé le retrait. Dans une adresse vidéo, le président polonais a qualifié la décision ukrainienne d’« outrageante, incompréhensible et profondément décevante ». Il a ajouté que cette glorification de l’UPA « nuit à la confiance » et a lié le dossier à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE : « Pour ceux qui ne comprennent pas cela, il ne peut y avoir de place dans l’Union européenne. » Nawrocki a toutefois souligné que la querelle ne remettait pas en cause le soutien de la Pologne à l’Ukraine contre la Russie.

Kiev a riposté. Le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha a dénoncé une « erreur stratégique » et une décision « irrespectueuse ». Zelensky a renvoyé l’ordre le 20 juin. Plusieurs hauts responsables et anciens présidents ukrainiens ont rendu leurs décorations polonaises : le chef de cabinet Kyrylo Budanov, l’ambassadeur Vasyl Bodnar, et les ex-présidents Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko. La crise symbolise la fracture ouverte dans l’alliance, comme le montre cet article sur les médailles rendues et les divisions bilatérales (Pologne-Ukraine : médailles rendues et divisions SS fissurent l’alliance).
Volhynie 1943-1945 : le massacre et les mémoires opposées
La sanction polonaise s’enracine dans un chapitre sanglant. Entre 1943 et 1945, l’UPA a mené une campagne meurtrière contre les civils polonais en Volhynie et en Galicie orientale. L’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) évalue à environ 100 000 le nombre de morts polonais, et à 10 000-12 000 les victimes ukrainiennes de représailles. La Pologne qualifie ces faits de génocide ; l’Ukraine rejette ce terme.
En Ukraine, l’UPA est largement commémorée comme un mouvement de résistance pour l’indépendance, opposé à l’Armée rouge, à l’Allemagne nazie et aux autorités polonaises. Son drapeau rouge et noir est utilisé par les troupes ukrainiennes au front. En Pologne, elle reste associée au massacre de Volhynie. Ce décalage explique pourquoi un même nom cristallise l’honneur pour les uns et l’outrage pour les autres. Le passé continue d’empoisonner la relation, comme le détaille ce retour sur Volhynie 1943 (Volhynie 1943 : pourquoi le passé empoisonne l’alliance Pologne-Ukraine).
Le 11 juillet 2026, lors de la commémoration annuelle du massacre, le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé la création d’un mémorial national aux victimes de ce qu’il appelle le « génocide commis par les nationalistes ukrainiens ». Il a affirmé que la vérité était « un devoir envers les victimes » et a exhorté l’Ukraine à « embrasser cette vérité » pour rejoindre l’UE.
L’adhésion à l’UE conditionnée par la mémoire
Le différend dépasse la mémoire : il touche le chemin européen de Kiev. Le 8 juillet 2026, une large majorité du Parlement européen a adopté un amendement, déposé par le député polonais Andrzej Halicki et l’Allemand Michael Gahler, dans un rapport sur la voie d’adhésion de l’Ukraine. Le texte exprime des regrets pour « le récent regain de tensions inutiles et non provoquées » et pour « le mépris des sensibilités polonaises », tout en réitérant le soutien à l’Ukraine et l’objectif d’adhésion.
Côté polonais, l’opinion publique se détourne. Un sondage cité indique que 60 % des Polonais seraient opposés à un soutien à la candidature ukrainienne. Nawrocki comme Tusk lient l’adhésion à un travail de vérité historique. La Pologne, pourtant alliée majeure de Kiev depuis l’invasion russe, conditionne donc une partie de son appui politique à la reconnaissance des crimes de l’UPA.

Un contentieux récurrent et les premiers gestes d’apaisement
La crise actuelle répète un schéma connu. En septembre 2023, les relations polono-ukrainiennes avaient déjà atteint leur nadir : embargo polonais sur les céréales ukrainiennes, critique de Zelensky à l’ONU envers « certains » pays, suspension des livraisons d’armes par Varsovie. Chaque fois, le contentieux commercial ou mémoriel a fait vaciller l’alliance.
Le 17 juillet 2026, Zelensky a présenté un plan de mesures pour reconstruire la confiance. Il a annoncé l’ouverture des archives du Service de sécurité d’Ukraine et du renseignement extérieur sur les événements de Volhynie au XXe siècle. Il a accordé de nouvelles autorisations d’exhumations menées en coopération avec la Pologne, et élargi l’Institut ukrainien de la mémoire nationale. Donald Tusk a salué ces annonces.