Volodymyr Zelenskyy a qualifié le retour des hommes ukrainiens en âge d'être mobilisés vivant à l'étranger de « question d'équité ». Lors d'une conférence de presse le 14 avril 2026 avec le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien a reconnu que beaucoup de ces hommes avaient quitté l'Ukraine « en violation de la loi ukrainienne » et a affirmé que le fardeau de la défense doit être partagé par tout citoyen en capacité de servir.

Pourquoi Zelenskyy parle d'équité
Le président justifie sa position par le déficit de main-d'œuvre militaire. En décembre 2023, il avait évoqué un besoin de 450 000 à 500 000 soldats supplémentaires pour l'armée ukrainienne. En 2025, plusieurs unités du front opéraient à environ 30 % de leurs effectifs prévus, selon les données disponibles. Zelenskyy a déclaré que les soldats au front ont des familles et défendent l'État, et que cette responsabilité doit incomber à chaque citoyen capable de le faire. Il présente le retour comme un devoir constitutionnel et une exigence de justice envers ceux qui combattent.
Le ministre des Affaires étrangères Dmytro Kouleba avait déjà, en avril 2024, ordonné des « mesures pour rétablir l'équité entre les hommes en âge d'être mobilisés en Ukraine et ceux à l'étranger ».

Les mesures de Kiev et de l'UE pour inciter au retour
Kiev a d'abord agi par ses propres services. Le 23 avril 2024, Kouleba a annoncé la suspension des services consulaires pour les hommes ukrainiens de 18 à 60 ans résidant à l'étranger, ne maintenant que la délivrance de cartes d'identité permettant de rentrer en Ukraine. Sur X, il avait écrit : « Le fait de séjourner à l'étranger ne dispense pas un citoyen de ses devoirs envers sa patrie. »
La loi ukrainienne de mobilisation n° 3633-IX, entrée en vigueur le 18 mai 2024, impose aux hommes aptes au service (18-60 ans) de mettre à jour leur registre militaire. La loi martiale interdit la plupart des hommes de 23 ans et plus de quitter le pays, sauf exemptions prévues pour les personnes handicapées inaptes, les pères de trois enfants ou plus, et les aidants à temps plein.

L'Union européenne a répondu aux demandes de Kiev. Le 15 juillet 2026, les ambassadeurs des 27 ont convenu de prolonger la protection temporaire pour les réfugiés ukrainiens jusqu'au 4 mars 2028, tout en excluant les hommes de 23 à 60 ans. À partir de mars 2027, seuls ceux ayant rempli leurs obligations militaires en Ukraine obtiendront ce statut. Le commissaire européen Magnus Brunner a indiqué que c'était une réponse aux demandes de l'Ukraine. Les personnes déjà bénéficiaires ne sont pas concernées par le changement.
Le Danemark, qui ne participe pas au dispositif européen de protection temporaire, a mis en place un système analogue et propose lui aussi d'exclure les hommes de 23 à 60 ans de sa propre protection (Le Danemark propose d'exclure les hommes ukrainiens de 23 à 60 ans de sa protection temporaire).
Selon l'UNHCR, plus de 5,2 millions de réfugiés ukrainiens étaient enregistrés en Europe au 30 avril 2026. Ils sont surtout en Allemagne (plus de 1,2 million), en Pologne (986 950) et en République tchèque (384 000). La France accueille un peu plus de 76 000 réfugiés ukrainiens sous statut d'asile ou de protection temporaire. Ces chiffres représentent environ 12 % de la population ukrainienne d'avant-guerre, estimée à près de 43 millions, même si la réalité derrière ce dernier chiffre est discutée (La population ukrainienne : quelle est la réalité derrière le chiffre de 22 à 25 millions ?).
Critiques et incertitudes sur l'impact
Plusieurs voix ukrainiennes ont contesté l'efficacité des mesures. Sergiy Petukhov, ancien vice-ministre de la Justice, a estimé que la suspension consulaire de 2024 ne contraindrait aucun homme parti à l'étranger à revenir combattre. Oleksandr Pavlitchenko, de l'ONG Union de Helsinki, a qualifié la décision d'« abus de pouvoir » nuisant à la réputation du pays. Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, a publié le 26 juin 2026 des observations mettant en garde contre une réduction prématurée de la protection des déplacés ukrainiens, soulignant que la situation en Ukraine ne remplit pas les conditions d'un retour sûr et digne.
Des estimations de médias évoquent des dizaines de milliers d'hommes ayant fui illégalement l'Ukraine pour éviter la mobilisation. Frontex a compté plus de 10 000 franchissements irréguliers de la frontière en 2025 et près de 1 000 en 2026. Les hommes adultes représentent 26,6 % des réfugiés ukrainiens en Europe, mais aucune donnée ne permet de savoir quelle proportion est en âge de servir ou est arrivée de manière irrégulière.
La position détaillée de la France sur l'exclusion des hommes en âge de combattre n'a pas pu être isolée au-delà du cadre général de l'UE, où la décision faisait consensus selon Le Monde. La proportion exacte d'hommes ukrainiens en âge de servir parmi les réfugiés en France reste inconnue, la page statistique du ministère de l'Intérieur n'ayant pas fourni de ventilation par âge militaire.