En pleine guerre à grande échelle, l'Ukraine affirme avoir tiré deux fusées vers l'espace, à plus de 100 kilomètres puis à 204 kilomètres d'altitude. Ni le vecteur, ni les dates, ni les lieux n'ont été divulgués, et rien ne permet à ce stade de trancher entre des vols suborbitaux et une mise en orbite. Les performances annoncées n'ont fait l'objet d'aucune vérification indépendante.

Selon des déclarations de Fedir Venislavskyi dans un entretien accordé à RBC-Ukraine, il ne s'agissait pas d'essais scientifiques. Les deux tirs sont présentés comme des missions de combat menées sous la direction de l'ancien chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Budanov, et d'autres responsables du GUR, avec des objectifs purement militaires. Les deux lancements auraient été enregistrés par des moyens techniques.
Des missions revendiquées à vocation militaire dans l'espace
L'argument est direct : démontrer que l'Ukraine peut atteindre des moyens adverses qui opèrent dans l'espace. Venislavskyi affirme que l'unité concernée a obtenu à la fois des résultats techniques inédits et des objectifs militaires.
La formulation reste volontairement floue. Elle exprime une intention - se doter d'une capacité d'action au-delà de l'atmosphère - sans décrire la charge utile, la trajectoire exacte ou la nature de la cible visée. C'est la limite centrale du dossier : les éléments disponibles établissent ce qui est revendiqué et sa présentation militaire, pas la réalité opérationnelle.
Un tir depuis un avion présenté comme une première européenne
Le second point mis en avant concerne le mode de lancement. Le même groupe de travail du GUR aurait réalisé ce qui est décrit comme une première pour le continent européen : le lancement d'un porteur depuis un avion de transport volant à environ 8 000 mètres d'altitude.
Toujours sans confirmation indépendante, le choix du procédé compte sur le plan opérationnel : tirer depuis un avion évite un pas de tir fixe, vulnérable aux frappes, et offre une mobilité précieuse pour un pays en guerre.
Dnipro et le projet Orbit Boy en arrière-plan
Ces annonces s'inscrivent dans l'histoire spatiale de Dnipro, avec Yuzhmash et Yuzhnoye, concepteurs et fabricants de lanceurs, de moteurs et de satellites depuis les années 1950, sous l'autorité de l'Agence spatiale d'État ukrainienne. Cet ensemble a notamment fourni le moteur de l'étage supérieur de Vega et porte l'héritage des familles Zenit et Tsyklon.
Les récentes informations sur un système ukrainien de lancement aéroporté sont rapprochées du projet privé Orbit Boy, une initiative lancée avant l'invasion à grande échelle. Selon les éléments disponibles, un moteur d'étage supérieur à propergol solide aurait été testé en 2021, suivi de l'achèvement d'une plateforme de lancement en 2023. Le 29 octobre 2025, l'entreprise a confirmé une étape clé : le largage d'une maquette de la fusée depuis environ 5 000 mètres.
Le lien direct entre Orbit Boy et les tirs militaires revendiqués n'est pas démontré. Cela éclaire toutefois une continuité : un savoir-faire ancien, une tentative privée de relancer un accès à l'espace à bas coût, puis une adaptation militaire en temps de guerre.
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Intercepter l'Oreshnik, créer des Forces spatiales : l'ambition face aux doutes
Venislavskyi lie explicitement ces essais à la menace du missile balistique russe Oreshnik. Selon lui, le plus efficace serait d'intercepter le missile avant la séparation des têtes dans l'espace : il est plus simple de détruire une cible unique que six têtes déjà séparées, manoeuvrant à vitesse hypersonique dans des directions différentes. La défense aérienne actuelle, limitée à 30 à 40 kilomètres, ne le permettrait pas.
L'expert militaire ukrainien Oleksiy Hetman exprime un doute frontal : il juge peu crédible une interception à 200 kilomètres d'altitude, qui exigerait des moyens superpuissants. Le fossé demeure entre l'objectif affiché d'interception cinétique dans l'espace et les capacités démontrées publiquement.
Même tension autour du projet de Forces spatiales ukrainiennes. Le cadre législatif serait déjà préparé, avec un déploiement complet en trois à cinq ans. L'objectif inclut une constellation nationale de satellites et des capacités indépendantes de communications et de renseignement, un enjeu vital pour une armée qui dépend aujourd'hui largement de moyens extérieurs.
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Mais Venislavskyi lui-même reconnaît que le financement reste contraint par l'effort de guerre. Pour les ateliers de Dnipro comme pour les soldats au front, la question est concrète : comment financer l'espace quand l'urgence est aux obus, aux drones et à la protection des villes ?