Graphique montrant la chute des indices boursiers mondiaux depuis l'investiture de Trump.
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Tarifs douaniers Trump : pourquoi les bourses mondiales tremblent

Entre décisions de justice invalidant ses tarifs et nouvelles taxes annoncées dans l'urgence, Donald Trump plonge les marchés dans le chaos. Les bourses européennes tremblent, pendant que les entreprises françaises et le pouvoir d'achat des...

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Les places financières du monde entier viennent de subir une nouvelle secousse. En cause : les décisions chaotiques de Donald Trump en matière de droits de douane, qui maintiennent les marchés dans un climat d'incertitude permanente. Ce week-end, le président américain a annoncé une hausse des tarifs mondiaux de 10% à 15%, seulement un jour après que la Cour suprême des États-Unis eut invalidé une grande partie de sa politique commerciale précédente. Pour les investisseurs comme pour les entreprises européennes, ce va-et-vient permanent rend toute planification quasi impossible. Mais au-delà des soubresauts boursiers, ce sont des millions de consommateurs et de travailleurs qui pourraient subir les conséquences de cette guerre commerciale sans précédent. 

Graphique montrant la chute des indices boursiers mondiaux depuis l'investiture de Trump.
Graphique montrant la chute des indices boursiers mondiaux depuis l'investiture de Trump. — (source)

Le clash entre Trump et la Cour suprême

Une décision historique qui change la donne

Vendredi 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu un arrêt majeur qui a fait l'effet d'une bombe dans les cercles économiques. Les neuf juges ont estimé que Donald Trump avait excédé ses pouvoirs en invoquant la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d'urgence internationale (IEEPA) pour imposer des tarifs réciproques sur les importations. Cette décision signifie concrètement que les droits de douane appliqués depuis avril 2025 étaient en grande partie illégaux, car le président ne pouvait pas imposer seul de telles taxes à l'importation sans l'approbation du Congrès.

Les conséquences sont immédiates et considérables. Le Budget Lab de l'Université de Yale estime que les entreprises vont pouvoir réclamer le remboursement des tarifs indûment payés en 2025, ce qui représente des milliards de dollars. Le Trésor américain devra rendre une partie considérable des 264 milliards de dollars collectés l'année dernière au titre des droits de douane, contre seulement 79 milliards en 2024. Ce revirement juridique crée également une situation inédite où la politique commerciale américaine se trouve suspendue entre plusieurs interprétations légales concurrentes. 

Donald Trump en costume bleu et cravate rayée rouge pointant vers l'avant sur une scène.
Donald Trump en costume bleu et cravate rayée rouge pointant vers l'avant sur une scène. — (source)

La réaction de Donald Trump ne s'est pas fait attendre. Sur Truth Social, le président a violemment attaqué la Cour suprême, qualifiant ses juges d'« incompétents » et affirmant qu'ils avaient « accidentellement et sans le vouloir » étendu ses pouvoirs présidentiels sur les tarifs. Cette sortie a alimenté l'inquiétude des marchés sur la stabilité institutionnelle américaine et le respect des contre-pouvoirs.

La riposte immédiate de la Maison Blanche

Dès le lendemain de la décision de la Cour suprême, Donald Trump a contre-attaqué avec un nouveau décret présidentiel. Samedi 22 février, il a annoncé le remplacement des droits annulés par de nouvelles surtaxes de 10% sur toutes les importations mondiales, basées cette fois sur les sections 122 et 232 du Trade Act de 1974. Puis, dans un nouveau revirement qui a ajouté à la confusion générale, il a fait passer ces tarifs à 15% « avec effet immédiat ».

Le problème pour l'administration américaine est que ce mécanisme légal alternatif est beaucoup plus limité que celui de l'IEEPA. Les tarifs imposés en vertu de la section 122 du Trade Act sont automatiquement limités à une durée de 150 jours sans approbation du Congrès. Au-delà de cette période, le pouvoir législatif doit valider leur maintien, ce qui n'est pas garanti compte tenu de la composition actuelle du Congrès. Selon les estimations de la Tax Foundation, le taux effectif moyen des tarifs passerait ainsi de 13,8% avant la décision de la Cour suprême à 12,1% pendant la période de 150 jours, puis à 6,7% après l'expiration des tarifs de la section 122. 

Graphique d'actualité de Trump au pupitre avec le sceau présidentiel et un titre sur la guerre commerciale.
Graphique d'actualité de Trump au pupitre avec le sceau présidentiel et un titre sur la guerre commerciale. — (source)

Cette instabilité juridique permanente est devenue le nouveau normale selon Kevin Warsh : l'homme que Trump a choisi pour diriger la Fed, dont la nomination prochaine à la tête de la Réserve fédérale américaine inquiète également les marchés. Comme l'a déclaré Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international : « L'incertitude est le nouveau normale et elle est là pour rester ».

Les Bourses européennes sous le choc

Une ouverture en forte baisse

L'annonce de la hausse des tarifs de 10% à 15% a immédiatement provoqué une onde de choc sur les marchés financiers européens. Dès l'ouverture des séances de ce lundi 23 février, les principales places boursières du Vieux Continent ont affiché des chiffres rouges. Paris a ouvert en baisse de 0,21%, Francfort a chuté de 0,58%, Londres a reculé de 0,18% et Milan a fléchi de 0,01%. Ces mouvements peuvent sembler modestes en apparence, mais ils s'inscrivent dans une tendance de fond beaucoup plus préoccupante pour les investisseurs. 

Graphique boursier avec chandeliers et moyennes mobiles sur fond de skyline urbaine au coucher du soleil.
Graphique boursier avec chandeliers et moyennes mobiles sur fond de skyline urbaine au coucher du soleil. — (source)

Le dollar américain s'est également effondré face aux principales devises mondiales après la décision de la Cour suprême, perdant plus de 1% face à l'euro et au yen japonais. Cette dépréciation reflète l'inquiétude des investisseurs internationaux sur la stabilité économique des États-Unis et la crédibilité de leur politique commerciale. Le dollar étant la monnaie de réserve mondiale, ses fluctuations affectent l'ensemble des échanges internationaux et des prix des matières premières libellés en dollars.

Les secteurs les plus exposés aux exportations vers les États-Unis ont subi les pertes les plus importantes. En Allemagne, les constructeurs automobiles comme Volkswagen et BMW ont vu leurs actions chuter de plus de 2% en raison de leur dépendance au marché américain. En France, les groupes du luxe et de l'aéronautique ont également été pénalisés par les craintes de représailles commerciales américaines.

Pourquoi les décisions américaines touchent l'Europe

La connexion entre les politiques américaines et les marchés européens peut sembler obscure pour le citoyen lambda, mais elle repose sur des mécanismes économiques bien réels. Les États-Unis représentent le premier partenaire commercial de l'Union européenne en dehors de la zone euro, avec des échanges dépassant 800 milliards d'euros par an. Tout changement dans la politique commerciale américaine a donc des répercussions immédiates sur les entreprises européennes qui exportent outre-Atlantique. 

Carte mondiale montrant les déficits commerciaux américains et les droits de douane par pays.
Carte mondiale montrant les déficits commerciaux américains et les droits de douane par pays. — (source)

L'interdépendance des marchés financiers amplifie également cet effet de contagion. Les investisseurs institutionnels gèrent des portefeuilles mondialisés et réagissent aux mêmes signaux économiques, qu'ils soient basés à New York, Londres, Francfort ou Tokyo. Quand les perspectives de croissance américaine se dégradent en raison de tensions commerciales, les investisseurs réduisent leur exposition aux actions dans le monde entier, y compris en Europe.

Comme l'a souligné Donald Trump : parcours politique et retour à la Maison Blanche, le président américain a fait des tarifs douaniers l'un des piliers de sa politique économique depuis son retour au pouvoir. Cette approche unilatérale bouleverse les règles du commerce international établies après la Seconde Guerre mondiale et crée un climat d'incertitude permanente qui pénalise l'investissement et la croissance.

Les entreprises françaises en première ligne

Les secteurs les plus vulnérables

La France est relativement moins exposée que certains de ses voisins européens aux exportations vers les États-Unis, mais plusieurs secteurs d'excellence française restent particulièrement vulnérables. En 2023, un peu plus de 7% des exportations françaises étaient destinées aux États-Unis, contre 10% en Allemagne et 11% en Italie. Le poids des exportations vers les États-Unis dans le PIB français est de moins de 2%, ce qui limite l'impact macroéconomique global, mais les conséquences sectorielles peuvent être significatives.

L'aéronautique constitue le secteur le plus exposé de l'économie française. Avec 14% de leurs exportations destinées aux États-Unis et 85% de leur chiffre d'affaires réalisé à l'international, les constructeurs aéronautiques français comme Airbus sont en première ligne. Les droits de douane américains sur les avions et les pièces détachées pourraient augmenter considérablement le coût des appareils vendus aux compagnies aériennes américaines, ce qui affecterait la compétitivité de l'industrie européenne face à son rival américain Boeing.

L'industrie du luxe et des boissons représente un autre point sensible. Avec 19% de leurs exportations vers les États-Unis, les producteurs de vins et spiritueux français ont déjà subi plusieurs mois d'incertitude tarifaire en 2025. Les maisons de cognac, en particulier, dépendent fortement du marché américain pour leurs ventes. Les fabricants de maroquinerie et de parfums sont également concernés par cette exposition au marché américain. Pour comprendre les difficultés structurelles supplémentaires qui touchent ce secteur, il est utile de consulter notre article sur Vin français : pourquoi Macron veut raser 30 000 hectares de vignes

Conteneurs maritimes empilés dans le port de Belfast en Irlande du Nord.
Conteneurs maritimes empilés dans le port de Belfast en Irlande du Nord. — (source)

Le sort des 2000 entreprises très exposées

Selon les données compilées par Bpifrance et Le Figaro, environ 2000 entreprises françaises réalisent la moitié des exportations vers les États-Unis et sont exposées pour 10% ou plus de leur chiffre d'affaires au marché américain. Ces entreprises subiraient la moitié du choc des droits de douane additionnels en cas de nouvelle escalade commerciale. Elles réalisent les trois quarts des exportations françaises de matériel de transport, de boissons et de maroquinerie vers les États-Unis.

L'industrie navale française est particulièrement concernée, avec 31% de ses exportations destinées aux États-Unis et 53% de son chiffre d'affaires réalisé à l'export. Les chantiers navals spécialisés dans la construction de yachts et de navires de plaisance dépendent fortement de la demande des clients américains fortunés. Les fabricants d'armes français, avec 25% de leurs exportations vers les États-Unis, font également partie des secteurs qui surveillent de près l'évolution de la politique commerciale américaine.

Pour ces entreprises, l'incertitude est peut-être plus dommageable que les tarifs eux-mêmes. Impossible de planifier des investissements à long terme, de négocier des contrats pluriannuels ou d'optimiser les chaînes d'approvisionnement quand les règles du jeu peuvent changer du jour au lendemain. Nombre de dirigeants d'entreprises françaises interrogés par la presse locale expriment leur frustration face à cette instabilité chronique qui complique toutes les prises de décision stratégiques.

L'impact sur le pouvoir d'achat des consommateurs

Qui paie vraiment les tarifs douaniers ?

L'un des débats les plus vifs autour des tarifs douaniers porte sur leur incidence économique réelle. Donald Trump affirme systématiquement que ce sont les pays exportateurs qui paient les tarifs, mais la réalité économique est tout autre. Selon une étude de la Réserve fédérale de New York publiée en février 2026, les entreprises et consommateurs américains ont supporté près de 90% du coût des droits de douane en 2025 : 94% entre janvier et août, 92% en septembre-octobre, et 86% en novembre.

Le mécanisme est relativement simple à comprendre. Quand un produit importé est frappé d'un tarif douanier, l'importateur américain doit payer cette taxe à la douane américaine. Dans la grande majorité des cas, cet importateur répercute tout ou partie de ce coût supplémentaire sur le prix de vente du produit aux consommateurs finaux. Les exportateurs étrangers peuvent également absorber une partie du tarif en réduisant leurs marges, mais cette stratégie n'est pas soutenable sur le long terme.

Les droits de douane moyens sont passés de 2,6% à 13% en 2025, et les prix à l'importation ont augmenté de 11% en moyenne pour les biens ciblés par les tarifs. Cette hausse des prix à l'importation se traduit directement par une augmentation des prix à la consommation pour les produits concernés. Le Budget Lab de Yale estime que le niveau général des prix augmentera de 0,6% à court terme, ce qui représente une perte de pouvoir d'achat d'environ 800 dollars pour le ménage américain moyen et 400 dollars pour les ménages les plus modestes. 

Parquet de la Bourse de New York avec des écrans électroniques affichant les informations boursières.
Parquet de la Bourse de New York avec des écrans électroniques affichant les informations boursières. — (source)

Les produits qui pourraient coûter plus cher en France

Les consommateurs français ne sont pas directement touchés par les tarifs américains, mais ils peuvent subir des effets indirects significatifs. Si les entreprises françaises voient leurs exportations vers les États-Unis chuter en raison des tarifs, elles pourraient tenter de compenser ces pertes en augmentant leurs prix sur le marché européen. Cette stratégie de report n'est cependant pas automatique et dépend de la compétitivité des produits concernés.

Les produits technologiques représentent la catégorie la plus susceptible de voir ses prix augmenter. Après la décision de la Cour suprême, les tarifs encore en vigueur au début février 2026 frappent principalement les métaux, les véhicules et l'électronique. Les smartphones, ordinateurs et autres appareils électroniques contiennent de nombreux composants qui traversent plusieurs frontières avant l'assemblage final. Les tarifs américains perturbent ces chaînes d'approvisionnement mondiales et peuvent entraîner des hausses de prix à l'échelle mondiale.

Les véhicules automobiles sont également dans le viseur de l'administration Trump. Avec des tarifs spécifiques de 25% sur les automobiles, les constructeurs européens premium comme BMW, Mercedes-Benz, Audi ou les marques françaises qui exportent vers les États-Unis devront soit absorber ces coûts supplémentaires, soit les répercuter sur les prix. Dans ce dernier cas, la baisse de volume des ventes pourrait affecter l'emploi dans les usines européennes et, par contrecoup, l'économie locale.

Le bouleversement de l'ordre commercial mondial

La fin du système multilatéral

Les tarifs douaniers imposés par Donald Trump ne sont pas qu'une simple mesure de politique économique : ils représentent une remise en cause fondamentale du système commercial multilatéral construit après la Seconde Guerre mondiale. Pendant près de huit décennies, les États-Unis ont été les architectes et les garants d'un système fondé sur la non-discrimination, la transparence et l'engagement contraignant. Cette approche a permis une expansion sans précédent du commerce mondial et une prospérité économique diffuse.

En 2025, ce système a subi des pressions sans précédent. Comme l'explique le Rapport sur la sécurité de Munich publié en 2026, « les États-Unis sont maintenant ouvertement en train de se dispenser des termes du commerce mondial qu'ils ont aidés à créer ». Le pays qui fut le champion du libre-échange utilise désormais massivement les outils de coercition économique pour obtenir des accords bilatéraux favorables, rejetant le système fondé sur des règles qu'il défendait autrefois. 

Bâtiment Beursplein 5, siège d'Euronext Amsterdam, avec son dôme en cuivre vert.
Bâtiment Beursplein 5, siège d'Euronext Amsterdam, avec son dôme en cuivre vert. — Bootuitjes / CC BY 2.0 / (source)

Cette évolution inquiète particulièrement les nations de taille moyenne et les petits pays qui bénéficiaient de la protection offerte par les règles multilatérales. Comme l'a déclaré Vivian Balakrishnan, ministre des Affaires étrangères de Singapour, au Financial Times en avril 2025 : « Si ce système s'effondre et que tout devient une série infinie d'accords bilatéraux, ce sera très hostile pour les petites nations ». Sans règles communes, la loi du plus fort risque de s'imposer dans les relations commerciales internationales.

L'émergence de nouvelles coalitions commerciales

Face au repli américain et aux pratiques commerciales distorsives de la Chine, de nouvelles coalitions commerciales émergent pour tenter de préserver un minimum de règles multilatérales. L'Union européenne a intensifié ses négociations avec d'autres partenaires commerciaux, notamment l'accord Mercosur que Manfred Weber, président du Parti populaire européen, a qualifié de « parfait accord anti-Trump ». Ces partenariats alternatifs visent à diversifier les débouchés pour les entreprises européennes et à réduire leur dépendance au marché américain.

La question demeure de savoir si ces coalitions plus modestes suffiront à maintenir un système commercial fondé sur des règles, au moins partiellement, ou si le système s'effondrera entièrement au profit de la loi du plus fort. Les négociations en cours entre l'Union européenne et plusieurs pays d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique témoignent de cette recherche d'alternatives au modèle dominant.

Comme le souligne notre analyse de la Conférence de Munich 2026 : l'Europe face au bouleversement de l'ordre mondial, les dirigeants européens tentent de naviguer entre le maintien des liens transatlantiques historiques et la nécessité de diversifier leurs partenariats commerciaux. Cette stratégie d'équilibre est rendue particulièrement difficile par l'imprévisibilité de la politique américaine.

Les conséquences pour l'économie américaine elle-même

Un bilan économique contrasté

Ironiquement, les tarifs douaniers imposés par Donald Trump pourraient bien nuire à l'économie américaine autant, sinon plus, qu'à ses partenaires commerciaux. Le Budget Lab de Yale estime que l'économie américaine sera durablement plus petite de 0,1% en raison des tarifs restants, ce qui représente l'équivalent d'environ 30 milliards de dollars par an. Si les tarifs IEEPA n'avaient pas été invalidés, le choc sur la production américaine aurait été trois fois plus important, avec une contraction de 0,3% du PIB à long terme.

Le marché du travail américain subit également les conséquences de cette politique commerciale agressive. Le taux de chômage est estimé à environ 0,3 point de pourcentage plus élevé d'ici la fin 2026 en raison des tarifs restants. Les secteurs qui dépendent des importations pour leurs productions, comme la construction et l'agriculture, sont particulièrement touchés. Le Budget Lab prévoit que la production du secteur de la construction diminuera de 2,4% et celle de l'agriculture de plus de 1% à long terme.

La contradiction entre les objectifs affichés et les résultats obtenus est frappante. Si Donald Trump présente ses tarifs comme un moyen de relocaliser l'emploi industriel aux États-Unis, la réalité est plus nuancée. Le secteur manufacturier américain devrait certes voir sa production augmenter de 1,2%, mais ces gains sont plus que compensés par les pertes dans d'autres secteurs de l'économie. Au total, le bilan net pour l'économie américaine est négatif.

L'échec de la réduction du déficit commercial

L'un des objectifs explicitement affichés par Donald Trump est la réduction du déficit commercial américain. Or, comme l'explique la Tax Foundation dans son analyse des tarifs Trump, la balance commerciale d'un pays n'est pas uniquement déterminée par sa politique commerciale. Elle reflète des équilibres macroéconomiques plus larges entre l'épargne et l'investissement, ainsi que les flux de prêts et d'emprunts avec le reste du monde.

Aux États-Unis, l'investissement domestique dépasse systématiquement l'épargne domestique, ce qui nécessite un flux de capitaux entrant en provenance du reste du monde pour combler cet écart. Ce flux de capitaux représente des prêts nets aux États-Unis depuis l'étranger pour financer l'investissement des entreprises ainsi que le déficit budgétaire du gouvernement. Comme les tarifs ne modifient pas directement l'équilibre entre l'épargne et l'investissement domestiques, ils ne peuvent pas changer durablement la balance commerciale.

Les données historiques confirment cette analyse. La dernière fois que les États-Unis ont dégagé un excédent commercial remonte à 1975. Depuis, le pays a systématiquement enregistré des déficits commerciaux, indépendamment de la politique commerciale en vigueur. Ce déficit structurel n'est pas un problème économique imminent en soi : les importations nettes peuvent refléter la force de l'économie américaine à attirer les investissements étrangers et à servir de refuge sûr et fiable pour les capitaux internationaux. 

Donald Trump assis à un bureau avec un ordinateur portable affichant un graphique financier.
Donald Trump assis à un bureau avec un ordinateur portable affichant un graphique financier. — (source)

Faut-il s'inquiéter pour l'économie française ?

Une exposition limitée mais réelle

Au-delà des fluctuations boursiers à court terme, la question cruciale pour les Français est de savoir si leur économie est réellement menacée par cette guerre commerciale. La réponse est nuancée : la France est relativement moins exposée que ses voisines européennes, mais certains secteurs et certaines régions pourraient subir des impacts significatifs.

Avec moins de 2% de son PIB lié aux exportations vers les États-Unis, contre près de 4% en Allemagne et 3% en Italie, la France dispose d'une marge de manœuvre supérieure à celle de ses partenaires européens. Cette situation s'explique par la structure de son économie, plus orientée vers les services et la consommation intérieure que vers l'exportation industrielle. Cependant, cette moyenne nationale masque des disparités sectorielles importantes.

Les 2000 entreprises françaises très exposées au marché américain représentaient en 2024 environ 15% des exportations françaises totales et employaient directement plusieurs centaines de milliers de salariés. Pour ces entreprises et leurs salariés, les tarifs américains ne sont pas une abstraction économique mais une réalité qui affecte leur compétitivité, leurs carnets de commandes et, potentiellement, leur capacité à maintenir l'emploi. Les régions spécialisées dans l'aéronautique, le luxe ou l'industrie navale seraient les premières touchées en cas d'aggravation du conflit commercial.

Les réponses possibles de l'Europe et de la France

Face à cette situation, l'Union européenne et la France disposent de plusieurs leviers d'action. La première réponse est diplomatique : les négociations avec l'administration américaine se poursuivent pour tenter d'obtenir des exemptions ou des réductions de tarifs pour certains produits stratégiques. L'approche européenne privilégie le dialogue et la recherche de compromis plutôt que l'escalade systématique.

La deuxième réponse est commerciale : l'Union européenne peut imposer des tarifs de rétorsion sur les produits américains, comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises en 2025. Cette stratégie du donnant-donnant vise à faire pression sur les exportateurs américains pour qu'ils poussent leur gouvernement à modérer ses exigences. Les produits américains ciblés incluent typiquement les produits agricoles, les spiritueux et certains biens industriels.

La troisième réponse est structurelle : l'Europe peut accélérer la diversification de ses partenariats commerciaux en renforçant ses accords avec d'autres régions du monde. L'accord Mercosur, les négociations avec l'Inde, le renforcement des liens avec l'ASEAN et les pays africains font partie de cette stratégie de long terme. Comme l'a souligné Droits de douane Trump : Macron tire la sonnette d'alarme, le président français plaide activement pour cette approche de diversification.

Conclusion

Les marchés financiers européens qui chutent ce 23 février 2026 ne font que refléter une inquiétude plus profonde : celle d'un ordre commercial mondial en pleine déconstruction. L'imprévisibilité de la politique américaine, illustrée par le va-et-vient chaotique entre tarifs invalidés et nouveaux tarifs annoncés, rend toute planification économique extrêmement difficile pour les entreprises des deux côtés de l'Atlantique. Les conséquences se mesurent en milliards de dollars de commerce perdu, en milliers d'emplois menacés et en pouvoir d'achat réduit pour les consommateurs.

Pour la France, l'impact reste contenu mais non négligeable. Les secteurs d'excellence française comme l'aéronautique, le luxe ou l'industrie navale font face à une tempête commerciale dont l'issue reste incertaine. Les 2000 entreprises très exposées au marché américain surveillent avec anxiété chaque tweet présidentiel et chaque décision de justice américaine. Les consommateurs français pourraient indirectement subir les conséquences de cette instabilité à travers des prix plus élevés sur certains produits importés.

L'avenir dépendra largement de l'évolution du débat politique américain et de la capacité de l'Europe à présenter un front uni dans les négociations commerciales. D'ici là, l'incertitude restera probablement la seule certitude dans ce paysage commercial bouleversé. Comme l'a dit le Premier ministre chinois Li Qiang lors du sommet de l'Asie de l'Est en octobre 2025 : « Le monde ne doit pas retomber dans la loi de la jungle où les forts dévorent les faibles ». Reste à savoir si cette mise en garde sera entendue au-delà des frontières chinoises.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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