Scène de violence présumée dans la 211e brigade des forces armées ukrainiennes.
Monde

Suspension du commandant du régiment Skelya : 26 morts suspectes secouent l’armée ukrainienne

L'enquête choc de Babel révèle 26 morts suspectes, des tortures présumées et une culture de la violence au sein du 425e régiment d'assaut Skelya.

As-tu aimé cet article ?

Le 23 juin 2026, le média ukrainien Babel publiait une enquête explosive sur le 425e régiment d’assaut « Skelya », l’une des unités d’élite les plus décorées de l’armée ukrainienne. Les révélations sont accablantes : tortures, mauvais traitements, et 26 morts suspectes parmi les recrues entre fin 2025 et le printemps 2026. Dès le lendemain, le commandant du régiment, le lieutenant-colonel Yurii Harkavyi, était suspendu de ses fonctions et le Bureau d’Investigation d’État (SBI) ouvrait une enquête pénale. L’affaire, qui confronte le récit des familles des victimes à la défense du régiment, ébranle l’institution militaire ukrainienne et pose une question fondamentale : comment concilier l’efficacité au combat et le respect des droits des soldats dans une armée de mobilisés ?

Scène de violence présumée dans la 211e brigade des forces armées ukrainiennes.
Scène de violence présumée dans la 211e brigade des forces armées ukrainiennes. — (source)

L’enquête Babel : le récit qui a suspendu le commandant Harkavyi

Le 23 juin 2026, le site d’information ukrainien Babel a mis en ligne un long article d’investigation qui allait provoquer un séisme au sein de l’état-major. Pendant plusieurs mois, les journalistes ont recueilli les témoignages d’environ trente sources : des proches de soldats, d’anciens militaires du régiment Skelya, mais aussi des documents médicaux et judiciaires. Le tableau qu’ils dressent est celui d’une unité où la violence et la négligence médicale auraient été systématiques.

La publication a immédiatement déclenché une réaction en chaîne. Les Forces Terrestres ukrainiennes ont annoncé l’ouverture d’une inspection, et le commandant Harkavyi a été relevé de son poste le temps des investigations. Mais le régiment, lui, n’a pas attendu pour riposter.

30 témoins, 26 morts et des récits de torture : les révélations qui font trembler l’état-major

L’enquête de Babel repose sur un travail de collecte minutieux. Les journalistes ont interrogé des proches de soldats ayant servi ou servant encore dans le 425e régiment, et ont croisé leurs récits avec des documents officiels. Les accusations sont graves : torture, mauvais traitements, absence de soins médicaux adéquats, et 26 décès de soldats survenus en dehors de tout engagement au combat.

Le chiffre est saisissant : entre la fin de l’année 2025 et le printemps 2026, 26 militaires sont morts alors qu’ils étaient en entraînement ou à l’arrière. Parmi eux, cinq hommes originaires de la région d’Ivano-Frankivsk – Vasyl Voichuk, Vasyl Tsiurko, Yaroslav Mokrii, Petro Danyltsiv et Vitalii Karata – sont décédés moins de deux semaines après leur mobilisation, en mars 2026. Leurs familles ont affirmé aux enquêteurs que leurs corps portaient des marques de coups. Un autre cas cité par l’enquête est celui du Junior Sergeant Anatolii, dont les circonstances de la mort soulèvent de nombreuses questions.

Ces révélations ne sont pas tombées dans le vide. Dès juin 2025, Olha Reshetylova, la médiatrice militaire ukrainienne, avait signalé des problèmes récurrents dans l’unité. Mais c’est la publication de l’enquête qui a rendu le scandale public et impossible à ignorer.

La contre-offensive du régiment : « 18 décès à l’hôpital » et des témoins « peu fiables »

Face à ces accusations, le 425e régiment Skelya n’est pas resté silencieux. Dans une déclaration officielle, l’unité a reconnu que l’enquête soulevait des « questions sérieuses » nécessitant une vérification, mais elle a immédiatement contre-attaqué sur le fond.

Le régiment avance un argument principal : sur les 26 décès, 18 seraient survenus à l’hôpital ou en route vers un établissement médical. Selon le commandement, ces morts seraient liées à des « maladies » ou à la « mauvaise santé » des soldats mobilisés, et non à des violences. L’unité affirme également que les témoins cités par Babel sont des soldats ayant refusé l’entraînement, étant en fuite (AWOL) ou ayant violé la discipline, et que leurs témoignages seraient donc peu fiables.

« Le fait de mourir à l’hôpital ne réfute pas les raisons pour lesquelles une personne s’y est retrouvée », a rétorqué Masi Nayem, responsable du centre de défense des droits des militaires Pryntsyp, cité par Babel. Le régiment appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives avant la fin de l’enquête, mais cette stratégie de discrédit des témoins a été perçue par beaucoup comme une tentative de noyer le poisson.

Yurii Harkavyi, le visage de l’élite ukrainienne désormais soupçonné

Pour comprendre l’onde de choc provoquée par cette affaire, il faut s’arrêter sur l’homme qui se trouve au centre du scandale. Yurii Harkavyi n’est pas un officier anonyme. C’est un commandant décoré, connu pour sa dureté et son efficacité au combat, et dont l’unité était considérée comme l’une des plus performantes de l’armée ukrainienne.

Portrait d'un haut commandant de l'armée ukrainienne.
Portrait d'un haut commandant de l'armée ukrainienne. — (source)

Sa suspension est un événement en soi. Elle montre que l’état-major a pris la mesure du scandale, mais elle soulève aussi une question dérangeante : comment un officier de cette trempe a-t-il pu laisser se développer une telle culture de la violence dans son unité ?

De « Skala » à « Skelya » : la fulgurante ascension du lieutenant-colonel

L’histoire de Yurii Harkavyi est celle d’une ascension fulgurante. Son indicatif radio est « Skala » (le rocher), et c’est sous ce nom qu’il a d’abord commandé un bataillon de reconnaissance. En août 2025, dans le cadre du projet du commandant en chef Oleksandr Syrskyi visant à créer des unités d’assaut spécialisées, son bataillon a été transformé en un régiment d’assaut distinct, le 425e, fort de plus de 10 000 hommes. Le nom a changé pour « Skelya », mais l’esprit est resté le même.

Le régiment Skelya est devenu l’une des formations d’assaut les plus importantes d’Ukraine. Il reçoit une part importante des nouvelles recrues mobilisées et est régulièrement affecté aux opérations les plus risquées. Le taux de pertes y est supérieur à la moyenne des autres unités, ce qui est présenté comme la marque de son engagement sur les fronts les plus durs.

Une réputation d’homme de fer devenue un fardeau

La réputation d’Harkavyi est celle d’un chef de guerre inflexible. Ses hommes le décrivent comme un commandant exigeant, parfois brutal, mais efficace. Cette image de « dur » a longtemps été un atout dans une armée qui a besoin de mordant pour tenir face à l’ennemi russe.

Mais aujourd’hui, cette même réputation se retourne contre lui. Les accusations de violences et de négligence médicale trouvent un écho dans la culture de son régiment, où la pression pour la performance était extrême. La question qui se pose est simple : être un bon chef de guerre justifie-t-il de mauvais traitements infligés à ses propres soldats ? Pour l’état-major, la réponse est clairement non. Mais pour de nombreux soldats et officiers, la chute d’Harkavyi est perçue comme une trahison de l’esprit de corps.

26 vies brisées en entraînement : la mécanique des violences

Au-delà des chiffres et des déclarations officielles, il y a des vies. 26 soldats morts dans des circonstances qui, selon leurs familles, n’ont rien à voir avec le combat. L’enquête de Babel détaille des cas concrets qui donnent une dimension humaine à ce scandale.

Ces récits dessinent le portrait d’un système où la violence et la négligence étaient devenues la norme. Un système qui a brisé des vies en quelques semaines, parfois en quelques jours.

Des mobilisés morts en silence : l’histoire des cinq soldats d’Ivano-Frankivsk

Le cas des cinq soldats originaires de la région d’Ivano-Frankivsk est emblématique. Vasyl Voichuk, Vasyl Tsiurko, Yaroslav Mokrii, Petro Danyltsiv et Vitalii Karata ont été mobilisés en mars 2026. Moins de deux semaines plus tard, ils étaient tous morts.

Leurs familles, interrogées par les enquêteurs, ont raconté avoir vu leurs corps marqués de coups et de blessures qui ne pouvaient pas être dues à un entraînement normal. Les proches affirment que les autorités militaires ont tenté de minimiser les faits, parlant de « complications médicales » ou de « mort naturelle ». Mais les témoignages recueillis par Babel et par d’autres médias ukrainiens contredisent cette version.

Le cas du Junior Sergeant Anatolii, lui aussi décédé dans des circonstances suspectes, renforce le sentiment que ces morts n’étaient pas des accidents isolés, mais le résultat d’un système où les recrues étaient traitées avec violence et mépris.

Bizutage et torture psychologique : l’entraînement comme punition

Les 30 témoins de l’enquête Babel décrivent un quotidien fait de violences physiques et psychologiques. Les coups étaient monnaie courante, les humiliations aussi. Des soldats racontent avoir été privés de sommeil pendant plusieurs jours, soumis à des punitions collectives, ou forcés à effectuer des exercices épuisants jusqu’à l’évanouissement.

Ce qui frappe dans ces récits, c’est la banalité de la violence. Elle n’était pas l’exception, mais la règle. L’entraînement, censé préparer les soldats au combat, était devenu un instrument de domination et de punition. Ce phénomène n’est pas propre au régiment Skelya. Les sources seed, qui analysent les contradictions de l’armée ukrainienne, soulignent que l’absence de rotation et l’indétermination de la durée du service créent un stress délétère que certains officiers canalisent par la violence.

Le SBI, la médiatrice et l’état-major : une armée face à ses démons

La réponse institutionnelle à ce scandale a été rapide et publique. Dès le 24 juin 2026, le Bureau d’Investigation d’État (SBI) a ouvert une enquête, et le commandant Harkavyi a été suspendu. Les Forces Terrestres et l’état-major ont publié des déclarations fermes condamnant les violences.

Mais cette réaction soulève une question : s’agit-il d’une véritable volonté de changement ou d’une opération de communication pour limiter les dégâts ? Pour le savoir, il faut examiner le cadre légal et les acteurs impliqués.

Article 426-1 : ce qui attend Yurii Harkavyi devant la justice militaire

L’enquête du SBI a été ouverte en vertu de l’article 426-1, partie 5, du Code pénal ukrainien. Cet article réprime « l’abus de pouvoir ou d’autorité officielle par un officier sous loi martiale ayant entraîné des conséquences graves ». La peine maximale encourue est de 12 ans de prison.

Le SBI est l’équivalent ukrainien du FBI. C’est une agence d’enquête indépendante, spécialisée dans les affaires de corruption et d’abus de pouvoir. Dans le cas présent, les enquêteurs doivent déterminer si Harkavyi et d’autres officiers du régiment ont excédé leurs prérogatives et si les violences étaient systématiques.

Parallèlement à l’enquête judiciaire, une commission spéciale a été mise en place par le chef d’état-major général. Cette commission, dirigée par un adjoint du chef d’état-major, a pour mission d’inspecter les conditions d’entraînement et de vie dans le régiment. Les deux enquêtes avancent en parallèle.

Olha Reshetylova, l’ombudsman qui a reçu des milliers de plaintes

Au cœur de cette affaire se trouve une figure clé de la société civile ukrainienne : Olha Reshetylova. Nommée en octobre 2025 comme première médiatrice militaire de l’histoire de l’Ukraine, elle est une vétérane de la défense des droits humains. Avant sa nomination, elle avait cofondé « Reviens vivant » (Come Back Alive), l’une des plus grandes ONG de financement de l’armée ukrainienne, ainsi que l’Initiative médiatique pour les droits humains (MIHR).

Reshetylova n’a pas mâché ses mots à propos de l’affaire Skelya. Elle a parlé de « comportement criminel, commis par des groupes organisés d’individus ». Elle a révélé que son bureau avait reçu plus de 7 000 plaintes en seulement cinq mois, un chiffre qui donne la mesure de l’ampleur du problème.

Son passé d’activiste lui a valu des inimitiés. Un commandant avait un jour ordonné à ses soldats de pointer leurs fusils sur elle pour l’empêcher d’entrer dans une base. Mais sa nomination comme médiatrice officielle lui donne aujourd’hui une autorité et une légitimité nouvelles.

« Aucune nécessité militaire ne justifie l’humiliation » : la mise en garde de l’état-major

Les déclarations des Forces Terrestres et de l’état-major ont été particulièrement fermes. « Nous soulignons qu’aucune nécessité militaire, aucune intensité d’entraînement, aucune réputation d’une unité de combat ne peut être une raison pour l’humiliation, la violence, le mauvais traitement ou l’indifférence à la vie et à la santé des militaires », a déclaré le commandement des Forces Terrestres.

L’état-major a renchéri : « La dignité humaine, la vie et la santé de chaque militaire sont la valeur la plus élevée pour les Forces Armées de l’Ukraine, tant sur le champ de bataille que pendant l’entraînement à l’arrière. » Une phrase qui sonne comme une mise en garde adressée à tous les commandants d’unité.

Mais pour de nombreux observateurs, ces déclarations, aussi fortes soient-elles, ne suffisent pas. La suspension d’Harkavyi est un signal, mais elle ne garantit pas que les pratiques changeront dans l’ensemble de l’armée.

De la 211e brigade au régiment Skelya : un schéma d’abus qui se répète

L’affaire Skelya n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le début de la guerre à grande échelle, plusieurs scandales d’abus dans les unités militaires ukrainiennes ont éclaté au grand jour. Le plus célèbre est celui de la 211e brigade de pontonniers, en décembre 2024.

La récurrence de ces affaires suggère un problème systémique, et non une simple dérive individuelle. Les abus de commandement et la désertion sont liés, comme l’a montré une enquête du SBI en 2025.

Le colonel Poberezhniuk et la croix de bois : l’affaire qui devait servir d’exemple

En décembre 2024, le média Ukrainska Pravda révélait des scènes de torture et d’humiliation au sein de la 211e brigade de pontonniers. Le lieutenant supérieur Vladyslav Pastukh avait notamment attaché un soldat à une croix en bois, le battant et l’humiliant devant les autres recrues.

Le commandant de la brigade, le colonel Oleh Poberezhniuk, a été accusé d’inaction. Il savait ce qui se passait dans son unité, mais il n’a rien fait pour l’empêcher. Il a été inculpé pour « inaction de l’autorité militaire sous loi martiale », une accusation qui peut lui valoir 7 à 10 ans de prison. Pastukh, lui, risque jusqu’à 12 ans.

L’affaire de la 211e brigade avait été présentée comme un tournant. Le procès de Poberezhniuk devait envoyer un signal fort à tous les commandants : l’impunité n’est plus de mise. Mais l’affaire Skelya montre que le message n’est pas passé.

Désertion et commandement toxique : le maillon faible identifié par le SBI

En 2025, le SBI (DBR) a publié un rapport accablant sur les causes de la désertion dans l’armée ukrainienne. La conseillère Tetiana Sapian a établi qu’une part importante des abandons non autorisés d’unités militaires n’était pas due à une « lâcheté » ou à un refus de se battre, mais à des abus de commandement : extorsion, pressions psychologiques, menaces, absence de rotation, et contrainte à effectuer des tâches au-delà de ce que prévoit la loi.

« L’État doit se ranger du côté du militaire dans les cas où il a quitté l’unité par peur de la violence de ses supérieurs », a déclaré Sapian. Cette conclusion est directement liée à l’affaire Skelya : un commandant violent pousse ses hommes à fuir, au lieu de les préparer au combat. C’est un double échec, opérationnel et humain.

L’équation impossible d’une armée de mobilisés : droits humains contre efficacité

Le scandale Skelya met en lumière une tension fondamentale au cœur de l’armée ukrainienne. Après quatre ans de guerre, les volontaires qui se sont engagés en 2022 sont épuisés, et la grande majorité des nouvelles recrues sont des mobilisés, souvent contre leur gré. Ces soldats défendent leur pays, mais ils se voient refuser des droits fondamentaux.

Comment maintenir une discipline de fer et une efficacité au combat dans une armée composée majoritairement de citoyens qui n’ont pas choisi d’être soldats ? La réponse à cette question est au cœur des débats qui agitent la société ukrainienne.

Pas de date de sortie, pas de droits : le quotidien des appelés qui craquent

Les sources seed, qui analysent les contradictions de l’armée ukrainienne, dressent un tableau sans concession. Les soldats mobilisés n’ont pas de calendriers de rotation fixes. La durée de leur service est indéterminée. Les indemnisations pour les blessures mettent des années à être traitées. Les femmes combattent dans des uniformes conçus pour les hommes. Les soldats LGBT+ ne peuvent pas recevoir la visite de leurs partenaires à l’hôpital.

Ce manque de perspectives crée un stress délétère. Des spécialistes de la réparation sont envoyés à des postes d’assaut. Des commandants de bataillon sont retirés en pleine bataille sans consultation. Dans ce contexte, certains officiers canalisent leur frustration et leur pression par la violence envers leurs subordonnés.

Le scandale Skelya n’est pas un accident. C’est le produit d’un système où les droits des soldats sont sacrifiés sur l’autel de l’efficacité militaire.

L’organisation démocratique comme contrepoids à la violence

Mais le tableau n’est pas entièrement noir. Les sources seed montrent que les soldats ukrainiens s’organisent pour faire valoir leurs droits. L’exemple du 48e bataillon d’assaut est frappant : en janvier 2025, des soldats défendant Pokrovsk ont filmé une vidéo exigeant la réintégration de leur commandant, Lenur Islyamov, qui venait d’être retiré en pleine bataille. La vidéo a été publiée publiquement, et la direction militaire a finalement cédé.

Un autre exemple : en septembre 2025, 24 militaires du bataillon de réparation de la 125e brigade mécanisée lourde ont annoncé qu’ils partiraient collectivement sans permission plutôt que d’obéir à un ordre les transférant à des postes d’assaut. La plupart avaient plus de 50 ans. L’ordre a été annulé en 48 heures.

Ces actions collectives ne sont pas de l’insubordination. Elles sont, comme le disent les sources seed, une forme de « responsabilité démocratique en temps de guerre ». Et elles montrent que les soldats ukrainiens peuvent identifier les décisions stupides et, parfois, les faire annuler.

Ce que le scandale Skelya change pour l’Ukraine et ses alliés

L’affaire Skelya n’est pas seulement un problème interne à l’armée ukrainienne. Elle a des répercussions diplomatiques et politiques. L’Ukraine dépend de l’aide militaire et financière occidentale, et son soft power repose en grande partie sur l’image d’une nation résiliente et démocratique qui se bat pour sa liberté.

Ce genre de scandale écorne cette image. Mais la manière dont l’Ukraine le gère pourrait, paradoxalement, renforcer sa crédibilité.

La transparence comme arme de guerre

La réponse rapide et publique de l’état-major et du SBI est un pari. Contrairement à l’armée russe, qui étouffe systématiquement ce genre d’affaires, l’Ukraine choisit – ou est contrainte par la pression médiatique – la transparence.

L’état-major l’a dit clairement : « Établir la vérité concernant chaque cas critique, éliminer les lacunes et assurer l’inévitabilité de la punition pour les infractions prouvées restent la position de principe de la direction militaire. » Cette transparence est un atout. Elle montre que l’Ukraine est capable de s’auto-corriger, ce que la Russie ne peut pas faire.

Mais la transparence a un prix. Chaque scandale rendu public est une munition pour la propagande russe, qui accuse l’Ukraine d’être un « État nazi » où les soldats sont maltraités.

Un test pour les partenaires occidentaux et les ONG

Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch et Amnesty International, surveillent de près ces dossiers. La manière dont le procès de Harkavyi sera mené est scrutée par les capitales occidentales.

Si la justice militaire ukrainienne parvient à condamner un officier décoré comme Harkavyi sur la base des preuves, elle prouvera sa maturité démocratique. Si l’affaire est étouffée, le sentiment d’impunité et le cycle des abus se poursuivront, minant l’efficacité au combat et la réputation internationale de l’Ukraine.

Conclusion : Harkavyi, le procès qui dira l’avenir de la justice militaire ukrainienne

L’affaire Skelya n’est pas un simple fait divers de guerre. C’est l’illustration des dilemmes d’une armée de citoyens-mobilisés, où la pression pour l’efficacité au combat entre en conflit avec le respect des droits fondamentaux. Le lieutenant-colonel Yurii Harkavyi, commandant décoré d’une unité d’élite, est aujourd’hui suspendu et sous le coup d’une enquête pour des accusations qui, si elles sont confirmées, pourraient lui valoir 12 ans de prison.

L’enjeu dépasse largement le sort d’un seul homme. La gestion de ce scandale est un test grandeur nature pour la maturité des institutions militaires ukrainiennes en temps de guerre. Si le système judiciaire parvient à condamner un officier de cette envergure, il prouvera que l’Ukraine est capable de s’auto-corriger et de garantir les droits de ses soldats. Si l’affaire est étouffée, le cycle des abus se poursuivra, affaiblissant l’armée de l’intérieur et ternissant l’image de l’Ukraine auprès de ses partenaires. Le procès à venir dira si l’Ukraine est vraiment la démocratie qu’elle défend.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qui est le commandant suspendu du régiment Skelya ?

Le lieutenant-colonel Yurii Harkavyi, commandant décoré du 425e régiment d'assaut Skelya, a été suspendu le 24 juin 2026 après une enquête révélant 26 morts suspectes parmi les recrues.

Combien de morts suspectes dans le régiment Skelya ?

L'enquête du média Babel fait état de 26 morts suspectes entre fin 2025 et le printemps 2026, survenues hors combat, lors d'entraînements ou à l'arrière.

Quelles sont les accusations contre le 425e régiment ?

Les accusations incluent tortures, mauvais traitements, absence de soins médicaux adéquats, et 26 décès de soldats, selon les témoignages de proches et d'anciens militaires recueillis par Babel.

Que risque Yurii Harkavyi pour ces faits ?

Harkavyi est visé par une enquête du Bureau d'Investigation d'État (SBI) sous l'article 426-1 du Code pénal ukrainien, qui prévoit jusqu'à 12 ans de prison pour abus de pouvoir sous loi martiale.

Quel est le rôle de la médiatrice militaire Olha Reshetylova ?

Olha Reshetylova, première médiatrice militaire ukrainienne, a reçu plus de 7 000 plaintes en cinq mois et a qualifié les faits de « comportement criminel commis par des groupes organisés ».

Sources

  1. Nous combattons, nous avons des droits : comment la démocratie des soldats alimente la résistance ukrainienne - Presse-toi à gauche ! · pressegauche.org
  2. babel.ua · babel.ua
  3. censor.net · censor.net
  4. english.nv.ua · english.nv.ua
  5. We fight, we have rights: How soldiers’ democracy powers Ukraine’s resistance · internationalviewpoint.org
debat-live
Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

6 articles 0 abonnés

Commentaires (10)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires