Le 3 août 2014, l'organisation État islamique a attaqué les monts Sinjar, en Irak, en vue d'éradiquer la communauté yézidie. Près de la moitié de cette population, estimée à un million de personnes, vivait alors dans la région. Environ 7 000 femmes et filles yézidies, dont certaines âgées de neuf ans, ont ensuite été réduites en esclavage sexuel et transférées en Irak et dans l'est de la Syrie, vendues ou cédées entre combattants.

La justice française a reconnu et condamné pour la première fois, le 20 mars, le génocide perpétré contre les Yézidis en 2014. À cette occasion, Le Monde est revenu sur le travail du photographe Michel Slomka, qui a documenté la reconstruction de cette communauté entre 2016 et 2021, dans les camps et dans les monts Sinjar.
Ces images restent une référence pour comprendre l'après-génocide, mais elles ont une limite importante : elles datent de 2016-2021 et ne décrivent pas l'état de Sinjar en 2026. Le bilan qui suit s'appuie sur ce qui est vérifié depuis.
Ce qui a été réhabilité à Sinjar
Le Programme des Nations unies pour le développement indique être actif à Sinjar depuis 2016. Son périmètre couvre la réhabilitation d'écoles, de maisons, de systèmes d'eau et de réseaux électriques.
Le PNUD signale aussi la réouverture du palais de justice de Sinjar avec son soutien, ce qui a restauré l'accès au système judiciaire pour les résidents locaux.
Le cadre financier de ces chantiers de stabilisation est le Funding Facility for Stabilisation, initié largement par l'Allemagne et mis en oeuvre par le Programme des Nations unies pour le développement, selon le ministère allemand des Affaires étrangères. Les montants annoncés par les différents bailleurs et les sommes réellement décaissées ne sont pas consolidés dans les éléments vérifiés et ne sont donc pas repris ici.
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Pourquoi le retour des déplacés reste bloqué
En juin 2024, le taux de retour dans le district de Sinjar s'établissait à 43 %, selon les données publiées sur ReliefWeb. Cela signifie que plus de la moitié des déplacés originaires du district n'étaient pas encore rentrés.
Des centaines de milliers de Yézidis vivent toujours dans des camps de déplacés ou des installations informelles dans la région du Kurdistan irakien, en particulier dans le gouvernorat de Duhok. Parallèlement, des milliers de Yézidis restent réfugiés sur la montagne et refusent de retourner dans la plaine. Ils s'y sont installés de manière durable et assurent leur subsistance grâce à l'agriculture et à l'élevage.

Cette dispersion s'explique par des freins concrets : logements détruits, services de base incomplets et insécurité persistante. Le Service jésuite des réfugiés appelle la communauté internationale à garantir la sécurité des Yézidis et à soutenir la reconstruction, l'inclusion et la durabilité à Sinjar.
Le manque de soutien psychologique
Malgré le travail mené par de nombreuses organisations non gouvernementales locales et internationales, le manque d'assistance psychologique est décrit comme inquiétant au regard du nombre considérable de victimes.

C'est l'un des points qui distingue les réalisations visibles - écoles, maisons, eau, électricité, tribunal - des besoins non couverts.