Une femme en chemise verte et foulard bleu portant un bébé sur le dos dans un tissu coloré, debout devant des tentes en bâche bleue dans un camp de déplacés du Sahel central sous un ciel nuageux
Monde

Sahel : pourquoi la crise humanitaire reste sans moyens

Au Sahel, l'aide humanitaire visait 18,4 millions de personnes en 2025 pour des besoins estimés à 4,3 milliards de dollars. Seulement 29 % ont été financés, le plus bas niveau en une décennie. Le manque de fonds, de couverture médiatique et d'engagement diplomatique, accentué par le retrait français et la rupture avec la CEDEAO, oblige l'urgence à compenser le retrait du développement.

As-tu aimé cet article ?

Au Sahel, la crise s'aggrave loin des projecteurs. Les besoins s'empilent, les déplacés se comptent par millions, et les humanitaires interviennent avec des moyens très insuffisants.

Une femme en chemise verte et foulard bleu portant un bébé sur le dos dans un tissu coloré, debout devant des tentes en bâche bleue dans un camp de déplacés du Sahel central sous un ciel nuageux
Une femme en chemise verte et foulard bleu portant un bébé sur le dos dans un tissu coloré, debout devant des tentes en bâche bleue dans un camp de déplacés du Sahel central sous un ciel nuageux - (source)

L'oubli n'est pas une impression. Il se mesure en dollars manquants, en caméras absentes et en capitales qui regardent ailleurs.

Des besoins immenses, des caisses presque vides

L'Aperçu des besoins humanitaires 2025 pour le Sahel évalue les besoins à 4,3 milliards de dollars pour répondre aux urgences de 18,4 millions de personnes ciblées, sur près de 29 millions de personnes dans le besoin. C'est le périmètre officiel de la crise : nourriture, eau, santé, abris pour des populations prises entre violences armées, sécheresses et déplacements forcés.

En face, la réponse ne suit pas. Au 26 mai 2025, 8 % seulement des besoins de financement des plans d'intervention nationaux pour 2025 avaient été couverts. Le trou est tel que l'année s'est terminée sur un record à l'envers : selon unocha.org, malgré la hausse des besoins, le financement humanitaire du Sahel est tombé à son plus bas niveau en une décennie, avec seulement 29 % des besoins couverts en 2025.

StatiSense@StatiSense·Follow📊 HOW TERRORISED ARE SAHEL COUNTRIES? 🌍

Country — Conflict-Related Fatalities (Jun 2025–May 2026) | GTI 2026 Rank

1 🇸🇩 Sudan — 15,485 | 100th
2 🇳🇬 Nigeria — 14,510 | 4th
3 🇲🇱 Mali — 4,503 | 5th
4 🇧🇫 Burkina Faso — 4,279 | 2nd
5 🇳🇪 Niger — 2,279 | 3rd
6 🇹🇩 Chad — 502 | 26th
7
10ReplyCopy linkRead on X

Cet écart n'est pas un accident comptable. Il correspond à ce que le Conseil norvégien pour les réfugiés appelle une crise négligée. Son classement annuel se base sur trois critères : le manque de financement humanitaire, le manque de couverture médiatique et l'absence d'engagement diplomatique. Le Sahel coche les trois cases : peu d'argent, peu d'images, peu de médiation visible. Quand une crise disparaît de l'un de ces tableaux, elle disparaît vite des deux autres.

Comme ailleurs, la concurrence des urgences joue à plein, du Soudan, où le Kordofan est devenu le nouveau front d'une guerre invisible à l'Ukraine et à Gaza. Mais le Sahel cumule une complexité propre : des conflits diffus, sans front clair, sans porte-parole unique, difficiles à résumer dans un format court.

Retrait français et rupture avec la CEDEAO

La bascule géopolitique est nette. Le 30 janvier 2025, la France a officiellement quitté le Tchad, son dernier bastion au Sahel, mettant fin à plus d'un demi-siècle de présence militaire. Avec la fin de l'opération Barkhane et la fermeture des bases, s'achève une période où Paris structurait la lecture sécuritaire de la région.

Josh Wolfe@wolfejosh·Follow3/12/2025

AFRICA chaos in Sahel/Maghreb

5 YRS AGO I wrote 3/22/20:
“not front page news—but will be”

TODAY: front page news https://t.co/M2KuN3IOT0
4ReplyCopy linkRead on X

Dans ce contexte recomposé, l'Alliance des États du Sahel a été créée en juillet 2024 après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest. Portée par les juntes du Burkina Faso, du Mali et du Niger, cette alliance marque une rupture assumée avec la CEDEAO et avec les anciens partenaires occidentaux.

Image illustrant l'urgence des déplacements liée à l'escalade de la violence au Burkina Faso et dans le Sahel
Image illustrant l'urgence des déplacements liée à l'escalade de la violence au Burkina Faso et dans le Sahel - (source)

Cette recomposition brouille l'attention diplomatique. Les canaux habituels de négociation se brouillent, les sanctions et les suspensions s'empilent, les nouveaux partenariats sécuritaires restent opaques. Il reste donc moins de leviers pour négocier l'accès humanitaire, la protection des civils et le retour des services publics. Les voisins tentent de combler le vide, comme dans la stratégie de reconquête diplomatique d'Alger face aux crises, mais la coopération régionale s'est fracturée.

Dans ce contexte, l'aide européenne apporte un soutien continu. Selon la Commission européenne, via civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu, l'aide humanitaire de l'UE au Sahel s'élève en 2026 à 151,28 millions d'euros pour les déplacés et les communautés hôtes. Elle reste vitale pour les distributions et les soins. Elle ne couvre pas un besoin estimé en milliards de dollars.

Quand le développement se retire, l'humanitaire doit compenser

Le facteur le plus lourd est indirect. Après des changements anticonstitutionnels de gouvernement au Sahel central, une partie des financements de développement a été suspendue. Sur le papier, il s'agit d'une pression politique. Sur le terrain, ce sont des centres de santé sans budget, des écoles sans enseignants payés, des réseaux d'eau sans entretien.

Ces suspensions peuvent avoir des conséquences dramatiques pour la population : baisse de l'accès aux services de base comme la santé, l'éducation, l'eau et l'assainissement, fragilisation des moyens de subsistance, et risque d'alimenter l'instabilité. C'est l'humanitaire, déjà sous-financé, qui doit compenser. Des acteurs conçus pour l'urgence se retrouvent à assurer des services courants avec des budgets d'urgence.

La logique habituelle - urgence, puis relèvement, puis développement - s'inverse : le développement se retire et l'humanitaire se retrouve à gérer seul des besoins durables. Chaque coupure de financement se traduit par des repas sautés, des soins reportés, des déplacements prolongés.

Sans financement à la hauteur et sans engagement diplomatique renouvelé pour l'accès et la protection, les humanitaires continueront de colmater et les populations de faire face seules.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Quels sont les besoins humanitaires au Sahel ?

Selon l'Aperçu des besoins humanitaires 2025, 4,3 milliards de dollars pour 18,4 millions de personnes ciblées, sur près de 29 millions dans le besoin.

Quel financement humanitaire pour le Sahel ?

Au 26 mai 2025, 8 % seulement des plans nationaux couverts ; en 2025, 29 % seulement, le plus bas en une décennie selon unocha.org.

Pourquoi le Sahel est une crise négligée ?

Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés : manque de financement humanitaire, manque de couverture médiatique et absence d'engagement diplomatique.

Qu'est-ce que l'Alliance des États du Sahel ?

Créée en juillet 2024 par le Burkina Faso, le Mali et le Niger après leur retrait de la CEDEAO.

Pourquoi l'aide au développement est suspendue ?

Après des changements anticonstitutionnels au Sahel central, une partie des financements a été suspendue, l'humanitaire doit compenser.

Sources

  1. Economic warfare escalates as militants expand beyond the Sahel · acleddata.com
  2. Conflict in the Sahel | ACLED · acleddata.com
  3. All analysis on Mali - ACLED · acleddata.com
  4. All analysis on Niger - ACLED · acleddata.com
  5. Why Gaza And Ukraine Wars Receive More Media Attention · africanleadershipmagazine.co.uk
match-day
Dylan Frabot @match-day

Je vois le sport comme un miroir de la société, et ça rend chaque match plus intéressant. Ancien rugbyman universitaire à Toulouse, j'ai raccroché les crampons mais pas la passion. Ce qui m'intéresse, c'est pas juste le score final : c'est le dopage qu'on ignore, l'argent qui gangrène, les questions d'inclusivité qu'on esquive. Mon écriture est rythmée comme un commentaire sportif, mais avec du fond.

134 articles 0 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires