Rebâtir Gaza prendra dix ans et des dizaines de milliards de dollars. La question n'est plus seulement combien de maisons sont tombées, mais qui décide, qui paie et qui déblaye.

En février 2025, la Banque mondiale, l'ONU et l'Union européenne estimaient à 53 milliards de dollars les besoins de reconstruction et de relèvement de Gaza sur dix ans, pour la période d'octobre 2023 à octobre 2024. Dans le détail, selon la Banque mondiale, les dommages aux structures physiques atteignaient à eux seuls environ 30 milliards de dollars, auxquels s'ajoutaient 19 milliards de pertes économiques liées à la productivité en berne, aux revenus perdus et aux coûts d'exploitation, avec la santé, l'éducation et le commerce en première ligne.
En avril 2026, selon l'évaluation conjointe ONU-UE-Banque mondiale, Gaza a subi 57,9 milliards de dollars de dommages et de pertes économiques au total, et nécessiterait 71,4 milliards pour le relèvement et la reconstruction sur la prochaine décennie.
Un chantier sept fois plus grand que tous les précédents
Le montant de 71,4 milliards représente, en termes réels, sept fois le coût cumulé des reconstructions après toutes les offensives militaires majeures des vingt dernières années à Gaza.
Car Gaza a déjà été reconstruite, plusieurs fois. Après les guerres de 2008-2009, de 2014 et de 2021, chaque reconstruction a été étranglée par le blocus, les restrictions d'accès et les déficits de financement des donateurs, puis détruite par la guerre suivante avant d'être achevée. Les donateurs hésitent à repayer, les habitants ne croient plus aux plans, et les garanties politiques deviennent aussi importantes que les briques.
C'est ce passé qui explique la méfiance actuelle. Sans levée durable des restrictions et sans garantie que le chantier ne sera pas à nouveau réduit en gravats, aucun chiffre ne tient.
Qui paie, par quels canaux et à quelles conditions
Sur le papier, l'architecture financière commence à prendre forme.
En mars 2025, au Caire, les pays arabes ont adopté un plan égyptien de 53 milliards de dollars sur cinq ans pour reconstruire Gaza sans déplacer sa population, un montant calé sur l'estimation de l'ONU de l'époque.
Côté international, un Fonds pour la reconstruction et le développement de Gaza a été créé, avec la Banque mondiale comme fiduciaire limitée. Selon son président Ajay Banga, il est "prêt à recevoir des dons". La déclaration a été faite lors de la première réunion officielle du Board of Peace, l'instance présidée par les États-Unis qui pilote le dispositif.
Lors de cette réunion, les Émirats arabes unis ont promis 1,2 milliard de dollars, tandis que le Qatar, l'Arabie saoudite et le Koweït ont promis 1 milliard chacun. Environ 7 milliards ont été engagés au total par une douzaine de pays, dont Bahreïn, la Jordanie, l'Égypte et le Maroc, selon les annonces faites par le président américain Donald Trump pendant l'événement à Washington. Il a ajouté que les États-Unis apporteraient 10 milliards supplémentaires.
Ces montants restent des engagements annoncés. Le calendrier réel de décaissement de ces engagements n'est pas documenté. Ces fonds sont assortis de conditions : les États du Golfe, dont l'Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar, disent qu'ils ne débloqueront pas les milliards pour la reconstruction tant que le Hamas n'aura pas été complètement désarmé et que des garanties de sécurité vérifiables ne seront pas en place.

Sur le plan politique et sécuritaire, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté le 17 novembre 2025 la résolution 2803, qui autorise la création et le déploiement d'une force internationale de stabilisation à Gaza après deux ans de conflit entre Israël et le Hamas.
Le temps des gravats et l'épreuve politique
Même si les fonds étaient disponibles, le chantier ne pourrait pas avancer vite. L'obstacle le plus matériel reste les gravats.
Estimés entre 41 et 47 millions de tonnes fin 2024, ils approcheraient désormais les 70 millions de tonnes en 2026. Le plan présenté au Board of Peace prévoit d'enlever 70 millions de tonnes de débris. Dans de bonnes conditions, il faudrait au moins sept ans pour le déblaiement, et jusqu'à 14 ans pour traiter les munitions non explosées. Avant toute reconstruction, il faut trier, sécuriser, dépolluer.
Reste la question décisive : qui dirige la reconstruction ? Le rapport Building Gaza Anew, publié par Oxfam avec le MAS et PalTrade après de larges consultations à Gaza, avertit qu'un modèle imposé de l'extérieur échouera, quel que soit le montant derrière lui. Selon Oxfam, seule une reconstruction dirigée par les Palestiniens peut réussir.
Le rapport pose trois tests très concrets : transférer le pouvoir de décision aux Palestiniens, lever le blocus et apporter des garanties de responsabilité.