Tag représentant une étoile de David sur un mur en Île-de-France, fait qui a fait l'objet d'une enquête
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Proxies : ces mercenaires du pauvre payés pour déstabiliser la France

Qui sont ces « proxies », mercenaires recrutés parmi les jeunes en précarité pour semer le chaos en France ? De l'affaire des cercueils à la Tour Eiffel aux taggers payés par le FSB, découvrez les dessous de cette guerre hybride low cost et les...

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Petits et grands truands, vandales payés une poignée d’euros… Ces « proxies » missionnés pour fracturer la France
Petits et grands truands, vandales payés une poignée d’euros… Ces « proxies » missionnés pour fracturer la France — Laisné, Alfred, graveur / CC0 / (source)

Dans une France traversée par des tensions sociales croissantes et une inquiétude palpable pour l'avenir, un phénomène inquiétant émerge des ombres de la criminalité ordinaire. Derrière les tags insultants, les actes de vandalisme ou les mises en scène macabres sur la voie publique, se cache souvent une réalité plus sombre : celle de « proxies », des individus rémunérés par des puissances étrangères pour semer le chaos. Ces mercenaires du pauvre, souvent jeunes et en grande précarité, deviennent les bras armés d'une guerre de l'information qui se joue dans nos rues. Mais qui sont vraiment ces exécutants et comment leur vulnérabilité est-elle exploitée à des fins de déstabilisation politique ?

Le nouveau visage des menaces hybrides

Depuis la fin de l'année 2023, le paysage sécuritaire français a subi une mutation silencieuse mais radicale. Les autorités judiciaires, de la procureure de Paris Laure Beccuau au procureur national antiterroriste Olivier Christen, ont sonné l'alarme : l'année 2026 marque une étape décisive dans la lutte contre l'ingérence étrangère et le retour en force du terrorisme d'État. Il ne s'agit plus simplement de cyberattaques ou d'espionnage diplomatique, mais d'actions concrètes sur le terrain, visant à fracturer la cohésion nationale.

La frontière entre le basculement dans la délinquance commune et la haute trahison devient poreuse. Pour le néophyte, distinguer un acte de vandalisme motivé par une idéologie politique d'une opération de déstabilisation commanditée de l'étranger peut sembler complexe, d'autant que les exécutants sur le terrain sont souvent loin d'être des espions de carrière. C'est précisément cette ambiguïté qui est recherchée par les commanditaires. En utilisant des méthodes « low cost » et des mains-d'œuvre corvéables à merci, les services hostiles espèrent brouiller les pistes et éviter les représailles diplomatiques lourdes, tout en maximisant l'impact psychologique sur la population.

L'adaptation du cadre juridique

La justice française a dû s'adapter à cette réalité hybride. Des textes juridiques récents ont créé des infractions spécifiques pour pallier la faiblesse des textes existants face à des actes qui relevaient auparavant du simple « bas du spectre », comme des dégradations matérielles. La circulaire du 21 janvier 2026 vient rappeler les frontières et les compétences entre les différents services, s'appuyant sur deux lois fondamentales : celle du 25 juillet 2024 qui crée une infraction propre, et celle du 23 mars 2019 qui complète le dispositif répressif. Désormais, le contexte de l'acte et son commanditaire potentiel sont pris en compte, transformant une simple inscription sur un mur en une affaire de sécurité nationale potentiellement lourde de conséquences.

Une menace européenne

Ce phénomène dépasse largement les frontières hexagonales. Ken Callum, le patron du MI5 britannique, a résumé la situation avec une précision saisissante lors d'une récente intervention : « Les ordres étaient russes. Mais les agents n'étaient pas des agents russes hautement entraînés. Ni même des agents russes peu entraînés. Ils se trouvaient être des ressortissants bulgares, motivés par l'argent. » Cette déclaration illustre parfaitement la nature du problème : des commanditaires étatiques qui externalisent leurs opérations de déstabilisation à des exécutants interchangeables, recrutés pour leur disponibilité et leur discrétion, non pour leurs convictions idéologiques.

Les profils des exécutants de l'ombre

Les enquêtes récentes menées par la police et la gendarmerie révèlent une diversité inquiétante dans les profils de ces « proxies ». On y retrouve à la fois des figures connues de la petite délinquance, mais aussi des jeunes totalement inexpérimentés, surnommés les « ados jetables », spécifiquement ciblés pour leur naïveté et leur manque d'antécédents judiciaires. L'objectif pour les recruteurs est simple : trouver des individus capables de passer inaperçus ou, au contraire, de se fondre dans le décor de la violence urbaine.

Le poids déterminant de la précarité

Le point commun majeur entre ces exécutants reste la situation économique précaire. Dans l'affaire des cercueils déposés devant la Tour Eiffel en juin 2024, les trois hommes interpellés présentaient des profils désocialisés. Le chauffeur, un Bulgare de 38 ans, a été payé une misère, à peine 120 euros, pour transporter la cargaison depuis la Belgique jusqu'à Paris. Ses deux complices, un Allemand de 25 ans et un Ukrainien de 17 ans, ont quant à eux accepté de déposer les cercueils remplis de plâtre pour 400 euros chacun.

Ces sommes, dérisoires au regard des risques pénaux encourus, suffisent à motiver des personnes en grande détresse financière. Pour ces individus, souvent sans emploi et sans domicile stable, une mission ponctuelle de quelques heures représente une aubaine, même si elle implique de commettre un délit. Cette vulnérabilité économique est le levier principal utilisé par les réseaux d'ingérence. Ils savent pertinemment que la désespérance pousse à accepter des missions que l'on refuserait en temps normal. Tous les interpellés dans ces affaires ont déclaré aux enquêteurs être « sans emploi et avoir besoin d'argent ».

Le ciblage systématique des mineurs

Plus inquiétant encore est l'utilisation croissante de mineurs ou de très jeunes adultes. Les services de renseignement étrangers, comme le FSB russe, n'hésitent pas à prospecter sur les plateformes de streaming, les jeux en ligne ou les réseaux sociaux. La méthode est insidieuse : elle commence par des missions anodines, comme coller des autocollants anti-OTAN, avant d'évoluer vers des actes graves, tels que des incendies criminels ou des dégradations de lieux de culte.

En Ukraine par exemple, sur plus de 700 arrestations liées à ce type d'activités depuis 2023, environ 25 % concernaient des mineurs. Ces chiffres illustrent l'ampleur du phénomène et la volonté délibérée des services étrangers de cibler une population jeune, plus vulnérable et plus facile à manipuler. En ciblant une jeunesse en quête de sens ou d'argent facile, ces réseaux jouent sur deux tableaux. D'une part, les mineurs bénéficient souvent d'une clémence judiciaire relative, ce qui en fait des exécutants « jetables » en cas d'arrestation. D'autre part, l'impact médiatique est renforcé lorsque la police interpelle de jeunes étudiants ou des adolescents.

Le recrutement numérique et ses pièges

L'époque des recruteurs de carte postale opérant dans l'ombre des bars louches est révolue. Le numérique est devenu le terrain de chasse privilégié pour ces organisations. Les méthodes de recrutement s'inspirent d'ailleurs de celles utilisées par les narcotrafiquants, qui ont professionnalisé l'approche des candidats à la délinquance via les messageries instantanées.

Les agences d'intérim clandestines

Comme l'ont révélé plusieurs enquêtes sur les réseaux de stupéfiants, des applications comme Snapchat et Telegram sont utilisées comme de véritables « agences d'intérim » clandestines. Les candidats potentiels sont contactés par des pseudonymes anonymes, tels que « Roger », et se voient proposer des missions rémunérées sans avoir besoin de CV ni d'entretien formel. La communication est brève, directe et souvent codée. Pour un guetteur ou un vendeur de nuit dans les réseaux de drogue, les promesses de gains rapides tournent autour de 150 à 300 euros par jour.

Pour les réseaux d'ingérence, le fonctionnement est similaire. Une fois le contact établi, la discussion migre souvent vers des messageries cryptées pour garantir l'anonymat des commanditaires. Les offres sont alléchantes pour des jeunes en galère : promesses de logement, paiements rapides en espèces ou en cryptomonnaies. Tout est fait pour rendre l'offre irrésistible et la rupture impossible une fois la mission acceptée. La réponse type sur le salaire est éloquente : « À la journée frérot. Tu as Snap, ça gère direct avec toi. »

La manipulation psychologique progressive

Le risque pour le jeune internaute est de ne pas toujours identifier la nature criminelle de la proposition. Contrairement à un cambriolage ou à un trafic de drogue, qui sont clairement identifiés comme illégaux, certaines missions de propagande peuvent sembler politiques ou idéologiquement justifiées à des esprits influençables. Le recruteur peut se présenter comme un militant d'une cause, transformant un acte de vandalisme en acte de résistance.

Cette manipulation lente permet de créer un lien de confiance. On commence par demander de partager une vidéo ou de poster un commentaire, puis de coller une affiche, et enfin de commettre une dégradation. L'escalade est progressive, rendant le jeune complice de plus en plus impliqué et difficilement rétractable. C'est un piège psychologique mortifère qui enferme des adolescents qui n'avaient, au départ, aucune intention de devenir les agents d'un service secret étranger. On passe ainsi de la simple activité en ligne à la commission d'actes de sabotage dans le monde réel, comme l'incendie de centres logistiques ou la pose de bombes artisanales.

Des opérations de déstabilisation emblématiques

Plusieurs dossiers judiciaires ont permis de mettre au jour l'ampleur de ce phénomène sur le territoire français. Depuis 2023, le parquet de Paris a ouvert pas moins de neuf enquêtes sur des actions d'ingérences étrangères. Ces affaires, parfois traitées rapidement par la presse, dessinent les contours d'une stratégie de déstabilisation méthodique. Elles montrent que les « proxies » ne sont pas une théorie complotiste, mais une réalité judiciaire tangible qui occupe pleinement les forces de l'ordre.

L'opération des cercueils à la Tour Eiffel

Le cas des cercueils déposés au pied de la Tour Eiffel reste l'un des plus flagrants. Ce samedi 1er juin 2024, vers 8 h 50, une camionnette blanche s'arrête près du monument emblématique parisien. Deux hommes en descendent et installent cinq cercueils drapés du drapeau français, portant la mention « Soldats français de l'Ukraine ». Ces cercueils contenaient en réalité des sacs de plâtre destinés à simuler des corps. Le message est clair et visuellement fort : tenter d'associer la politique française de soutien à l'Ukraine à la mort et aux funérailles.

L'enquête a rapidement démontré le caractère commandité de l'opération. Le chauffeur bulgare, arrivé de Bulgarie la nuit précédente, recruté pour sa simple capacité à conduire un véhicule, ne comprenait même pas les inscriptions sur les cercueils. Les deux exécutants, eux, se faisaient payer 400 euros pour un travail manuel de quelques minutes. Interpellés à la gare routière de Bercy alors qu'ils s'apprêtaient à prendre un bus pour Berlin, ils ont reconnu avoir touché cette somme. L'analyse des téléphones a révélé des liens avec des individus impliqués dans d'autres opérations de propagande, suggérant l'existence d'un réseau logistique transnational capable de monter des opérations « clé en main ».

L'affaire des mains rouges au Mémorial de la Shoah

Autre dossier troublant, celui des « mains rouges » taguées sur le Mur des Justes au Mémorial de la Shoah dans la nuit du 13 au 14 mai 2024. Ici, l'objectif était clairement de choquer et de raviver des tensions communautaires. Les tags représentaient des mains rouges, symbole du lynchage de deux soldats israéliens à Ramallah en 2000. Les auteurs présumés étaient trois ressortissants bulgares ne parlant pas un mot de français, évidemment étrangers à la signification historique et symbolique de leur acte. Un quatrième Bulgare est resté en fuite.

L'enquête a établi que l'équipe ayant peint ces mains rouges était également liée à l'affaire des cercueils. Certains de ces individus ont des connexions avec des milieux néonazis et entretiennent des liens connus avec des espions russes. Georgi Filipov, par exemple, a été extradé de Sofia vers la France le 18 octobre 2024. Ils jurent travailler pour la paix, mais agissent en réalité comme des agents provocateurs à la solde du Kremlin. Cette affaire illustre parfaitement l'utilisation de « proxies » idéologiques, souvent des marginaux d'extrême droite recyclés dans la guerre hybride russe.

La vague d'étoiles de David

En octobre 2023, une autre opération de même nature a ciblé plusieurs villes françaises. Des étoiles de David ont été taguées sur de nombreux murs, dans une évidente volonté de créer des tensions communautaires en lien avec le conflit au Proche-Orient. Un couple de Moldaves a été interpellé. Cette opération a été directement imputée aux services du FSB russe. Comme l'a déclaré Stéphane Séjourné, alors ministre des Affaires étrangères : « des commanditaires payés pour déstabiliser la France » étaient derrière ces actes.

Il est d'ailleurs notable que les profils des recrues évoluent. Si les Bulgares ont été très utilisés initialement, les réseaux russes se tournent désormais vers d'autres nationalités pour éviter les soupçons. C'est le cas de ces quatre hommes nés en Moldavie qui seront jugés pour avoir réalisé des tags représentant des cercueils, évoquant le conflit ukrainien. Leur procès, qui doit se tenir dès ce lundi, souligne la constance de ces tentatives de manipulation et la nécessité pour la justice de suivre ces mouvances.

Les commanditaires étrangers identifiés

Si les exécutants sont souvent des pions interchangeables, les commanditaires, eux, relèvent de la haute stratégie géopolitique. Les rapports des services de renseignement et les enquêtes journalistiques pointent du doigt des acteurs étatiques bien identifiés, principalement la Russie, l'Iran et, dans une moindre mesure, l'Algérie. Ces puissances utilisent la déstabilisation intérieure comme un levier de pression diplomatique.

Le modèle russe d'externalisation

La Russie semble être le chef de file de cette stratégie. Le modèle est celui de l'externalisation systématique : plutôt que d'envoyer des espions formés, Moscou utilise des ressortissants de pays tiers, souvent issus de l'Europe de l'Est, pour bénéficier d'une liberté de circulation totale au sein de l'espace Schengen. Bulgares, Moldaves, Allemands ou Ukrainiens peuvent se déplacer librement en France sans éveiller les soupçons.

Cette stratégie du « coupable idéal » permet au Kremlin de nier toute implication officielle en cas d'arrestation. Puisque les auteurs sont des Bulgares, des Moldaves ou des Allemands sans lien direct avec l'État russe, la dénégation plausible est assurée. De plus, l'usage de réseaux criminels préexistants permet de noyer les opérations d'ingérence dans un océan de délinquance banale, rendant le travail de contre-espionnage plus complexe. Les actions vont du simple tag au sabotage de sites industriels en passant par l'incendie de centres commerciaux ou d'usines d'armement.

La mécanique iranienne depuis 1979

L'Iran n'est pas en reste. Un travail indépendant du think-tank France2050, remis au Parlement et au ministère de l'Intérieur, décrit les réseaux mis en place par la République islamique depuis 1979. Intitulé « Espions, agents d'influence, voyous : la mécanique du chaos », ce document de 85 pages coordonné par les journalistes Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali détaille comment Téhéran a adapté ses méthodes au fil du temps.

La particularité iranienne réside dans l'ancienneté et la diversité de ses alliances : des organisations terroristes des années 80 comme l'ETA ou le Front populaire de libération de la Palestine, aux réseaux de criminalité organisée des années 2000. L'Iran vise particulièrement les milieux étudiants et les opposants politiques sur le sol français, cherchant à instaurer un climat de peur au sein de la diaspora et à diviser la société française sur des questions religieuses ou géopolitiques. Matthieu Ghadiri, un ex-agent infiltré des renseignements français dans les services iraniens, a témoigné de ces méthodes sophistiquées.

La réponse de l'État français

Face à cette menace polymorphe, la France n'est pas restée inactive. Au-delà des actions judiciaires, une réponse législative et institutionnelle se met en place pour tenter de colmater les brèches. Il s'agit d'un délicat exercice d'équilibre entre la nécessité de protéger la démocratie et le risque de restreindre les libertés publiques, notamment la liberté d'expression et de manifestation.

Un arsenal juridique renforcé

La loi du 25 juillet 2024 constitue une pierre angulaire de ce dispositif. Elle crée notamment une circonstance aggravante pour les atteintes aux biens et aux personnes commises pour le compte d'une puissance étrangère. Concrètement, cela signifie qu'un tag ou une dégradation commis sur ordre d'un service secret étranger sera jugé beaucoup plus sévèrement que le même acte commis par un délinquant ordinaire. Le but est de dissuader les « proxies » potentiels en leur faisant comprendre qu'ils ne risquent pas une simple amende, mais de lourdes peines de prison.

De plus, la loi prévoit la création d'un registre des activités d'influence étrangère, inspiré du modèle américain du FARA (Foreign Agents Registration Act) et du FIRS britannique. Toute personne travaillant pour le compte d'un mandant étranger dans le but d'influencer la décision publique devra désormais se déclarer auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Le non-respect de cette obligation est passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d'amende. Ce texte permet également d'étendre le gel des avoirs financiers aux personnes coupables d'ingérence étrangère.

La surveillance numérique encadrée

La réponse passe aussi par la technologie. Une expérimentation autorisée jusqu'au 30 juin 2028 permet l'utilisation de techniques algorithmiques pour détecter les ingérences étrangères sur les réseaux sociaux. Ces outils sont censés repérer les comportements coordonnés, les comptes bots ou les campagnes de manipulation massive de l'information.

Cependant, ces mesures suscitent des débats légitimes. Certains craignent que la lutte contre l'ingérence ne serve de prétexte à une surveillance généralisée de la jeunesse et des militants. La frontière entre un activisme politique légitime et une manœuvre de manipulation étrangère peut parfois être tenue. C'est tout l'enjeu du travail des services de renseignement, qui doivent faire la part des choses entre le bruit de fond de la contestation sociale et les signaux faibles de la manipulation extérieure.

Comment se protéger contre la manipulation

Pour les jeunes, souvent ciblés par ces réseaux, la meilleure arme reste l'éducation et la vigilance. Reconnaître une offre piégée est essentiel pour ne pas devenir, malgré soi, l'outil d'une puissance étrangère. Il existe des signaux d'alerte qui doivent faire suspecter une tentative de recrutement par un réseau d'ingérence.

Identifier les offres suspectes

Tout d'abord, la prudence est de mise si une proposition d'argent facile vient de l'inconnu, surtout sur des plateformes comme Telegram ou Snapchat. Les phrases comme « Tu veux gagner 100 euros en une heure ? » ou « Mission urgente, cash à la clé » sont des indicateurs forts. Aucun employeur sérieux, y compris pour des actions politiques légales, ne procède à des recrutements aussi opaques et rapides.

Il faut également se méfier de la demande d'anonymat. Si un recruteur exige que vous dissimuliez votre visage, que vous ne gardiez aucune trace écrite ou que vous utilisiez uniquement des cartes SIM jetables, c'est que l'activité est illégale. De même, les paiements en cryptomonnaies ou en espèces sans facture sont des révélateurs d'une fraude ou d'une activité clandestine. Le recruteur qui insiste pour que « ça gère direct avec toi » sur Snapchat sans aucune formalité administrative est un signe avant-coureur qu'il ne s'agit pas d'un job classique.

Comprendre les enjeux et réagir

Il est crucial de comprendre que ce n'est pas un « petit boulot » anodin. En acceptant une mission, on ne se rend pas seulement coupable d'une infraction, on devient un acteur d'une guerre psychologique qui vise à diviser les Français. Les conséquences judiciaires peuvent être lourdes, allant jusqu'à des poursuites pour terrorisme ou intelligence avec une puissance étrangère. Ce qui peut sembler être un jeu sans conséquence sur un écran peut avoir des répercussions réelles et durables sur la vie d'un individu et sur la sécurité nationale.

Si l'on est approché, la seule bonne réaction est de refuser et de signaler l'incident. Il existe des plateformes officielles, comme Pharos, qui permettent de signaler des contenus illicites ou des comportements suspects en ligne. Ne pas rester seul face à cette proposition est important : en parler à un adulte de confiance, un éducateur ou simplement un ami permet souvent de relativiser l'offre et de voir le piège tendu. La prise de conscience collective est le meilleur rempart contre ces tentatives de manipulation individualisées.

Conclusion

L'émergence de ces « proxies », ces vandales à la solde de puissances étrangères, met en lumière une facette sombre de notre société mondialisée. Elle révèle combien la précarité économique et la vulnérabilité de la jeunesse peuvent être instrumentalisées par des acteurs sans scrupules pour fracturer le tissu social français. Les jeunes, qu'ils soient en difficulté ou simplement en quête d'argent facile, sont devenus des cibles privilégiées dans cette guerre de l'information qui se joue aussi bien dans les rues que sur les écrans.

Face à ce phénomène, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit être aussi sociale et éducative. Il est impératif de déconstruire le mythe de l'argent facile et de révéler la réalité de ces manœuvres manipulatrices. Les affaires jugées, qu'elles concernent des Bulgares, des Moldaves ou d'autres nationalités, ne représentent que la partie émergée d'un iceberg bien plus vaste. En comprenant les mécanismes de ce commerce de la haine, en refusant de devenir les instruments du chaos, les citoyens, et particulièrement les plus jeunes, forment la première ligne de défense de la démocratie. La vigilance de chacun reste la meilleure arme contre ceux qui cherchent à diviser pour mieux régner.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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