Le ministère russe de la Défense utilise des compagnies aériennes civiles pour transporter du matériel militaire et approvisionner des industriels de défense sous sanctions. L'enquête « Russia's Shadow Airlift » de Dallas Analytics documente ce dispositif, avec des lettres de transport et dérogations d'État à l'appui.

Le pont aérien civil au service de l'armée
L'enquête identifie un réseau de vols cargo civils réguliers qui achemine électroniques, machines et biens à double usage vers la Russie. La compagnie JSC Aviacon Zitotrans apparaît comme un acteur clé, partenaire déclaré d'entreprises sanctionnées comme Almaz-Antey, UEC-Klimov et Kurganmashzavod.
Ce recours à l'aviation civile répond à une crise de capacité du transport militaire russe, liée aux sanctions. En avril 2022, la flotte aéronautique civile russe comptait 1 287 appareils, selon le programme gouvernemental approuvé par le Premier ministre Mishustin en juin 2022. Cette base donne au ministère de la Défense un socle logistique civil disponible, via des unités maintenues sur le registre civil.

Les biens partent d'intermédiaires vers des hubs tiers (EAU, Turquie, Asie centrale), où la documentation est modifiée pour masquer l'origine, avant réexportation vers la Russie. La marchandise arrive dans des usines comme Kupol à Ijevsk.
Transistors et codeurs occidentaux dans les drones Geran
Comme l'ont rapporté DW et Euronews, le renseignement militaire ukrainien (GUR) et son portail War&Sanctions recensent 137 composants d'origine allemande dans du matériel militaire russe. Huit à douze transistors allemands, surtout d'Infineon, équipent le système de commande de chaque drone Geran-2 et suivants. Selon le GUR, pour l'objectif russe de 40 000 drones par an, cela représenterait près d'un demi-million de transistors.
Un codeur rotatif du groupe autrichien ams-OSRAM, fabriqué en 2024 après les restrictions d'exportation, a été retrouvé dans un Geran-2 produit par l'usine Kupol. Le fabricant indique l'avoir livré en juillet 2024 à une société de Hong Kong, qui l'a réexporté vers une entreprise chinoise présentée comme utilisateur final. Ces composants parviennent donc par des chaînes de réexportation qui dissimulent la destination réelle.
Les drones Geran sont utilisés dans les attaques contre l'Ukraine, où la guerre fait aussi des victimes civiles, comme lors de la frappe ukrainienne sur Voronej ayant fait cinq morts.
Sanctions européennes : 21e paquet et limites
Selon le communiqué du Conseil de l'UE, l'Union européenne a adopté le 21e paquet de sanctions le 23 juillet 2026. Il cible 56 acteurs du complexe militaro-industriel russe, dont 37 liés directement aux drones de longue portée, et ajoute 51 entités (en Chine, Hong Kong, Inde, Kazakhstan, Kirghizstan, Turquie, Émirats) aux restrictions renforcées sur les biens à double usage, notamment en microélectronique.
Kaja Kallas a annoncé le 17 août 2026 dans Die Welt, relayé par Economie Matin, un 22e paquet pour l'automne 2026. Il augmenterait d'environ un tiers le nombre d'entités visées, passant de 3 000 à 4 000. Elle affirme que les sanctions ont déjà privé la machine de guerre russe de plus de 1 000 milliards d'euros. L'efficacité réelle de ces mesures reste contestée, car le contournement par pays tiers persiste et des pièces datées de 2024 continuent d'être retrouvées dans l'armement russe.
Le 21e paquet étend les interdictions d'exportation à des articles spécifiques aux drones (équipements de soutien, servomoteurs, systèmes de terminaison de vol). Pourtant, le flux de composants occidentaux ne s'interrompt pas. La guerre économique se heurte à la capacité d'adaptation russe, illustrée par l'usage d'avions civils et de sociétés-écrans, alors que les frappes au sol comme la frappe sur Voronej rappellent le coût humain du conflit.