L'actualité britannique traverse une secousse sans précédent. Ce lundi 23 février 2026, Peter Mandelson, figure emblématique du Parti travailliste et ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, a été arrêté par la police londonienne dans le cadre d'une enquête sur ses liens présumés avec Jeffrey Epstein. Cette arrestation intervient seulement quatre jours après celle, tout aussi spectaculaire, de l'ancien prince Andrew. Mais au-delà des gros titres, que sait-on réellement de cette affaire qui agite la classe politique britannique et suscite tant de questions sur les réseaux de pouvoir ?

Qui est Peter Mandelson, le stratège de l'ombre du Labour ?
Pour comprendre l'ampleur de cette affaire, il faut d'abord saisir qui est Peter Mandelson. Ce nom ne dit peut-être rien aux jeunes Français, mais au Royaume-Uni, il incarne depuis un demi-siècle l'art de la politique et du pouvoir dans l'ombre.
Un héritage politique familial
Peter Mandelson, 72 ans, n'est pas n'importe qui. Petit-fils d'Herbert Morrison, figure majeure du Parti travailliste britannique de l'après-guerre, il a grandi dans un bain politique qui allait façonner son destin. Qui est Peter Mandelson, le stratège devenu ambassadeur ? Son pedigree familial l'a prédestiné à une carrière au service du Labour, qu'il a servi avec une loyauté et une ambition rare.
Élu député de Hartlepool en 1992, il a rapidement gravi les échelons pour devenir l'un des architectes du New Labour aux côtés de Tony Blair et Gordon Brown. C'est lui qui a orchestré la campagne électorale victorieuse de 1997, qui a porté Blair au pouvoir pendant dix ans. Son surnom de « prince des ténèbres » ou de « gémeau maléfique » témoigne de sa réputation de stratège redoutable, capable de manipuler les médias et les opinions avec une précision chirurgicale.

Une carrière sous les projecteurs
Son parcours est impressionnant : multiples postes ministériels sous Blair et Brown, commissaire européen au commerce entre 2004 et 2008, puis ambassadeur à Washington de décembre 2024 à septembre 2025. Ce dernier poste, couronnement d'une carrière exceptionnelle, s'est transformé en cauchemar lorsque ses liens avec Jeffrey Epstein ont été exposés au grand jour.
En février 2026, Mandelson a quitté le Parti travailliste et démissionné de la Chambre des Lords, un geste prémonitoire qui laissait présager l'orage à venir. Son arrestation ce lundi confirme que les nuages qui s'accumulaient au-dessus de sa tête étaient bien plus sombres que ce que l'on imaginait.
Les circonstances troublantes de l'arrestation
Lundi 23 février 2026, vers la tombée du jour, les caméras de télévision ont filmé une scène inédite dans les rues de Londres. Peter Mandelson a été conduit hors de son domicile de Camden, dans le nord de la capitale britannique, par des policiers en civil.

Une interpellation sous les yeux des médias
La Metropolitan Police de Londres a confirmé avoir arrêté un homme de 72 ans pour « soupçon de misconduct in public office » — un délit grave qui désigne le comportement illégal d'un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions. Si la police n'a pas nommé Mandelson, conformément au protocole britannique qui protège la présomption d'innocence, les images télévisées ne laissaient aucun doute sur l'identité de l'interpellé.
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer dans une affaire de cette envergure, Mandelson n'était pas menotté. Il a simplement été conduit vers une voiture banalisée qui l'a emmené vers un poste de police pour être interrogé. Cette apparente courtoisie contraste avec la gravité des accusations qui pèsent sur lui.
Deux perquisitions simultanées
La police a également exécuté deux mandats de perquisition : un à son domicile de Camden et un autre dans le Wiltshire, une campagne anglaise où il posséderait une résidence secondaire. Ces perquisitions visent probablement à saisir des documents, des appareils électroniques ou tout autre élément susceptible d'éclairer les enquêteurs sur les relations entre Mandelson et Epstein.
Selon les informations disponibles, Mandelson a été libéré ultérieurement, mais l'enquête se poursuit. Au Royaume-Uni, une libération sous le statut « under investigation » signifie que la police conserve des soupçons et peut rappeler la personne pour des interrogatoires supplémentaires, voire la mettre en accusation ultérieurement.

L'affaire Epstein : un scandale aux ramifications mondiales
Pour comprendre pourquoi Mandelson se trouve aujourd'hui dans le collimateur de la justice britannique, il faut revenir sur l'affaire Epstein, ce scandale qui continue de secouer le monde des élites politiques et financières. Affaire Epstein : 30 ans de scandale, secrets et impunité
Jeffrey Epstein, le financier maudit
Jeffrey Epstein était un financier américain qui a bâti sa fortune et son réseau d'influence dans l'ombre. Mais c'est après sa mort en 2019 dans sa cellule de prison — officiellement un suicide — que l'ampleur de ses crimes a commencé à être pleinement révélée. Accusé de trafic sexuel de mineures, il aurait organisé pendant des décennies un système sophistiqué d'exploitation de jeunes filles, certaines n'ayant que 14 ans.
Son carnet d'adresses était un véritable « who's who » mondial : anciens présidents américains, membres de dynasties royales, dirigeants de multinationales, célébrités du spectacle et figures politiques de premier plan. Tous étaient des visiteurs réguliers de ses résidences somptueuses, notamment son manhattanais de Manhattan et son île privée aux Caraïbes, surnommée « l'île du péché ».
La publication sans précédent des fichiers Epstein
Le 30 janvier 2026, le Département de la Justice américain a publié plus de 3 millions de pages de documents supplémentaires relatifs à l'affaire Epstein, portant le total à 3,5 millions de pages. Ce déversement massif d'informations fait suite à l'Epstein Files Transparency Act, une loi signée par le président Donald Trump en novembre 2025 qui obligeait le gouvernement à rendre publics ces documents.
Ces fichiers comprennent plus de 2 000 vidéos, 180 000 images, des courriels, des registres de vols et des documents financiers. Plus de 500 avocats ont participé à cette opération de déclassification sans précédent. C'est dans cette masse considérable d'informations que les enquêteurs britanniques ont trouvé des éléments qui les ont conduits jusqu'à Peter Mandelson.
Les liens documentés entre Mandelson et Epstein
Contrairement à de simples rumeurs, les connexions entre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein sont étayées par des documents tangibles qui ont été rendus publics dans le cadre des fichiers Epstein.

Des preuves financières accablantes
Les documents financiers déclassifiés montrent qu'Epstein a payé au moins deux voyages de Mandelson en 2003, pour un total de plus de 7 400 dollars (environ 5 400 livres à l'époque). Les premiers paiements datent du 4 avril 2003, ce qui suggère une relation bien établie entre les deux hommes à cette époque.
Dans un autre échange daté de 2005, Mandelson se plaint à Epstein de manquer de miles British Airways pour un voyage. Epstein propose alors de payer son vol vers les Caraïbes. Ce genre de faveur personnelle pose question lorsqu'elle émane d'un homme d'affaires aussi controversé.
Une amitié affichée sans complexe
Plus troublant encore : Mandelson a qualifié Epstein de « meilleur ami » dans un livre d'anniversaire de dix pages réalisé pour les 50 ans du financier. Cette déclaration, conservée dans les archives saisies après la mort d'Epstein, témoigne d'une proximité bien plus grande que ce que Mandelson a toujours reconnu publiquement.
La veille de l'incarcération d'Epstein en 2008 pour des chefs d'accusation liés à la prostitution de mineures, Mandelson lui a écrit : « je pense le monde de toi ». Ce message, envoyé au moment où Epstein était sur le point d'être condamné, révèle une relation qui transcendait les frontières de la simple connaissance professionnelle.
Des courriels au cœur de l'enquête
Les derniers fichiers publiés par le Département de la Justice américain incluent des correspondances électroniques prétendument échangées entre Mandelson et Epstein. C'est précisément ces communications qui sont au cœur de l'enquête britannique actuelle. Les enquêteurs cherchent à déterminer si Mandelson a transmis des informations confidentielles du gouvernement britannique à Epstein lorsqu'il était ministre entre 2008 et 2010, période correspondant au sommet de la crise bancaire mondiale.
L'accusation de « misconduct in public office »

L'expression « misconduct in public office » peut sembler abstraite pour un public français. Il s'agit pourtant d'un délit extrêmement grave dans le système juridique britannique, qui peut entraîner des peines de prison substantielles.
Une infraction mal définie mais sévère
Ce délit relève de la « common law » britannique, c'est-à-dire qu'il n'est pas défini par un texte de loi précis mais par la jurisprudence accumulée au fil des siècles. Fondamentalement, il sanctionne un fonctionnaire qui abuse de sa position de manière délibérée et injustifiée, portant ainsi atteinte à la confiance publique.
Dans le cas de Mandelson, les enquêteurs soupçonnent qu'il ait transmis à Epstein des informations confidentielles relatives au gouvernement britannique, potentiellement des documents commerciaux ou diplomatiques sensibles. Si ces accusations étaient prouvées, elles constitueraient une violation grave de son devoir de ministre et de la confiance placée en lui par l'État.
Le contexte crucial de la crise financière
Il est important de noter que la période visée par l'enquête — 2008 à 2010 — correspond au pic de la crise financière mondiale. En tant que membre du Cabinet britannique, Mandelson avait accès à des informations extrêmement sensibles sur les plans de sauvetage bancaires, les négociations commerciales internationales et les stratégies économiques du gouvernement. Transmettre de telles informations à un tiers, particulièrement à un financier international comme Epstein, aurait pu avoir des conséquences considérables.
La réaction ferme du Premier ministre Keir Starmer

Face à ce scandale qui éclabousse son parti, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a dû réagir. Et sa réaction a été à la hauteur de la tempête médiatique.
Des excuses publiques aux victimes
Keir Starmer a présenté des excuses publiques aux victimes d'Epstein pour avoir cru aux « mensonges » de Mandelson et l'avoir nommé ambassadeur aux États-Unis. Dans une déclaration solennelle, il a affirmé que personne ne connaissait « la profondeur et l'obscurité » de la relation entre Mandelson et Epstein.
Le Premier ministre a révélé que Mandelson avait menti lors du processus de vérification en décembre 2024, avant sa nomination comme ambassadeur. Il aurait minimisé la nature de sa relation avec Epstein, nié avoir séjourné chez lui après sa condamnation en 2009, et caché les cadeaux reçus de sa part. Starmer l'a licencié en septembre 2025 lorsque la vérité a commencé à émerger.
Le principe fondamental de l'égalité devant la loi
Interrogé sur l'affaire Andrew peu avant l'arrestation de l'ancien prince, Starmer avait déclaré que « personne n'est au-dessus des lois ». Il a souligné que ce principe était « très important » et devait « s'appliquer dans cette affaire de la même manière qu'il le ferait dans n'importe autre cas ».
Cette déclaration, faite avant l'arrestation de Mandelson, prend aujourd'hui une résonance particulière. Elle suggère que le gouvernement ne protégera pas ses propres membres s'ils sont impliqués dans des affaires liées à Epstein. Le Premier ministre a également indiqué que quiconque disposait d'informations pertinentes devrait témoigner, « qu'il s'agisse d'Andrew ou de n'importe qui d'autre ».
L'arrestation historique de l'ancien prince Andrew
L'arrestation de Peter Mandelson intervient dans un contexte déjà extrêmement tendu au Royaume-Uni. Quatre jours plus tôt, le 19 février 2026, l'ancien prince Andrew a été arrêté dans des circonstances similaires. Andrew et Epstein : les policiers londoniens gardaient le dîner de 2010
Un événement sans précédent pour la monarchie
L'arrestation d'Andrew Mountbatten-Windsor, le frère du roi Charles III, a constitué un événement historique dans la Grande-Bretagne moderne. Arrêté le jour de son 66e anniversaire, il a été conduit au poste de police pour le même chef d'accusation que Mandelson : « misconduct in public office ».
Les policiers de la Thames Valley Police sont arrivés tôt le matin à sa résidence du domaine de Sandringham, dans le Norfolk. Une douzaine d'officiers en voitures banalisées ont procédé à l'arrestation, tandis que des perquisitions étaient menées à Royal Lodge, son ancienne résidence à Windsor, ainsi qu'à Sandringham. Andrew a été détenu plusieurs heures avant d'être « libéré sous investigation », comme Mandelson quelques jours plus tard.
Des révélations accablantes issues des fichiers
L'enquête sur Andrew se fonde sur des communications extraites des fichiers Epstein qui semblent montrer que l'ancien prince a transmis des documents potentiellement confidentiels à Epstein lorsqu'il servait comme envoyé commercial du gouvernement britannique entre 2001 et 2011. Un courriel de novembre 2010 montrerait ainsi Andrew partageant avec Epstein des rapports sur le Vietnam, Hong Kong, Shenzhen et Singapour, suite à une visite officielle en Asie.
Le roi Charles III a réagi par une déclaration personnelle rare, affirmant que « la loi doit suivre son cours » et promettant la « coopération totale et sans réserve » de la famille royale avec les autorités. Andrew, qui avait déjà été privé de tous ses titres et honneurs en 2025 en raison de son amitié avec Epstein, a toujours nié toute faute.
La réaction américaine et les appels à la justice
Les arrestations britanniques ont suscité des réactions immédiates aux États-Unis, où les législateurs réclament désormais que tous les associés d'Epstein rendent des comptes.
Les membres du Congrès pressent l'action
Le représentant républicain Thomas Massie, co-auteur de la loi qui a contraint le Département de la Justice à publier les fichiers Epstein, a réagi promptement sur les réseaux sociaux : « Le prince Andrew vient d'être arrêté. Maintenant, nous avons besoin de justice aux États-Unis. »
Son collègue démocrate Ro Khanna, de Californie, a renchéri en déclarant que « même les princes ne sont pas au-dessus des lois ». Il a rappelé que la publication forcée d'un courriel montrant qu'Andrew aurait partagé des informations d'État avec Epstein avait contribué à son arrestation.
La représentante républicaine Nancy Mace, qui avait été la seule membre du Congrès à réclamer publiquement l'arrestation de l'ancien prince, a déclaré : « Qui sera le prochain ? Nous ne nous arrêterons pas tant que chaque co-conspirateur, chaque complice et chaque personnage puissant qui s'est caché derrière sa richesse et ses connections sera tenu pleinement responsable. »
L'appel à témoigner devant le Congrès
Le congressman Suhas Subramanyam, président démocrate du Comité de surveillance de la Chambre, a indiqué que les législateurs américains voulaient entendre l'ancien prince. « S'il n'a rien fait de mal, alors il devrait blanchir son nom », a-t-il déclaré à la BBC, ajoutant qu'il était prêt à se rendre au Royaume-Uni si nécessaire.
Pour de nombreuses victimes d'Epstein, ces arrestations représentent une forme de reconnaissance longtemps attendue. Subramanyam a noté que « beaucoup de victimes ont été soulagées de le voir perdre son titre », car elles savaient « à quel point il était impliqué avec Epstein et Maxwell » et avaient constaté « un manque de responsabilité pour les gens riches et puissants » pendant des décennies.
Les questions cruciales qui demeurent
Alors que l'enquête se poursuit, de nombreuses interrogations demeurent sur l'affaire Mandelson et ses implications plus larges pour la démocratie britannique.
Quelles informations ont été transmises ?
La question centrale de l'enquête porte sur la nature exacte des informations que Mandelson aurait pu transmettre à Epstein. S'agissait-il de simples potins politiques sans conséquence ? De documents commerciaux sensibles pouvant donner un avantage indû à Epstein dans ses transactions financières ? Ou pire, d'informations relatives à la sécurité nationale ou aux négociations diplomatiques en cours ? La réponse à cette question déterminera la gravité des accusations qui pourraient être portées contre lui.
Qui d'autre pourrait être concerné ?
Les fichiers Epstein contiennent des millions de pages de documents. Chaque semaine apporte son lot de nouvelles révélations. Les arrestations d'Andrew et de Mandelson suggèrent que l'enquête britannique est loin d'être terminée. D'autres personnalités politiques ou royales pourraient-elles être dans le viseau des enquêteurs ? Le président Trump a d'ailleurs commenté l'affaire en déclarant que c'était « très triste pour la famille royale » tout en notant que « personne ne parlait d'Epstein quand il était vivant, mais maintenant ils en parlent ».
Quelles conséquences pour les victimes d'Epstein ?
Au-delà des péripéties politiques, il ne faut pas oublier les vraies victimes de cette affaire : les jeunes femmes et filles exploitées par Epstein et son réseau. Pour elles, ces arrestations représentent une forme de reconnaissance, même tardive, des souffrances endurées. Leurs témoignages courageux, combinés au travail acharné des législateurs américains pour déclassifier les documents, ont finalement porté leurs fruits. Mais la justice sera-t-elle vraiment complète ?
Conclusion
L'arrestation de Peter Mandelson marque un tournant dans l'histoire politique britannique récente. Ce stratège qui a façonné le New Labour et occupé les plus hautes fonctions de l'État se retrouve aujourd'hui soupçonné d'avoir trahi la confiance publique en entretenant des relations troubles avec l'un des criminels sexuels les plus notoires de l'histoire moderne.
Cette affaire nous rappelle que les réseaux de pouvoir et d'influence ne sont pas imperméables à la justice. Les millions de documents déclassifiés dans le cadre de l'affaire Epstein continuent de révéler leurs secrets, et nul ne sait qui sera le prochain à devoir rendre des comptes. Pour les jeunes générations, c'est un rappel important : la richesse, le statut et les connections ne constituent plus une protection absolue contre les conséquences de ses actes.
L'enquête sur Peter Mandelson n'en est qu'à ses débuts. Il appartient maintenant à la justice britannique de faire la lumière sur ces accusations graves et, le cas échéant, de tenir responsable celui qui fut l'un des hommes les plus puissants du Royaume-Uni. Une chose est certaine : les secousses qui agitent actuellement la classe dirigeante britannique sont loin d'être terminées, et le monde entier regarde avec attention comment la démocratie britannique fera face à ce test historique de sa crédibilité.