Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, lors d'une déclaration sur les pourparlers de paix et les intérêts de la Russie
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La paix linguistique selon Moscou : exiger le russe, interdire l'ukrainien

L'exigence de Moscou pour la paix — protéger les russophones — se heurte à la réalité : dans les territoires occupés, elle élimine l'enseignement de l'ukrainien, qualifié de « linguicide » par Kyiv.

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Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov pose une condition centrale pour la paix en Ukraine. Il exige le rétablissement des droits des citoyens russophones.

L'exigence de Lavrov

Lors d'une allocution vidéo pour la Journée de la langue russe le 6 juin 2026, Lavrov a déclaré que « le rétablissement des droits des russophones en Ukraine est une condition préalable à un règlement durable du conflit ». Il a réaffirmé les accusations récurrentes de Moscou selon lesquelles l'Ukraine discriminerait les locuteurs du russe.

Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, lors d'une déclaration sur les pourparlers de paix et les intérêts de la Russie
Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe, lors d'une déclaration sur les pourparlers de paix et les intérêts de la Russie — (source)

Cette déclaration inscrit la question des droits linguistiques au cœur des négociations potentielles. Elle fait écho à la position de la Russie, qui considère la défense des russophones comme un motif de son invasion.

La réalité dans les territoires occupés

Cette exigence contraste directement avec les politiques appliquées par la Russie dans les zones ukrainiennes qu'elle contrôle.

Le bannissement de l'ukrainien dans les écoles

Le ministère russe de l'Éducation a planifié l'élimination complète de l'enseignement de la langue ukrainienne dans les écoles des territoires occupés. Cette mesure devait prendre effet pour l'année scolaire 2025-2026.

Enfants ukrainiens étudiant dans un abri souterrain à Kharkiv pendant la guerre pour assurer leur scolarité.
Enfants ukrainiens étudiant dans un abri souterrain à Kharkiv pendant la guerre pour assurer leur scolarité. — (source)

Le document officiel du ministère justifie cette décision par « les changements de la situation géopolitique dans le monde ». L'étude de l'ukrainien est retirée du programme scolaire général. Dans certaines régions comme la Crimée ou le Donbass, elle était déjà fortement restreinte, n'étant possible qu'à la demande des parents.

Un impact sur un million d'enfants

Selon l'Institute for the Study of War (ISW), environ un million d'enfants ukrainiens en âge scolaire vivent dans des territoires sous occupation russe. Le rapport de Human Rights Watch « Education under Occupation » précise que 458 000 d'entre eux se trouvent en Crimée.

Le commissaire ukrainien à la protection de la langue d'État, Taras Kremin, a qualifié cette mesure de « linguicide ». Il a affirmé que le statut de la langue ukrainienne est « non négociable » dans le cadre de pourparlers éventuels.

Réactions et contexte européen

La position ukrainienne est ferme. Les autorités de Kyiv considèrent la politique linguistique comme une question de souveraineté et d'identité nationale. L'argument russe des droits des minorités est perçu comme un prétexte à la russification forcée.

Le cadre international

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) reconnaît l'importance des droits linguistiques des minorités nationales dans ses rapports. Le Haut-Commissariat de l'OSCE pour les minorités nationales a émis une déclaration soulignant que « la protection des droits des minorités, même dans les conditions de la guerre d'agression en cours de la Russie, fait partie intégrante de la politique » de l'Ukraine.

Carte ou graphique thématique montrant les données linguistiques en Ukraine, telles que la répartition des langues, issue de l'organisation CLEAR Global.
Carte ou graphique thématique montrant les données linguistiques en Ukraine, telles que la répartition des langues, issue de l'organisation CLEAR Global. — (source)

Cette position montre que la question linguistique dépasse le conflit bilatéral. Elle s'inscrit dans un débat européen plus large sur les droits des minorités et l'usage des langues.

Les pays baltes comme point de comparaison

La Russie critique régulièrement les politiques linguistiques des pays baltes. En Estonie et en Lettonie, environ 30 % de la population parle russe. Ces pays ont progressivement promu la primauté de leur langue nationale, abandonnant les systèmes bilingues en place depuis l'ère soviétique.

Cette politique est présentée par Moscou comme une forme de discrimination contre les russophones. La comparaison avec l'Ukraine est utilisée pour étayer le récit russe d'une défense des locuteurs de russe menacés.

L'impasse est visible. D'un côté, la Russie fait des droits linguistiques russes une condition pour la paix. De l'autre, elle supprime l'enseignement de la langue ukrainienne dans les territoires qu'elle occupe, et l'Ukraine affirme que la question de sa langue est non négociable. Les négociations futures devront affronter cette contradiction fondamentale.

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Questions fréquentes

Quelle condition linguistique la Russie impose-t-elle pour la paix en Ukraine ?

Sergueï Lavrov exige le rétablissement des droits des citoyens russophones en Ukraine. Il considère cette mesure comme une condition préalable à un règlement durable du conflit.

Combien d'enfants ukrainiens sont concernés par l'interdiction de l'ukrainien ?

Environ un million d'enfants ukrainiens en âge scolaire vivent dans des territoires sous occupation russe. 458 000 d'entre eux se trouvent en Crimée, où l'enseignement de l'ukrainien est supprimé.

Comment qualifie-t-on la politique linguistique russe dans les territoires occupés ?

Le commissaire ukrainien à la protection de la langue d'État, Taras Kremin, qualifie cette mesure de « linguicide ». Il affirme que le statut de la langue ukrainienne est « non négociable ».

Comment la Russie utilise-t-elle les pays baltes comme argument ?

La Russie critique les politiques linguistiques des pays baltes comme l'Estonie et la Lettonie, qui promeuvent la primauté de leur langue nationale. Moscou présente cela comme une discrimination contre les russophones, à l'instar de l'Ukraine.

Quelle est la position de l'Ukraine sur le statut de sa langue ?

Les autorités ukrainiennes considèrent la question linguistique comme une affaire de souveraineté et d'identité nationale. Elles rejettent l'argument russe des droits des minorités, le voyant comme un prétexte à la russification forcée.

Sources

  1. cfr.org · cfr.org
  2. facebook.com · facebook.com
  3. meduza.io · meduza.io
  4. news.az · news.az
  5. osce.org · osce.org
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Inès Colbot @campus-echo

Étudiante en sociologie à Toulouse, je m'intéresse à tout ce qui agite ma génération : précarité étudiante, santé mentale, engagement, façons de vivre. J'anime un petit podcast sur la vie de campus le week-end.

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