Alexeï Jouravlev, député de la Douma d'État de la Fédération de Russie, prenant un selfie dans une salle d'assemblée, en costume bleu et cravate rouge.
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« Même 50 % » : comment un député russe appelle à exterminer des Ukrainiens sans être inquiété

Un député russe, premier vice-président de la commission de la défense, appelle à « exterminer » jusqu'à 50 % des Ukrainiens sans aucune conséquence.

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Le 7 juillet 2026, Alexeï Jouravliov, député à la Douma et premier vice-président de la commission de la défense, a déclaré lors d'une interview qu'il serait « souhaitable » d'exterminer jusqu'à la moitié de la population ukrainienne pour « éradiquer le nazisme ». Un mois plus tard, le même homme faisait exclure par la Cour suprême russe le seul parti antiguerre encore autorisé à concourir aux législatives de septembre. Portrait d'un élu dont la violence verbale n'est pas un incident isolé, mais un rouage du système politique russe.

Portrait d'Alexeï Jouravliov, député russe et président du parti Rodina, en costume sombre et cravate à motifs, regardant hors champ.
Portrait d'Alexeï Jouravliov, député russe et président du parti Rodina, en costume sombre et cravate à motifs, regardant hors champ. — (source)

Qui est Alexeï Jouravliov, le député qui appelle à tuer des civils ?

Alexeï Jouravliov n'est pas un marginal. Né en 1962 à Voronej, diplômé en physique des métaux, il siège à la Douma depuis 2011 et préside depuis 2012 le parti nationaliste Rodina. Surtout, il occupe depuis fin 2021 le poste de premier vice-président de la commission de la défense du Parlement russe, une fonction qui lui donne une tribune régulière sur les plateaux de télévision d'État.

Son parcours est émaillé de déclarations extrêmes. En 2013, il proposait déjà de retirer leurs droits parentaux aux homosexuels. En août 2022, il appelait à tuer le correspondant du journal allemand Bild Björn Stritzel. En mai 2022, il suggérait d'utiliser le missile « Satan-2 » pour « détruire toute la côte est des États-Unis ». Plus récemment, en janvier 2026, il proposait de couler « à la torpille » les bateaux américains.

Le député est sanctionné par l'Union européenne depuis février 2022 et par le Royaume-Uni depuis mars 2022. Le Service de sécurité ukrainien (SBU) a ouvert une enquête criminelle contre lui début 2026 pour « participation à des groupes paramilitaires » et « propagande en faveur de l'agression », une procédure qui peut mener à la perpétuité. Le SBU le décrit comme un acteur « clé » de la diffusion de l'information du Kremlin, « participant aux émissions des chaînes de télévision de propagande depuis le front ».

Son parti Rodina n'a jamais franchi le seuil des 5 % nécessaire pour entrer à la Douma lors des scrutins proportionnels. Mais cette faiblesse électorale ne l'a pas empêché de devenir un invité régulier des médias d'État, où il sert de caisse de résonance à la rhétorique de guerre.

« Même 50 %, ils doivent être exterminés » : la déclaration et son contexte

Les propos du 7 juillet ont été tenus lors d'une interview sur la chaîne YouTube « Mironov De-Facto », animée par l'avocat nationaliste Ivan Mironov. Ce dernier interroge le député sur la proportion de « nazis » en Ukraine.

Jouravliov répond que leur part serait passée d'environ 2 % à « peut-être 20-30 % ». Lorsque Mironov lui demande s'il faut tous les exterminer, le député répond : « Ce serait souhaitable. Tous les nazis doivent être exterminés. Absolument tous. Vous comprenez, même s'ils sont cinquante — même cinquante pour cent — ils doivent être exterminés. Pour que cette infection n'existe plus, pour que personne ne nous menace. »

Il précise ensuite son critère : « S'il a une mitrailleuse, oui, il faut l'éliminer. Qu'y a-t-il à distinguer ? Si vous le voyez, tuez-le. » Et d'ajouter : « Si vous ne voulez pas changer, vous devez être soit expulsés, soit détruits. »

Alexeï Jouravlev, député de la Douma d'État de la Fédération de Russie, prenant un selfie dans une salle d'assemblée, en costume bleu et cravate rouge.
Alexeï Jouravlev, député de la Douma d'État de la Fédération de Russie, prenant un selfie dans une salle d'assemblée, en costume bleu et cravate rouge. — (source)

La définition du « nazi » est extensible. Comme le souligne United24 Media, la plateforme officielle ukrainienne, dans la propagande d'État russe, le terme « nazisme » est « systématiquement redéfini pour viser toute expression d'identité ukrainienne indépendante ou de souveraineté nationale ». Autrement dit, quiconque soutient l'existence d'une Ukraine séparée de la Russie, promeut la langue ukrainienne ou l'intégration euro-atlantique peut être qualifié de « nazi ».

L'interview s'achève de manière brutale. Mironov cite au député sa propre phrase — « Celui pour qui la vie est une valeur est un traître » — et lui demande pourquoi il ne va pas lui-même au front. Jouravliov, furieux, quitte l'entretien en pleine colère, comme l'ont rapporté plusieurs médias ukrainiens.

Ce n'est pas la première fois que le député tient ce type de propos. Moins d'un mois plus tôt, en juin 2026, il déclarait sur la radio Komsomolskaya Pravda : « Je détruirais Sloviansk et Kramatorsk avec leurs habitants », appelant à raser ces villes du Donbass avec leurs civils.

Pourquoi ces propos restent-ils sans conséquence ?

À ce jour, aucune réaction officielle des autorités russes ni des organisations internationales n'a été enregistrée à la suite de la déclaration du 7 juillet. Aucune publication de TASS ou de RIA Novosti, les deux principales agences d'État, ne la mentionne. Le silence est total.

Une loi qui ne s'applique pas à tout le monde

La Russie dispose pourtant d'un texte qui pourrait viser de tels propos. L'article 282 du Code pénal punit « l'incitation à la haine ou à l'inimitié » et « l'humiliation de la dignité humaine », avec des peines allant de 300 000 à 600 000 roubles d'amende et jusqu'à six ans de prison en cas de violence ou de menace.

En pratique, cet article est appliqué de manière asymétrique. Depuis février 2022, l'organisation OVD-Info documente 730 suspects ou condamnés dans des affaires pénales liées à des propos anti-guerre, et plus de 19 700 interpellations liées aux protestations. De nouveaux articles du Code pénal, comme le 280.3 sur le « discrédit des forces armées », ont été créés spécifiquement pour pénaliser les appels à mettre fin à la guerre et la diffusion d'informations non conformes aux rapports officiels.

Aucun responsable politique tenant des propos génocidaires n'a en revanche été poursuivi sur la base de l'article 282.

Portrait du député russe Alexeï Jouravlev, président du parti Rodina, en costume bleu marine à fines rayures, ajustant sa cravate, avec le filigrane TASS
Portrait du député russe Alexeï Jouravlev, président du parti Rodina, en costume bleu marine à fines rayures, ajustant sa cravate, avec le filigrane TASS — (source)

Les médias d'État font le tri

Le traitement médiatique illustre ce double standard. Le 7 août 2026, TASS couvre Jouravliov à propos de son recours devant la Cour suprême pour exclure le parti Iabloko des élections législatives. L'agence d'État cite le député sans difficulté.

En revanche, la déclaration du 7 juillet — celle où il appelle à exterminer jusqu'à la moitié de la population ukrainienne — n'a fait l'objet d'aucune publication des agences d'État. Elle a été relayée par The Moscow Times, le Kyiv Post, United24 Media et, en France, par L'Indépendant. Les médias russes d'État, eux, l'ont ignorée.

Une rhétorique qui s'inscrit dans un système

Jouravliov n'est pas un cas isolé. Le projet « Tracking Russia's Eliminationist Rhetoric Against Ukraine », mené par la revue Just Security de l'université de New York, a documenté plus de 500 exemples de rhétorique éliminationniste — génocidaire ou déshumanisante — contre l'Ukraine depuis février 2022. Les intervenants incluent Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev, Sergueï Lavrov, le patriarche Kirill et le présentateur Vladimir Soloviev.

Quelques exemples récents, rapportés par le Kyiv Post : en janvier 2024, Medvedev écrivait sur Telegram que « l'existence de l'Ukraine est fatalement dangereuse pour les Ukrainiens », ajoutant qu'ils comprendraient que « la vie dans un grand État commun est préférable à la mort ». Le même mois, Poutine promettait d'« éradiquer le nazisme » en Ukraine, accusant le « régime de Kyiv » de « glorifier les complices d'Hitler ».

Ce narratif de « dénazification » a pourtant connu des ratés. Une enquête du média russe indépendant Proekt, reprise par le Kyiv Post, montrait en mai 2022 que des sondages internes du Kremlin révélaient que les Russes ne comprenaient pas le mot « dénazification » et avaient du mal à le prononcer. Le Kremlin avait alors réduit son usage public, sans pouvoir l'abandonner : « l'objectif fixé par le président ne peut pas être simplement oublié ».

La déclaration de Jouravliov s'inscrit dans cette continuité. Elle intervient au moment où la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne soutiennent l'appel de Volodymyr Zelensky à des négociations directes avec la Russie, et où plusieurs think tanks occidentaux évoquent une possible table de négociation. La radicalisation du discours d'une partie de l'élite politique russe contraste avec ces discussions diplomatiques.

Jouravliov en action : l'exclusion du parti antiguerre Iabloko

Les propos de Jouravliov ne sont pas décoratifs. Son parti, Rodina, a démontré en août 2026 qu'il pouvait agir concrètement pour verrouiller l'espace politique.

Le 29 juillet, la Commission électorale centrale avait enregistré la liste fédérale de Iabloko, seul parti d'opposition anti-guerre autorisé à concourir. Son programme tenait en 43 mots : cessez-le-feu, diplomatie, paix. Le slogan : « Pour la paix et la liberté ».

Le 7 août, Rodina dépose un recours devant la Cour suprême pour faire disqualifier Iabloko. Jouravliov justifie sa démarche : « Le parti Iabloko est plein de traîtres. Ce sont des gens qui travaillent pour l'Occident. » Rodina accuse le parti de « financement étranger », d'« activité sur les réseaux sociaux interdits financée par l'Ouest » et de soutien au « mouvement LGBT international », illicite en Russie.

Le 11 août, la Cour suprême donne raison à Rodina et exclut Iabloko des législatives prévues du 18 au 20 septembre 2026. Le chef de Iabloko, Nikolaï Rybakov, dénonce une décision sans fondement : « Il n'y a absolument aucun motif d'exclusion. »

Certains observateurs, comme le média indépendant Important Stories, s'interrogent : l'enregistrement initial de Iabloko aurait-il été un montage du Kremlin pour canaliser le vote contestataire avant de le faire annuler ? Quoi qu'il en soit, le résultat est net : à moins de six semaines du scrutin, plus aucun parti anti-guerre ne pourra se présenter.

Le fil est ténu entre la déclaration du 7 juillet et l'action du 11 août. D'un côté, un député qui appelle à exterminer la moitié d'une population sans être inquiété. De l'autre, le même homme qui utilise les institutions pour éliminer la seule voix pacifiste du jeu électoral. Dans les deux cas, la violence — verbale ou procédurale — reste sans conséquence pour son auteur. Elle contribue à normaliser, dans le débat public russe, l'idée que l'ennemi peut être désigné, déshumanisé et éliminé.

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Questions fréquentes

Qui est Alexeï Jouravliov, député russe ?

Alexeï Jouravliov est un député à la Douma, premier vice-président de la commission de la défense, et dirige le parti nationaliste Rodina. Il siège au Parlement russe depuis 2011 et est connu pour ses déclarations extrêmes.

Que propose Jouravliov contre les Ukrainiens ?

Le 7 juillet 2026, il a déclaré qu'il serait « souhaitable » d'exterminer jusqu'à 50 % de la population ukrainienne pour « éradiquer le nazisme ». Il a précisé que tous les « nazis » devaient être tués, même s'ils représentent la moitié du pays.

Pourquoi Jouravliov n'est-il pas poursuivi en Russie ?

La Russie dispose de l'article 282 du Code pénal punissant l'incitation à la haine, mais il est appliqué de manière asymétrique. Aucun responsable politique tenant des propos génocidaires n'a été poursuivi, tandis que les critiques de la guerre sont systématiquement sanctionnés.

Comment les médias russes traitent-ils ses propos ?

Les agences d'État comme TASS et RIA Novosti ont totalement ignoré la déclaration du 7 juillet. En revanche, elles couvrent ses actions politiques, comme son recours pour exclure le parti antiguerre Iabloko des élections.

Quel rôle a joué Jouravliov contre le parti Iabloko ?

Le 7 août 2026, son parti Rodina a déposé un recours devant la Cour suprême pour faire disqualifier Iabloko, seul parti anti-guerre autorisé à concourir. La Cour a donné raison à Rodina le 11 août, excluant Iabloko des législatives de septembre.

Sources

  1. censor.net · censor.net
  2. data.ovd.info · data.ovd.info
  3. data.ovd.info · data.ovd.info
  4. en.wikipedia.org · en.wikipedia.org
  5. euronews.com · euronews.com
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Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

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