Février 2026 sonne comme un moment charnière pour l'organisation mondiale. Alors que les guerres semblent s'éterniser sur plusieurs continents et que la crise climatique s'accélère, une question lancinante revient sur le devant de la scène : l'Organisation des Nations Unies (ONU) est-elle encore pertinente pour faire face aux défis du XXIe siècle ? Pour une génération qui n'a connu que l'instabilité, l'institution basée à New York apparaît souvent comme une tour d'ivoire paralysée, incapable d'agir quand le sang coule. Pourtant, alors que son existence même est menacée par une faillite financière imminente, des voix s'élèvent pour non seulement sauver l'ONU, mais la rendre plus forte et plus démocratique.

Le constat d'une génération en colère
Si vous avez entre 16 et 25 ans aujourd'hui, votre vision du monde a été forgée par une succession de crises majeures. Vous avez grandi avec la menace du terrorisme, la pandémie mondiale, et maintenant, l'écho lointain mais constant des conflits en Ukraine, au Moyen-Orient ou au Soudan. Dans ce contexte, l'ONU ressemble souvent à ce géant aux pieds d'argile, décriée pour son incapacité à imposer la paix. Il est facile de comprendre le cynisme ambiant : à quoi bon avoir une organisation de « sécurité collective » si elle ne parvient pas à protéger les civils des bombardements ?
Cependant, ce sentiment d'impuissance ne doit pas masquer la réalité complexe de l'institution. L'ONU n'est pas un monolithe uniforme ; c'est une arène politique où s'affrontent les intérêts divergents de 193 États. Sa paralysie face à certains conflits n'est pas nécessairement un dysfonctionnement technique, mais le reflet de la rivalité entre grandes puissances qui bloquent mécaniquement les décisions. Comprendre ce mécanisme est la première étape pour saisir pourquoi les appels à la « renforcer » sont si urgents et si difficiles à concrétiser.

Au bord du gouffre financier
Pour fonctionner, l'ONU a besoin d'argent, beaucoup d'argent. Or, en ce début d'année 2026, l'organisation se trouve dans une situation précaire. Antonio Guterres, le Secrétaire général, n'a pas mâché ses mots fin janvier : l'ONU est au bord de l'effondrement financier. La cause principale est le refus de certains membres, et notamment le plus gros contributeur qu'est les États-Unis, de payer leurs cotisations obligatoires en temps et en heure.
Cette crise de liquidité n'est pas anecdotique. Elle a des conséquences concrètes et dramatiques sur le terrain. Faute de fonds, l'organisation est contrainte de geler les embauches et de réduire drastiquement ses missions de maintien de la paix. Dans un monde qui brûle, réduire les moyens de la seule structure capable de coordonner l'aide humanitaire à grande échelle semble contre-intuitif, voire dangereux.

Le paiement symbolique de Washington
Récemment, l'administration américaine a annoncé un versement de 160 millions de dollars. Bien que cela puisse sembler une somme colossale pour un particulier, elle ne représente qu'une fraction des près de 4 milliards de dollars dus par Washington à l'organisation. Ce geste est perçu par beaucoup comme une tentative de masquer les coupes budgétaires sévères imposées par certains politiques à Washington. Ces retards de paiement placent l'ONU dans une situation de vulnérabilité structurelle constante.

Les conséquences sur le terrain humain
Derrière ces chiffres budgétaires froids, il y a une réalité humaine devastatrice. L'argent qui manque à l'ONU, ce sont des vivres non livrés, des vaccins non achetés et des écoles non reconstruites. Par exemple, l'appel humanitaire mondial pour 2025 demandait 47 milliards de dollars pour aider 190 millions de personnes dans 72 pays. Or, faute de financements suffisants — seulement 43 % de cet appel avait été couvert en 2024 — des coupes sombres ont dû être effectuées. En Syrie, l'aide alimentaire a été réduite de 80 % ; au Yémen, les programmes d'eau et d'assainissement ont été diminués. La faillite financière de l'ONU se traduit, in fine, par la souffrance accrue des populations les plus vulnérables.
Le blocage du Conseil de sécurité
Si les finances sont le carburant de l'ONU, le Conseil de sécurité en est le moteur. Or, ce moteur est calé depuis des décennies. Composé de quinze membres, dont cinq permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) disposant du droit de veto, le Conseil est souvent paralysé par les intérêts géopolitiques. Lorsqu'une de ces grandes puissances est en désaccord avec une résolution, elle lève son petit doigt et bloque toute action.
C'est ce mécanisme qui explique l'immobilisme de l'ONU face aux guerres actuelles. Lorsque deux membres permanents s'opposent directement, comme c'est le cas pour le conflit en Ukraine ou pour les tensions au Moyen-Orient, l'organisation se trouve les mains liées. Ce système, conçu en 1945 pour éviter qu'une superpuissance ne domine le monde, empêche aujourd'hui la communauté internationale d'agir quand cela est le plus nécessaire. Pour les jeunes générations, qui attendent de la justice et de l'action, ce « droit de veto » apparaît souvent comme une relique d'un autre âge, un outil de paralysie plutôt que de protection.

Des propositions concrètes de réforme
Face à ce constat d'échec, plusieurs voix s'élèvent pour proposer des réformes audacieuses. L'une des pistes les plus discutées est la réforme de la composition du Conseil de sécurité. La France, par exemple, milite pour un élargissement à environ 25 membres. L'objectif est de mieux refléter le monde de 2026 et non plus celui de 1945. Paris propose notamment l'ajout de deux sièges permanents pour l'Afrique, un continent souvent sous-représenté malgré le nombre de crises qui l'y frappent, ainsi qu'un siège pour l'Allemagne, le Brésil, l'Inde et le Japon.
L'idée est d'équilibrer les pouvoirs pour éviter que les décisions ne soient toujours prises par le même petit cercle de pays occidentaux ou asiatiques. Cependant, modifier la Charte de l'ONU est un processus extrêmement complexe qui nécessite l'accord… des membres permanents eux-mêmes. C'est l'impasse classique : ceux qui détiennent le pouvoir doivent l'accepter de le partager.

Encadrer le droit de veto
Une autre proposition, portée conjointement par la France et le Mexique, vise à moraliser l'usage du véto sans pour autant supprimer ce droit. L'initiative propose que les cinq membres permanents s'engagent volontairement à ne pas utiliser leur veto en cas d'atrocités de masse (génocides, crimes contre l'humanité). Déjà soutenue par plus d'une centaine d'États, cette idée a le mérite de ne pas nécessiter de modification complexe de la Charte. Elle repose sur une pression politique et morale. Si elle était appliquée, elle permettrait au Conseil de sécurité d'agir pour protéger les civils lorsque les intérêts stratégiques ne sont pas directement en jeu, mais que la vie humaine est menacée.
L'ONU au-delà des guerres : un impact tangible
Il serait injuste de juger l'ONU uniquement à travers le prisme de son Conseil de sécurité et de ses échecs diplomatiques. L'immense machine onusienne est aussi, et peut-être surtout, un formidable outil de coopération technique et humanitaire qui sauve des millions de vies chaque année, loin des caméras des chaînes d'information en continu. Pour comprendre l'importance de l'organisation, il faut regarder ce qu'elle fait sur le terrain de la santé, de l'enfance et du climat.
Les agences spécialisées, comme l'UNICEF ou le PAM (Programme Alimentaire Mondial), sont souvent les seules présences sur des terrains délaissés par les États. En 2024, par exemple, l'UNICEF a pu fournir de l'aide humanitaire à 94 millions d'enfants dans 155 pays. Dans le domaine de la santé, l'organisation a livré plus de 1,5 milliard de doses de vaccin contre la poliomyélite, contribuant à une réduction de 25 % des cas entre 2023 et 2024. Ces chiffres montrent que, malgré les critiques sur son efficacité politique, l'ONU reste un pilier de la solidarité internationale indispensable.

Cette vidéo illustre comment le personnel de maintien de la paix de l'ONU, et notamment les policiers déployés sur le terrain, jouent un rôle crucial pour sécuriser des processus électoraux fragiles. C'est un aspect souvent ignoré : la prévention des conflits passe aussi par l'accompagnement des démocraties naissantes pour assurer des élections libres et pacifiques.
Le laboratoire de la participation citoyenne
Contrairement à l'image d'une institution bureaucratique et fermée, l'ONU fait des efforts pour intégrer la jeunesse dans ses processus de décision. C'est une dimension cruciale pour la pertinence de l'organisation aujourd'hui. En France, par exemple, une consultation nationale massive menée par l'UNICEF en 2024 a permis à 20 000 enfants et jeunes de s'exprimer sur la pauvreté et l'exclusion sociale. Leurs recommandations ont ensuite été adressées directement aux décideurs politiques.
Cet exemple concret de participation démocratique montre que l'ONU tente d'évoluer pour devenir une plateforme d'écoute et d'action pour les citoyens du monde entier. Elle offre un cadre structuré qui permet à des jeunes de se familiariser avec les enjeux internationaux et de comprendre que leur voix a sa place dans des débats qui les concernent directement.

La jeunesse au cœur de la lutte climatique
Si l'ONU est critiquée pour sa lenteur, elle est également devenue le point de ralliement incontesté de la jeunesse mondiale pour un sujet vital : le climat. Les conférences des parties (COP), organisées sous l'égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, sont devenues des événements incontournables. Mais au-delà des grandes réunions diplomatiques, l'ONU agit concrètement à travers des initiatives comme Youth4Climate.
En 2025, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a soutenu 150 projets dans 59 pays pour un montant de 4 millions de dollars, tous portés par des jeunes. Une campagne notable, #CancelCoal, a même réussi à bloquer un nouveau projet de centrale à charbon en Afrique du Sud en 2024. C'est la preuve que l'outil onusien, lorsqu'il est bien utilisé, peut donner aux citoyens les moyens de peser sur les décisions industrielles et politiques de leurs propres pays.
La vague verte mondiale
L'initiative « The Green Rising » de l'UNICEF symbolise cette mobilisation. Fin 2024, elle avait déjà mobilisé 11 millions de jeunes dans 30 pays en tant que volontaires, innovateurs et agents de changement pour le climat. L'objectif est de former des milliers de jeunes pour qu'ils mènent des actions de sensibilisation et des projets éco-responsables au sein de leurs communautés. Pour l'ONU, la lutte climatique n'est pas seulement une question de traités internationaux, mais aussi une crise des droits de l'enfant. En investissant dans la jeunesse, l'organisation prépare les leaders de demain et s'assure que les enjeux environnementaux restent une priorité politique.

Réformer pour survivre et servir
L'alternative au renforcement de l'ONU n'est pas l'inaction, c'est le chaos. Sans cette organisation, il n'y a plus d'espace de dialogue entre les ennemis, plus de cadre légal international pour les droits humains, plus de coordination pour l'aide d'urgence. Les défis de 2026, qu'ils soient sanitaires, climatiques ou sécuritaires, ignorent les frontières nationales. Aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut les résoudre seul.
Renforcer l'ONU ne signifie pas ignorer ses défauts ou ses lourdeurs. Cela signifie accepter de moderniser ses structures pour qu'elles représentent le monde d'aujourd'hui et celui de demain. Cela implique de revoir les règles financières pour éviter que l'organisation ne soit prise en otage par les querelles politiques budgétaires d'un seul pays. Cela signifie aussi repenser la notion même de L'évolution de l'idée de « nation » au cours de l'histoire pour comprendre que la souveraineté ne s'oppose pas nécessairement à la coopération internationale.
Ce message du Président de l'Assemblée générale résume bien l'urgence : l'ONU doit évoluer pour « tenir bon » (« stand strong ») au cours des quatre-vingts prochaines années. L'organisation doit passer d'une culture de réaction, où l'on intervient après que la catastrophe a frappé, à une culture de prévention, pour anticiper les crises avant qu'elles n'explosent. C'est un changement de paradigme qui nécessitera du courage politique et de l'imagination.

Conclusion
Faut-il renforcer l'ONU ? La réponse, pour votre génération qui héritera de ce monde, est un oui résolu, mais exigeant. L'organisation, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, est imparfaite, financièrement asphyxiée et souvent paralysée par les vieilles rivalités entre grandes puissances. Pourtant, elle reste l'espace indispensable où le monde se réunit pour tenter de résoudre des problèmes qui le dépassent. L'ONU est bien plus que son bâtiment de verre à New York ; c'est l'ensemble de ses agences qui vaccinent les enfants, nourrissent les affamés et donnent une tribune aux militants climatiques.
Renforcer l'ONU, c'est d'abord accepter que le multilatéralisme est la seule voie viable pour l'avenir. Cela demande des réformes courageuses du Conseil de sécurité, un financement stable et prévisible, et une volonté politique sincère de mettre l'intérêt général au-dessus des intérêts nationaux étroits. Pour les jeunes citoyens de 2026, s'emparer de ce débat, comprendre les mécanismes et exiger des comptes de leurs dirigeants est le premier pas pour construire une gouvernance mondiale qui leur ressemble. L'ONU n'est pas une entité abstraite ; elle appartient à ceux qui décident de la faire vivre.