Des courriels récemment déclassifiés par le département américain de la Justice viennent de faire exploser une nouvelle bombe dans l'affaire Epstein. Ces documents révèlent que des officiers de protection de la Metropolitan Police de Londres ont été déployés pour sécuriser un dîner privé organisé par Jeffrey Epstein dans sa résidence new-yorkaise en décembre 2010. Cette découverte pose des questions troublantes sur l'utilisation des ressources publiques britanniques au service d'un criminel sexuel condamné, et sur les liens profonds qui unissaient l'establishment britannique au réseau Epstein.

Le scandale des officiers de protection à Manhattan
Des agents publics au service d'une soirée privée
Les révélations publiées par le Sunday Times et confirmées par la BBC jettent une lumière crue sur une situation pour le moins inhabituelle. En décembre 2010, deux officiers de protection rapprochée de la Metropolitan Police, chargés de la sécurité d'Andrew Mountbatten-Windsor, ont été envoyés à New York pour accompagner leur protégé lors d'un séjour chez Jeffrey Epstein. Jusqu'ici, rien d'anormal pour des membres de la famille royale britannique qui bénéficient d'une protection permanente.

Ce qui choque, c'est la suite. Un courriel envoyé la veille du dîner, avec pour objet « Security for party » (Sécurité pour la fête), indique qu'un membre du personnel d'Epstein a informé son patron que « les deux officiers de protection du Duc, ainsi que la sécurité d'État, seront tous présents pour le dîner de demain soir ». Le message précise que ces officiers avaient reçu des « instructions sur la porte », suggérant qu'ils ont été impliqués dans la sécurisation de l'événement lui-même.

Un code d'accès temporaires pour les forces de l'ordre
Les documents vont encore plus loin. Ils suggèrent que les officiers de protection et Andrew lui-même ont reçu un code de sécurité temporaire leur permettant d'« entrer et sortir » à leur guise de la propriété new-yorkaise d'Epstein, située au 9 de la 71e rue à Manhattan. Un officier nommé Julian Phillips aurait notamment bénéficié de ces codes d'accès, selon les informations rapportées par la presse britannique.
Ces révélations posent une question fondamentale : pourquoi des agents de police britanniques, payés par les contribuables du Royaume-Uni, se sont-ils retrouvés à assurer la sécurité d'une soirée privée organisée par un homme déjà condamné pour des crimes sexuels ? À cette époque, Epstein avait déjà derrière lui sa condamnation controversée de 2008 en Floride pour sollicitation sexuelle sur une mineure de 14 ans.
Le contexte judiciaire troublant de 2010
Epstein, un criminel déjà condamné

Il est crucial de rappeler le contexte juridique de Jeffrey Epstein au moment de ce fameux dîner de décembre 2010. Le financier américain n'était pas un inconnu pour la justice. En 2008, il avait bénéficié d'un accord de plaidoyer controversé en Floride, le condamnant à seulement 13 mois de prison pour des chefs d'accusation liés à la prostitution impliquant une mineure. Cet accord, négocié sous la direction du procureur fédéral de l'époque Alexander Acosta, avait permis à Epstein d'éviter des accusations fédérales beaucoup plus graves qui auraient pu le conduire à la prison à vie.
Pendant sa détention, Epstein avait même obtenu un permis de travail lui permettant de passer douze heures par jour dans son bureau, six jours par semaine. En 2010, lorsqu'Andrew Mountbatten-Windsor a séjourné chez lui à New York, Epstein était donc un homme libre, mais un homme libre avec un casier judiciaire mentionnant des crimes sexuels sur mineure. Le fait que des officiers de protection britanniques aient été déployés pour sécuriser un événement chez cet individu pose une question de responsabilité institutionnelle majeure.
Les liens persistants malgré les condamnations
Ce qui frappe dans cette affaire, c'est la persistance des liens entre Andrew et Epstein bien après la condamnation de ce dernier. Les Epstein Files : tout ce que révèlent les documents montrent une correspondance régulière et des visites répétées, suggérant une relation bien plus profonde qu'une simple connaissance. Les courriels dévoilés montrent que le secrétaire privé d'Andrew demandait confirmation qu'il y avait « de la place pour ses deux officiers de protection » dans la maison d'Epstein, avec la réponse confirmant des hébergements prévus aux 4e et 5e étages.
Cette organisation méticuleuse démontre que le séjour n'était pas improvisé. Il avait été planifié en amont, avec une coordination entre les équipes d'Andrew et celles d'Epstein pour accueillir non seulement le prince, mais également sa garde rapprochée. La question qui taraude les observateurs est simple : qui, dans la chaîne de commandement britannique, a autorisé ce déploiement ?
Les invités prestigieux du dîner du 2 décembre
Une soirée mondaine sous protection policière
Les documents révèlent que ce dîner du 2 décembre 2010 n'était pas une réunion intime entre amis. Selon les informations publiées par la BBC et The Guardian, la soirée avait été organisée par la publicitaire hollywoodienne Peggy Siegal, qui avait promis un dîner « très intéressant, rapide et amusant ». La liste des invités illustre le monde dans lequel Epstein évoluait encore librement malgré son passé criminel.

Parmi les convives figuraient le réalisateur Woody Allen et son épouse Soon-Yi Previn, la présentatrice de télévision Katie Couric, le stratège politique George Stephanopoulos et son épouse Alexandra Wentworth, la comédienne Chelsea Handler, ainsi que le présentateur de talk-show Charlie Rose. Peggy Siegal avait écrit à Stephanopoulos : « Arrive à l'heure et tu auras un moment privé » avec le prince Andrew, suggérant que la présence du membre de la famille royale britannique était un argument de vente pour attirer ces célébrités.
L'élite culturelle et politique réunie
Cette liste d'invités révèle l'étendue du réseau d'influence d'Epstein. Des personnalités du monde du divertissement, des médias et de la politique se pressaient à sa table, apparemment indifférentes ou ignorantes de sa condamnation pour crimes sexuels. Le fait que des officiers de la Metropolitan Police aient contribué à sécuriser cette réunion mondaine ajoute une couche de légitimité institutionnelle à un événement organisé par un prédateur sexuel.

La présence d'agents de protection britanniques a également eu pour effet de rassurer potentiellement les invités sur le caractère respectable de l'hôte. Après tout, si la police britannique jugeait approprié d'assurer la sécurité d'un dîner chez Epstein, cela pouvait être perçu comme un gage de respectabilité.
La réponse de la Metropolitan Police sous pression
Une enquête interne en cours
Face à ces révélations, la Metropolitan Police de Londres a dû réagir. Dans un communiqué publié vendredi 21 février, la force de police a déclaré qu'elle n'avait « identifié aucune infraction commise par ses officiers de protection à ce stade ». Cependant, elle a également indiqué être en train de procéder à l'identification et au contact des anciens et actuels officiers qui pourraient détenir des informations pertinentes.

Cette formulation prudente suggère que l'enquête est loin d'être terminée. La police londonienne a ajouté que les officiers de protection étaient soumis aux « mêmes normes élevées de comportement professionnel que tous les officiers de police » et qu'ils « savent que leurs actions seront ouvertes à l'examen ». Une déclaration qui ressemble davantage à une mise en garde qu'à une défense inconditionnelle de ses agents.
Le silence institutionnel sur les protocoles de sécurité
Interrogée par la BBC sur le fait de savoir si les officiers avaient séjourné dans la maison d'Epstein et s'ils avaient reçu un code de sécurité, la Metropolitan Police a répondu qu'elle ne commentait pas les arrangements de sécurité pour les individus protégés. Ce refus de répondre pose problème. Si les protocoles normaux ont été suivis, pourquoi ne pas le dire simplement ? Le silence alimente les soupçons de dérives.
La police a également lancé un appel à témoins, exhortant quiconque aurait des allégations d'infractions sexuelles liées à Epstein à se manifester. Cette démarche s'inscrit dans un contexte plus large de réexamen de l'affaire Epstein au Royaume-Uni, alors que l'enquête qui ne s'arrête jamais continue de révéler de nouveaux éléments accablants.
Les interrogations sur l'utilisation des fonds publics
Qui a autorisé ce déploiement ?
La question centrale qui demeure sans réponse claire est celle de l'autorisation. Qui, dans la chaîne de commandement, a donné son feu vert pour que des officiers de protection britanniques sécurisent un événement privé chez un criminel sexuel américain ? Le Royal Visits Committee, responsable de l'examen des déplacements officiels des membres actifs de la famille royale, pourrait être un point de départ logique pour comprendre ce processus.
Ce comité comprend des représentants du Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO), du Royal Household, du 10 Downing Street, du Department for Business and Trade, et du Cabinet Office. Interrogé sur la connaissance qu'avait le département des différents voyages d'Andrew chez Epstein, un porte-parole du gouvernement a déclaré que le comité avait examiné les plans de voyages officiels entrepris en 2008 et 2009, mais qu'il « n'est pas impliqué dans les voyages privés entrepris par les membres actifs de la famille royale ».
La frontière floue entre public et privé
Cette distinction entre voyages officiels et privés devient problématique lorsque des officiers de protection, payés par les contribuables, accompagnent des membres de la famille royale dans leurs déplacements personnels. Le séjour de décembre 2010 chez Epstein était clairement de nature privée, mais la sécurité restait assurée par des agents publics. Cette zone grise permet potentiellement des dérives où les ressources de l'État servent des intérêts privés.
Le problème devient encore plus aigu lorsque ces déplacements privés impliquent des individus aux antécédents criminels graves. Les contribuables britanniques peuvent légitimement se demander pourquoi leur argent a servi à protéger un dîner mondain chez un prédateur sexuel condamné, fut-ce indirectement à travers la protection rapprochée d'un membre de la famille royale.
L'arrestation récente d'Andrew Mountbatten-Windsor
De nouvelles accusations de misconduct in public office
Ces révélations sur le dîner de 2010 interviennent dans un contexte déjà explosif pour Andrew Mountbatten-Windsor. Jeudi 20 février 2026, il a été arrêté par la Thames Valley Police pour suspicion de « misconduct in public office » (manquement aux devoirs de sa charge publique), une accusation grave qui peut entraîner une peine de prison à perpétuité dans les cas les plus extrêmes.

Les allégations concernent le partage d'informations gouvernementales confidentielles avec Jeffrey Epstein pendant qu'Andrew occupait le poste d'envoyé commercial du Royaume-Uni. Après plus de dix heures de garde à vue, il a été libéré sous investigation, la police continuant à perquisitionner son ancienne résidence de Windsor. Cette arrestation, effectuée le jour de son 66e anniversaire, marque une escalade significative dans les ennuis judiciaires de l'ancien prince.
Le poids du passé et les règlements à l'amiable
Il est impossible de comprendre la gravité actuelle de la situation sans rappeler le contexte plus large de l'implication d'Andrew dans l'affaire Epstein. En 2022, il a réglé à l'amiable un procès civil aux États-Unis intenté par Virginia Giuffre, qui l'accusait de l'avoir agressée sexuellement alors qu'elle était adolescente dans des propriétés appartenant à Epstein ou à ses associés. Le montant du règlement n'a jamais été officiellement divulgué, mais les estimations parlent de plusieurs millions de dollars.
Andrew a toujours nié avoir rencontré Virginia Giuffre et a rejeté toute allégation d'acte répréhensible. Il a cependant exprimé ses regrets pour son amitié avec Epstein, une relation qu'il a qualifiée d'erreur. Les révélations sur le dîner de 2010, survenant deux ans après la condamnation d'Epstein, rendent ces regrets difficiles à concilier avec les faits établis.
L'impact sur l'institution royale britannique
William et Kate face aux retombées
L'arrestation d'Andrew et les révélations constantes sur ses liens avec Epstein créent des ondes de choc qui atteignent le cœur de la monarchie britannique. Le prince William, héritier du trône, doit désormais composer avec cette crise qui affecte la réputation de l'institution qu'il est appelé à diriger un jour. Le dimanche suivant l'arrestation, William et Kate ont fait leur première apparition publique commune aux BAFTA Awards à Londres, tentant de projeter une image de normalité.

Lors de cet événement, William a confié aux organisateurs qu'il n'avait pas encore vu le film britannique acclamé « Hamnet ». « Je dois être dans un état assez calme et je ne le suis pas en ce moment », a-t-il admis, une remarque qui pourrait être interprétée comme une allusion voilée au tumulte familial. La présence du couple à cet événement médiatique majeur ressemblait à une tentative de détourner l'attention du scandale Andrew.
La fragilité de la monarchie moderne
Cette affaire illustre les défis auxquels fait face la monarchie britannique au 21e siècle. L'institution repose en grande partie sur la perception de respectabilité et de moralité de ses membres. Quand un ancien membre actif de la famille royale est accusé d'avoir profité de sa position pour faciliter les activités d'un prédateur sexuel, et que des ressources publiques ont été utilisées pour soutenir cette relation, c'est l'ensemble de l'institution qui est ébranlé.
La distinction entre Andrew en tant qu'individu et la monarchie en tant qu'institution devient de plus en plus difficile à maintenir. Les citoyens britanniques financent la famille royale à travers la Sovereign Grant, et les révélations sur l'utilisation des officiers de protection pour des événements impliquant Epstein renforcent les critiques sur le manque de transparence et de redevabilité de l'institution.
Les implications internationales de l'affaire

La dimension transatlantique du scandale
L'affaire Epstein dépasse largement les frontières britanniques. Les courriels déclassifiés par le département américain de la Justice montrent l'implication de personnalités et d'institutions de plusieurs pays dans l'orbite d'Epstein. La mobilisation d'officiers de protection britanniques pour un événement à New York illustre la nature transnationale du réseau d'influence du financier.
En France, les autorités ont également ouvert des enquêtes sur les activités d'Epstein sur le territoire français. Des perquisitions ont été menées et des témoignages recueillis, suggérant que le réseau d'Epstein s'étendait bien au-delà de ses bases américaines. La coopération judiciaire internationale devient cruciale pour comprendre l'ampleur complète des crimes d'Epstein et de ses complices.
Les questions sans réponse
De nombreuses questions demeurent sans réponse. Quelles autres ressources publiques ont été mobilisées pour soutenir les activités d'Epstein ? Combien de personnalités politiques ou royales ont bénéficié de la générosité du financier tout en ayant connaissance de ses crimes ? Les enquêtes en cours au Royaume-Uni, aux États-Unis et en France pourraient révéler d'autres éléments accablants dans les mois et années à venir.
Les documents encore classifiés pourraient contenir d'autres révélations explosives. La administration américaine a promis une transparence accrue sur les dossiers Epstein, et chaque nouvelle publication de documents ravive l'intérêt du public et les espoirs de justice pour les victimes. Le dîner de décembre 2010 n'est probablement qu'un épisode parmi d'autres dans une saga qui continue de se dérouler.
Conclusion
Les révélations sur la présence d'officiers de protection britanniques lors du dîner d'Epstein en décembre 2010 constituent un nouveau chapitre troublant dans une affaire qui ne cesse de s'étendre. Ces informations posent des questions fondamentales sur l'utilisation des fonds publics, la responsabilité institutionnelle et les liens entre l'establishment britannique et un criminel sexuel condamné. L'arrestation récente d'Andrew Mountbatten-Windsor pour misconduct in public office suggère que les autorités britanniques prennent désormais ces allégations au sérieux. Pour les victimes d'Epstein et leurs familles, ces révélations représentent peut-être un pas de plus vers la vérité et la justice, même si le chemin reste long. L'affaire Epstein continue de hanter les couloirs du pouvoir des deux côtés de l'Atlantique, rappelant que les réseaux d'influence et de protection peuvent longtemps dissimuler les pires crimes, mais que la vérité finit souvent par éclater au grand jour.