Le 19 juillet 2026, sur la place de la Fé à Managua, Daniel Ortega a choisi le 47e anniversaire de la révolution sandiniste pour enterrer la démocratie électorale. « Qu'ils oublient ! Ici, au Nicaragua, il n'y aura plus d'élections qui leur permettent d'essayer de s'emparer du pouvoir », a lancé le président de 80 ans, devant des milliers de fonctionnaires dont la présence aurait été contrainte. « L'histoire des partis installés par les Yankees revenant au gouvernement est finie, pour toujours », a-t-il ajouté.

L'annonce n'est pas une simple déclaration d'intention. Neuf jours plus tard, le 28 juillet, un projet de réforme constitutionnelle a été envoyé au Congrès, contrôlé par le Front sandiniste. Le texte porte le mandat présidentiel de six à sept ans « renouvelables » et interdit à tout parti qualifié de « traître » ou de « putschiste » de participer aux scrutins. Une « consultation » d'un mois a été lancée, avec pour objectif une adoption début septembre, avant le 1er septembre selon la mission américaine auprès de l'OEA.
La mécanique institutionnelle d'une dictature familiale
Cette réforme est l'aboutissement d'une dérive méthodique engagée depuis longtemps. En novembre 2024, une première réforme constitutionnelle avait déjà porté le mandat présidentiel de cinq à six ans, tout en promouvant Rosario Murillo, l'épouse d'Ortega, de vice-présidente à « coprésidente ». Le texte prévoyait qu'elle prenne le pouvoir si son mari était déclaré « définitivement absent ». Une manière de verrouiller une succession dynastique.
Les élections de 2021 avaient donné le ton : tous les candidats d'opposition viables avaient été emprisonnés ou disqualifiés, et Ortega revendiquait plus de 75 % des voix. Les analystes parlent désormais de « dictature familiale à part entière ». Tiziano Breda, analyste senior à l'ACLED, résume le basculement : « Au lieu d'organiser des élections truquées, ils ont choisi d'éliminer toute concurrence électorale ». La crainte du régime, selon lui, est que la moindre ouverture révèle un soutien populaire en chute.
Le régime a aussi appris à utiliser la citoyenneté comme une arme. Depuis février 2023, plus de 300 personnes — opposants, journalistes, défenseurs des droits humains, écrivains — ont été déchues de leur nationalité. Le 9 février 2023, le gouvernement a libéré 222 prisonniers politiques et les a déportés vers les États-Unis ; le même jour, l'Assemblée nationale a approuvé une réforme autorisant la révocation de la nationalité des « traîtres à la patrie ». Le 15 février, 94 Nicaraguayens supplémentaires en étaient privés.

La répression de 2018 avait déjà tout révélé. Les manifestations de cette année-là ont fait plus de 350 morts, selon l'ONU, « en écrasante majorité des étudiants et jeunes travailleurs », précise le World Socialist Web Site. Les Nations unies ont parlé de crimes contre l'humanité. Une loi antiterroriste a criminalisé la protestation, passible de quinze à vingt ans de prison. Depuis, plus de 5 600 ONG ont été fermées, ainsi que 29 universités et 58 médias. Environ 50 prisonniers politiques restent détenus selon Human Rights Watch. Le 29 juin 2026, l'évêque émérite Abelardo Mata Guevara, 80 ans, a été arrêté ; son sort reste inconnu.
Une génération poussée vers la sortie
Le Nicaragua est un pays jeune : 57,6 % de la population a moins de 30 ans, selon la CEPAL. C'est aussi un pays qui se vide. Depuis 2018, entre 800 000 et 1 million de Nicaraguayens ont fui, selon les sources — près d'un million pour l'ONU, 838 363 pour la rapporteure de la CIDH Rosa María Payá, 800 000 et plus pour le Havana Times, soit environ 11,6 % d'une population de 7 millions d'habitants.
Les États-Unis concentrent une part massive de cet exil : 8 % de la population totale du Nicaragua y réside désormais, un taux supérieur à celui de Cuba (7 %), d'Haïti (6 %) ou du Honduras (5 %), selon les données de la CBP. Le Costa Rica accueille plusieurs centaines de milliers d'exilés. Les départs se sont intensifiés après les élections de 2021, puis avec le programme de « parole humanitaire » américaine à partir de 2023, qui a facilité le départ de professionnels et de jeunes.
Ceux qui restent n'ont guère de perspectives. Environ 90 % des Nicaraguayens travaillent hors du marché de l'emploi formel, selon l'INSS. Les zones franches, les maquilas, qui employaient 138 027 personnes en 2022, n'en comptaient plus que 94 861 en mars 2026 — une perte de plus de 10 000 emplois au premier trimestre 2026 seul. Les tarifs douaniers américains de 18 % sur le Nicaragua, contre 10 % pour le reste de la région, aggravent la crise. Le salaire minimum dans ces zones atteint environ 255 dollars par mois, contre un panier de base estimé à 577 dollars.
Une enquête de Hagamos Democracia (juillet 2024) indique que 60 % de la population souhaite quitter le pays, contre 19 % avant 2019. L'université se vide : plus de 200 000 étudiants inscrits en 2017, 82 000 en 2026. Le Nicaragua affiche l'un des taux les plus élevés d'Amérique centrale de jeunes ni en études ni en emploi.

La communauté internationale impuissante
Les réactions internationales ont été fermes dans les mots, mais timides dans les actes. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a appelé le 21 juillet à « isoler » le Nicaragua, estimant que le régime avait « abandonné même le prétexte du consentement populaire ». Volker Türk, haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, a dénoncé le 22 juillet des annonces qui « approfondissent les graves restrictions des libertés fondamentales, le démantèlement de l'espace civique et l'érosion de l'État de droit ».
À l'OEA, la machine s'enlise. Le 5 août, le Conseil permanent a tenu une réunion spéciale à la demande des États-Unis, qui ont proposé de convoquer une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères avant le 1er septembre, date prévue de l'adoption de la réforme constitutionnelle. Le projet, co-parrainé par l'Argentine, est resté bloqué. Le Mexique et le Brésil ont émis des réserves, privilégiant des « canaux de dialogue ». Le 13 août, des organisations d'exilés nicaraguayens ont remis une lettre aux chefs de mission des pays CARICOM à Washington pour tenter de débloquer la situation. Sans résultat visible.
Le Nicaragua s'est retiré de l'OEA en novembre 2023, ce qui limite la portée des résolutions de l'organisation. Les observateurs notent que la communauté internationale n'a pas de levier efficace face à un régime qui a déjà verrouillé l'ensemble des institutions nationales. L'Union européenne a exhorté le gouvernement à organiser des élections « conformément aux normes internationales », une formule qui sonne creux quand le pouvoir vient d'annoncer leur abolition.
La Colombie a annoncé qu'elle rompra ses relations avec le Nicaragua après l'investiture de son nouveau président. Une décision symbolique, à l'image des autres réponses internationales : des condamnations fermes, mais aucune action susceptible d'inverser le cours des choses à Managua.
La réforme constitutionnelle devrait être adoptée début septembre. Les élections générales prévues en 2027, déjà repoussées par les réformes précédentes, n'auront probablement jamais lieu. Pour les jeunes Nicaraguayens, la question n'est plus de savoir s'ils partiront, mais quand.