Façade du Capitole des États-Unis à Washington sous un ciel partiellement nuageux, drapeaux américains au premier plan.
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Neuf Américains tués en Cisjordanie : les sénateurs exigent une enquête indépendante

Neuf Américains tués en Cisjordanie depuis 2022, zéro condamnation : 31 sénateurs exigent une enquête indépendante sur des meurtres commis par des colons ou soldats israéliens, de Shireen Abu Akleh à Nasrallah Abu Siyam…

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Trente et un sénateurs démocrates et indépendants ont adressé le 5 mars 2026 une lettre à l'administration Trump pour exiger une enquête indépendante sur la mort de neuf citoyens américains tués par des colons ou des soldats israéliens en Cisjordanie depuis 2022. Au cœur de leur demande : la fin d'une impunité que les familles dénoncent depuis des années.

Façade du Capitole des États-Unis à Washington sous un ciel partiellement nuageux, drapeaux américains au premier plan.
Façade du Capitole des États-Unis à Washington sous un ciel partiellement nuageux, drapeaux américains au premier plan.

La lettre, menée par le sénateur du Maryland Chris Van Hollen, a été envoyée au secrétaire d'État Marco Rubio, à la procureure générale Pam Bondi et à l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee. Elle demande une enquête menée par les États-Unis sur la mort de Nasrallah Abu Siyam, un jeune homme de 19 ans né à Philadelphie, tué par balles le 18 février 2026 à Moukhmas, ainsi qu'un bilan complet des neuf Américains tués en Cisjordanie depuis 2022. Les sénateurs exigent également un briefing au Congrès.

Nasrallah Abu Siyam, un adolescent américain tué sous les yeux de l'armée israélienne

Le cas qui a déclenché cette lettre est celui de Nasrallah Abu Siyam. Le 18 février 2026, deuxième jour du ramadan, le jeune homme tente d'empêcher un groupe d'une trentaine de colons masqués de voler du bétail dans le village de Moukhmas, au nord de Jérusalem. Selon des témoins cités par le Guardian, les colons ont d'abord lancé des pierres, puis ont ouvert le feu. Atta Kanaan, un témoin de 54 ans, raconte qu'Abu Siyam a d'abord été touché par une pierre avant d'être abattu.

Paysage des collines de Cisjordanie avec oliveraies en terrasses et un village de pierre au loin, éclairé par la lumière dorée de fin d'après-midi.
Paysage des collines de Cisjordanie avec oliveraies en terrasses et un village de pierre au loin, éclairé par la lumière dorée de fin d'après-midi.

Les soldats israéliens étaient présents sur place. Ils n'ont pas interrompu l'attaque. Un autre témoin, Raed Abu Ali, affirme que l'armée a tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles, et que la présence des soldats a encouragé les colons : « Quand les colons ont vu l'armée, ils ont été encouragés et ont commencé à tirer des balles réelles. » Le jeune homme est mort après des heures d'attente pour être transporté à l'hôpital, bloqué par les checkpoints.

L'organisation israélienne B'Tselem a publié le 1er avril 2026 une enquête documentant le rôle des soldats dans la sécurisation de l'attaque des colons, avec des images géolocalisées montrant la distance entre le tireur et la victime.

Neuf vies, zéro justice : le bilan des Américains tués depuis 2022

La lettre des sénateurs dresse la liste des neuf citoyens américains tués en Cisjordanie depuis 2022. Parmi eux :

  • Omar Assad, 78 ans, résident de Milwaukee, mort en janvier 2022 d'une crise cardiaque après avoir été menotté, bâillonné et laissé seul à plat ventre sur un chantier froid par des soldats israéliens.
  • Shireen Abu Akleh, journaliste palestino-américaine d'Al Jazeera, tuée d'une balle dans la tête en mai 2022 à Jénine, alors qu'elle portait un gilet de presse visible.
  • Saif Al-Din Musalat, 20 ans, né en Floride, battu à mort par des colons en juillet 2025 à Sinjil, au nord de Ramallah, alors qu'il rendait visite à sa famille.
  • Aysenur Ezgi Eygi, tuée en septembre 2024.

Le cas de Saif Al-Din Musalat illustre les limites de la pression diplomatique américaine. En juillet 2025, les États-Unis avaient exhorté Israël à « mener une enquête approfondie ». L'ambassadeur Mike Huckabee avait déclaré sur X : « Il faut que les responsables de cet acte criminel et terroriste rendent des comptes. Saif n'avait que 20 ans. » Aucune enquête indépendante américaine n'a suivi. Deux autres Américains ont été tués depuis.

Pour les familles, les enquêtes israéliennes ne sont pas acceptables. Ozden Eygi Bennett, sœur d'Aysenur Ezgi Eygi, l'a dit clairement à PBS : « Une enquête israélienne n'est pas acceptable pour nous, la famille, parce qu'on ne peut pas laisser quelqu'un qui a commis le crime enquêter sur lui-même et se juger. » Kamel Musallet, père de Saif Al-Din Musalat, a également témoigné de son sentiment d'abandon face à l'absence de suites données aux demandes américaines.

Le contexte est aggravé par l'évolution politique. L'un des premiers actes de Donald Trump à son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025 a été de révoquer le décret de Joe Biden qui sanctionnait les colons violents. Trente-trois individus et organisations ont perdu leurs désignations du jour au lendemain. Selon les sénateurs, les incidents de violence de colons ont grimpé en flèche ensuite, dépassant 1 800 incidents en 2025 selon l'ONU, avec 240 Palestiniens tués en Cisjordanie par les forces israéliennes et les colons.

Un système juridique à deux vitesses au cœur de l'impunité

La question centrale est celle du système juridique en vigueur en Cisjordanie. L'Association pour les droits civils en Israël (ACRI) documente depuis des années ce qu'elle appelle « une règle, deux systèmes juridiques » : un système civil pour les citoyens israéliens, jugés devant des tribunaux civils avec les protections du droit israélien, et un système militaire pour les Palestiniens, jugés devant des tribunaux militaires pour tout, des infractions routières aux accusations de sécurité.

Ce système, mis en place par des ordres militaires depuis 1967, crée une impunité structurelle pour les colons. Lorsqu'un colon est suspecté de violence contre des Palestiniens, il relève des tribunaux civils israéliens — mais les procureurs militaires israéliens, qui contrôlent l'essentiel des poursuites en Cisjordanie, ont rarement intérêt à poursuivre des citoyens israéliens pour des violences contre des Palestiniens. Le résultat est documenté : des centaines de civils tués, zéro condamnation pour les auteurs.

Ce constat rejoint celui établi par notre article sur les 1 100 civils tués en Cisjordanie sans condamnation depuis 2020. Le cas des Américains n'est qu'une facette d'un système plus large, mais il a ceci de particulier qu'il implique des citoyens d'un pays allié, doté d'un poids diplomatique considérable — et pourtant incapable d'obtenir des comptes.

Le cas de la journaliste Shireen Abu Akleh en est l'illustration la plus frappante. Malgré la pression internationale, malgré une enquête du FBI américain, aucune poursuite n'a abouti. Le même schéma se répète pour chaque victime américaine.

La pression diplomatique peut-elle changer quelque chose ?

La lettre du 5 mars 2026 est la deuxième du genre en moins de huit mois. En juillet 2025, Chris Van Hollen avait déjà mené une trentaine de collègues pour exiger des réponses sur la mort de Saif Al-Din Musalat. La réponse du Département d'État s'était limitée à des « appels à la responsabilisation dans tous les cas où des citoyens américains sont blessés à l'étranger » — sans enquête indépendante, sans conséquence.

La nouvelle lettre va plus loin. Elle demande explicitement une « enquête crédible et indépendante » menée par les États-Unis, et cite « l'impunité accordée aux colons israéliens extrémistes en Cisjordanie sous la protection des Forces de défense israéliennes ». Les sénateurs demandent aussi un briefing au Congrès par l'administration avant le 5 avril 2026.

La question est de savoir si cette pression peut avoir un effet concret. Les leviers existent : l'aide militaire américaine à Israël n'est pas conditionnée au comportement des colons, et les sanctions de l'ère Biden ont été levées. Mais la lettre intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l'administration Trump et certains élus démocrates sur la question israélo-palestinienne, et l'Union européenne prépare de son côté de nouvelles sanctions contre les colons.

L'incident Ro Khanna : l'impunité sous les yeux d'un élu américain

L'impunité n'est pas qu'une question de statistiques. Le 11 juillet 2026, le représentant démocrate californien Ro Khanna, en visite en Cisjordanie, a été détenu par des colons armés de fusils M4 fabriqués aux États-Unis près de Khirbet Zanuta, un hameau palestinien vidé de ses habitants après des raids de colons. Les colons ont encerclé le véhicule du groupe, bloqué la route et appelé l'armée israélienne. Selon un aide de Khanna, « l'armée était de leur côté, pas du côté des Américains ».

L'incident a eu lieu dans une zone où les colons opèrent en toute impunité, avec des armes américaines, sous la protection de l'armée israélienne, contre des ressortissants américains — y compris un membre du Congrès. Il illustre de manière spectaculaire le diagnostic des sénateurs : l'impunité est devenue la norme, et elle s'exerce sans distinction de nationalité.

Les familles face au sentiment d'abandon

Le sentiment d'abandon des familles est le fil rouge de ces affaires. Selon WHYY, une radio publique de Philadelphie, les familles des Américains tués disent avoir perdu espoir. Après le meurtre d'un Palestinien-Américain, des enquêteurs américains ont rencontré la famille, mais un témoin a déclaré qu'ils n'avaient pas poussé assez loin. Les forces israéliennes ont ensuite perquisitionné le domicile et détenu le frère de la victime, également citoyen américain, pendant onze heures, le menaçant pour qu'il abandonne l'affaire. Des pères de victimes ont également été frappés de restrictions de déplacement.

La lutte pour la justice des familles de Palestiniens-Américains tués en Cisjordanie se heurte à un système qui ne prévoit tout simplement pas de responsabilité pour les violences contre les Palestiniens, quelle que soit leur nationalité.

La lettre des 31 sénateurs représente un pas supplémentaire dans la pression sur l'administration Trump. Mais l'histoire récente suggère que sans conséquences concrètes — conditionnement de l'aide militaire, sanctions contre les colons, enquêtes indépendantes américaines — les demandes du Congrès resteront lettre morte. Chaque lettre, chaque demande d'enquête, chaque briefing demandé au Congrès s'ajoute à une liste déjà longue de documents officiels sans effet. Les familles, elles, continuent d'attendre que la nationalité américaine de leurs proches leur offre la protection qu'elle devrait garantir.

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Questions fréquentes

Quels Américains tués en Cisjordanie depuis 2022 ?

Neuf citoyens américains ont été tués en Cisjordanie depuis 2022, dont Omar Assad (78 ans), la journaliste Shireen Abu Akleh, Saif Al-Din Musalat (20 ans) et Nasrallah Abu Siyam (19 ans). Les sénateurs démocrates et indépendants exigent une enquête indépendante sur ces décès.

Pourquoi une enquête indépendante sur la mort d'Américains ?

Les sénateurs estiment que les enquêtes israéliennes ne sont pas crédibles car l'armée et les colons sont impliqués. Ils dénoncent une impunité structurelle : aucun auteur de violences contre des Palestiniens n'a été condamné, malgré 1 800 incidents en 2025. La famille d'une victime a déclaré qu'on ne peut pas laisser le coupable enquêter sur lui-même.

Qui est Nasrallah Abu Siyam et comment est-il mort ?

Nasrallah Abu Siyam, 19 ans, né à Philadelphie, a été tué par balles le 18 février 2026 à Moukhmas. Il tentait d'empêcher des colons masqués de voler du bétail. Les soldats israéliens présents n'ont pas interrompu l'attaque et ont même encouragé les colons selon des témoins. Il est mort après des heures d'attente aux checkpoints.

Quel système juridique s'applique aux colons en Cisjordanie ?

Il existe un système à deux vitesses : les citoyens israéliens relèvent des tribunaux civils, les Palestiniens des tribunaux militaires. Les procureurs militaires contrôlent les poursuites mais poursuivent rarement des colons pour violences contre des Palestiniens. Résultat : des centaines de civils tués et zéro condamnation pour les auteurs depuis 2020.

Que demande la lettre des sénateurs à l'administration Trump ?

La lettre du 5 mars 2026, menée par Chris Van Hollen, exige une enquête crédible et indépendante des États-Unis sur la mort des neuf Américains. Elle demande un bilan complet des décès et un briefing au Congrès avant le 5 avril 2026. Elle dénonce l'impunité accordée aux colons extrémistes sous la protection de l'armée israélienne.

Sources

  1. aljazeera.com · aljazeera.com
  2. alquds.com · alquds.com
  3. arabcenterdc.org · arabcenterdc.org
  4. arabnews.jp · arabnews.jp
  5. btselem.org · btselem.org
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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