Mercredi 25 mars 2026, lorsque Giorgia Meloni pose le pied sur le tarmac de l’aéroport Houari-Boumediene à Alger, la chorégraphie diplomatique est impeccable. Pour sa deuxième visite d’État en Algérie, la Présidente du Conseil italien est accueillie avec les honneurs militaires, mais l'actualité politique pèse lourdement sur ses épaules. Seulement deux jours plus tôt, le 23 mars, les Italiens rejetaient par référendum sa réforme controversée de la magistrature, plongeant le gouvernement dans une difficulté inédite. Face à ce camouflet intérieur, le déplacement algérien prend une allure de refuge stratégique, permettant à la dirigeante de se projeter en figure incontournable de la Realpolitik méditerranéenne. Si le président Abdelmadjid Tebboune l’appelle publiquement son « amie », cette démonstration d'affection masque mal une réalité plus froide : l'Italie vient chercher à Alger une sécurité énergétique et migratoire vitale, tandis que l'Algérie consolide son statut de puissance régionale incontournable.

25 mars 2026 à Alger : le référendum raté de Meloni effacé par un voyage d’État
Le rejet du référendum du 23 mars 2026 constitue un séisme politique pour Giorgia Meloni et sa majorité. En tentant de modifier les règles régissant la magistrature, la chef du gouvernement italien s'est heurtée à un front de refus, y compris dans une partie de son propre électorat, attaché à l'indépendance de la justice. Ce plébiscite du « non » a bloqué son agenda interne et fissuré l'image de dirigeante toute-puissante qu'elle tentait de projeter. Dans ce contexte de fragilité domestique, la visite d’État à Alger ne relève pas du hasard calendaire : elle devient une opération de communication essentielle, une classique manœuvre de diversion consistant à se tourner vers l'extérieur lorsque l'intérieur se dérobe.
Une diversion classique mais risquée
C'est une réaction aussi vieille que la politique elle-même. Pour un dirigeant affaibli par un scrutin national, les tapis rouges à l'étranger offrent une bouffée d'oxygène médiatique, une occasion d'échanger les costumes de chef de gouvernement contesté pour ceux de chef d'État respecté sur la scène internationale. Cependant, cette stratégie n'est pas sans risque. Si l'opinion publique italienne perçoit ce voyage comme une fuite en avant plutôt que comme une nécessaire diplomatie, l'effet boomerang pourrait être brutal. Les citoyens, sensibles aux questions de pouvoir d'achat et de justice, pourraient juger sévèrement une escapade aux fastes protocolaires alors que le pays est en pleine recomposition politique.
Redorer le blason à l'international
En se posant en interlocutrice privilégiée de l'Algérie, Meloni tente de redorer son blason, montrant aux Italiens qu'elle reste un acteur majeur capable de sécuriser les intérêts vitaux de la nation. Cette dynamique n'est pas nouvelle chez elle. On l'a déjà observée lors de récents affrontements avec Emmanuel Macron, où les postures fermes sur la scène internationale servaient souvent à masquer des tensions intérieures. L'image diffusée par les télévisions algériennes, celle d'une Meloni souriante et déterminée, cherche à effacer l'empreinte du 23 mars. L'objectif est clair : substituer l'image d'une Première ministre contestée par le vote citoyen à celle d'une chef d'État incontournable en Méditerranée.
La mise en scène protocolaire
Peu de temps après son arrivée à l’aéroport, à la mi-journée, Mme Meloni a sacrifié au rituel de la halte devant le Mémorial du martyr d’Alger. Ce geste fort, hautement symbolique en terre algérienne, n'est pas anodin. Il permet à la dirigeante italienne de montrer une reconnaissance envers l'histoire du pays hôte, tissant un lien émotionnel qui dépasse les simples contrats commerciaux. Lors de la déclaration commune aux médias, le chef de l'État a salué son « amie » ainsi que la délégation l'accompagnant, puis a exprimé sa « plus haute considération » pour l'implication de son invitée. Cette mise en scène de l'amitié entre les deux États sert d'écran protecteur, dissimulant les concessions difficiles qui se négocient en coulisses.

L'Aïd el-Fitr et la force majeure du Qatar : un timing qui en dit long
Au-delà de la politique intérieure italienne, le calendrier de cette visite est dicté par une conjoncture énergétique explosive. Meloni choisit d'arriver à Alger le premier jour suivant l'Aïd el-Fitr, marquant symboliquement sa volonté de respecter et d'honorer son partenaire maghrébin à un moment clé de l'année culturelle et religieuse. Mais ce n'est pas seulement une question de diplomatie culturelle. Ce timing coïncide avec une période de tension extrême sur les marchés mondiaux de l'énergie, exacerbée par des événements récents qui bouleversent les approvisionnements européens.
Un respect calculé des traditions religieuses
En choisissant ce calendrier, Meloni ne fait pas que de la figuration. Elle comprend qu'en Algérie, comme dans de nombreux pays de la région, le respect des fêtes religieuses est un préalable à toute discussion sérieuse. Arriver le lendemain de l'Aïd el-Fitr, c'est envoyer un signal de considération personnelle envers le Président Tebboune et son peuple. Cette attention au détail protocolaire est essentielle pour créer une atmosphère de confiance. Dans une négociation où chaque mètre cube de gaz compte, l'humain reprend ses droits. C'est une manière douce de dire que l'Italie considère l'Algérie comme un partenaire privilégié et respecté, et non comme une simple station-service.
L'urgence énergétique dictée par Doha
La visite prend une urgence particulière à la lumière de la déclaration de force majeure prononcée par QatarEnergy. Cette annonce, qui suspend partiellement les livraisons, perturbe gravement les approvisionnements vers l'Europe et inquiète particulièrement l'Italie, dépendante des flux gaziers pour faire tourner ses usines et chauffer ses foyers. Dans ce tableau incertain, chaque partenaire gazier devient critique. Alger n'est plus seulement un voisin, il se transforme en une assurance-vie énergétique. Le choix de Meloni de se déplacer physiquement, plutôt que d'envoyer un ministre, souligne la gravité de la situation : Rome a besoin de certitudes, et seul un face-à-face au plus sommet de l'État semble capable de les garantir. Ce contexte de force majeure au Qatar transforme chaque cargaison algérienne en un enjeu stratégique vital.
20 milliards de mètres cubes : l'Algérie, fournisseur gazier numéro un d'une Italie sous tension
L'amitié entre Meloni et Tebboune se nourrit avant tout de chiffres concrets, ceux qui font tourner l'économie italienne. En 2025, l'Algérie a solidement confirmé sa place de premier fournisseur de gaz de l'Italie, livrant plus de 20 milliards de mètres cubes sur un total d'environ 61 milliards importés par la péninsule. Cette dépendance massive structure désormais la politique énergétique de Rome. Pour visualiser cette réalité, il suffit de regarder les terminaux méthaniers : sur les 221 cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) qui ont accosté en Italie en 2025, 47 provenaient d'Algérie.
47 cargaisons sur 221 : la part de l'Algérie dans les tuyaux italiens
Cela représente environ 21 % des arrivées par voie maritime, mais surtout une augmentation spectaculaire de 50 % par rapport à l'année précédente, qui n'avait vu passer que 31 cargaisons algériennes. Cette progression fulgurante n'est pas un hasard ; elle est le résultat direct d'une stratégie volontariste de diversification mise en place après la guerre en Ukraine et la baisse drastique des livraisons russes via le pipeline Nord Stream. L'Algérie, grâce à sa position géographique et à ses réserves, est devenue la variable d'ajustement indispensable. Ces chiffres montrent ce que signifie concrètement cette dépendance pour la facture énergétique italienne : le gaz algérien n'est plus une option, c'est la colonne vertébrale de l'approvisionnement national.
Quand le Qatar se met sous force majeure, Alger devient la seule planche de salut
Cette intégration économique fait de l'Algérie le premier partenaire commercial de l'Italie en Afrique et dans le monde arabe, un statut qui donne à Alger une influence considérable sur les décisions romaines. Lorsqu'un acteur aussi majeur que le Qatar réduit ses disponibilités à cause de tensions techniques ou géopolitiques dans le Golfe, l'Europe se retrouve sous la menace d'une pénurie. Pour l'Italie, qui a construit sa stratégie de sortie du gaz russe sur un panier de fournisseurs moyen-orientaux et nord-africains, cette déclaration sonne comme une alerte rouge. Dans ce jeu de dominos énergétique, l'Algérie prend soudainement une valeur décuplée. Chaque mètre cube supplémentaire que Sonatrach peut envoyer vers Rome permet de combler le vide laissé par Doha. C'est là que se joue la vraie Realpolitik : les négociations sur le prix du gaz, les volumes futurs ou les conditions de transport ne sont plus de simples discussions commerciales, mais des questions de sécurité nationale.
20 millions d'euros contre des flux migratoires maîtrisés : le marchandage couvert par le gaz
Si le gaz est le moteur visible de ce rapprochement italo-algérien, la question migratoire en constitue le moteur silencieux. En avril 2025, soit onze mois avant la visite de mars 2026, le gouvernement italien a débloqué une enveloppe de 20 millions d'euros pour financer le rapatriement de migrants africains. Ce programme, mené en coopération avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), vise spécifiquement les populations d'Afrique subsaharienne présentes en Algérie, en Tunisie et en Libye.
Avril 2025 : 3 300 migrants dans le viseur du financement italien
L'objectif chiffré est clair : environ 3 300 migrants doivent être raccompagnés dans leurs pays d'origine. Ces fonds ne sont pas distribués au hasard ; ils ciblent ce que Rome appelle les populations « les plus vulnérables », une terminologie administrative qui masque souvent la réalité brutale des camps de détention informels du Maghreb. Pour l'Italie de Meloni, ce financement vise un but précis : empêcher que ces milliers de personnes ne prennent la mer vers les côtes de la Sicile ou de la Lampedusa. En payant pour que les migrants soient éloignés des côtes sud de la Méditerranée, Rome tente de repousser sa frontière méridionale plusieurs centaines de kilomètres plus au sud, externalisant ainsi le contrôle de ses flux migratoires aux États du Maghreb.
Le silence des deux côtés sur un lien que personne ne nommera jamais
Pourtant, lors de la conférence de presse à Alger, ni Meloni ni Tebboune n'ont mentionné explicitement ces 20 millions d'euros ou le rapatriement des 3 300 migrants. Aucun mot n'a été prononcé sur cet accord, alors qu'il pendait lourdement dans l'air ambiant du palais présidentiel. Ce silence n'est pas une omission, c'est une méthode. C'est l'essence même de la diplomatie transactionnelle moderne, ou « à la carte » : on achète la sécurité énergétique avec des fonds destinés à l'immigration, mais on ne signe jamais un contrat qui lierait officiellement les deux sujets. Ce non-dit permet à l'Italie de contourner les critiques des institutions européennes et des ONG qui dénoncent les violations des droits de l'homme dans les centres de rétention nord-africains. Rome peut ainsi affirmer qu'elle finance de l'aide au développement humanitaire via l'OIM, pendant qu'Alger reçoit des fonds pour sécuriser son territoire et gérer une population migratoire parfois indésirable.

Gaz de schiste et 36 hectares de désert : ENI et Sonatrach construisent un pont fossile
Au-delà des hydrocarbures bruts, le partenariat s'élargit à des domaines stratégiques. Lors de sa visite, Meloni a annoncé le renforcement de la coopération « à travers nos champions nationaux » ENI et Sonatrach, « sur de nouveaux fronts comme le gaz de schiste ou l'exploration offshore ». C'est un basculement significatif : le gaz de schiste, technologie controversée, entre officiellement dans le partenariat. Parallèlement, le Projet Mattei pour l'Afrique s'incarne à travers des initiatives concrètes comme les 36 hectares de terres désertiques reclaimés par BF Spa pour la production agricole. L'Algérie n'est plus un simple fournisseur : elle devient un partenaire intégré de la stratégie italienne en Afrique.
Le projet Mattei pour l'Afrique : l'Algérie comme clé de voûte de la stratégie italienne
Nommé en hommage à Enrico Mattei, le fondateur de l'ENI, ce plan se veut la réponse italienne à l'influence d'autres puissances en Afrique. L'ambition est de transformer la relation donneur-receveur en un véritable partenariat d'égal à égal. Comme l'a souligné Meloni, dans un monde marqué par une « instabilité croissante » et des « certitudes diminuantes », la relation avec Alger reste l'une des « certitudes extraordinaires » sur lesquelles l'Italie peut compter. L'Algérie joue ici un rôle de clé de voûte. Ce discours ne vise pas seulement à rassurer le marché, il positionne l'Algérie comme le pivot central de la stratégie méditerranéenne de Rome, s'inscrivant dans une rivalité plus large avec d'autres puissances européennes dans le cadre du clash pour l'Europe industrielle.
BF Spa et les 36 hectares : quand l'agriculture algérienne entre dans l'orbite italienne
Cette diversification se traduit par des projets concrets sur le terrain. Un exemple frappant est l'initiative menée par BF Spa en Algérie, qui vise la réclamation de 36 hectares de terres désertiques pour la production agricole. Cela peut sembler modeste à l'échelle du Sahara, mais symboliquement, c'est un tournant majeur. L'investissement italien ne se limite plus aux puits de pétrole ; il s'infiltre dans la terre et la sécurité alimentaire. En investissant dans la valorisation de terres arides, l'Italie crée une dépendance croisée : l'Algérie bénéficie de technologies et de capitaux pour développer son agriculture locale, tandis que les entreprises italiennes s'assurent des positions stratégiques dans le secteur primaire. Ces projets agricoles servent aussi de vitrine pour le Plan Mattei, prouvant que la coopération peut apporter des bénéfices concrets au quotidien pour les populations locales.

19 visites en deux ans et demi : comment Meloni a pris la France de vitesse en Méditerranée
Maintenant que le contenu du partenariat est établi, il est essentiel de le contextualiser dans la rivalité européenne. Meloni a visité la région Moyen-Orient/Afrique du Nord 19 fois en deux ans et demi — davantage que la présidence française en plus de sept ans. L'Italie pratique une diplomatie bilatérale « à la carte » en s'affranchissant des positions européennes officielles. Pendant ce temps, la France voit son influence historique au Maghreb éroder. L'Algérie, premier partenaire commercial de l'Italie en Afrique, est aussi le terrain où se joue une recomposition des alliances méditerranéennes au détriment de Paris.
Plus de 19 déplacements là où la présidence française n'a pas mis les pieds
Cette divergence explique partiellement le basculement des alliances. L'Italie a su être présente, réactive et disponible, là où la France, souvent perçue comme distante, a laissé le champ libre. Les résultats économiques suivent : les échanges entre l'Italie et la Libye, par exemple, ont explosé, passant de 2,6 milliards d'euros en 2020 à 9,1 milliards en 2023. Meloni a compris que la Méditerranée est d'abord une affaire de voisinage et de contact direct. En occupant le terrain physiquement, elle a pris la vitesse à Paris, qui voit son influence historique au Maghreb s'éroder progressivement au profit d'un pragmatisme romain sans complexes.
La diplomatie « à la carte » : contourner Bruxelles pour séduire Alger
La méthode de Meloni repose sur une diplomatie bilatérale « à la carte » qui irrite au plus haut point la Commission européenne. L'idée est simple : Rome négocie directement avec Alger, Tripoli ou Tunis, en passant outre les positions communes de l'Union européenne. Cette approche permet à l'Italie de signer des accords spécifiques, adaptés aux besoins immédiats des deux parties, sans être freinée par les lourdeurs bureaucratiques de Bruxelles. Pour les dirigeants maghrébins, cette méthode est séduisante. Elle leur offre des interlocuteurs capables de décider rapidement, sans devoir attendre l'unanimité des 27 capitales européennes. C'est ainsi que s'est bâtie la relation entre l'Algérie et l'Italie, un axe qui fonctionne désormais en marge des directives officielles de l'UE.
Gaz de schiste algérien : l'accord qui enterre (encore) la transition écologique européenne
Dernier volet de cette visite : la contradiction climatique. En annonçant officiellement la coopération sur le gaz de schiste le 25 mars 2026, Meloni signe un accord qui lie l'Italie — et par capillarité l'Europe — à une source d'énergie fossile non conventionnelle pour des décennies. Il est nécessaire de relier cet accord à la dynamique plus large du secteur énergétique européen qui continue de privilégier le court terme gazier. Cette situation interroge l'héritage que nous laisserons : quelle facture climatique notre génération héritera de ces contrats scellés aujourd'hui ?
Les mots « gaz de schiste » prononcés le 25 mars : ce que Meloni a réellement signé
Lors de la conférence de presse du 25 mars, Giorgia Meloni a lâché des mots qui doivent alerter les défenseurs de l'environnement : elle a annoncé explicitement le renforcement de la coopération avec Sonatrach « sur de nouveaux fronts comme le gaz de schiste ou l'exploration offshore ». Prononcer l'expression « gaz de schiste » dans un contexte officiel, c'est valider une technologie éminemment controversée, responsable de pollutions massives des nappes phréatiques et de séismes induits par la fracturation hydraulique. L'exploration offshore, quant à elle, présente des risques majeurs pour la biodiversité méditerranéenne. Ces décisions sont prises pour répondre à l'urgence du présent, mais elles verrouillent l'avenir. C'est une contradiction flagrante avec les objectifs du Green Deal européen qui prône une sortie progressive des énergies fossiles.
Une dépendance structurale pour les décennies à venir : notre génération paiera la facture
Les infrastructures nécessaires à l'exploitation de ce gaz — que ce soit les pipelines terrestres, les terminaux de liquéfaction ou les plateformes offshore — sont des investissements massifs conçus pour durer trente, voire quarante ans. En signant ces accords aujourd'hui, Meloni engage non seulement son mandat, mais aussi celui de ses successeurs. Nous créons une dépendance structurelle qui liera les mains des futurs gouvernements italiens et européens. Alors que le monde doit réduire drastiquement ses émissions de CO2 d'ici 2050, l'Europe s'accroche à une planche de salut fossile algérienne. Notre génération paiera la facture, littéralement et figurativement. Nous paierons financièrement à travers des contrats à long terme, et nous paierons écologiquement par le dérèglement climatique que ces émissions supplémentaires ne manqueront pas d'aggraver.
Conclusion : L'Algérie de demain sera-t-elle la Russie d'hier ?
En conclusion, ce rapprochement italo-algérien orchestré par Giorgia Meloni révèle les failles profondes de la stratégie énergétique européenne. Incapable de se passer immédiatement des fossiles, l'Italie se tourne vers l'Algérie avec une avidité qui justifie tous les compromis, du marchandage migratoire au gaz de schiste. Meloni a réussi un coup diplomatique réel le 25 mars 2026, mais ce coup engage l'Europe pour des décennies. L'Algérie devient l'allié incontournable, le fournisseur vital, mais aussi le gardien coûteux des frontières sud.
Revenant à la question initiale, l'Algérie est-elle le nouvel allié de substitution de la Russie ? La réponse est nuancée. Oui pour le gaz et la sécurité énergétique immédiate, mais à un prix qui dépasse largement la facture financière. Le deal migratoire, l'acceptation du gaz de schiste, la marginalisation de la diplomatie française au Maghreb, le verrouillage de la transition écologique : tout se tient. En acceptant ces règles du jeu, l'Italie, et l'Europe avec elle, valident une vision du monde où la Realpolitik prime sur les valeurs défendues ailleurs. Notre génération héritera d'une Méditerranée où l'énergie se négocie contre des frontières, et où le climat passe après les intérêts géopolitiques. Les contrats signés aujourd'hui scellent une dépendance qui structure l'avenir du continent, bien au-delà des mandats actuels.