Le Maroc renouvelle ses réseaux d'influence en France. Il mise désormais sur des acteurs technologiques et économiques, alors que ses relais politiques et culturels historiques perdent de leur poids.

Du lobby historique aux relais technologiques
Les dinosaures politico-culturels marginalisés
Rachida Dati a échoué à la mairie de Paris face à Emmanuel Grégoire. Jack Lang a été remplacé à l'Institut du Monde Arabe par Anne-Claire Legendre, diplomate qui ne bénéficierait pas des « largesses du palais ». Tahar Ben Jelloun et Mehdi Qotbi perdent de l'influence. Ces figures formaient l'ancienne garde des réseaux marocains en France (Le Monde, Africainside).

Le virage vers les profils technologiques
Le Monde relève un passage vers de nouveaux acteurs qualifiés de « technos ». Un haut responsable marocain cité par Africainside constate que « le lien affectif entre les deux pays s'effrite ». La stratégie vise des « technos, des profils moins enclins aux privilèges ». Le renouvellement s'appuie sur des écosystèmes numériques et entrepreneuriaux plutôt que sur le prestige culturel.

Le cadre de transparence français et le précédent européen
La loi n° 2024-850 du 25 juillet 2024 prévient les ingérences étrangères. Un répertoire public de l'influence étrangère est en vigueur depuis le 1er octobre 2025. Toute personne agissant pour un mandant étranger afin d'influencer une décision publique doit s'inscrire et déposer des déclarations trimestrielles d'activité. Les sanctions vont jusqu'à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende (HATVP).
Le « Qatar-Marocgate » a conduit à la suppression des groupes d'amitié au Parlement européen. Gilles Pargneaux, ancien président du groupe d'amitié UE-Maroc, a reçu une décoration marocaine sur instruction du roi. Kaoutar Fall, directrice d'une agence de lobbying marocaine, a été expulsée par la Belgique. Ces faits documentent un contrôle renforcé des influences étrangères (FranceInfo).
Les leviers économiques et la diaspora comme financeurs
Le Maroc est le premier investisseur africain en France en stocks. OCP Group prévoit environ 53 MMDH d'investissements en 2025. L'Agence marocaine de développement des investissements et des exportations pilote l'attractivité. L'Université Mohammed VI Polytechnique sert d'outil académique. La diaspora marocaine, environ 5 millions de personnes, est mobilisée comme une « 13e région » (diplomatie.gouv.fr).
Des canaux économiques existent via les partenariats Engie-OCP. Catherine MacGregor, directrice générale d'Engie, a demandé à ses équipes de ne pas mettre en avant ses liens avec le Maroc. L'historien Pierre Vermeren décrit une stratégie de deux décennies pour attirer des universitaires et des chercheurs (Africainside).
Ce que cette recomposition change pour la jeunesse française
La recomposition vers les « technos » suggère une cible privilégiée : les écosystèmes numériques, les start-up et les associations diasporiques auprès de la jeunesse française. L'impact précis sur les 16-25 ans n'est pas quantifié dans les sources (Le Monde, Africainside).
Le sommet Africa Forward 2026, où Macron a promis 23 milliards à l'Afrique, montre l'attention générale portée aux jeunes du continent et de la diaspora (Sommet Africa Forward 2026). Les réseaux numériques restent un terrain à risque : des espions chinois utilisent LinkedIn pour piéger de jeunes Français avec de fausses offres d'emploi (Espions chinois sur LinkedIn). Vérifier les déclarations du répertoire HATVP et décrypter les partenariats économiques sous-jacents aide à comprendre qui finance ces réseaux.