Gros plan d'une carte mettant en évidence l'Iran, avec des villes étiquetées dont Téhéran, Qom et Ispahan.
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Iran : diluer l'uranium pour éteindre la révolte ?

Téhéran propose de diluer son uranium pour obtenir la levée des sanctions, mais cette ouverture diplomatique survient alors que le régime fait face à son plus grand soulèvement depuis 1979. Entre l'ultimatum américain et la répression féroce des...

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Alors que Téhéran affiche soudainement une volonté diplomatique inédite en proposant de diluer son stock d'uranium, l'Iran est simultanément le théâtre d'une contestation sociale d'une ampleur historique. Ce geste nucléaire surprenant, calculé au jour près, intervient dans un contexte de tensions extrêmes avec les États-Unis et de chaos interne. La question qui se pose désormais est de savoir si cette ouverture n'est pas une manœuvre tactique destinée à diviser la communauté internationale pendant que le régime tente de mater la fureur de sa jeunesse. Au-delà de la géopolitique des atomes, c'est le sort des libertés fondamentales qui se joue dans les rues de Téhéran et d'Ispahan. 

Gros plan d'une carte mettant en évidence l'Iran, avec des villes étiquetées dont Téhéran, Qom et Ispahan.
Gros plan d'une carte mettant en évidence l'Iran, avec des villes étiquetées dont Téhéran, Qom et Ispahan. — (source)

Une volte-face nucléaire surprise

L'annonce du 22 février 2026 a pris de court la plupart des observateurs internationaux. Mohammad Eslami, le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, a confirmé que Téhéran était désormais disposé à réduire la pureté de son uranium. Cette déclaration marque un changement radical dans la rhétorique iranienne, qui jusqu'ici défendait farouchement son droit à l'enrichissement, y compris à des niveaux très proches du grade militaire.

Selon les informations disponibles, l'Iran refuse catégoriquement d'exporter son stock d'uranium hautement enrichi, estimé à environ 300 kilogrammes. À la place, le régime propose une dilution sous la supervision stricte de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Concrètement, cela signifie que l'uranium enrichi actuellement à 60 %, un niveau qui inquiète au plus haut point les services de renseignement occidentaux car il n'est qu'à une étape technique de la qualité nécessaire à une arme, serait ramené à un seuil de 20 % ou moins. Cette opération chimique rendrait le matériau moins utilisable à des fins militaires à court terme, mais permettrait à l'Iran de conserver la matière première sur son sol, prête à être réenrichie si la situation politique l'exige. 

Photographie de la centrale nucléaire de Bouchehr en Iran, avec un bâtiment du réacteur en forme de dôme.
Photographie de la centrale nucléaire de Bouchehr en Iran, avec un bâtiment du réacteur en forme de dôme. — (source)

Cette proposition est présentée par Téhéran comme une « offre de paix » majeure. Pourtant, elle arrive à un moment où la pression économique est écrasante. L'effondrement de la monnaie nationale et le retour des sanctions via le mécanisme de « snapback » de l'ONU ont asphyxié l'économie. En proposant cette dilution, l'Iran espère sans doute obtenir en retour une levée immédiate des sanctions économiques qui étranglent le pays. C'est une forme de chantage diplomatique : moins d'atomes contre plus d'argent. Toutefois, cette ouverture survient alors que Donald Trump vient de lancer un ultimatum de dix jours et d'évoquer publiquement des options militaires, ce qui suggère que la capitulation n'est peut-être qu'une tactique pour gagner du temps face à la menace de frappes. Pour mieux comprendre l'ampleur de cette États-Unis et Iran : une diplomatie au bord du gouffre, il faut analyser les ramifications militaires de telles décisions.

Le seuil critique de 60 %

Il est crucial de comprendre pourquoi ce niveau d'enrichissement de 60 % déclenche une telle alarme dans les chancelleries occidentales. L'Iran est, à l'heure actuelle, le seul État non doté de l'arme nucléaire à enrichir de l'uranium à un tel niveau. Si l'usage civil de l'uranium enrichi à 3,5 % ou 5 % est standard pour les centrales électriques, et que le 20 % est requis pour certains réacteurs de recherche, le palier de 60 % n'a qu'une seule finalité logique : se rapprocher de la capacité militaire qui nécessite environ 90 % d'uranium 235.

Les experts estiment que la connaissance technique pour passer de 60 % à 90 % est bien plus rapide et facile à acquérir que les étapes précédentes. En conservant ces 300 kilogrammes sur son sol, même dilués, Téhéran garde une « brèche technologique » ouverte. C'est la raison pour laquelle l'offre de dilution est vue avec suspicion : elle ne retire pas la compétence, elle met seulement le processus en pause. Le revers à la médaille, c'est que techniquement, une fois dilué, il faudrait du temps et de l'énergie pour réenrichir la matière, offrant ainsi une fenêtre de sécurité aux services de renseignement internationaux. 

Carte des frappes aériennes israéliennes sur l'installation nucléaire de Natanz lors de l'Opération Rising Lion en juin 2025.
Carte des frappes aériennes israéliennes sur l'installation nucléaire de Natanz lors de l'Opération Rising Lion en juin 2025. — WeatherWriter / CC BY-SA 2.0 / (source)

Une histoire d'accords rompus

Cette nouvelle annonce ne peut être dissociée du contexte historique des négociations nucléaires. Le programme nucléaire iranien a débuté dans les années 1950 avec l'aide des États-Unis, mais c'est depuis les années 2000 qu'il est au cœur des tensions internationales. Le Plan d'action global commun (JCPOA) signé en 2015 avait permis un gel significatif des activités iraniennes en échange d'une levée des sanctions. Cependant, le retrait unilatéral des États-Unis sous l'administration Trump en 2018 avait sonné le glas de cet accord.

Depuis lors, l'Iran a progressivement abandonné ses engagements, réinstallant des centrifugeuses et augmentant les niveaux d'enrichissement. En 2025, face à l'impasse diplomatique et au rétablissement des sanctions par l'ONU, Téhéran a franchi un nouveau seuil symbolique et technique. L'actuelle proposition de dilution ressemble donc à un retour à la table des négociations par la petite porte, tentant de sauver ce qui peut encore l'être d'un cadre diplomatique totalement désarticulé.

La position ambiguë de l'AIEA

L'AIEA se trouve désormais dans une position délicate. L'agence doit garantir que la dilution soit réelle, vérifiable et irréversible, sans pour autant apparaître comme complice d'une manœuvre dilatoire. Les inspecteurs de l'agence devront avoir accès total aux sites de production et aux stocks pour confirmer la baisse du taux d'enrichissement. Cependant, l'histoire des relations entre l'Iran et l'AIEA est truffée de zones d'ombre et de retards dans les déclarations. La confiance ne règne pas.

Si l'agence valide cette opération, elle pourrait donner à l'Iran le levier nécessaire pour exiger la fin des sanctions à l'ONU. Mais si elle refuse ou émet des doutes, Téhéran pourrait s'en servir comme prétexte pour accélérer à nouveau son programme nucléaire, accusant la communauté internationale de mauvaise foi. C'est un jeu de dupes dangereux où chaque gramme d'uranium devient un pion sur l'échiquier politique.

L'enjeu de la vérification

Le principal défi technique pour l'AIEA sera de pouvoir suivre le processus de dilution en temps réel. La dilution de l'uranium hexafluoride (UF6) est un processus industriel complexe qui, s'il n'est pas surveillé de manière continue, pourrait potentiellement être maquillé. Téhéran a insisté pour que cette opération se fasse exclusivement sur son sol, refusant l'exportation du matériel, ce qui limite la capacité de contrôle de la communauté internationale.

Les inspecteurs devront non seulement vérifier le niveau final d'enrichissement, mais aussi s'assurer que la quantité totale de matière fiscale est bien comptabilisée. Il existe un risque, souvent théorisé par les experts en prolifération, qu'une petite quantité d'uranium très enrichi soit réservée et cachée pendant le processus de mélange. C'est pourquoi l'accès sans restriction aux centrifugeuses et aux stocks de matière est une ligne rouge non négociable pour les puissances occidentales.

La crise de confiance institutionnelle

Au-delà des aspects techniques, c'est bien la confiance entre l'Iran et l'agence onusienne qui est en jeu. Ces dernières années, l'Iran a restreint à plusieurs reprises l'accès des inspecteurs à certains sites déclarés « non nucléaires » mais suspects, empêchant ainsi l'AIEA de conclure ses enquêtes sur la nature éventuellement militaire de certaines activités passées.

Cette crise de confiance rend l'actuel exercice périlleux. Si l'AIEA donne son feu vert sans avoir obtenu de réponses claires sur les traces d'uranium trouvées par le passé sur des sites non déclarés, sa crédibilité en prend un coup. À l'inverse, si elle se montre trop intransigeante, elle risque d'être instrumentalisée par les partisans d'une ligne dure à Téhéran pour justifier une sortie pure et simple du traité de non-prolifération (TNP).

La réaction occidentale : scepticisme et opportunisme

Les puissances occidentales, et plus particulièrement la France et les États-Unis, accueillent cette nouvelle avec un scepticisme prudent. À Washington, l'administration Trump semble partagée entre ceux qui voient là une occasion d'éviter la guerre et ceux qui y voient la preuve que les « pressions maximales » fonctionnent. Le Président américain s'est d'ailleurs étonné récemment que l'Iran n'ait pas déjà « capitulé », laissant entendre que rien n'est moins sûr que cette bonne volonté soudaine.

En Europe, la crainte principale est que cet accord technique serve de paravent à un renforcement du régime intérieur. Si les sanctions sont levées sur la base d'une simple dilution, le régime pourrait bénéficier d'un afflux de liquidités massif sans avoir réellement abandonné ses ambitions nucléaires à long terme. C'est pourquoi la diplomatie européenne pousse pour des garanties draconiques, incluant un accès illimité aux sites militaires suspects, ce que Téhéran rejette catégoriquement au nom de sa souveraineté nationale.

La doctrine Trump face à l'ultimatum

La position de Donald Trump reste paradoxale. D'un côté, il revendique la paternité de la réussite de la « pression maximale » qui forcerait l'Iran à fléchir. De l'autre, il exprime publiquement sa frustration devant la résilience du régime iranien, allant jusqu'à demander pourquoi l'Iran n'a pas déjà « capitulé ». Cette rhétorique belliqueuse s'est concrétisée par un ultimatum de dix jours, lancé le 22 février, au cours duquel il a averti que « des mauvaises choses se produiraient » en cas de refus.

L'option militaire n'est plus un scénario de l'ombre mais une hypothèse de plus en plus discutée ouvertement. Les préparatifs militaires dans la région et le déploiement de moyens navals supplémentaires dans le golfe Persique soulignent la détermination américaine. Pour Trump, l'acceptation de la dilution de l'uranium ne doit pas être perçue comme une concession, mais comme le résultat incontournable de la menace imminente. Cependant, les diplomates européens redoutent qu'une frappe limitée ne déstabilise toute la région sans pour autant régler le problème nucléaire sur le long terme.

La ligne rouge des droits humains

Un nouveau facteur est apparu dans la réaction occidentale : le lien entre le nucléaire et les droits humains. Jusqu'à présent, ces deux dossiers étaient souvent traités de manière parallèle par les chancelleries pour ne pas compliquer les négociations techniques. Mais l'ampleur de la répression en Iran a changé la donne.

Les législateurs et les gouvernements, comme au Royaume-Uni ou en Australie, commencent à adopter une approche plus ciblée. Au lieu de sanctions économiques globales qui touchent la population, ils cherchent à frapper le nerf de la guerre du régime : le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Londres prépare ainsi une législation spécifique pour criminaliser l'ensemble de cette organisation, considérée comme le bras armé de la répression intérieure et le vecteur des activités nucléaires clandestines. Cette approche vise à s'assurer que tout allègement des sanctions nucléaires ne se traduise pas par un financement direct des Bassidj et de la police anti-émeute.

L'incendie intérieur : des protests historiques

Pendant que les diplomates négocient le sort des centrifugeuses dans des salles climatisées, l'Iran brûle. Les manifestations qui ont éclaté fin décembre 2025 se sont muées en un véritable soulèvement national. C'est le plus important mouvement de contestation depuis la Révolution islamique de 1979. Le déclencheur a été économique : une inflation galopante, des prix alimentaires qui flambent et une monnaie, le rial, qui a perdu près de 40 % de sa valeur en quelques mois à peine. Mais la colère a très vite dépassé le seul cadre du coût de la vie pour viser le système politique dans son ensemble. 

Des gens marchent près d'une fresque représentant le Guide suprême iranien Ali Khamenei et Rouhollah Khomeini à Téhéran.
Des gens marchent près d'une fresque représentant le Guide suprême iranien Ali Khamenei et Rouhollah Khomeini à Téhéran. — (source)

Le 9 janvier dernier, on comptait jusqu'à 5 millions de manifestants à travers le pays, un chiffre vertigineux qui donne la mesure du rejet du pouvoir en place. Les slogans « Mort au dictateur » et « Bi sharaf » (honteux), récemment scandés par des étudiants de l'Université de technologie Sharif à Téhéran, montrent une rupture générationnelle définitive. Ces jeunes, nés bien après la révolution, ne croient plus aux promesses du clergé et réclament la fin de la théocratie. La violence de la répression a été terrible, laissant des milliers de blessés et de morts, et alimentant une spirale de vengeance qui ne semble pas prête de s'éteindre.

Cette semaine, les universités rouvrent leurs portes après une vague de répression sans précédent. C'est là que le régime craint le plus que la contestation reparte de plus belle. La Guerre des nerf, la Guerre du nucleaire ou la Guerre d'Iran ? prend tout son sens lorsque l'on voit comment le pouvoir tente de gérer ce double front : la négociation extérieure pour sauver l'économie et la poigne de fer intérieure pour sauver le régime. 

Le cycle de la mobilisation

Une des caractéristiques les plus marquantes de ce mouvement social est sa capacité à se régénérer. Contrairement aux vagues de protestation précédentes qui s'essoufflaient après quelques semaines, celle-ci semble s'alimenter d'un cycle funeste. La tradition chiite des 40 jours de deuil est devenue un moteur organisationnel pour les manifestants. Tous les 40 jours, des cérémonies commémoratives en l'honneur des morts tombés lors des rassemblements précédents se transforment en nouvelles manifestations.

Ce mécanisme crée une onde de choc qui se propage de ville en ville, de quartier en quartier, rendant impossible le retour au calme. Chaque nouvelle victime de la répression alimente la colère de la prochaine manifestation. Le pouvoir se trouve piégé dans une logique de répression constante qui, loin d'intimider la foule, ne fait qu'élargir le cercle des familles endeuillées et donc des opposants potentiels.

La diversification du mouvement social

Ce qui frappe également, c'est la diversité sociale des contestataires. Si le mouvement a été initié par la classe ouvrière frappée de plein fouet par l'inflation et la pauvreté, il a très rapidement été rejoint par la classe moyenne éduquée et les étudiants. Même des secteurs traditionnellement acquis au régime ou apolitiques semblent basculer.

Les reports sur le terrain indiquent que les commerçants du bazar, pilier économique historique du conservatisme iranien, commencent à fermer leurs rideaux en signe de grève par solidarité avec les victimes. Cette convergence des luttes entre les préoccupations économiques immédiates et les revendications politiques liberticides constitue une menace existentielle pour le clergé au pouvoir, qui perd alors sa légitimité à la fois spirituelle et gestionnaire.

La jeunesse iranienne au premier rang

Ce sont les jeunes qui mènent cette danse macabre. Les témoignages recueillis sur les réseaux sociaux, malgré les coupures d'internet fréquentes, sont éloquents. Les étudiants ne réclament plus seulement des réformes, ils exigent un changement de régime. Ils racontent la peur des rondes de police la nuit, mais aussi l'adrénaline de la rue et la solidarité qui se tisse entre les différentes classes sociales. Le sentiment dominant est celui d'une injustice totale : pendant que le pays investit des milliards dans des technologies nucléaires et des aventures militaires à l'étranger, la population s'enfonce dans la misère.

Cette jeunesse est également parfaitement consciente de ce qui se joue à Genève ou New York concernant le nucléaire. Pour beaucoup, l'annonce de la dilution de l'uranium est perçue comme une trahison de plus. Ils ont l'impression que leur sang sert de monnaie d'échange dans des négociations qui se font au-dessus de leurs têtes. Certains militants anonymes postent des messages ironiques, demandant si chaque gramme d'uranium dilué vaut la vie d'un manifestant. Ce cynisme est un puissant carburant pour la colère, et le régime a tort s'il pense qu'un accord nucléaire suffira à éteindre cette soif de justice sociale et de liberté.

Une génération déconnectée de l'idéologie

Les jeunes Iraniens d'aujourd'hui appartiennent à une génération qui n'a pas connu la Révolution islamique de 1979 ni la guerre avec l'Irak dans les années 80. Leur rapport à l'autorité religieuse est radicalement différent de celui de leurs parents. Pour eux, le port obligatoire du voile, la censure et l'ingérence de la religion dans la vie publique ne sont pas des traditions sacrées à respecter, mais des archaïsmes oppressifs à abolir.

Cette fracture générationnelle est particulièrement visible au sein des universités, comme à l'Université de technologie Sharif à Téhéran. Les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des affrontements directs entre des groupes d'étudiants et des miliciens Bassidj ou des partisans du régime. Ces jeunes, souvent très connectés et instruits, utilisent la technologie pour contourner la censure et organiser leurs actions, rendant la répression traditionnelle moins efficace face à un réseau décentralisé et résilient.

L'ironie des négociations

Il existe une profonde amertume chez les manifestants face au timing des propositions nucléaires. Beaucoup soulignent l'ironie tragique qui veut que le régime trouve soudainement des ressources diplomatiques pour négocier sur l'atome alors qu'il refuse systématiquement toute discussion sur les droits de ses citoyens.

Cette dichotomie renforce le sentiment que le régime se soucie davantage de sa survie internationale et de son prestige géopolitique que du bien-être de sa population. Les slogans scandés ces dernières semaines ne se contentent plus de réclamer du pain ou de l'emploi, ils attaquent directement la légitimité du Guide Suprême et l'ensemble du système théocratique. L'offre de diluer l'uranium est vue comme une tentative de « sauver les meubles » diplomatiques pour survivre à une tempête intérieure que le régime ne maîtrise plus.

L'impasse économique et le paradoxe des sanctions

L'un des aspects les plus complexes de cette crise est le rôle paradoxal des sanctions économiques. Introduites pour forcer l'Iran à renoncer au nucléaire et à respecter les droits de l'homme, elles ont, selon plusieurs experts, eu pour effet secondaire de renforcer les structures de répression du régime. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), l'élite militaire du pays, a profité de l'isolement économique pour devenir un véritable empire économique parallèle.

Avec le départ des entreprises étrangères et l'effondrement du secteur privé sous le poids des sanctions, les Gardiens de la révolution ont pris le contrôle de vastes secteurs de l'économie, du bâtiment aux télécommunications en passant par l'énergie. Ainsi, l'argent qui rentre dans le pays, même via des circuits illicites ou des ventes déguisées de pétrole, finit souvent dans les caisses de l'IRGC. C'est cette organisation qui finance directement la police anti-émeute, les milices Bassidj et l'achat des équipements de répression.

L'État dans l'État

L'IRGC n'est plus simplement une armée ; c'est un conglomérat économique puissant qui contrôle d'immenses pans de l'économie iranienne. Des analyses récentes soulignent que les sanctions, en privant l'Iran de marchés légitimes et de partenaires internationaux, ont laissé un vide que les Gardiens de la révolution ont comblé avec aisance.

En situation de monopole forcé, l'IRGC a pu accroître ses ressources financières de manière exponentielle. Cette autonomie économique lui confère une influence politique démesurée, au point que de nombreux observateurs parlent d'un « État dans l'État ». Par conséquent, une levée générale des sanctions pourrait, paradoxalement, enrichir cet appareil militaire encore davantage, lui donnant les moyens de financer une répression encore plus brutale contre la population civile.

Le dilemme de la pression maximale

C'est ici que réside tout le dilemme de la politique de « pression maximale » prônée par Washington et certains alliés. Si maintenir les sanctions asphyxie l'économie et pousse le peuple à la révolte, cela ne garantit pas la chute du régime, qui dispose toujours de réserves de devises et de réseaux de contrebande. Au contraire, la misère économique tend à fragiliser la société civile et à réduire sa capacité de résistance organisée.

D'un autre côté, lever les sanctions sans conditions strictes liées aux droits humains reviendrait à signer un chèque en blanc au régime. L'Australie et le Royaume-Uni semblent avoir pris la mesure de ce piège en orientant leurs nouvelles sanctions vers des individus et des entités spécifiques de l'IRGC, plutôt que vers l'économie globale. C'est une tentative rare et nécessaire de couper les vivres de la machine répressive sans affamer simultanément la population iranienne.

La perspective d'une frappe militaire

Face à cette impasse, l'option militaire est de plus en plus évoquée à Washington. Donald Trump a laissé planer la menace d'une « action très forte » si l'Iran ne cédait pas et, surtout, si les autorités iraniennes exécutaient des manifestants. Cette menace directe liant le sort des otages politiques à une intervention extérieure est une première dans la diplomatie moderne.

Une frappe limitée contre les sites nucléaires iraniens pourrait être tentée pour détruire les capacités d'enrichissement, mais elle aurait des conséquences incalculables sur le terrain intérieur. Le régime utiliserait sans aucun doute une attaque étrangère pour souder la population derrière lui dans un réflexe nationaliste, jetant l'huile sur le feu de la révolte en la transformant en guerre de résistance. C'est un pari extrêmement dangereux qui risque de précipiter la région dans un conflit majeur tout en n'apportant aucune solution à la crise sociale iranienne.

Le scénario d'une intervention limitée

L'hypothèse d'une frappe « chirurgicale » se concentre sur les sites clés du programme nucléaire, comme Natanz ou Fordow. L'objectif serait de mettre l'Iran à terre, techniquement parlant, en détruisant les centrifugeuses et les infrastructures critiques, retardant ainsi de plusieurs années la capacité de Téhéran à se doter de l'arme atomique.

Cependant, les experts militaires avertissent qu'une telle opération est loin d'être simple. Les sites iraniens sont souvent enterrés profondément, fortifiés et dispersés. De plus, l'Iran dispose de capacités de représailles asymétriques considérables, allant de ses missiles balistiques à ses réseaux de proxies dans la région, sans parler de la menace potentielle sur le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Une frappe américaine déclencherait presque certainement une escalade militaire régionale difficile à maîtriser.

L'effet boomerang sur les protestations

Il est crucial d'anticiper l'impact intérieur d'une intervention militaire étrangère. Contrairement aux espoirs de certains néoconservateurs américains, une frappe ne ferait probablement pas tomber le régime. L'histoire des relations internationales enseigne que les populations tendent à se rallier à leur gouvernement en cas d'agression extérieure, même si elles le détestent.

Le nationalisme iranien est un facteur puissant. Le guide suprême Ali Khamenei tenterait de transformer les manifestations antigouvernementales en rassemblements patriotiques contre « l'agresseur impérialiste ». Les manifestants actuels, qui réclament la liberté et la démocratie, se retrouveraient alors pris en étau entre la dictature du régime et la violence de la guerre. C'est le scénario du pire pour le mouvement de contestation : son étouffement par une union nationale forcée dans la survie du pays.

Conclusion

La décision de l'Iran de diluer son stock d'uranium enrichi à 60 % est loin d'être une simple concession technique ; c'est une manœuvre géopolitique complexe visant à desserrer l'étau des sanctions à un moment où le régime est plus fragilisé que jamais par la contestation intérieure. En offrant une solution partielle à la crise nucléaire, Téhéran espère diviser ses adversaires internationaux et se procurer les ressources financières nécessaires à sa survie. Cependant, cette stratégie risque de se heurter au mur de la méfiance occidentale et surtout à la détermination d'une jeunesse iranienne qui n'a plus rien à perdre.

La véritable question n'est plus de savoir à quel pourcentage l'uranium sera dilué, mais de savoir si le monde est prêt à accepter un marché qui pourrait sacrifier les aspirations démocratiques du peuple iranien au nom de la stabilité nucléaire. Si l'histoire nous enseigne quelque chose, c'est que les accords signés au-dessus de la tête des peuples ont rarement fait long terme. L'Iran est aujourd'hui à un point de non-retour, où la diplomatie de l'atome et la révolte de la rue sont inextricablement liées. Le sort du régime se joue autant dans les laboratoires de l'AIEA que dans les rues de Téhéran, et l'issue de cette crise restera incertaine tant que la voix des manifestants ne sera pas entendue avec la même force que le cliquetis des centrifugeuses.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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