Le navire d'expédition Hondius naviguant près d'une côte montagneuse enneigée.
Monde

Hantavirus : évacuation du MV Hondius aux Canaries et réunion à Matignon

Trois morts, six cas confirmés et un navire évacué aux Canaries : le hantavirus (souche des Andes) suscite une crise sanitaire internationale.

As-tu aimé cet article ?

Ce dimanche 10 mai 2026, l'évacuation du navire de croisière MV Hondius doit débuter vers 8 heures aux Canaries, tandis qu'une réunion de crise se tient à Matignon en début d'après-midi. Le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit plusieurs ministres pour faire un point de situation sur ce foyer d'hantavirus qui a déjà causé trois décès. Avec cinq ressortissants français à bord et des passagers de 23 nationalités, l'opération de rapatriement s'annonce comme un test logistique et sanitaire pour les autorités européennes.

Le navire d'expédition Hondius naviguant près d'une côte montagneuse enneigée.
Le navire d'expédition Hondius naviguant près d'une côte montagneuse enneigée. — (source)

Hantavirus : définition et raisons de l'inquiétude

Le hantavirus appartient à une famille de virus transmis par les rongeurs. Il existe plusieurs souches, dont les effets varient considérablement selon les régions du monde. La souche identifiée sur le MV Hondius est le virus des Andes, particulièrement virulent et présent en Amérique du Sud.

Une maladie rare mais potentiellement grave

Ce virus provoque une maladie appelée syndrome pulmonaire à hantavirus. L'infection débute par des symptômes qui ressemblent à une grippe : fièvre élevée, maux de tête intenses, douleurs musculaires et fatigue importante. Après quelques jours, la maladie peut évoluer vers une détresse respiratoire sévère, nécessitant une hospitalisation en soins intensifs.

Le taux de létalité du virus des Andes est estimé entre 30 et 50 %, ce qui le rend bien plus dangereux que la souche européenne Puumala, responsable de la fièvre hémorragique à syndrome rénal en France hexagonale. Cette dernière cause environ 75 cas par an dans l'Hexagone, principalement dans le quart nord-est, avec un taux de mortalité inférieur à 1 %.

Modes de transmission du hantavirus

La transmission se fait principalement par inhalation de particules virales présentes dans les excréments, l'urine ou la salive des rongeurs infectés. Le virus ne se propage pas d'humain à humain dans la majorité des cas, à l'exception de la souche andine qui peut se transmettre entre personnes lors de contacts très proches.

Les situations à risque concernent surtout les activités en milieu rural ou forestier : randonnée dans des zones infestées de rongeurs, camping sauvage, nettoyage de cabanes ou de granges abandonnées, manipulation de bois stocké depuis longtemps. Les voyageurs qui dorment dans des hébergements rudimentaires ou visitent des zones reculées sont plus exposés.

Crise du MV Hondius : une croisière partie d'Argentine devenue cauchemar

Le MV Hondius est un navire de croisière d'expédition exploité par Oceanwide Expeditions. Il avait quitté Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril pour une traversée de plusieurs semaines vers l'Antarctique et l'Atlantique Sud. À son bord se trouvaient 88 croisiéristes, des membres d'équipage et des guides touristiques, soit environ 150 personnes.

Le MV Hondius, navire de croisière d'expédition, en mer.
Le MV Hondius, navire de croisière d'expédition, en mer. — (source)

Premiers signes et décès à bord

Le 6 avril, un couple de Néerlandais commence à présenter des symptômes. Le 11 avril, le premier décès survient à bord. Dans les jours qui suivent, une ressortissante allemande succombe également. Au total, six cas confirmés ont été recensés par l'OMS, dont trois mortels.

Les autorités sanitaires argentines estiment que la contamination a très probablement eu lieu avant l'embarquement, lors d'un séjour de 48 heures à Ushuaïa. Le couple néerlandais aurait été exposé à des rongeurs dans un environnement non identifié. Les experts locaux jugent la possibilité d'une contamination sur place « pratiquement nulle », mais ne peuvent l'exclure totalement.

Situation sanitaire complexe en mer

Pendant plusieurs semaines, le navire a poursuivi sa route sans pouvoir accoster. Les passagers, confinés à bord, ont vécu une situation anxiogène. Certains ont raconté aux médias avoir été livrés à eux-mêmes sur le plan médical, l'un des passagers ayant même dû endosser le rôle de médecin de bord.

Un navire de recherche en mer, illustrant les opérations scientifiques liées à l'hantavirus.
Un navire de recherche en mer, illustrant les opérations scientifiques liées à l'hantavirus. — (source)

Le MV Hondius a finalement reçu l'autorisation d'accoster aux Canaries, après des négociations tendues entre les autorités espagnoles, l'OMS et la compagnie maritime. Le Premier ministre espagnol a qualifié l'accueil du navire de « devoir moral et juridique ».

Évacuation programmée ce dimanche matin

L'opération d'évacuation doit débuter vers 8 heures locales (7 heures GMT) dimanche. Tous les passagers et une partie des membres d'équipage seront débarqués et immédiatement transférés vers des vols organisés par leurs pays respectifs.

Dispositif sanitaire strict

Avant même la sortie du navire, des agents des services sanitaires espagnols monteront à bord pour effectuer un examen médical général de chaque personne. Ceux qui présentent des symptômes seront tout de même rapatriés, sauf si leur état nécessite des soins d'urgence, auquel cas ils seront pris en charge par l'Espagne.

L'OMS considère toutes les personnes à bord comme des « contacts à haut risque ». Maria Van Kerkhove, directrice de la prévention et de la préparation aux épidémies à l'OMS, a expliqué que cette classification implique une surveillance active pendant 42 jours après le débarquement.

Mesures de quarantaine selon les pays

Chaque pays organise le retour de ses ressortissants selon ses protocoles. Les Britanniques, par exemple, seront mis en quarantaine dans un hôpital près de Liverpool, à l'Arrowe Park Hospital, pour une période d'isolement. Les autorités sanitaires locales ont préparé un accueil spécifique pour la vingtaine de ressortissants britanniques.

Les Américains bénéficient d'un vol de rapatriement organisé par le département d'État. D'autres nationalités suivent des procédures similaires, chaque gouvernement étant responsable du suivi sanitaire de ses citoyens.

Rapatriement des cinq Français à bord

Cinq ressortissants français se trouvent à bord du MV Hondius. Leur rapatriement est prévu dans les 24 à 48 heures suivant l'arrivée du navire aux Canaries. Un Français cas contact a déjà été testé négatif, selon le ministère de la Santé.

Parcours sanitaire prévu

Les cinq Français seront transportés vers un aéroport du plateau francilien. De là, ils seront conduits à l'Institut Pasteur à Paris pour y subir des tests de dépistage du hantavirus. Le protocole prévoit deux scénarios distincts selon les résultats.

En cas de test positif, la personne sera intégrée au dispositif REB (Risque épidémique et biologique), qui prévoit une hospitalisation en chambre à pression négative avec sas. Ce dispositif permet d'éviter toute contamination du personnel soignant et des autres patients.

Si le test est négatif, le passager devra respecter un confinement à domicile pendant six semaines. Cela implique du télétravail, le port d'un masque chirurgical en cas de sortie indispensable, et des interactions sociales très limitées. Les Agences régionales de santé (ARS) assureront un suivi régulier.

Stress psychologique important

Pour ces cinq personnes, l'épreuve ne fait que commencer. Après plusieurs semaines passées dans l'incertitude à bord du navire, elles doivent désormais faire face à une période d'isolement prolongée. Les autorités sanitaires ont prévu un accompagnement psychologique, mais l'expérience reste traumatisante.

Pourquoi une réunion à Matignon dimanche

Sébastien Lecornu a convoqué une réunion à Matignon ce dimanche après-midi pour faire un point de situation. Seront présents la ministre de la Santé Stéphanie Rist, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le directeur général de l'ARS Île-de-France Denis Robin, et le directeur général de la Santé Didier Lepelletier.

Test pour la gestion de crise sanitaire

Cette réunion de haut niveau montre que les autorités françaises prennent la menace au sérieux. Bien que le risque de propagation en France métropolitaine soit considéré comme très faible, la gestion de ce dossier sert de test grandeur nature pour les dispositifs de réponse aux crises sanitaires.

Le précédent du Covid-19 reste dans toutes les mémoires. Les pouvoirs publics veulent montrer leur capacité à réagir rapidement et de manière coordonnée, sans tomber dans la panique ni la banalisation. La présence du directeur général de la Santé et de l'ARS Île-de-France indique que les autorités anticipent tous les scénarios, y compris la possibilité que des cas soient détectés sur le territoire.

Coordination internationale en jeu

Au-delà de la gestion nationale, cette réunion doit aussi permettre de coordonner l'action française avec les partenaires européens et internationaux. Le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, est arrivé samedi soir à Tenerife pour superviser l'évacuation. Sa présence aux Canaries souligne l'importance que l'organisation accorde à cette crise.

Les autorités françaises doivent notamment s'assurer que les informations circulent correctement entre les différents pays concernés, et que les protocoles sanitaires sont respectés à chaque étape du rapatriement.

Faut-il s'inquiéter pour ses prochains voyages ?

Pour les jeunes voyageurs français, notamment ceux qui pratiquent la randonnée, le camping ou les voyages d'aventure, cette actualité soulève des questions légitimes. Faut-il annuler ses projets ? Quelles précautions prendre ?

Carte de l'itinéraire du MV Hondius et des incidents liés à l'hantavirus.
Carte de l'itinéraire du MV Hondius et des incidents liés à l'hantavirus. — (source)

Risque réel en France métropolitaine

En France hexagonale, le hantavirus circule principalement dans le quart nord-est du pays : Nord, Aisne, Ardennes, Meuse, Moselle. La souche présente est le virus Puumala, bien moins dangereux que le virus des Andes. Entre 2005 et 2024, 2 046 cas ont été recensés par Santé publique France, avec un maximum de 320 cas en 2021.

Le profil type du patient est un homme d'une quarantaine d'années, exposé professionnellement ou lors d'activités de loisir en zone forestière. Les cas surviennent surtout à la fin du printemps, en mai, ce qui correspond à la période actuelle. Une extension vers le sud et l'ouest a été observée depuis 2017.

Pour un jeune randonneur ou campeur en France, le risque reste très faible. Les gestes de prévention sont simples et efficaces.

Gestes barrières à connaître

Pour les voyageurs qui se rendent en Amérique du Sud ou dans des zones à risque, quelques précautions s'imposent. Évitez tout contact avec les rongeurs, vivants ou morts, ainsi qu'avec leurs excréments. Ne pénétrez pas dans des locaux fermés ou abandonnés sans précaution.

Si vous devez nettoyer un espace potentiellement contaminé, aérez abondamment avant d'intervenir. Portez un masque et aspergez les surfaces d'eau de Javel diluée avant de les nettoyer. Si vous avez une blessure, même légère, couvrez-la d'un pansement avant de manipuler du bois ou de travailler la terre.

En camping, conservez vos aliments dans des contenants hermétiques et ne laissez pas de déchets accessibles aux rongeurs. En randonnée, évitez de vous allonger directement sur le sol dans des zones où des rongeurs pourraient avoir circulé.

Que faire en cas de symptômes après un voyage ?

Si vous revenez d'une zone à risque et développez dans les semaines suivantes des symptômes grippaux (fièvre, douleurs musculaires, fatigue intense), consultez un médecin en mentionnant votre voyage. Les premiers symptômes apparaissent généralement entre une et cinq semaines après l'exposition.

En France, le diagnostic est réalisé par prise de sang, avec analyse en laboratoire spécialisé. Les cas confirmés sont pris en charge dans les services de maladies infectieuses. Pour les formes graves, une hospitalisation en réanimation peut être nécessaire.

Conclusion

L'évacuation du MV Hondius ce dimanche matin marque une étape cruciale dans la gestion de ce foyer d'hantavirus. Avec trois morts et six cas confirmés, la situation est préoccupante, mais les autorités sanitaires internationales semblent avoir pris la mesure du problème. La réunion à Matignon cet après-midi permettra de coordonner la réponse française et de rassurer la population.

Pour les jeunes voyageurs, la leçon à retenir est simple : le hantavirus est une maladie rare mais grave, qui se prévient par des gestes simples d'hygiène et de bon sens. Inutile de paniquer, mais utile de connaître les risques et les précautions à prendre. Les dispositifs de rapatriement et de suivi sanitaire mis en place pour cette crise montrent que les autorités sont capables de réagir rapidement face à une menace émergente.

Comme le rappelle l'expérience récente des rapatriements de Français bloqués à l'étranger, la gestion de ce type de crise repose sur une coordination étroite entre les différents ministères et les partenaires internationaux. Le dispositif REB, les protocoles de l'Institut Pasteur et le suivi par les ARS constituent une chaîne de sécurité qui devrait permettre de contenir tout risque de propagation sur le territoire français.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Comment se transmet le hantavirus ?

Le hantavirus se transmet principalement par inhalation de particules virales présentes dans les excréments, l'urine ou la salive des rongeurs infectés. La souche andine, identifiée sur le MV Hondius, peut aussi se propager entre humains lors de contacts très proches.

Quels sont les symptômes du hantavirus ?

L'infection débute par des symptômes grippaux : fièvre élevée, maux de tête intenses, douleurs musculaires et fatigue importante. Après quelques jours, elle peut évoluer vers une détresse respiratoire sévère nécessitant une hospitalisation en soins intensifs.

Où en est l'évacuation du MV Hondius ?

L'évacuation du MV Hondius a débuté ce dimanche 10 mai 2026 aux Canaries vers 8 heures locales. Tous les passagers et une partie de l'équipage sont débarqués et transférés vers des vols organisés par leurs pays respectifs, après un examen médical à bord.

Quel est le taux de mortalité du virus des Andes ?

Le taux de létalité du virus des Andes, souche identifiée sur le MV Hondius, est estimé entre 30 et 50 %. C'est bien plus dangereux que la souche européenne Puumala, dont le taux de mortalité est inférieur à 1 %.

Faut-il s'inquiéter du hantavirus en France ?

Le risque en France métropolitaine est très faible : la souche présente est le virus Puumala, bien moins dangereux, avec environ 75 cas par an dans le quart nord-est. Les gestes de prévention simples (éviter les rongeurs, aérer les espaces clos) suffisent à se protéger.

Sources

  1. Le Monde - Toute l’actualité en continu · lemonde.fr
  2. Matignon fait « un point de situation » dimanche sur le Hantavirus · 20minutes.fr
  3. Hantavirus: le chef de l'OMS arrivé aux Canaries pour superviser l'évacuation du MV Hondius · bfmtv.com
  4. Hantavirus: le ministère de la Santé indique qu'un Français cas contact a été testé négatif · bfmtv.com
  5. En direct - Hantavirus : les passagers commenceront à débarquer ... · cnews.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

972 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...