Opération Horizon en Pologne : des agents déployés le long des voies ferrées pour surveiller le réseau après un acte de sabotage
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Guerre hybride russe en Pologne : sabotages ferroviaires et pression sur les esprits

Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2025, la ligne ferroviaire Varsovie-Dorohusk a été sabotée à deux endroits : la voie a été détruite à Mice et un train de 475 passagers a freiné en urgence près de Gołąb. Les enquêteurs polonais rattachent la logistique de l'opération au renseignement russe ; les deux auteurs directs ont fui et la Pologne a demandé leur remise à la Biélorussie. La campagne hybride vise, selon le PISM, à installer un sentiment de menace ; elle impose aussi des coûts disproportionnés.

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Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2025, la ligne ferroviaire numéro 7, qui relie Varsovie à Dorohusk et sert de corridor aux livraisons vers l'Ukraine, a été attaquée à deux endroits. À Mice, dans la voïvodie de Mazovie, la voie a été détruite. Près de la gare de Gołąb, dans la région de Lublin, un train de 475 passagers a été contraint à un freinage d'urgence. Les procureurs du parquet national décrivent des actes "préparés avec précision". Un troisième homme, un ressortissant ukrainien identifié comme Volodymyr B., a été arrêté le 20 novembre : il n'a pas posé les charges, mais il aurait, dès septembre, convoyé l'un des exécutants dans la zone pour choisir les points de pose, filmer les lieux et installer un élément métallique destiné à manipuler les rails. Pour les enquêteurs, cette logistique a été réalisée pour le compte du renseignement russe.

Un train de voyageurs immobilisé sur la voie ferrée près de signaux rouges, des agents en gilets haute visibilité et un groupe de personnes derrière une bande de police sur le talus après l'explosion
Un train de voyageurs immobilisé sur la voie ferrée près de signaux rouges, des agents en gilets haute visibilité et un groupe de personnes derrière une bande de police sur le talus après l'explosion - (source)

Les deux auteurs directs ont fui. Varsovie a demandé leur remise à la Biélorussie, qui a répondu par les canaux officiels qu'elle coopérerait pour établir où ils se trouvent. Le vice-ministre de l'Intérieur, Czesław Mroczek, a surtout lâché une phrase qui en dit long sur la méthode : les cartes SIM utilisées pour documenter les attaques avaient été "activées plusieurs années auparavant". Le réseau compterait vraisemblablement plus de quatre personnes. Autrement dit, l'opération n'a pas été montée en quelques semaines, mais préparée sur la durée, avec des relais dormants.

La Pologne, cible parce que hub logistique

Ce n'est pas un hasard si le rail polonais est visé. La Pologne est le pivot logistique de l'aide occidentale à Kiev : par les mêmes routes qui acheminent munitions, matériel et humanitaire passent aussi les repérages. Le livre blanc publié en juin 2026 par l'Institut polonais des affaires internationales (PISM), signé Filip Bryjka, Anna M. Dyner et Aleksandra Kozioł, décrit une gamme d'outils : sabotages d'infrastructures critiques, violations de l'espace aérien et maritime, brouillage du signal GNSS. Les tâches confiées aux agents recrutés portaient sur la surveillance des lignes ferroviaires, des ports maritimes et aériens, des bases militaires et des usines d'armement, précisément pour cartographier les routes de l'aide à l'Ukraine. "Principalement sur le territoire polonais", notent les auteurs, en raison de ce rôle de centre logistique.

Le mouvement d'ensemble est documenté ailleurs en Europe. Le think tank slovaque Globsec a recensé 151 cas d'activités russes contre l'Europe entre février 2022 et février 2026, en soupçonnant un chiffre réel bien supérieur, et observe que la répartition des attaques entre Pologne, France, Allemagne, Lituanie, Estonie et Royaume-Uni "indique fortement que le soutien à l'Ukraine est le facteur le plus important dans le choix des cibles".

Des "agents jetables" recrutés en ligne

Le modèle économique de cette campagne est son point fort. Après février 2022, les Européens ont expulsé plus de 600 diplomates russes, dont environ 400 officiers de renseignement opérant sous couverture diplomatique. Les services russes ont changé de canal. Selon le PISM, ils s'appuient désormais, sur terre, sur des "agents jetables" : des amateurs recrutés via les réseaux sociaux, qui réduisent le coût et le risque. Les viviers identifiés sont les milieux criminels (26 % des cas), les clubs d'arts martiaux, les ultras du football, les volontaires partis combattre aux côtés de Moscou et les radicaux de droite. Le service de sécurité letton (VDD) brosse le portrait type du saboteur : jeune, casier judiciaire, difficultés financières, faible niveau d'éducation, consommation d'alcool ou de stupéfiants.

Le think tank britannique RUSI le confirme par la voix d'Emily Ferris : "Cela ne se fait plus par le biais des ambassades". Le recrutement passe par des intermédiaires, souvent des ressortissants de pays tiers motivés par l'argent et non par l'idéologie. Globsec chiffre : 95 % des 172 individus impliqués dans des attaques liées à la Russie en Europe étaient des "citoyens ordinaires sans aucun lien formel avec les services russes".

Les affaires polonaises illustrent cette chaîne. En octobre 2025, l'Agence de sécurité intérieure (ABW) a arrêté huit personnes soupçonnées de préparer des sabotages : un ressortissant ukrainien est accusé d'avoir voulu monter un réseau d'acheminement d'explosifs vers l'Ukraine, et deux autres Ukrainiens, âgés de 21 et 24 ans, ont été interpellés en Roumanie après l'envoi de deux colis contenant des engins incendiaires improvisés via une société de livraison internationale à Bucarest. Le parquet évoque une volonté d'"intimider la population et de déstabiliser les États de l'Union européenne" qui soutiennent Kiev. Le premier ministre Donald Tusk a commenté sur X une affaire "en cours de développement". Depuis 2022, la Pologne a arrêté des dizaines de personnes pour soupçons de sabotage ou d'espionnage.

Opération Horizon en Pologne : des agents déployés le long des voies ferrées pour surveiller le réseau après un acte de sabotage
Opération Horizon en Pologne : des agents déployés le long des voies ferrées pour surveiller le réseau après un acte de sabotage - (source)

Ce détail des colis roumains compte : la Pologne n'est pas seulement une cible, elle est aussi un couloir. Et la nationalité de nombreux interpellés complique le récit public polonais, où le soutien massif à l'Ukraine cohabite mal avec des exécutants ukrainiens recrutés par Moscou.

Le produit réel : l'anxiété

Le PISM insiste sur un point que les décomptes d'incidents masquent : l'objectif n'est pas seulement d'endommager, mais de "produire un effet cognitif sur les sociétés, pour qu'elles fonctionnent dans un sentiment de menace croissante". Maksym Beznosiuk, chercheur associé à Globsec, résume la logique : tester la capacité de réaction de l'OTAN, exploiter les divisions politiques et juridiques entre alliés, créer délibérément de l'incertitude. La plupart des actes attribués n'ont causé que des dégâts limités, mais ils mobilisent des ressources de sécurité considérables. C'est l'échange le plus déséquilibré du dossier : quelques repérages et un engin improvisé d'un côté ; de l'autre, après l'explosion ferroviaire de novembre 2025 qualifiée par Varsovie de sabotage "sans précédent", jusqu'à 10 000 soldats déployés pour garder les infrastructures critiques et, en janvier, des contrats de plus de 3 milliards de livres sterling pour des systèmes anti-drones le long de la frontière orientale.

Qui paie ? Le contribuable polonais, d'abord, et plus largement européen : ces milliards ne vont ni aux salaires ni aux infrastructures civiles, et les soldats affectés à la garde de pylônes et de voies ne s'entraînent pas. Les opérateurs ferroviaires, ensuite, doivent sécuriser des milliers de kilomètres de voie pour un risque diffus. L'Allemagne fournit l'ordre de grandeur : 321 cas de sabotage recensés en 2025 par l'Office fédéral de police criminelle, visant surtout l'énergie, le rail et les installations militaires, et 1 289 signalements de survols de drones non autorisés au-dessus d'objets stratégiques. Le même déséquilibre vaut pour les drones : intercepter un engin low cost coûte souvent bien plus cher que son lancement, une impasse budgétaire déjà visible sur le front ukrainien.

L'attribution, la vraie limite

Il faut ici résister à l'inflation du chiffre. Le commandement opérationnel polonais a recensé 308 violations de l'espace aérien jusqu'en mars 2026, contre 477 en 2022 : l'écrasante majorité sont des ballons et des drones civils de contrebande, pas des opérations russes. Une seule violation a été formellement qualifiée d'intentionnelle : le triple franchissement de la frontière par un hélicoptère russe Ka-27, le 25 avril 2025. Le PISM relève par ailleurs environ 100 incidents de brouillage GNSS dans l'espace aérien polonais depuis février 2022, avec des sources principalement situées dans les oblasts de Kaliningrad et de Léningrad, et quatre incidents maritimes impliquant des navires russes entre mars 2025 et mars 2026, sans dégâts. En mer, l'instrument principal reste la "flotte fantôme".

Cette confusion entre le délibéré et le résiduel n'est pas un détail technique : c'est le coeur du problème politique. Comme le note RUSI, l'attribution est lente et juridiquement complexe, et aucune juridiction n'a tranché la grande majorité de ces dossiers. Moscou nie systématiquement. Ainsi, après la découverte d'un engin explosif début août à l'aéroport de Leipzig/Halle, que le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt a rattaché au "schéma bien établi des opérations hybrides russes", Berlin et Moscou ont depuis fermé leurs centres culturels respectifs, y compris le consulat russe à Bonn. L'ambassadeur américain auprès de l'OTAN, Matthew Whitaker, y a vu l'une des actions hybrides les plus préoccupantes connues en Europe. La Lituanie, de son côté, a accusé en janvier le GRU d'avoir orchestré en 2024 des tentatives d'incendie contre une usine fournissant des scanners à ondes radio à l'armée ukrainienne ; six ressortissants espagnols, colombiens, cubains, russes et biélorusses ont été arrêtés.

Le PISM en tire une recommandation peu spectaculaire mais décisive : un système d'échange d'informations entre les États riverains de la Baltique, et surtout une désignation claire des auteurs. "L'absence d'attribution rendra difficiles les actions coordonnées, tant préventives que réactives."

La réponse de l'OTAN reste dans le flou

Le 12 octobre 2026, à Varsovie, le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a présenté sa "théorie de la victoire" : maintenir l'avantage de l'OTAN, créer dès maintenant les conditions pour dissuader toute agression et, si nécessaire, l'emporter. Son porte-parole, le colonel Martin O'Donnell, a précisé que le cadre s'appuie sur les plans de dissuasion existants. Peu de détails filtreront : l'Alliance protège traditionnellement ses plans. Le message vise Moscou et rassure les membres de l'Est.

Mais l'OTAN bute sur un problème structurel : ses outils sont conçus pour dissuader une invasion, pas pour répondre à un incendie criminel ou à un wagon découplé, en dessous du seuil de l'article 5. Le secrétaire général Mark Rutte a appelé fin septembre les membres à rester "calmes, continuer comme avant et soutenir l'Ukraine", ajoutant qu'il ne fallait pas être "naïfs" face à la Russie. La campagne hybride tombe au pire moment : Washington révise son dispositif militaire en Europe, avec une décision attendue en fin d'année, tandis que les capitales européennes réarment dans le doute sur la fiabilité de la garantie américaine.

Le PISM prévient : le caractère offensif des actions russes traduit une disposition à prendre toujours plus de risques pour déstabiliser l'OTAN et l'UE, "sans exclure des victimes". Rien dans les dossiers polonais ne permet d'affirmer que Moscou cherche l'escalade ouverte. Mais tant qu'un dispositif de quelques milliers d'euros contraint Varsovie à mobiliser des milliers de soldats et des milliards d'euros, l'incitation à continuer restera intacte. Le vrai champ de bataille n'est pas la voie ferrée : c'est la confiance des sociétés et la cohésion des alliances.

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Questions fréquentes

Que s'est-il passé sur la ligne ferroviaire Varsovie-Dorohusk en novembre 2025 ?

Dans la nuit du 15 au 16 novembre 2025, la ligne 7 a été attaquée à deux endroits. À Mice, en Mazovie, la voie a été détruite ; près de la gare de Gołąb, dans la région de Lublin, un train de 475 passagers a été contraint à un freinage d'urgence. Les procureurs du parquet national ont décrit des actes "préparés avec précision".

Qui est accusé dans l'enquête sur les sabotages de Mice et de Gołąb ?

Volodymyr B., ressortissant ukrainien arrêté le 20 novembre 2025, est accusé d'avoir aidé les auteurs directs Oleksandr K. et Yevhenii I. Il n'a pas posé les charges, mais il aurait, dès septembre, convoyé l'un des exécutants dans la zone pour choisir les points de pose, filmer les lieux et installer un élément métallique destiné à manipuler les rails. Les enquêteurs rattachent cette logistique au renseignement russe. Les deux auteurs directs ont fui ; la Pologne a demandé leur remise à la Biélorussie, qui a répondu par les canaux officiels qu'elle coopérerait pour établir où ils se trouvent.

Pourquoi la Pologne et ses rails sont-ils visés, et pour quel effet ?

La Pologne est le pivot logistique de l'aide occidentale à Kiev : les routes qui acheminent munitions, matériel et humanitaire servent aussi aux repérages, et les agents recrutés devaient surveiller lignes ferroviaires, ports, bases militaires et usines d'armement, principalement en Pologne selon le PISM. Le PISM insiste sur l'effet cognitif : il s'agit de faire fonctionner les sociétés dans un sentiment de menace croissante, pas seulement d'endommager des installations. Maksym Beznosiuk, de Globsec, décrit aussi une volonté de tester la réaction de l'OTAN, d'exploiter les divisions entre alliés et de créer délibérément de l'incertitude.

Peut-on attribuer ces actes à la Russie ?

Les enquêteurs polonais rattachent la logistique des sabotages ferroviaires au renseignement russe, mais l'attribution reste lente et juridiquement complexe selon RUSI, et aucune juridiction n'a tranché la grande majorité de ces dossiers. Moscou nie systématiquement. Les chiffres de violations de l'espace aérien ne doivent pas être lus comme une preuve globale : sur 308 violations recensées jusqu'en mars 2026, l'écrasante majorité sont des ballons et des drones civils de contrebande, et une seule a été formellement qualifiée d'intentionnelle, le triple franchissement d'un Ka-27 russe le 25 avril 2025.

Comment l'OTAN répond-elle aux sabotages hybrides russes ?

L'OTAN bute sur un problème structurel : ses outils sont conçus pour dissuader une invasion, pas pour répondre à un incendie criminel ou à un wagon découplé, sous le seuil de l'article 5. Le 12 octobre 2026, à Varsovie, le général Alexus Grynkewich a présenté sa "théorie de la victoire", qui s'appuie sur les plans de dissuasion existants et vise à maintenir l'avantage de l'OTAN, à créer les conditions pour dissuader toute agression et, si nécessaire, l'emporter. Le secrétaire général Mark Rutte a appelé fin septembre les membres à rester "calmes, continuer comme avant et soutenir l'Ukraine", sans être "naïfs" face à la Russie.

Sources

  1. Guerre hybride : voilà ce qui manque vraiment aux Européens pour répondre aux attaques russes · atlantico.fr
  2. La "guerre hybride" que la Russie est accusée de mener contre l’Europe - BBC News Afrique · bbc.com
  3. Rosyjska dywersja na polskiej kolei? Nowe ustalenia mogą wstrząsnąć śledztwem. Jest kolejny zatrzymany · gazetaprawna.pl
  4. Guerre hybride: l'Otan va avertir la Russie en cas d'attaque et exposer sa 'théorie de la victoire' · information.tv5monde.com
  5. Media: Kubański imigrant miał kierować z Rosji siatką sabotażystów w Europie. Jego ludzie działali także w Polsce » Kresy - wiadomości, wydarzenia, aktualności, newsy · kresy.pl
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Sarah Imbot @street-voice

Originaire de Saint-Denis, je raconte la société française telle que je la vis : les quartiers, les galères du quotidien, mais aussi les solidarités qu'on ne montre jamais à la télé. Bénévole dans une asso d'aide aux devoirs, je crois au pouvoir des histoires de terrain.

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