Ismaïl Haniyeh, dirigeant politique du Hamas, lors d'une réunion à Moscou avec Konstantin Kosachev.
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Gaza : le Hamas pose sa condition pour bloquer le plan Trump de 7 milliards

Face au plan Trump de 7 milliards, le Hamas exige un arrêt total des combats. Entre l'ultimatum de Netanyahu et la reconstruction impossible, Gaza est dans l'impasse.

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Alors que les regards du monde entier se tournaient vers Washington pour la première réunion du « Conseil de paix » convoquée par Donald Trump, une ombre plane inexorablement sur les perspectives diplomatiques : l'intransigeance du Hamas. Entre les promesses financières mirobolantes et la réalité des décombres, le fossé semble se creuser un peu plus chaque jour. L'organisation palestinienne a tranché net, refusant d'entrer dans aucune danse diplomatique tant que les bombes continuent de tomber. Comment concilier des plans de reconstruction grandioses avec une exigence de cessez-le-feu immédiat qui heurte de front les stratégies sécuritaires d'Israël ? C'est l'impasse totale dans laquelle s'enfonce le conflit gazaoui, plaçant la population civile au milieu d'un duel politique et militaire sans merci.

Washington contre Gaza : le choc des calendriers lors du Conseil de paix

Le 19 février 2026 restera sans doute comme une date charnière dans l'histoire récente du Proche-Orient, mais pour les mauvaises raisons. Tandis que les rideaux de luxe s'ouvraient dans la capitale américaine pour accueillir 47 délégations étrangères, le sol de Gaza continuait de vibrer sous les impacts. Ce décalage brutal entre le protocole diplomatique et l'urgence humanitaire constitue le cœur du malentendu actuel. L'administration américaine tente d'imposer un calendrier politique de long terme, fondé sur des investissements massifs et une vision de « paix économique », alors que le mouvement islamiste palestinien reste ancré dans une temporalité de survie immédiate. Pour le Hamas, discuter de l'avenir sans garantie de sécurité immédiate relève de la pure absurdité, voire de la complicité avec l'ennemi.

Cette réunion intervient dans un contexte où les violations de l'accord de cessez-le-feu sont monnaie courante depuis des mois. Chaque jour apporte son lot d'accusations croisées, de tirs de roquettes et de frappes aériennes de représailles, rendant la notion de « paix » presque abstraite pour les habitants de l'enclave. La tenue de ce sommet à Washington est donc perçue comme une provocation par le Hamas, qui y voit une tentative de normaliser une situation inacceptable. Loin des projecteurs, la réalité sur le terrain demeure tragique : des infrastructures dévastées, une population traumatisée et une aide humanitaire qui peine à circuler, bloquée par les points de passage verrouillés et la reprise sporadique des combats. C'est ce contraste saisissant entre l'opulence des négociations et la misère des ruines qui alimente la radicalisation des positions et rend toute communication quasi impossible.

Une réunion historique à 47 pays sans le principal concerné

Ismaïl Haniyeh, dirigeant politique du Hamas, lors d'une réunion à Moscou avec Konstantin Kosachev.
Ismaïl Haniyeh, dirigeant politique du Hamas, lors d'une réunion à Moscou avec Konstantin Kosachev. — council.gov.ru / CC BY 4.0 / (source)

La composition même de cette réunion du 19 février 2026 en dit long sur les ambiguïtés de la démarche américaine. Quarante-sept pays étaient présents autour de la table, accompagnés par l'Union européenne en qualité d'observatrice, formant une coalition impressionnante par sa diversité géographique. Des puissances mondiales aux États de la région, tous semblaient unis sous la bannière du « Conseil de paix » de Donald Trump. Pourtant, une absence flagrante sautait aux yeux de tous les observateurs avertis : ni le Hamas, ni l'Autorité palestinienne n'avaient été invités à siéger en tant que parties prenantes directes. C'est un peu comme organiser un mariage en l'absence des futurs époux, une situation qui soulève de nombreuses questions sur la légitimité et l'efficacité d'un tel processus.

Des acteurs clés de la région étaient tout de même présents, tels que le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, illustrant la volonté washingtonienne de fédérer le monde arabe autour d'un plan financier massif. Plus de 7 milliards de dollars ont été promis lors de cette réunion, une somme vertigineuse destinée à financer la reconstruction et la stabilisation de l'enclave. Cependant, cette manne financière est conditionnée à une acceptation politique qui semble hors de portée pour l'instant. En essayant de contourner le Hamas pour traiter directement avec des « partenaires » régionaux, les États-Unis prennent le risque d'ignorer la réalité du pouvoir sur le terrain, rendant tout accord virtuel sans l'aval du groupe qui contrôle effectivement la bande de Gaza.

L'accusation de négocier sur les ruines d'une guerre en cours

La réaction du Hamas ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué publié le soir même de la réunion, l'organisation a dénoncé avec véhémence ce qu'elle considère comme une trahison morale et politique. Le mouvement islamiste a explicitement accusé la communauté internationale de tenter de « négocier sur les ruines » d'une guerre qui n'a jamais véritablement cessé. Pour le Hamas, il est inacceptable de discuter de plans d'avenir et de financement tandis que les « crimes de l'occupation » se poursuivent impunément. Cette position, bien que radicale, résonne avec une partie de la population palestinienne qui se sent abandonnée par une diplomatie lointaine et déconnectée.

Zone urbaine fortement endommagée avec un dôme en tuiles bleues intact au milieu des ruines.
Zone urbaine fortement endommagée avec un dôme en tuiles bleues intact au milieu des ruines. — (source)

Le communiqué du Hamas insiste lourdement sur la nécessité primordiale d'ouvrir les points de passage et de laisser entrer l'aide humanitaire sans aucune restriction. C'est une condition sine qua non pour toute discussion future. L'organisation refuse catégoriquement d'entériner un processus qui légitimerait, même implicitement, la poursuite des opérations militaires israéliennes. C'est le conflit central de l'heure : comment bâtir l'avenir de Gaza pendant que l'on bombarde son présent ? En imposant cette ligne rouge, le Hamas cherche non seulement à protéger sa survie militaire, mais aussi à préserver une légitimité politique aux yeux de son peuple, en se posant comme le dernier rempart contre une occupation qu'il juge illégitime et continue.

« Arrêt total de l'agression » : la condition non négociable du Hamas

Au-delà de la dénonciation médiatique, il est essentiel de décrypter le fond de la stratégie du Hamas pour comprendre pourquoi cette position bloque mécaniquement toute avancée diplomatique. Le mouvement ne demande pas simplement une pause tactique ou une trêve humanitaire temporaire ; il exige un changement fondamental du statu quo. L'expression « arrêt total de l'agression » est lourde de sens : elle implique non seulement la fin des hostilités militaires, mais aussi une reconnaissance politique que les précédents accords n'ont pas réussi à instaurer. Pour le Hamas, accepter le plan américain sans cette garantie reviendrait à signer sa propre reddition politique et militaire, ouvrant la voie à une prise de contrôle par des technocrates désignés de l'extérieur qui ne répondraient pas aux aspirations de la résistance.

Cette exigence d'un arrêt total s'oppose frontalement à la vision américaine et israélienne qui privilégient une approche graduelle. Washington et Tel-Aviv proposent une série de mesures de confiance et des étapes intermédiaires, là où le Hamas exige un préalable absolu. C'est ce que les experts appellent une asymétrie des objectifs : d'un côté, une volonté de gestion et de stabilisation de crise, de l'autre, une lutte existentielle pour la survie d'un mouvement et d'une cause. En refusant de s'engager dans la voie tracée par Donald Trump, le Hamas joue un jeu dangereux, mais cohérent avec sa doctrine de survie, comptant sur la dégradation humanitaire pour faire plier la communauté internationale et forcer Israël à lever le blocus injuste qui étouffe la bande de Gaza depuis des années.

Pourquoi la trêve humanitaire ne suffit plus

Campement de tentes de fortune au milieu des ruines, avec un homme tenant un enfant.
Campement de tentes de fortune au milieu des ruines, avec un homme tenant un enfant. — (source)

Il faut se souvenir que nous ne sommes pas au début du conflit. Les précédentes tentatives de trêve humanitaire ont échoué, laissant un souvenir amer aux Palestiniens de Gaza. Le 2 mars 2025, par exemple, Israël avait suspendu l'entrée de l'aide humanitaire en réponse au rejet par le Hamas d'une proposition américaine jugée insuffisante. Ces épisodes ont montré les limites des pauses tactiques : elles permettent souvent d'évacuer quelques blessés ou de livrer quelques camions de vivres, mais ne changent rien à la structure sous-jacente du conflit. Le Hamas ne cherche plus simplement à « respirer » entre deux assauts, mais à obtenir des garanties que les infrastructures reconstruites ne seront pas pulvérisées la semaine suivante.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes et justifient, aux yeux du Hamas, cette intransigeance. L'ONU estime le coût des dégâts à environ 70 milliards de dollars, un montant astronomique qui reflète l'étendue de la dévastation. Face à un tel désastre, de simples « pauses humanitaires » relèvent de la plaisanterie macabre. Comment envisager la reconstruction d'hôpitaux, d'écoles et de réseaux d'eau potable si la menace d'une frappe aérienne plane en permanence ? C'est la raison pour laquelle le Hamas exige une levée du blocus et un arrêt définitif des opérations militaires. Sans cela, toute aide à la reconstruction est perçue comme une tentative futile de vider l'océan avec une cuillère, condamnant la population à vivre dans des ruines perpétuellement renouvelées.

La levée du blocus comme préalable à toute discussion

Au cœur de la revendication du Hamas, il y a la question de la souveraineté et de la dignité. Le mouvement ne cesse de réclamer la garantie des droits nationaux légitimes et le droit à l'autodétermination pour le peuple palestinien. Cela inclut impérativement la fin du blocus qui étrangle économiquement la bande de Gaza depuis plus de quinze ans. Pour le Hamas, accepter de discuter du plan Trump sans cet arrêt total de l'agression et cette levée du blocus reviendrait à trahir son mandat et ses principes fondateurs. C'est un pari politique risqué : le mouvement mise tout sur le fait que la situation humanitaire deviendra insoutenable au point de forcer la main à la communauté internationale.

Cette position bloque mécaniquement les négociations car elle s'attaque directement au cœur de la sécurité israélienne. Le plan américain prévoit explicitement une « démilitarisation » de Gaza, condition que le Hamas refuse d'accepter tant que l'agression israélienne perdure. Pour les dirigeants du Hamas, leurs armes sont la seule garantie de survie face à une armée israélienne infiniment supérieure en nombre et en technologie. Démilitariser sans assurance de fin de l'occupation reviendrait à se désarmer devant un tueur potentiel. C'est ce cercle vicieux que la diplomatie américaine peine à briser : pour Israël, le Hamas doit être désarmé pour qu'il y ait la paix ; pour le Hamas, il doit y avoir la paix et la fin du blocus pour qu'il envisage de désarmer. Un dialogue de sourds qui laisse peu de place à l'optimisme, comme nous l'avions analysé dans Gaza : la résilience surprenante du Hamas après un an de guerre.

7 milliards de dollars et 20 000 hommes : le plan Trump pour déradicaliser Gaza

Face au refus catégorique du Hamas, l'administration Trump a misé sur une démonstration de force financière et logistique. Le plan présenté lors de ce Conseil de paix n'est pas une simple déclaration d'intention, mais une architecture complexe détaillée en 20 points, visant rien de moins que la transformation structurelle de la bande de Gaza. L'objectif avoué est de « déradicaliser » l'enclave par la prospérité et la gouvernance technocratique, court-circuitant ainsi l'influence du Hamas. Pour convaincre les sceptiques, Washington a déployé une artillerie lourde : plus de 7 milliards de dollars de promesses de dons et un plan de déploiement militaire international sans précédent de 20 000 hommes.

Ce plan repose sur l'idée que l'argent et la sécurité peuvent acheter la paix. En proposant une reconstruction massive et rapide, les États-Unis espèrent séduire une population lasse de la guerre et isoler les combattants du Hamas qui refuseraient cette « aubaine ». C'est une approche typique de la diplomatie du « deal », cherchant à transformer un problème politique en un problème de gestion de projet. Mais la mise en œuvre d'un tel plan nécessite des conditions de sécurité minimales qui sont loin d'être réunies. Qui va protéger les chantiers de reconstruction ? Qui va garantir la sécurité des ingénieurs étrangers ? C'est toute la question de cette force internationale de stabilisation qui ressemble, pour beaucoup d'observateurs, à une mission impossible sans l'accord explicite des factions armées locales.

Qui sont les contributeurs du plan ?

L'effort financier mobilisé par Donald Trump est impressionnant par son ampleur et par la diversité des contributeurs. Ce ne sont pas seulement les alliés traditionnels des États-Unis qui ont ouvert leur portefeuille, mais aussi des nations musulmanes et asiatiques souvent plus réservées sur les dossiers proche-orientaux. Le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan, les Émirats arabes unis, le Maroc, le Bahreïn, le Qatar, l'Arabie saoudite, l'Ouzbékistan et le Koweït ont tous promis des contributions s'élevant au total à plus de 7 milliards de dollars. Cette participation massive des pays du Golfe est particulièrement significative, car elle envoie un signal politique fort au Hamas : même le monde arabe est prêt à financer un avenir sans le Hamas à la tête de Gaza.

À ces contributions étatiques s'ajoutent des engagements plus symboliques mais médiatiquement puissants. La FIFA a promis 75 millions de dollars pour des projets liés au football, et l'ONU a annoncé une contribution de 2 milliards pour l'aide humanitaire. Cette coalition de financement vise à créer une pression économique irrésistible. L'idée est de faire miroiter aux habitants de Gaza un avenir radieux, avec des stades, des centres commerciaux et des ports modernes, pour contraster avec l'austérité et la violence proposées par le Hamas. C'est une guerre de communication autant qu'une guerre économique, utilisant les promesses d'un « Singapour sur la Méditerranée » pour tenter de briser le moral des combattants et séduire la population civile. Néanmoins, comme cela a souvent été le cas dans la région, Gaza : Il pleut des bombes… et les promesses de reconstruction ont bien du mal à traverser les rideaux de fumée des frappes aériennes.

La Force internationale de stabilisation (ISF)

Paysage urbain avec des bâtiments et d'épautes colonnes de fumée s'élevant en arrière-plan.
Paysage urbain avec des bâtiments et d'épautes colonnes de fumée s'élevant en arrière-plan. — (source)

Le volet sécuritaire du plan est tout aussi ambitieux que le volet financier. Pour sécuriser la reconstruction et assurer la transition, Washington prévoit le déploiement d'une Force internationale de stabilisation (ISF) comptant jusqu'à 20 000 hommes. Cette force ne serait pas une simple mission d'observation de l'ONU, mais une véritable force de combat sous commandement américain. L'architecture de cette force a été pensée pour être acceptable par les populations locales, en intégrant majoritairement des pays musulmans ou amis du monde arabe. C'est ainsi que l'Indonésie, le pays musulman le plus peuplé au monde, s'est engagée à fournir 8000 soldats, son officier général occupant même le poste de commandant adjoint de la force.

Outre l'Indonésie, le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l'Albanie ont également confirmé leur participation à cette coalition militaire. L'Égypte et la Jordanie, pour leur part, prendraient en charge la formation de la nouvelle police palestinienne, une étape cruciale pour rétablir l'ordre civil sans l'ombre du Hamas. Cette configuration vise clairement à remplir le vide de sécurité qui serait laissé par un retrait israélien et une éventuelle démilitarisation du Hamas. C'est le point crucial de friction : pour Israël, cette force est le rempart contre le terrorisme ; pour le Hamas, elle est une force d'occupation déguisée venue imposer une solution politique rejetée par le peuple. Sans un accord préalable sur l'arrêt des hostilités, le déploiement de ces troupes risque de se transformer en un cauchemar logistique et sécuritaire, transformant Gaza en un champ de bataille pour les forces internationales.

Netanyahu pose son ultimatum : pas de reconstruction sans démilitarisation

Si le Hamas est le principal obstacle à gauche, la position intransigeante du Premier ministre israélien constitue un mur infranchissable à droite. Benjamin Nétanyahou a profité de la tenue du Conseil de paix pour rappeler, sans la moindre ambiguïté, les lignes rouges de son gouvernement. Sa déclaration est tombée comme un couperet : « Nous sommes convenus avec notre allié américain qu'il n'y aurait pas de reconstruction de Gaza avant la démilitarisation de Gaza ». Ce positionnement crée un triangle diplomatique impossible : le Hamas exige la fin de l'agression pour parler, Israël exige la fin du Hamas pour construire, et les États-Unis tentent de naviguer entre ces deux eaux en promettant une reconstruction qui dépend de conditions que personne ne semble prêt à remplir.

Cette position de Nétanyahou n'est pas un simple positionnement tactique, elle reflète une conviction profonde au sein de la coalition gouvernementale israélienne. Pour Jérusalem, accorder la reconstruction sans avoir éliminé la menace militaire du Hamas reviendrait à financer son ennemi, lui permettant de se réarmer et de se fortifier dans des bunkers neufs construits avec l'argent international. C'est pourquoi l'alignement entre Washington et Tel-Aviv n'est que partiel. Si Trump veut une « fin immédiate de la guerre » inscrite dans son plan en 20 points pour permettre la reconstruction, Nétanyahou maintient que la démilitarisation est préalable à toute discussion sur l'avenir politique de l'enclave. Cette divergence empêche le lancement de la « phase 2 » du plan américain, laissant la population dans un vide juridique et humanitaire total.

La rupture de la chaîne de commandement entre Washington et Tel-Aviv

Malgré l'affichage d'une unité frontalière, des fissures apparaissent dans la relation entre les États-Unis et Israël. Lors de la réunion du Conseil de paix, alors que Gideon Saar, le ministre israélien des Affaires étrangères, tentait de maintenir le lien, Nétanyahou, resté à Tel-Aviv, lançait ses ultimatums. Cette rupture de la chaîne de commandement symbolise la difficulté pour l'administration Trump à faire respecter sa feuille de route. Israël semble déterminé à mener son opération militaire jusqu'au bout, quelle que soit la pression diplomatique ou financière américaine. Le Premier ministre israélien refuse de lier le sort des otages ou la reconstruction à un quelconque gel de l'offensive militaire en cours.

Cette situation place les États-Unis dans une position inconfortable. Ils ont présenté un plan qui prévoit une libération des otages dans les 72 heures suivant l'accord, un retrait progressif des forces israéliennes et une amnistie pour les membres du Hamas acceptant de rendre les armes. Or, sans un arrêt effectif des combats par Israël, ces clauses ne peuvent être mises en œuvre. L'armée israélienne continue ses opérations de « ratissage » dans le nord et le centre de Gaza, prétendant traquer les derniers bastions du Hamas. Pour le Hamas, ces opérations prouvent que les garanties américaines ne valent pas grand-chose face à la détermination israélienne, ce qui renforce leur refus de déposer les armes et leur exigence d'un arrêt total de l'agression comme préalable à tout.

L'exigence d'élimination du Hamas avant toute reconstruction

Au-delà de la simple démilitarisation, c'est l'élimination politique du Hamas que vise Nétanyahou. Le Premier ministre a catégoriquement refusé toute solution qui laisserait le mouvement islamiste en arrière-plan ou en dessous, dans la gestion des affaires courantes. Israël exige la destruction totale de la capacité militaire et politique du Hamas, voyant dans cette organisation une entité terroriste avec laquelle aucune coexistence n'est possible. Cette position exclut de fait tout accord de type « processus d'Helsinki » qui aurait permis une transition graduelle. Pour Jérusalem, il n'y aura ni État palestinien ni autonomie élargie tant que la « bande terroriste » n'aura pas été totalement neutralisée.

Cette exigence d'élimination rend la condition du Hamas (« arrêt total ») littéralement inaudible pour les oreilles israéliennes. Tel-Aviv considère que l'arrêt de l'agression ne peut venir qu'après la reddition, et non l'inverse. C'est ce blocage idéologique qui rend toute médiation extrêmement périlleuse. Même si le Hamas acceptait demain de libérer tous les otages et de déposer une partie de ses armes lourdes, Israël exigerait probablement encore des garanties de sécurité supplémentaires et le contrôle total de la frontière égyptienne à Rafah. L'enquête sur les financements extérieurs, comme celle mentionnée dans Hamas : des associations françaises accusées de financer le terrorisme, montre d'ailleurs que la guerre contre le Hamas est aussi une guerre financière et juridique globale, visant à étrangler l'organisation sur tous les fronts. Dans ce contexte, le plan Trump de reconstruction ressemble à une promesse suspendue dans le vide, attendant un miracle politique qui ne semble pas devoir se produire.

Gérer les 68 millions de tonnes de débris : le pari d'Ali Shaath

Pourtant, et c'est là tout le paradoxe de la situation, les structures pour l'après-guerre sont déjà en place. Tandis que les politiques s'invectivent à distance, des technocrates et des ingénieurs travaillent d'arrache-pied pour préparer la logistique de la reconstruction. Le 14 janvier 2026, Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Trump pour les « missions de paix », a annoncé le lancement de la « Phase 2 » du plan, passant du cessez-le-feu à la mise en place d'une gouvernance technocratique. Au cœur de ce dispositif se trouve un homme : Ali Shaath. Ingénieur civil de formation et ancien vice-ministre, il a été nommé à la tête d'un comité de 15 membres chargé d'administrer Gaza. C'est la réponse pragmatique aux blocages politiques : contourner les politiciens pour laisser les experts faire leur travail.

La tâche qui attend Ali Shaath et son équipe est d'une ampleur titanesque. La bande de Gaza n'est pas seulement bombardée, elle est littéralement broyée. Les estimations parlent de 68 millions de tonnes de débris à nettoyer, un volume suffisant pour remplir des stades entiers. Gérer ce chaos logistique dans une zone où les routes sont coupées et où les combats font rage relève de la gageure. Pourtant, le comité travaille déjà sur des plans audacieux, comme l'utilisation de ces décombres pour créer de nouvelles terres, une technique d'ingénierie qui permettrait de repousser les limites du littoral et de construire sur des zones stabilisées. C'est un symbole fort : recycler les ruines de la guerre pour bâtir les fondations de la paix, une métaphore concrète d'une résilience palestinienne qui refuse de disparaître.

Ali Shaath et la gouvernance sans Hamas

Le profil d'Ali Shaath est soigneusement choisi pour plaire à la communauté internationale tout en étant acceptable par la société civile locale. Issu du secteur privé et des ONG, et non des cercles politiques traditionnels, il incarne cette figure de « technocrate » apolitique que le plan Trump veut mettre en avant. Son mandat est clair : superviser le nettoyage, coordonner l'aide internationale et préparer le terrain pour les travaux de reconstruction, sans chercher à exercer de souveraineté politique immédiate. C'est une gestion de crise pure, dépourvue d'idéologie, qui vise à répondre aux besoins vitaux de la population : eau, électricité, abris.

Cependant, cette gouvernance technocratique se heurte à une réalité implacable : le monopole de la violence. Sans une force de sécurité crédible pour les protéger, Ali Shaath et ses ingénieurs ne peuvent pas aller sur le terrain. Comment faire entrer des bulldozers dans des quartiers où des snipers sont encore positionnés ? Comment garantir la sécurité des ouvriers lorsque la menace de roquettes pend en permanence ? Le comité peut avoir les meilleurs plans du monde et une expertise inégalée, il reste impuissant sans l'accord des belligérants. C'est ici que se mesure l'écart entre la planification à Washington et la réalité de Gaza. La feuille de route existe, les financements sont promis, les hommes sont prêts, mais il manque l'essentiel : un environnement sécurisé permettant le premier coup de pioche.

Le casse-tête de la police de transition

C'est tout l'enjeu de la police de transition annoncée par Nickolay Mladenov, le Haut représentant pour Gaza. Selon ses déclarations, le recrutement d'une nouvelle force de police palestinienne a commencé avec un succès inattendu : 2000 candidats se sont présentés en quelques heures. Cela témoigne d'une envie de retour à l'ordre et d'emplois parmi une population au chômage dramatique. Ces policiers, formés par l'Égypte et la Jordanie, sont censés devenir l'agence de sécurité principale à Gaza, assistés par la Force internationale de stabilisation (ISF). C'est le chaînon manquant du plan Trump : une force locale qui fait le lien entre la population et la présence militaire étrangère.

Mais là encore, le paradoxe est total. Pour être déployée, cette police doit obtenir l'autorisation du Hamas, qui détient encore le pouvoir de fait sur la rue, et le feu vert d'Israël, qui contrôle le périmètre extérieur. Sans l'accord du Hamas, ces policiers risquent d'être vus comme des collaborateurs et pris pour cibles par les factions armées. Sans l'accord d'Israël, ils ne pourront même pas obtenir les équipements nécessaires ni circuler entre les zones. Le piège se referme donc sur cette force en devenir : elle est à la fois indispensable pour la reconstruction et impossible à déployer dans le climat actuel. Elle illustre parfaitement l'impasse pratique de la situation. La structure est prête, les hommes sont volontaires, mais le verrou politique empêche toute mise en œuvre concrète, laissant les 68 millions de tonnes de débris où elles sont, comme autant de tombes bétonnées d'un processus de paix en échec.

Conclusion : Vers un partage impossible de la souveraineté sur Gaza ?

En tirant le fil de cette actualité complexe, on aboutit à une conclusion pour le moins sombre. L'impasse à Gaza est désormais totale. Le Hamas a clairement posé sa condition : l'arrêt total de l'agression israélienne, la levée du blocus et la garantie des droits nationaux. Israël oppose une exigence tout aussi ferme : la démilitarisation complète et l'élimination de la menace du Hamas avant toute reconstruction. Entre ces deux feux, le plan américain de 7 milliards de dollars et de 20 000 hommes ressemble à une utopie bienveillante, déconnectée des réalités brutales du terrain. L'écart entre les promesses de Washington et la réalité des décombres semble aujourd'hui infranchissable, laissant craindre que l'argent promis ne reste virtuel.

L'écart entre promesses et réalité

Il est essentiel de garder les pieds sur terre face aux annonces médiatiques. Les 7 milliards promis sur la table de Washington sont une goutte d'eau au regard des 70 milliards de dégâts estimés par l'ONU. Mais surtout, cet argent ne servira à rien tant que les conditions sécuritaires ne seront pas réunies. Sans l'arrêt total des combats réclamé par le Hamas et sans la démilitarisation exigée par Israël, les chantiers ne pourront pas s'ouvrir. Une vidéo générée par intelligence artificielle et diffusée lors de la réunion, montrant une Gaza futuriste hérissée de gratte-ciel à l'horizon 2036, fait aujourd'hui figure de mauvaise blague face aux images de ruines fumantes qui arrivent quotidiennement sur nos écrans.

Cette situation place la communauté internationale face à ses propres contradictions. On ne peut pas à la fois financer la reconstruction et ignorer les causes de la destruction. L'argent est un outil puissant, mais il ne peut acheter la paix si les parties belligérantes ne sont pas prêtes à faire le deuil de leurs stratégies militaires. Le Hamas espère que la pression humanitaire forcera Israël à reculer, tandis qu'Israël espère que la pression militaire forcera le Hamas à s'effondrer. En attendant, c'est la population civile qui paie le prix fort de cet acharnement mutuel, prise en étau entre des idéologies qui refusent de composer.

Un plan de peace qui dépend de la volonté américaine

Finalement, tout repose sur la volonté réelle des États-Unis de passer de l'incitation à l'application. Le « Conseil de paix » est une belle initiative, mais il manque de morsure s'il ne peut imposer sa volonté aux acteurs locaux. Le plan américain repose sur des concepts vagues comme la « gouvernance technocratique » et la « désradicalisation », qui nécessitent une stabilité pour prendre racine. Sans la capacité de forcer un véritable cessez-le-feu et de sécuriser les axes humanitaires, ce plan restera une coquille vide.

La fragilité extrême de ce processus réside dans sa dépendance à une reprise des hostilités qui peut se produire à tout moment. Une seule roquette, un seul tir de sniper, et tout l'édifice diplomatique peut s'effondrer. Le partage de la souveraineté sur Gaza, imaginé par Trump comme une gestion internationale temporaire, semble aujourd'hui impossible tant que les acteurs locaux ne se seront pas mis d'accord sur les règles du jeu. Pour l'instant, la seule certitude est que la guerre continue, et avec elle, l'incertitude sur l'avenir de Gaza. Le temps presse, car à force de négocier sur les ruines, on finit par n'avoir plus rien à négocier du tout.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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