Ce mardi 10 mars 2026, la bande de Gaza vit l'un des moments les plus critiques de son histoire récente. L'agence israélienne COGAT (Coordinator of Government Activities in the Territories) a confirmé la poursuite et le durcissement de la fermeture de tous les passages vers l'enclave, une mesure qui isole plus de deux millions de personnes de toute aide extérieure. Alors que l'offensive militaire régionale contre l'Iran redessine les lignes de front au Moyen-Orient, Gaza se retrouve étranglée, victime collatérale d'une guerre qui la dépasse mais dont elle subit toutes les conséquences. Pour comprendre l'étendue de cette catastrophe, il est indispensable d'analyser la mécanique de ce verrouillage, ses justifications officielles et l'impact dévastateur sur le terrain, là où chaque heure compte pour la survie des civils.

Quand COGAT verrouille Gaza : l'annonce qui fige l'espoir
L'annonce de ce 10 mars ne constitue pas une simple formalité administrative, mais l'acte de sceller un couvercle de plomb sur une enclave déjà à bout de souffle. Le COGAT, bras armé logistique du ministère israélien de la Défense, est l'unique autorité qui contrôle le flux des marchandises et des personnes vers les territoires palestiniens. En confirmant le maintien de la fermeture totale des accès, y compris pour le personnel humanitaire international, l'institution israélienne ne se contente pas de ralentir l'acheminement de l'aide ; elle en stoppe mécaniquement la possibilité. La situation actuelle renforce les inquiétudes déjà soulevées concernant l'envoi d'équipements militaires et les enjeux géopolitiques qui entourent ce conflit, risquant de transformer une crise humanitaire en une catastrophe sans précédent.
« Plusieurs ajustements de sécurité nécessaires » : décrypter le langage officiel
Pour justifier cet état de fait, les communications du COGAT emploient un vocabulaire pudique et technocratique, évoquant la mise en œuvre de « plusieurs ajustements de sécurité » qui resteront en vigueur « jusqu'à nouvel ordre ». Cette formulation, apparemment anodine, masque une réalité brutale pour les habitants de l'enclave. Le terme « ajustement » minimise la portée d'un blocus total, tandis que l'absence d'échéance précise plonge les organisations humanitaires dans une incertitude totale, les empêchant de planifier la moindre opération de secours. L'argumentaire sécuritaire vise à présenter cette fermeture comme une mesure défensive inévitable face aux menaces régionales, déportant ainsi le débat du terrain humanitaire vers celui des impératifs militaires. Pourtant, cette rhétorique ne change rien à la réalité du terrain : ces termes se traduisent par un arrêt brutal des livraisons de nourriture et de carburant, transformant l'attente en une arme de destruction massive.

De l'ouverture éphémère au verrouillage total : l'instabilité comme stratégie
La décision de ce 10 mars prend tout son sens lorsqu'elle est observée à travers le prisme des dix derniers jours. La séquence a été particulièrement chaotique et psychologiquement éprouvante pour la population : après une fermeture totale le 28 février, l'espoir avait renaît le 3 mars avec la réouverture du poste de Kerem Shalom pour une « entrée progressive » de l'aide. Les ONG avaient commencé à s'organiser, pensant pouvoir relancer la machine humanitaire. Cependant, cet espoir fut de courte durée, les accès étant de nouveau restreints ou fermés peu après. Ce va-et-vient permanent, cette oscillation entre ouverture et fermeture, crée un climat d'insécurité logistique insupportable. Comment acheminer des denrées périssables ou planifier des soins médicaux si l'on ignore si les frontières seront ouvertes le lendemain ? C'est cette précarité orchestrée qui épuise les ressources des organisations et brise le moral d'une population qui ne peut plus se fier à aucun signal.
Kerem Shalom, Rafah : ces deux portes de survie désormais closes
Pour appréhender l'ampleur du désastre, il est crucial de visualiser la géographie de Gaza et de comprendre le rôle absurdement vital de ces deux points de passage. Kerem Shalom et Rafah ne sont pas de simples postes de douane sur une carte ; ce sont les seules artères qui permettent à l'oxygène humanitaire de pénétrer dans l'enclave. Kerem Shalom, situé au point de rencontre entre Israël, Gaza et l'Égypte, sert de principal poumon pour l'entrée des camions de nourriture, de médicaments et de carburant. Rafah, au sud, est la seule porte vers le monde extérieur pour les êtres humains, permettant l'évacuation des malades graves. Avec la fermeture simultanée de ces deux axes, Gaza cesse d'être un territoire ouvert pour devenir une prison hermétique, coupée du monde par des barrières de béton et des décisions administratives venues d'ailleurs.
[IMAGE: Vue satellite du passage de Rafah et de la frontière)
Rafah : 21 mois de fermeture, un espoir de 1 075 personnes, puis le retour à zéro
L'histoire récente du passage de Rafah est un cycle d'espoirs déçus qui illustre la cruauté de la situation. Après vingt et un mois de verrouillage total, ce poste avait finalement été rouvert le 2 février 2026, salué comme une avancée majeure par la communauté internationale. Cette brève ouverture avait permis l'évacuation de 1 075 patients et de leurs accompagnants vers les hôpitaux égyptiens, ainsi que le retour de 859 Gazaouis bloqués à l'étranger. Pour des patients comme Mohammed Chamiya, souffrant de pathologies graves nécessitant des soins spécialisés indisponibles à Gaza, cette ouverture était une bouée de sauvetage. Il attendait son tour pour franchir cette porte et obtenir les soins vitaux. Mais le 28 février, l'espoir s'est effondré : le passage a été refermé sans préavis. Ce retour brutal à la case départ laisse Mohammed et des milliers d'autres patients dans une angoisse absolue, témoignant de l'inhumanité de décisions administratives qui scellent le sort de malades déjà vulnérables.
Kerem Shalom et le « carburant au compte-gouttes » : une énergie vitale amputée
La situation à Kerem Shalom révèle l'ampleur du déficit logistique qui paralyse l'enclave. Même lors de sa brève réouverture après le 3 mars, le volume de carburant autorisé à entrer était dérisoire. Selon les informations rapportées par BFMTV, moins de 500 000 litres de carburant ont pu transiter. Pour le néophyte, ce chiffre peut paraître conséquent, mais il est dramatiquement insuffisant face aux besoins réels. L'Organisation des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime que plus de deux millions de litres représentent le « strict minimum » nécessaire pour faire tourner les services essentiels. Le maintien des hôpitaux, des stations de pompage d'eau et des réseaux d'assainissement dépend entièrement de ce carburant. Avec moins de 25 % des besoins énergétiques couverts, le système de santé est au bord de l'effondrement, laissant la population sans accès aux ressources vitales, une situation que l'on pourrait décrire comme une survie au compte-gouttes.

De « Lion rugissant » aux frontières fermées : la chronologie d'un étouffement
Cette fermeture ne tombe pas du ciel ; elle s'inscrit dans une séquence militaire précise qui a débuté fin février. Le contexte géopolitique est indispensable pour comprendre pourquoi Gaza subit un tel châtiment collatéral. Le 28 février 2026, l'armée israélienne, en coordination avec les États-Unis, a lancé l'offensive « Lion rugissant » contre l'Iran. L'intensification de ce conflit régional a eu pour effet immédiat le durcissement des mesures de sécurité aux frontières israéliennes. L'argument sécuritaire avancé par l'État hébreu est indissociable de cette opération militaire : la crainte de représailles sur son sol ou à ses frontières justifie, selon lui, la mise en place d'un confinement strict de l'enclave. Toutefois, il est frappant de constater que les habitants de Gaza, déjà éprouvés par des années de conflit, paient les conséquences directes d'une guerre qui se déroule sur un autre front, une véritable punition collective par procuration.
28 février 2026 : le jour où tout s'est arrêté
Le 28 février restera gravé comme un jour noir dans la chronique récente de l'enclave. Dès l'aube, l'annonce du lancement de l'offensive « Lion rugissant » a sonné comme le signal d'un confinement sévère. Les frontières ont été verrouillées soudainement, sans aucune notification préalable, empêchant les autorités locales et les ONG de se préparer ou de s'adapter. Pour les résidents, cette annonce a représenté un choc total et inattendu. Hamed Sbeata, correspondant de presse à Gaza, a décrit cette rupture brutale en la qualifiant de « perte de sécurité » et en évoquant le « chaos » qui régnait alors dans la ville. Ce témoignage, rapporté par BFMTV, illustre bien l'atmosphère de panique de ce jour-là. Le chaos mentionné n'est pas seulement l'agitation militaire, c'est la terreur de savoir que plus aucune nourriture ni médecine ne rentrera, la sensation brutale d'être abandonné au milieu d'une tempête que l'on n'a pas déclenchée.
L'avertissement de l'ONU : une « crise humanitaire créée par Israël »
Face à cette dérive, la réaction de la communauté internationale a été rapide, bien que son efficacité reste à prouver. Le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a employé des mots très forts pour qualifier la situation, n'hésitant pas à parler d'une « crise humanitaire créée par Israël ». Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a détaillé les mécanismes de cette crise forcée : le rationnement drastique des carburants, la priorisation des seules opérations vitales et l'épuisement inévitable des stocks locaux. L'ONU insiste sur le fait que l'utilisation de l'aide humanitaire comme levier de pression viole les principes les plus élémentaires du droit international humanitaire. Cette déclaration est lourde de sens politiquement : elle désigne clairement la responsabilité de l'État hébreu dans la souffrance des civils. Cependant, les condamnations verbales seules ne suffisent pas à faire passer un camion à travers un mur de béton fermé, et l'écart entre les mots diplomatiques et la réalité militaire sur le terrain semble se creuser chaque jour.
Tomates à 4$, savon introuvable : le quotidien des Gazaouis sans aide
Au-delà des communiqués diplomatiques et des analyses stratégiques, il y a la réalité concrète et tragique des familles gazaouies. La fermeture des frontières se traduit immédiatement par une flambée spéculative des prix qui rend la survie financièrement impossible pour la majorité. Les produits de première nécessité se transforment en objets de luxe inaccessibles. Les chiffres rapportés par Al Jazeera sont éloquents : en l'espace d'un mois, le prix du kilo de tomates est passé d'environ 1,50$ à près de 4$. C'est une augmentation vertigineuse de près de 170% sur un aliment de base du régime local. Mais ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Le savon, les produits d'hygiène corporelle, la farine, tout a subi des hausses comprises entre 200% et 300%, selon les estimations de l'UNICEF. C'est l'inflation de la famine. Pour des familles qui ont vu leurs revenus s'effondrer, acheter de quoi cuisiner un repas devient un calcul impossible, un choix cornélien entre se nourrir aujourd'hui ou économiser pour survivre demain.
200 camions au lieu de 600 : l'arithmétique de la faim
Pour saisir la mécanique de cette pénurie, il faut observer les chiffres du trafic routier. Avant la crise actuelle et l'instauration des restrictions drastiques, l'acheminement normal de l'aide nécessitait environ 600 camions par jour pour couvrir les besoins essentiels de la population. C'est le seuil minimum défini par les organismes internationaux pour éviter la catastrophe humanitaire. Aujourd'hui, cette moyenne a chuté à environ 200 camions par jour. Ce déficit massif de 400 camions quotidiens crée un trou béant dans la chaîne d'approvisionnement. Que contiennent ces 200 camions ? Principalement de la nourriture de base, mais en quantité largement insuffisante pour compenser la destruction des infrastructures locales. Selon le système de classification intégré de la sécurité alimentaire (IPC), 77% de la population de Gaza est déjà en situation d'insécurité alimentaire aiguë. Avec ces nouvelles coupures, ce chiffre menace de grimper vers la famine pure et simple. L'arithmétique est impitoyable : moins de camions égale moins de nourriture, et moins de nourriture égale plus de morts.

Quand le marché noir devient la seule option
Face à cette pénurie organisée, l'économie informelle et le marché noir deviennent souvent les seuls recours pour survivre. Les Gazaouis tentent de s'organiser comme ils peuvent, utilisant des produits de substitution, réduisant drastiquement leurs repas, ou achetant à des prix exorbitants des marchandises importées illégalement. Jonathan Crickx, porte-parole de l'UNICEF en Palestine, a souligné que ces hausses de prix de 200 à 300% ne sont pas seulement une question économique, c'est une question de santé publique et de dignité humaine. Ne pas pouvoir se laver correctement faute de savon entraîne la propagation rapide de maladies ; ne pas manger à sa faim affaiblit durablement les défenses immunitaires des enfants et des personnes âgées. C'est un cercle vicieux où la pauvreté alimente la maladie. Le marché noir profite aux intermédiaires et aux plus aisés, tandis que les plus vulnérables, sans ressources, sont laissés pour compte. C'est la rupture du contrat social le plus élémentaire : l'État n'est plus là pour protéger, mais il empêche les autres de le faire.

20 000 malades en sursis et l'aide française bloquée à Port-Saïd
La fermeture des passages a des conséquences autrement plus graves que la disette : elle condamne les patients à une issue fatale faute de soins. À Gaza, le système de santé est exsangue, bombardé et dépourvu d'électricité. Pour les malades graves, notamment ceux atteints de cancer ou nécessitant une dialyse, l'évacuation vers l'Égypte ou Israël était la seule option de survie. Or, depuis le début de l'offensive en Iran, ces évacuations sont totalement interrompues. On estime à 20 000 le nombre de personnes, patients et accompagnants, qui figuraient sur les listes d'attente pour sortir et se soigner. Aujourd'hui, ces listes sont devenues des listes de condamnés. Chaque jour qui passe sans ouverture de Rafah est un jour de trop pour un cancer qui progresse ou une infection qui s'aggrave sans traitement. C'est une crise médicale silencieuse qui s'ajoute au bruit des bombes, une mort lente qui se déroule dans les couloirs des hôpitaux vides de moyens.
[IMAGE: Evacuations médicales de patients attendant aux frontières)
400 tonnes pour 42 000 enfants… qui n'arriveront jamais ?
L'absurdité logistique atteint son paroxysme avec le sort de l'aide internationale. Le cas français est emblématique de cette impasse. Le 18 janvier 2026, la France a expédié un cargo important vers la région. Depuis le 4 février, soit plus d'un mois maintenant, 400 tonnes de denrées alimentaires et de produits de première nécessité sont bloquées à Port-Saïd, en Égypte, aux portes de Gaza. Cette aide était destinée spécifiquement à 42 000 enfants, une cible vulnérable par excellence. D'après les informations rapportées par une question écrite au Sénat, aucune solution n'a été trouvée pour faire entrer cette cargaison. C'est le symbole d'une action humanitaire paralysée : les ressources existent, l'argent est disponible, la cargaison est prête, mais la route est coupée. Le contraste entre l'urgence absolue de la faim chez les enfants gazaouis et l'immobilisme de ces navires amarrés dans un port égyptien est une image frappante de l'échec de la solidarité internationale face à l'intransigeance des frontières.

« Une question de vie ou de mort » : le témoignage de Mohammed Chamiya
Derrière les statistiques glacées, il y a des visages, et celui de Mohammed Chamiya hante particulièrement ce dossier. Cet homme, comme beaucoup d'autres, vit dans l'attente angoissante de l'ouverture du passage de Rafah. Souffrant d'une pathologie grave qui nécessite des soins spécialisés indisponibles à Gaza, il a confié sa détresse aux journalistes de Le Monde. Il explique qu'il vivait dans un état d'angoisse permanente, attendant l'ouverture du poste pour se rendre en Égypte et se soigner. Il ajoute que chaque jour qui passe accélère sa détérioration physique et mentale, soulignant que l'emprunt de ce passage est devenu une question de survie absolue. Ces mots résument tout le drame humain qui se joue dans l'ombre des négociations géopolitiques. Il ne s'agit plus de politique ou de stratégie, mais de la vie immédiate d'êtres humains qui ont le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Mohammed est l'un des 20 000 visages anonymes de cette liste d'évacuation, une statistique en attente de devenir une victime de plus.

MSF et 36 autres ONG : la double menace sur l'aide humanitaire
Si la fermeture des frontières constitue une violence physique, elle s'accompagne d'une violence administrative tout aussi dévastatrice pour les acteurs de l'urgence. Avant même que les passages ne soient verrouillés, le gouvernement israélien avait engagé une bataille juridique majeure contre les organisations non gouvernementales. Un projet visait à interdire à 37 ONG internationales, dont des géants de l'aide comme Médecins Sans Frontières (MSF), d'opérer à Gaza et en Cisjordanie à partir du 1er mars 2026. Le motif invoqué ? Le refus de ces organisations de fournir aux autorités israéliennes les données biographiques détaillées de leurs employés palestiniens. Pour Israël, il s'agit d'une nécessité sécuritaire ; pour les ONG, c'est une ligne rouge qui porte atteinte à la neutralité et met en danger leur personnel local en les livrant à un État partie au conflit.
« Un établissement de santé sur trois devrait fermer » : les chiffres de l'OCHA
Les conséquences potentielles de cette interdiction, si elle devait être appliquée définitivement, seraient cataclysmiques. Selon les estimations de l'OCHA, citées par Human Rights Watch, le retrait de ces 37 ONG entraînerait la fermeture immédiate d'un établissement de santé sur trois dans les territoires occupés. Ce sont 20 000 patients qui perdraient l'accès chaque mois à des soins spécialisés vitaux. Au-delà de la santé stricte, c'est tout l'équilibre sanitaire public qui vacillerait : les maladies d'origine hydrique, déjà en forte augmentation à cause de la pénurie d'eau propre, se propageraient plus vite sans les campagnes de prévention et d'hygiène menées par ces associations. La malnutrition, qui touche déjà massivement les enfants, deviendrait incontrôlable sans les programmes nutritionnels spécifiques. L'action de ces ONG n'est donc pas accessoire, mais structurelle : elles agissent comme un filet de sécurité lorsque les services publics ne fonctionnent plus, un filet qui risque aujourd'hui de se déchirer.

Entre exigences biographiques et injonction de justice : le bras de fer juridique
Le conflit juridique qui oppose le gouvernement israélien aux organisations humanitaires est d'une complexité rare. D'un côté, Israël exige que les organisations soumettent les données personnelles de leurs employés locaux pour obtenir ou conserver leurs visas de travail. De l'autre, les ONG refusent catégoriquement, invoquant les principes humanitaires fondamentaux et la protection des données. Comme l'a souligné un représentant d'Oxfam, transférer ces données sensibles à une partie du conflit constituerait une violation du devoir de diligence et exposerait les employés à des risques de représailles. C'est pour éviter ce scénario que plus de 15 organisations ont déposé un recours commun à la Haute Cour de justice israélienne. Le 27 février, la Cour a émis une injonction provisoire gelant l'ordre d'expulsion, offrant un sursis juridique. Mais cette victoire reste fragile face à la réalité physique des frontières fermées : même si les ONG ont le droit d'être là, elles ne peuvent plus travailler si rien ne peut entrer. C'est la double peine : l'interdiction d'opérer couplée à l'impossibilité matérielle d'acheminer l'aide.

Conclusion
La décision de maintenir et de durcir la fermeture des passages vers Gaza, confirmée par le COGAT le 10 mars 2026, marque une nouvelle phase inquiétante dans l'effondrement humanitaire de l'enclave. En verrouillant Kerem Shalom et Rafah, Israël ne se contente pas de sécuriser ses frontières ; il condamne une population entière à l'étouffement, coupant l'oxygène vital que représentent l'aide alimentaire et les évacuations médicales. Cette mesure, prise sous le prétexte de l'offensive contre l'Iran et l'opération « Lion rugissant », transforme Gaza en otage involontaire d'un conflit régional qui le dépasse, mais dont il subit toutes les conséquences destructrices. Les 20 000 patients en attente de soins, les 400 tonnes d'aide française bloquées à Port-Saïd et les millions de civils affamés incarnent le visage de cette tragédie moderne. Si la communauté internationale parvient à obtenir une réouverture rapide des corridors humanitaires, ce ne sera que pour panser une plaie qui continue de saigner abondamment. Face à cette logique de l'enfermement et de la punition collective, l'urgence n'est plus seulement humanitaire, elle est existentielle pour deux millions de personnes prises au piège.