L'interview accordée à l'AFP le 20 février 2026 restera sans doute comme l'un des moments les plus marquants de ce conflit qui dure depuis près de quatre ans. Volodymyr Zelensky y a dévoilé, avec une franchise inhabituelle, les pressions convergentes qui s'exercent sur l'Ukraine : une demande américano-russe de céder le Donbass, des problèmes techniques critiques avec Starlink, et l'espoir d'un déploiement de troupes européennes. Ces trois dossiers, apparemment disparates, dessinent en réalité une nouvelle phase du conflit où l'Ukraine doit composer avec des contraintes qui dépassent largement le champ de bataille traditionnel.
« Sortez du Donbass » : l'ultimatum Washington-Moscou que Zelensky révèle enfin
Les mots sont crus, presque brutaux dans leur simplicité. Interrogé sur les négociations en cours, le président ukrainien a lâché cette phrase qui en dit long sur la situation actuelle : « Les Américains et les Russes disent que si vous voulez que la guerre se termine demain, sortez du Donbass. » Cette déclaration, faite dans le cadre d'une interview exclusive avec l'AFP, constitue une rupture de ton significative. Jusqu'ici, Kiev maintenait officiellement l'objectif d'une « victoire totale » incluant la reconquête de tous les territoires perdus, y compris la Crimée annexée en 2014. Or, voici que le chef de l'État admet explicitement que ses deux interlocuteurs principaux — Washington, son allié, et Moscou, son ennemi — lui demandent la même chose.
Cette révélation n'est pas totalement inédite pour les observateurs avertis. Dès décembre 2025, un haut responsable ukrainien avait déjà confié aux médias que « les Américains adoptent la position des Russes » sur cette question territoriale. La différence, c'est que Zelensky assume désormais publiquement cette convergence inhabituelle. Elle signale probablement que les négociations entrent dans une phase plus concrète, où les positions diplomatiques se durcissent derrière les déclarations officielles. Pour comprendre ce que représente un tel ultimatum, il faut mesurer ce que le Donbass signifie pour l'Ukraine — et ce qu'il lui reste de ce territoire meurtri. Comme nous l'avions analysé dans notre article sur les déclarations de Zelensky concernant une potentielle Troisième Guerre mondiale, la rhétorique du président ukrainien a souvent servi à alerter l'Occident sur les enjeux existentiels de ce conflit. Carte intitulée « Guerre en Ukraine » illustrant les zones sous influence russe et la ligne de front au 19 février 2026.
Moins de 20 % du Donbass encore ukrainien : la réalité territoriale
Le Donbass, ce bassin industriel historique à l'est du pays, comprend deux régions administratives : la Lougansk et le Donetsk. Côté Lougansk, la situation est quasiment actée — la quasi-totalité de la région est sous contrôle russe depuis les offensives de 2022-2023. Mais le Donetsk résiste encore, et c'est là que se joue l'essentiel des combats actuels. En février 2026, environ 20 % de cette région reste aux mains de l'armée ukrainienne. Cela peut sembler peu, mais ces 20 % représentent en réalité la portion la mieux défendue de tout le front. Carte stratégique montrant l'enjeu du Donbass avec les villes de Donetsk et Louhansk
Ce territoire résiduel s'organise autour d'une « ceinture de villes forteresses » — des agglomérations transformées en bastions par des années de fortifications. Slaviansk, Kramatorsk, Avdiïvka avant sa chute : autant de noms devenus familiers pour qui suit ce conflit. Derrière ces villes, ce sont des centaines de kilomètres de tranchées, de champs de mines et d'ouvrages défensifs qui composent un paysage de guerre hérité de la Première Guerre mondiale. Les forces russes ont beau progresser, elles le font au compte-gouttes, au prix de pertes considérables. C'est pourquoi la demande d'un retrait ukrainien apparaît si complexe à négocier. Abandonner le Donbass ne signifierait pas simplement céder du terrain — il faudrait évacuer des positions préparées pendant des années, abandonner des populations qui ont fui les zones occupées, et reconnaître de facto l'annexion russe.
Quand les négociateurs américains « adoptent la position des Russes »
Le retournement de la position américaine constitue l'un des éléments les plus frappants de cette révélation. Washington, qui a fourni des milliards de dollars d'aide militaire à l'Ukraine, qui a formé ses soldats, qui a coordonné les livraisons d'armes occidentales, se retrouve aujourd'hui à formuler des exigences similaires à celles de Moscou. Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. L'épuisement des stocks d'armes occidentaux, la lassitude des opinions publiques, et surtout l'arrivée d'une nouvelle administration américaine plus favorable à une négociation rapide.
Le responsable ukrainien interrogé en décembre 2025 avait formulé cette réalité avec amertume : « Poutine veut des territoires. Les Américains disent que l'Ukraine doit se retirer. » Les États-Unis se posent désormais en médiateurs plutôt qu'en soutiens inconditionnels, et cette médiation passe par des concessions que Kiev juge inacceptables. Pour Zelensky, le piège se resserre : refuser les demandes américaines, c'est risquer de perdre le soutien militaire américain ; les accepter, c'est trahir les promesses faites à son peuple et potentiellement signer sa fin politique. L'administratrice de l'USAID Samantha Power lors d'une réunion avec le président Volodymyr Zelensky.
« Ils ne me pardonneront jamais » : le piège émotionnel du référendum
Au-delà des considérations géopolitiques, Zelensky a évoqué une dimension tout aussi décisive : l'opinion publique ukrainienne. Dans des termes empreints d'une émotion palpable, il a confié que céder le Donbass serait perçu comme une trahison inacceptable. « Émotionnellement, les gens ne pardonneront jamais cela. Jamais. Ils ne me pardonneront pas… ils ne pardonneront pas (aux États-Unis), » a-t-il déclaré, mesurant sans doute la portée de ses mots. Cette phrase résonne comme un avertissement à ses interlocuteurs occidentaux : une paix imposée contre la volonté du peuple ukrainien serait une paix illusoire.
Les sondages corroborent cette intransigeance populaire. Selon une enquête citée par plusieurs médias, environ 75 % des Ukrainiens se déclarent opposés à tout abandon du Donbass. Ce chiffre, remarquablement élevé après quatre années de guerre épuisante, montre que la résistance morale du pays reste intacte même si les ressources militaires s'amenuisent. La perspective d'un référendum sur cette question plane désormais sur les négociations. Zelensky a laissé entendre que tout accord territorial devrait être soumis au vote du peuple ukrainien — une manière de se dédouaner personnellement tout en rendant les négociations encore plus complexes.
La contre-proposition tactique de Kiev : un retrait contre un retrait Volodymyr Zelensky, portant une chemise noire, se tient devant un drapeau ukrainien et des boiseries décoratives.
Face à l'ultimatum, Zelensky n'est pas resté sans réponse. Il a formulé une proposition contre-intuitive : l'Ukraine serait prête à discuter d'un retrait du Donbass, mais à une condition — que la Russie retire simultanément ses troupes à une distance équivalente. Cette proposition peut sembler irréaliste sachant que Moscou contrôle déjà la quasi-totalité du territoire qu'il revendique dans cette région. Mais elle révèle une stratégie diplomatique fine : exposer l'intransigeance russe en proposant une symétrie que Moscou ne pourra qu'accepter ou refuser.
Il faut distinguer ici deux scénarios très différents. Le gel de la ligne de front actuelle — c'est-à-dire le maintien du statu quo territorial — pourrait être accepté par le peuple ukrainien selon Zelensky lui-même. C'est une forme de reconnaissance de fait de la partition, sans abandon formel de souveraineté. En revanche, un retrait actif des positions ukrainiennes serait perçu comme une capitulation, un « sacrifice de la souveraineté et de la citoyenneté des habitants » pour reprendre les termes du président. Cette nuance est essentielle pour comprendre les marges de manœuvre de Kiev dans les négociations à venir.
Les 300 km² repris en février 2026 : la contre-offensive qui existe
Paradoxalement, alors que la pression diplomatique s'intensifie pour des concessions, l'armée ukrainienne continue de se battre — et parfois de progresser. Zelensky a annoncé début février 2026 la reprise de 300 kilomètres carrés dans le sud du pays. « Aujourd'hui je peux féliciter notre armée… car à ce jour, 300 kilomètres (carrés) ont été libérés, » a-t-il déclaré, ajoutant que ces opérations s'inscrivaient dans des « plans plus larges. » Cette annonce vise probablement à démontrer que l'Ukraine n'est pas seulement en position défensive et conserve des capacités offensives. Zelensky en t-shirt vert serre la main d'un soldat en uniforme, tandis qu'un autre militaire tient un carnet.
Ces 300 km² représentent une avancée modeste à l'échelle du territoire global, mais ils signalent que la guerre n'est pas statique. Les forces ukrainiennes conservent une certaine capacité de manœuvre, ce qui complique les calculs des négociateurs. Pourquoi céder du terrain diplomatiquement si des reconquêtes restent possibles militairement ? Cette dynamique crée une tension permanente entre le terrain des combats et celui des négociations, chaque avancée ou recul influençant la position de Kiev à la table des discussions.
9 000 satellites et un homme : quand Elon Musk devient l'arbitre de la guerre
Si le Donbass représente le volet territorial du conflit, Starlink en constitue le volet technologique — et peut-être le plus inédit. Elon Musk, le fondateur de SpaceX, contrôle aujourd'hui une constellation de près de 9 000 satellites en orbite basse à environ 500 kilomètres d'altitude. Cette infrastructure, baptisée Starlink, est devenue « la colonne vertébrale depuis l'espace » des communications militaires ukrainiennes, pour reprendre l'expression d'un géopolitologue cité par le Parisien. Jamais dans l'histoire un conflit majeur n'avait dépendu à ce point d'une infrastructure privée contrôlée par un seul homme.
Cette dépendance technologique place l'Ukraine dans une situation inédite. Ses forces armées utilisent les terminaux Starlink pour coordonner leurs opérations, guider leurs drones, communiquer entre unités dispersées sur le front. Les terminaux, de la taille d'une petite valise, permettent des connexions haute vitesse sans dépendre des infrastructures terrestres — particulièrement utiles dans un pays dont les réseaux ont été systématiquement bombardés. Mais cette dépendance a un prix : celui de la vulnérabilité face aux décisions d'un entrepreneur américain qui peut, du jour au lendemain, modifier les conditions d'accès à son service. Notre article sur la manière dont Elon Musk a coupé Starlink aux Russes détaillait déjà l'impact considérable de ces décisions techniques sur le cours des opérations militaires.
Terminaux sur les drones russes, frappes chirurgicales : Starlink comme arme à double tranchant
Le paradoxe de Starlink réside dans son utilisation par les deux camps. Des enquêtes journalistiques ont révélé que les forces russes avaient réussi à se procurer des terminaux Starlink, officiellement destinés à l'armée ukrainienne. Ces terminaux, coûtant environ 400 dollars pièce, ont été retrouvés intégrés sur des drones russes BM-35 neutralisés. L'avantage ? Un lien vidéo en temps réel permettant de guider précisément les engins vers leurs cibles. Un soldat en treillis et casque tient un fusil à lunette à côté d'un blindé, sous un soleil éclatant.
L'exemple le plus frappant reste l'attaque du train de passagers en mouvement dans la région de Kharkiv, le 27 janvier 2026. Cette frappe chirurgicale, qui a causé quatre morts, aurait probablement été guidée via Starlink selon les analyses disponibles. La précision de l'attaque — toucher un train en mouvement — témoigne d'une capacité de guidage en temps réel impossible avec les moyens traditionnels russes. Face à cette utilisation détournée, Elon Musk a fini par intervenir, acceptant de bloquer les terminaux utilisés par les forces russes. Mais cette décision technique d'un entrepreneur privé a eu des conséquences militaires majeures, redéfinissant l'équilibre des forces sur le terrain.
« Il y a des problèmes » : l'aveu de Zelensky sur les failles de connexion
Le blocage des terminaux russes a cependant créé des effets secondaires imprévus pour l'armée ukrainienne elle-même. Zelensky l'a reconnu sans détours : « Il y a des problèmes, il y a des défis. J'ai demandé au ministre de la Défense de faire tout ce qu'il peut pour régler ce problème. » Cette déclaration révèle la complexité technique de la gestion de Starlink dans un contexte de guerre. Quand SpaceX coupe certains terminaux soupçonnés d'être utilisés par les Russes, les forces ukrainiennes peuvent elles aussi subir des perturbations.
Le paradoxe est saisissant : le blocage aide militairement l'Ukraine en neutralisant les communications russes, mais crée simultanément des perturbations pour les forces ukrainiennes. Cette situation illustre la dépendance critique dans laquelle l'Ukraine s'est retrouvée. Son infrastructure de communication militaire repose sur un service commercial contrôlé par une entreprise privée américaine, soumise aux décisions d'un homme dont les priorités ne coïncident pas nécessairement avec les impératifs militaires ukrainiens. Une leçon géopolitique que d'autres pays méditeront sans doute dans les années à venir.
50 % de capacité offensive russe en moins : le basculement militaire de février 2026
L'impact du blocage Starlink imposé par Musk sur les capacités militaires russes a été documenté par la BBC dans un reportage détaillé. Les conclusions sont saisissantes : selon un opérateur de drone ukrainien cité par la chaîne britannique, les forces russes auraient perdu environ 50 % de leur capacité offensive depuis l'application des restrictions. Ce chiffre, s'il doit être considéré avec prudence car provenant d'une source ukrainienne, témoigne néanmoins d'un basculement tangible sur le terrain.
Les témoignages convergent : les Russes lancent moins d'assauts, déploient moins de drones, éprouvent des difficultés croissantes à coordonner leurs opérations. Le « blocage » décidé par SpaceX — couper tous les terminaux sauf ceux figurant sur une « liste blanche » approuvée par Kyiv — a privé les forces russes d'un avantage technologique qu'elles avaient détourné au profit de l'Ukraine. C'est la première fois dans l'histoire qu'une décision technique d'un entrepreneur privé modifie aussi radicalement l'équilibre d'un conflit armé entre États. Une démonstration saisissante de ce que certains appellent la « géopolitique 2.0 ». Volodymyr Zelensky debout dans une salle formelle ornée de drapeaux ukrainiens et d'un emblème.
Russes forcés de « se précipiter vers les communications filaires »
La réaction russe à ce blocage illustre l'importance stratégique de Starlink. Privés de leur accès satellite détourné, les forces russes « se précipitent pour passer aux communications filaires » selon les observations rapportées. En clair, elles doivent revenir à des moyens traditionnels — câbles, lignes téléphoniques, communications radio — beaucoup plus vulnérables aux interceptions et aux brouillages ukrainiens.
Cette régression technologique constitue un avantage tactique significatif pour l'Ukraine. Les communications radio peuvent être interceptées, localisées, brouillées. Les câbles nécessitent du temps à déployer et peuvent être coupés par les frappes. Quant aux systèmes alternatifs comme les terminaux Gazprom Space, développés par la Russie, ils sont critiqués par les soldats russes eux-mêmes pour leur manque de fiabilité et de performances. Le contraste est frappant : pendant que l'armée ukrainienne bénéficie d'une constellation de 9 000 satellites performants, les forces russes doivent se contenter de moyens du XIXe et XXe siècle.
La « liste blanche » de Kyiv : comment SpaceX contrôle qui a le droit de se connecter
Le mécanisme technique mis en place par SpaceX mérite explication. Concrètement, l'entreprise de Musk a établi un système de « liste blanche » : seuls les terminaux explicitement approuvés par les autorités ukrainiennes peuvent se connecter au réseau Starlink dans la zone de conflit. Tous les autres terminaux sont automatiquement bloqués. Ce système permet en théorie de « déconnecter » les utilisateurs russes tout en préservant l'accès ukrainien.
Mais cette solution technique a des implications politiques considérables. L'Ukraine se retrouve dépendante du bon vouloir de SpaceX pour l'application de cette liste blanche. Si demain Musk décidait de modifier les conditions d'accès — pour des raisons commerciales, politiques ou personnelles — l'armée ukrainienne perdrait du même coup sa capacité de communication principale. Cette dépendance stratégique à un acteur privé non étatique représente une situation sans précédent dans l'histoire militaire moderne.
35 pays, deux armées prêtes : la Déclaration de Paris qui change tout
Le troisième volet des révélations de Zelensky concerne la dimension européenne du conflit. Le 6 janvier 2026, la « Déclaration de Paris » a réuni 35 pays au sein d'une « Coalition des volontaires » visant à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine après un éventuel cessez-le-feu. Parmi les engagements les plus significatifs : la France et le Royaume-Uni se sont déclarés prêts à déployer des troupes sur le sol ukrainien pour « contrôler la frontière russo-ukrainienne. »
Le président français Emmanuel Macron a précisé la nature de cet engagement : « ce ne sont pas des forces qu'on engage au combat » mais des « forces dissuasives. » La distinction est essentielle — il s'agirait non pas de combattants actifs sur la ligne de front, mais d'une présence militaire destinée à décourager toute nouvelle offensive russe après un accord de paix. Une sorte de parapluie militaire européen, semblable dans son principe aux forces de maintien de la paix de l'ONU, mais avec des capacités militaires réelles et une légitimité politique renforcée. Cette évolution majeure intervient dans un contexte de crise de la défense européenne, comme nous l'avions analysé dans notre article sur les menaces d'abandon du SCAF et la crise de la défense européenne. Portrait officiel du président ukrainien Volodymyr Zelensky.
« Plus près de la ligne de front » : l'exigence audacieuse de Zelensky
Dans son interview du 20 février, Zelensky a formulé une demande audacieuse concernant ce futur contingent européen : il souhaite le voir déployé « plus près de la ligne de front » et pas seulement aux frontières du pays. « Nous souhaiterions voir le contingent plus près de la ligne de front… Bien sûr, personne ne veut être sur la ligne de front, » a-t-il reconnu avec une forme d'autodérision. La phrase résume parfaitement le dilemme : les Européens veulent aider sans risquer leurs soldats, tandis que l'Ukraine voudrait une présence dissuasive au plus près des zones de tension.
Cette demande ukrainienne révèle une réalité tactique souvent oubliée : une force de dissuasion n'est crédible que si elle est potentiellement exposée. Des soldats français ou britanniques cantonnés à la frontière polono-ukrainienne, à des centaines de kilomètres du front, auraient une valeur symbolique mais militairement limitée. En revanche, leur présence à proximité immédiate des lignes russes créerait un risque d'escalade — ce que Moscou considérerait probablement comme une provocation directe. L'équation est donc complexe : comment dissuader sans provoquer, comment protéger sans escalader ?
L'Allemagne, la Pologne, l'Italie : qui refuse d'envoyer ses soldats ?
La « Coalition des volontaires » affiche une unité de façade, mais les divisions européennes sont réelles. Si la France et le Royaume-Uni se disent prêts à envoyer des combattants, d'autres pays majeurs restent plus circonspects. L'Allemagne, désormais dirigée par le chancelier Friedrich Merz, limiterait son déploiement aux pays voisins de l'Ukraine — Pologne, Roumanie, pays baltes — et nécessiterait un vote d'approbation du Bundestag pour toute mission plus ambitieuse. Une prudence germanique compréhensible au vu de l'histoire, mais qui limite la portée de l'engagement européen.
La Pologne, la Roumanie et l'Italie auraient exprimé leur préférence pour un appui logistique plutôt qu'un déploiement direct de soldats. Quant à la Grèce et à l'Italie de Giorgia Meloni, elles auraient catégoriquement refusé d'envoyer des troupes. Ce tableau fragmenté illustre les limites de la solidarité européenne face à un engagement militaire concret. Les 35 pays de la coalition peuvent s'accorder sur des principes, mais quand il s'agit de risquer la vie de leurs soldats, les calculs nationaux reprennent le dessus. Le président Volodymyr Zelensky en compagnie du Premier ministre britannique Boris Johnson le 1er février 2022.
Conclusion : l'Ukraine entre renoncement territorial et dépendance technologique
Les trois dossiers évoqués par Volodymyr Zelensky dans son interview du 20 février 2026 dessinent un portrait saisissant de la situation ukrainienne à l'aube de la quatrième année de guerre. Au nord-est, la pression américano-russe pour céder le Donbass impose des choix impossibles entre paix territoriale et intégrité nationale. Dans l'espace orbital, la dépendance à Starlink place l'armée ukrainienne sous le contrôle technique d'un entrepreneur milliardaire dont les décisions peuvent basculer l'équilibre du conflit. Et sur le plan diplomatique, l'espoir d'un contingent européen se heurte aux réticences de pays réticents à risquer leurs soldats.
Cette configuration inédite interroge profondément la nature des conflits modernes. Plus que jamais, la guerre en Ukraine apparaît comme un laboratoire des nouvelles formes d'affrontement, où les frontières entre public et privé, entre militaire et technologique, entre national et supranational se brouillent. L'Ukraine se bat non seulement contre un adversaire russe, mais aussi avec et contre des acteurs dont les agendas ne coïncident pas nécessairement avec les siens — États-Unis en quête d'une sortie de crise, Elon Musk et ses décisions techniques, partenaires européens divisés sur l'engagement concret.
Ce que l'avenir réserve : gel du conflit ou escalade européenne ?
Deux scénarios se dessinent désormais pour les mois à venir. Le premier, celui d'un gel du conflit autour de la ligne de front actuelle, avec un déploiement de troupes européennes en position dissuasive. Ce scénario de « paix armée » laisserait l'Ukraine amputée d'une partie de son territoire, mais préserverait l'essentiel de son indépendance et de ses structures étatiques. C'est probablement le scénario que négocient actuellement les diplomates américains.
Le second scénario serait celui d'une escalade, soit par refus russe de tout compromis, soit par rejet ukrainien des conditions imposées. Dans ce cas, le conflit pourrait s'enliser davantage, avec une poursuite de la guerre d'usure qui épuise les deux camps. Le Center for Strategic and International Studies identifie 2026 comme une « nouvelle phase » du conflit où les facteurs technologiques et l'épuisement des belligérants redéfinissent les objectifs de guerre. L'avenir dépendra largement des arbitrages que devront faire les dirigeants ukrainiens entre idéal de victoire totale et réalité des contraintes.
Pourquoi les 16-25 ans devraient suivre ce dossier de près
Pour la génération montante, celle des 16-25 ans, ce conflit n'est pas une abstraction lointaine. C'est leur Europe qui se construit — ou se défait — sur les champs de bataille ukrainiens. Ce sont leurs gouvernements qui pourraient être appelés à envoyer des soldats dans un cadre de « forces dissuasives. » C'est leur rapport à la technologie qui est redéfini par cette guerre hybride où un milliardaire peut, depuis son bureau californien, modifier l'équilibre d'un conflit à l'autre bout du monde. Suivre ce dossier, c'est comprendre les nouveaux paramètres d'un monde où les frontières traditionnelles s'effacent devant des logiques technologiques et entrepreneuriales inédites.