Corée du Nord : Kim Jong Un réélu, le masque moderne d'une dictature nucléaire
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Corée du Nord : Kim Jong Un réélu, le masque moderne d'une dictature nucléaire

Kim Jong Un réélu en 2026 : entre parodie démocratique et sanctuarisation nucléaire. Le régime modernise sa terreur, du pantalon interdit à l'espionnage par smartphone, tout en préparant sa fille Kim Ju Ae à succéder au trône.

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Ce mois de février 2026 marque un moment crucial dans l'histoire politique de la péninsule coréenne, alors que Pyongyang ouvre les portes de son 9e congrès du Parti des travailleurs. Sous les applaudissements d'une assemblée soigneusement chorégraphiée, Kim Jong Un a été officiellement reconduit à la tête du régime, une formalité qui cache une réalité bien plus sombre. Bien au-delà d'une simple procédure administrative, cette réélection consacre l'avènement d'une stratégie militaire offensive et l'ancrage durable d'une dynastie nucléaire. Alors que le monde retient son souffle, nous allons décortiquer les mécanismes de ce pouvoir qui, paradoxalement, modernise ses outils de contrôle tout en durcissant sa répression.

Pyongyang, février 2026 : quand un vote sans enjeu valide l'arsenal nucléaire

L'atmosphère à la capitale nord-coréenne est électrique, feutrée par une pompe digne des plus grandes dictatures du XXe siècle. Le 9e congrès, qui s'est ouvert le 19 février 2026, n'est pas une démocratie vivante mais le théâtre d'une mise en scène grandiloquente où chaque geste est pesé. L'objectif affiché par le régime est clair : valider le cours vers une puissance militaire absolue, justifié par une menace extérieure amplifiée à des fins de propagande interne. Ce congrès ne sert pas à débattre, mais à sceller l'unité du parti derrière une vision apocalyptique de la défense nationale.

La Corée du Nord, État isolé de la péninsule coréenne
La Corée du Nord, État isolé de la péninsule coréenne

Un théâtre de 5000 délégués pour un "tournant historique"

L'image d'ouverture restera gravée dans la propagande officielle : 5000 délégués massés dans la grande salle de Pyongyang, acclamant un leader qu'ils qualifient d'être "rempli d'optimisme". Lors de son discours inaugural, Kim Jong Un n'a pas mâché ses mots, saluant ce rassemblement comme un "tournant historique dans la mise en œuvre de la cause socialiste". Pour les observateurs extérieurs, cette phraséologie grandiloquente masque mal la réalité d'un système où l'opposition n'existe pas. Depuis 1948, la même famille dirige le pays d'une main de fer, et ce congrès agit comme la formalité obligée d'un héritage déjà écrit. Le vote est une simple formalité, une sorte d'estampille institutionnelle apposée sur des décisions prises en vase clos depuis des mois.

Delegates attend the Workers' Party Congress in Pyongyang with red folders and party emblems on stage.
Kim Jong Un re-elected leader of North Korea's ruling Workers' Party — (source)

Cependant, il ne faut pas sous-estimer l'importance de ce rituel pour la survie du régime. En affichant une unanimité fictive, le "Guide suprême" envoie un message de force à la fois à sa population, à ses rivaux potentiels et à la communauté internationale. C'est une démonstration de force destinée à masquer les fragilités économiques d'un pays isolé par des sanctions historiques. La mise en scène est d'autant plus critique que le régime doit justifier auprès de son peuple les sacrifices imposés par une priorité quasi-exclusive donnée aux dépenses militaires.

Kim Jong Un re-elected leader of North Korea's ruling Workers' Party
Pyongyang, capitale et bastion du régime nord-coréen

Le présidium renouvelé au service de la dissuasion nucléaire

Au-delà des discours, les décisions concrètes prises lors de ce congrès trahissent les priorités du régime. Kim Jong Un a été réélu au poste de secrétaire général du parti, mais le véritable signal fort réside dans la composition du nouveau présidium, l'organe exécutif suprême du parti. Plus de la moitié des 39 membres ont été remplacés, un remaniement massif qui s'apparente à une renovation stratégique plutôt qu'à une simple purge.

Selon les médias officiels, cette nouvelle équipe a pour mandat premier de consolider la "dissuasion de guerre", avec les "forces nucléaires comme pivot". Cette formulation sans équivoque confirme que l'armement l'emporte sur l'économie dans les priorités de l'État. Les nouvelles promotions au sein du présidium ne sont pas des technocrates réformateurs, mais des fidèles du complexe militaro-industriel, prêts à exécuter la doctrine du byungjin — le développement parallèle de l'économie et de l'arsenal nucléaire — même si, dans les faits, l'atome cannibalise toutes les ressources disponibles.

Kim Jong Un speaking at a podium with the official Workers' Party emblem during the congress.
Delegates attend the Workers' Party Congress in Pyongyang with red folders and party emblems on stage. — (source)

Une doctrine offensive sanctuarisée

Ce congrès ne fait pas que confirmer le statu quo, il l'aggrave. En sanctuarisant l'arsenal nucléaire comme instrument central de la politique d'État, Kim Jong Un brise définitivement avec l'espoir, même ténu, d'une dénucléarisation. Les essais multiples de missiles balistiques intercontinentaux menés depuis le congrès de 2021, malgré les sanctions internationales, sont désormais validés comme une réussite nationale. Le régime passe d'une posture de dissuasion défensive à une stratégie d'affirmation offensive, rassuré par le soutien de grandes puissances. Ce virage militariste n'est pas un accident de parcours, mais le cœur même du projet politique présenté aux 5000 délégués réunis à Pyongyang.

"Supreme Leader Pants" : le paradoxe vestimentaire qui piège les jeunes Nord-Coréens

Si la politique nucléaire structure l'avenir du pays, le contrôle quotidien de la population, et particulièrement de la jeunesse, passe par des canaux inattendus, voire absurdes. La mode vestimentaire est devenue un nouveau champ de bataille idéologique, où le régime tente de contrôler l'apparence des citoyens tout en s'affichant lui-même avec un style moderne. Cette ambiguïté crée une confusion savamment entretenue, transformant le culte de la personnalité en un piège générationnel.

Quand copier la mode du Leader devient un crime

Depuis août 2024, une répression singulière s'abat sur les jeunes de la ville de Chongjin, ciblant spécifiquement un vêtement en apparence banal : le pantalon baggy. Ironiquement, ce style est directement inspiré de la garde-robe personnelle de Kim Jong Un, surnommé par la jeunesse locale les "supreme leader pants" (pantalons du leader suprême). Pourtant, tenter d'imiter le Guide est passible de sanctions sévères de la part de la Ligue de la jeunesse patriotique socialiste.

La logique du régime défie toute rationalité occidentale. Les forces de l'ordre expliquent aux jeunes que "les pantalons vont bien aux personnes robustes comme le Leader, mais pas aux jeunes ordinaires". Ce critère physique absurde permet à la police de harceler arbitrairement les jeunes, empêchant toute émergence d'une mode autonome. C'est un double bind : le régime impose son style comme la norme esthétique de la modernité, mais interdit à ses sujets de l'adopter, réservant ainsi la distinction vestimentaire à l'élite seule.

Le fossé entre l'époque de Kim Jong Il et celle de Kim Jong Un

Ce contrôle vestimentaire marque une rupture notable avec l'ère du père. Des témoignages anonymes recueillis auprès de ressortissants nord-coréens soulignent cette évolution. Sous Kim Jong Il, la société tolérait certaines écarts de conduite esthétiques, comme le port de coupe-vent ou de chaussures à plateforme, qui étaient perçus comme des excentricités inoffensives.

Aujourd'hui, le vocabulaire de la répression s'est durci. Le régime qualifie désormais certains vêtements de "transgenres", un terme fourre-tout utilisé pour fustiger tout style non genré ou jugé trop occidental. Certains jeunes trouvent très confusant que même suivre ce que fait le Leader Suprême soit un problème. Cette évolution démontre que le "modernisme" affiché par le dirigeant — ses costumes italien taillés sur mesure, sa coupe de cheveux moderne — ne sert pas à libérer les mœurs, mais au contraire à le distinguer radicalement du peuple. Le leader est moderne, le peuple doit rester traditionnel ; c'est la nouvelle règle non écrite d'une société où l'apparence est un acte politique.

La coupe interdite et le contrôle des corps

La répression ne s'arrête pas aux pantalons. La coiffure même du leader, jadis imitée par certains fidèles, fait désormais l'objet de restrictions. Ce qui était autrefois une marque de loyauté peut être aujourd'hui interprété comme un manque de respect si l'on n'a pas le "visage" ou le "corps" pour la porter. Cette physique de l'interdiction vise à maintenir une distance infranchissable entre le chef charismatique et la masse anonyme. En contrôlant l'apparence jusqu'à l'absurde, le régime rappelle constamment aux citoyens qu'ils ne possèdent même pas leur propre image. Le corps est devenu un territoire de la souveraineté de l'État, et la mode n'est plus une question de goût, mais une question d'obéissance aveugle.

Écrans de contrôle : comment le smartphone est devenu l'arme de surveillance ultime

Le contrôle de la société ne se limite plus à la police des apparences vestimentaires ; il s'est immiscé jusque dans les poches des citoyens. La technologie, censée connecter le monde, est instrumentée à Pyongyang pour créer une prison numérique sans barreaux. Là où le régime jadis brûlait les livres interdits, il utilise désormais la haute technologie pour surveiller la moindre activité numérique, transformant le smartphone en mouchard ultrapuissant.

L'espion intégré : une capture d'écran toutes les 5 minutes

Kim Jong Un in a dark suit pointing next to a military officer
Kim Jong Un in a dark suit pointing next to a military officer — (source)

La sophistication de l'espionnage numérique nord-coréen ferait palir n'importe quel service de renseignement occidental. Les smartphones distribués aux citoyens, bien que d'apparence moderne, contiennent des logiciels espions intégrés directement au niveau du système d'exploitation. La fonction la plus insidieuse est l'automatisation des captures d'écran : tous les cinq minutes, le téléphone prend une photo de ce que l'utilisateur regarde.

Cette image est ensuite stockée dans un dossier caché, totalement inaccessible au propriétaire de l'appareil, mais parfaitement lisible par les autorités. Ce système permet aux "équipes de répression de la jeunesse" de procéder à des audits périodiques des téléphones. Si une capture montre du contenu suspect — une vidéo étrangère, un texte critique —, son propriétaire est immédiatement arrêté. C'est l'outil de délation ultime : l'objet que l'on garde toujours sur soi devient le témoin à charge principal.

Un intranet sans internet pour une culture verrouillée

Cette surveillance est d'autant plus redoutable qu'elle s'effectue dans un environnement informationnel fermé. Les Nord-Coréens n'ont pas accès à l'internet mondial tel que nous le connaissons, mais à un intranet strictement national appelé Kwangmyong. Ce réseau domestique héberge des milliers de sites, mais tous sont contrôlés par l'État.

La censure y est non seulement géographique mais aussi sémantique. Certains téléphones intègrent des systèmes de filtrage automatique qui bloquent la saisie de mots sud-coréens ou considérés comme subversifs. Ainsi, même si un jeune parvenait à trouver une faille technique, il se heurterait à des barrières linguistiques invisibles. Le régime a réussi le tour de force de donner l'illusion d'une société connectée, dotée d'outils modernes, tout en isolant totalement sa jeunesse dans un bocal informationnel stérile, empêchant tout contact non filtré avec les idées extérieures.

L'illusion technologique au service de l'isolement

Il est crucial de comprendre que cette technologie n'est pas distribuée pour émanciper, mais pour mieux contrôler. En offrant des smartphones à une population avide de modernité, le régime crée un besoin artificiel tout en verrouillant l'outil. Les jeunes Nord-Coréens peuvent jouer à des jeux, consulter la météo ou lire les nouvelles propagandistes, mais ils restent enfermés dans une écosystème clos. Cette stratégie de "l'ouverture fermée" permet à l'État de canaliser la curiosité naturelle de la jeunesse vers des contenus sûrs, transformant l'attrait pour la modernité en un vecteur supplémentaire de l'idéologie d'État. Le téléphone n'est plus une fenêtre sur le monde, mais un miroir déformant qui ne renvoie que l'image que le régime veut voir.

La série TV qui cache la forêt : réalisme socialiste vs culture K-pop interdite

Kim Jong Un presides over plenary meeting of the ruling Workers' Party
Kim Jong Un presides over plenary meeting of the ruling Workers' Party — (source)

Face à cette pression numérique, le régime a dû adapter sa propagande culturelle pour ne pas perdre le cœur de sa jeunesse. L'ère des affiches de propagande aux traits simplistes est révolue ; place à une stratégie de diversion médiatique de haute volée. Le pouvoir cherche désormais à saturer l'espace médiatique avec du contenu local "attrayant" pour ne laisser aucune place mentale à l'influence étrangère, une approche que l'on pourrait qualifier de diversion par le réalisme.

"Un nouveau printemps dans la plaine de Paekhak" : le soap opera pour endormir le peuple

L'exemple le plus frappant de cette stratégie est la diffusion, depuis avril 2025, de la série télévisée "Un nouveau printemps dans la plaine de Paekhak". Cette fiction, qui compte 22 épisodes, marque une rupture radicale avec les productions passées qui présentaient des héros parfaits et une histoire mythifiée. Pour la première fois, le petit écran nord-coréen aborde des problèmes réels du quotidien : la corruption locale, les disputes conjugales ou les difficultés économiques dans un cadre rural.

Des experts comme le Dr Edward Howell, de l'Université d'Oxford, analysent ce changement comme une tentative désespérée de "se relier au peuple". En montrant des paysans confrontés à des difficultés, le régime cherche à prouver qu'il comprend les souffrances de la population, se différenciant ainsi de l'image de dirigeant déconnecté laissée par ses prédécesseurs. C'est une forme de thérapie de façade : on autorise la critique des problèmes mineurs pour mieux ancrer l'acceptation du système majeur. La stratégie vise à créer une "culture K-pop" nationale qui serait la seule référence culturelle acceptable.

La modernisation des méthodes de propagande

Cette série ne s'arrête pas au scénario. La production elle-même témoigne d'une modernisation technique des médias d'État. Sous Kim Jong Un, les studios ont été rénovés, les effets visuels et graphiques 3D ont été introduits dès 2015-2016, et l'utilisation de drones pour les tournages est devenue monnaie courante. Le régime a compris que pour concurrencer la brillance de la culture sud-coréenne, il ne suffisait plus d'avoir raison, il fallait aussi faire "bien". L'esthétique de la propagande est soignée, ressemblant à s'y méprendre aux productions étrangères, pour mieux capter l'attention d'un public habitué à des standards visuels plus élevés grâce aux contenus de contrebande.

La peine de mort pour 70 chansons de K-pop

Pourtant, cette ouverture fictive ne doit pas faire illusion : la tolérance culturelle a des limites sanglantes. En parallèle de cette nouvelle production télévisuelle, la répression contre la culture sud-coréenne atteint des sommets de barbarie. Un cas, rapporté par la presse internationale, a particulièrement choqué : l'exécution publique, en 2022, d'un jeune ouvrier agricole de 22 ans.

Son crime ? Avoir écouté environ 70 chansons de K-pop et visionné trois films sud-coréens. Ce drame s'inscrit dans le cadre de la loi de 2020 sur "l'idéologie et la culture réactionnaires", qui prévoit des peines allant jusqu'à dix ans de travaux forcés pour simple écoute de musique étrangère, et la peine de mort pour la diffusion. Ce contraste violent — soap opera réaliste d'un côté, peine de mort pour de la pop music de l'autre — illustre l'oxymore de la politique culturelle de Kim Jong Un : moderniser le divertissement pour endormir la critique, mais éliminer physiquement toute tentative de chercher du réconfort ailleurs.

Kim Jong Un in a dark suit pointing next to a military officer
Kim Jong Un stands at a podium with military officials and North Korean flags at a formal ceremony. — (source)

Kim Ju Ae, l'héritière de 13 ans : préparer l'après-Kim au milieu des missiles

Au-delà du contrôle social et culturel immédiat, ce 9e congrès sert un objectif à long terme : la pérennité de la dynastie. Tous les regards se portent vers une jeune fille de treize ans, Kim Ju Ae, dont l'ascension médiatique semble désormais suivre une trajectoire inéluctable. La préparation de la succession est une question de sécurité nationale pour le régime, et elle se fait au grand jour, validée par les alliances internationales.

De Pékin à Pyongyang : l'apprentissage précoce d'une "Princesse"

Désignée comme héritière potentielle par les services secrets sud-coréens (NIS), Kim Ju Ae n'est plus une simple enfant qui accompagne son père lors de promenades officielles. Elle est devenue une véritable figure publique, omniprésente lors des inspections de missiles et des parades militaires. Sa présence à ces événements hautement symboliques vise à familiariser la population et l'élite militaire avec l'idée qu'une femme pourra diriger le pays suprême.

L'événement marquant de son apprentissage a sans doute été son voyage à Pékin en septembre 2025 aux côtés de son père. Ce déplacement à l'étranger, rare pour l'héritier nord-coréen, lui a permis de rencontrer les plus hautes autorités chinoises et d'être photographiée en posture de responsable. En l'associant aux décisions stratégiques dès le plus jeune âge, Kim Jong Un prépare le terrain pour une transition de dynastie en dynastie, contournant ainsi la hiérarchie du parti dont elle est, pour l'instant, absente.

Une légitimité construite par l'image et le sang

La stratégie de légitimation de Kim Ju Ae repose sur l'omniprésence médiatique. Depuis sa première apparition publique en 2022 lors de l'inspection d'un missile, les images officielles diffusées par les médias d'État montrent une fillette de plus en plus assurée. On la voit désormais non seulement sourire aux côtés de son père, mais également donner son avis sur certaines politiques d'État, suggérant une forme de tutorat précoce. Cette visibilité sert à ancrer dans l'inconscient collectif l'idée que la direction du pays est une affaire de famille, et non de compétence politique. C'est la "monarchie communiste" qui s'affiche sans complexe, préparant la population à accepter une troisième génération de dirigeants Kim sans heurt.

La lettre de Xi Jinping : une validation internationale de la dynastie

Cette préparation interne ne pourrait réussir sans l'appui extérieur, et celui de la Chine est déterminant. Dans la foulée de la réélection de Kim Jong Un, le président chinois Xi Jinping a envoyé une lettre de félicitations particulièrement élogieuse. Dans ce courrier, il s'engage à "renforcer la coopération stratégique" avec Pyongyang et souligne que la réélection du leader nord-coréen reflète "la haute confiance et le soutien sincère" du peuple.

Ce message dépasse la simple diplomatie protocolaire. Pour Pékin, stabiliser la Corée du Nord est essentiel pour sa sécurité frontalière, et la garantie d'une dynastie forte à Pyongyang est préférable à l'incertitude d'une transition chaotique. En validant publiquement Kim, et par extension sa fille, la Chine offre une couverture politique internationale cruciale au projet de succession. C'est un sceau d'approbation qui assure que l'alliance sino-nord-coréenne survivra au changement de leader, sécurisant ainsi l'avenir politique de la "Princesse".

Kim Jong Un stands at a podium with military officials and North Korean flags at a formal ceremony.
Kim Jong Un re-elected leader of North Korea's ruling party in rare meeting — (source)

De Moscou à Pékin : le réseau d'alliances qui protège le trône de Kim

La consolidation du pouvoir de Kim Jong Un et la préparation de sa succession ne se font pas dans un isolement total, mais au sein d'un réseau d'alliances géopolitiques de plus en plus agressif. Le régime ne joue plus la survie défensive, mais l'offensive, en s'appuyant sur des puissances qui contestent l'ordre mondial actuel. Cette triangulation entre Pyongyang, Moscou et Pékin transforme la péninsule coréenne en un pivot des tensions mondiales.

Le sang versé en Ukraine contre la garantie de sécurité russe

L'alignement avec la Russie est sans doute le changement le plus radical de la politique étrangère nord-coréenne ces dernières années. Le traité signé en 2024, incluant une clause d'assistance mutuelle, a scellé une alliance de fer qui a rapidement dépassé le stade des déclarations. Des milliers de soldats nord-coréens auraient été envoyés en Ukraine pour soutenir l'effort de guerre de Moscou, un sacrifice humain que Kim Jong Un a choisi de glorifier.

Récemment, le dirigeant nord-coréen a d'ailleurs vanté les mérites d'une nouvelle rue réservée aux familles des soldats tués en soutenant la Russie. Cette initiative montre l'intégration totale du conflit ukrainien dans la mythologie nord-coréenne : mourir pour la Russie est désormais honoré au même titre que de mourir pour la patrie. En échange, Moscou fournit une couverture politique et probablement une aide technologique cruciale pour le programme nucléaire et balistique de Pyongyang. C'est une alliance sanglante mais mutuellement bénéfique : la Russie obtient de la chair à canon, la Corée du Nord obtient une garantie de sécurité et une légitimité sur la scène internationale.

Une "menace directe" pour la France et l'Europe

Cette montée en puissance militaire, couplée à l'impunité offerte par les alliances russe et chinoise, préoccupe au plus haut point les puissances occidentales. La France, qui ne dispose pas de relations diplomatiques avec Pyongyang, considère désormais ouvertement le programme nucléaire nord-coréen comme une "menace directe". Le ministère français des Affaires étrangères souligne que certains missiles nord-coréens ont désormais une portée suffisante pour atteindre le territoire métropolitain et l'ensemble de l'Europe.

L'enjeu dépasse donc le cadre régional de l'Asie. Le congrès de février 2026, en sanctuarisant l'arsenal nucléaire comme outil central de la politique d'État, place la Corée du Nord dans une position où elle peut tenir en échec les grandes puissances démocratiques par la simple menace nucléaire. C'est le paradoxe d'un pays économiquement ruiné mais militairement capable de faire chanter le monde grâce au réseau protecteur érigé avec Moscou et Pékin. La France et l'Europe ne peuvent plus se permettre de regarder ce conflit lointain comme une simple anomalie régionale ; il est devenu une composante à part entière de l'équation de sécurité mondiale.

Kim Jong Un presides over plenary meeting of the ruling Workers' Party
Kim Jong Un speaking at a podium with the official Workers' Party emblem during the congress. — (source)

Conclusion : Un régime moderne, mais pas moins barbare

En regardant les images de Kim Jong Un saluant la foule des délégués en ce mois de février 2026, on pourrait être tenté de ne voir qu'une dictature classique, figée dans le temps. Pourtant, l'analyse fine de ce qui se passe sous la surface révèle une tout autre réalité. Le régime a réussi le tour de force de moderniser ses outils de propagande et de contrôle pour mieux verrouiller la société, utilisant la technologie non pas pour libérer, mais pour surveiller, et la culture non pas pour éduquer, mais pour endormir.

L'illusion d'une ouverture

La réélection de Kim Jong Un n'est donc qu'une étape administrative dans la consolidation d'un système totalitaire qui s'est adapté au XXIe siècle. Que ce soit par l'interdiction absurde des "pantalons du leader suprême", par l'espionnage via smartphone ou par la production de séries télévisées réalistes, la finalité reste inchangée : le contrôle absolu de l'individu. Le masque moderne adopté par la dictature nucléaire — costumes griffés, drones, technologies de pointe — ne doit pas faire oublier la barbarie qui persiste, comme le rappellent les exécutions pour écoute de K-pop.

Le véritable danger pour la communauté internationale réside dans cette stabilité retrouvée. En sécurisant sa succession via Kim Ju Ae et en se liant à la Russie et à la Chine, Kim Jong Un s'est assuré une longévité qui menace durablement la sécurité mondiale, y compris celle de la France et de l'Europe. Le congrès de 2026 ne marque pas le début d'une ouverture, mais le renforcement d'une forteresse imprenable, moderne dans ses méthodes, mais archaïque dans sa volonté de domination.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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