Photographie aérienne de la station navale de Rota, grand port industriel avec quais, brise-lames et plusieurs navires dans un port par jour ensoleillé.
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Comment l’énergie a donné à l’Espagne les moyens de dire non aux États-Unis

L’essor des renouvelables et la diversification du gaz ont donné à l’Espagne plus de marge face aux États-Unis, sans supprimer sa dépendance au pétrole ni à l’Algérie.

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Le refus des bases andalouses : l’acte qui révèle la marge de manœuvre

En mars 2026, l’Espagne a refusé aux États-Unis l’usage des bases conjointes de Rota et Morón pour frapper l’Iran. Selon The Guardian (02/03/2026), après les frappes américano-israéliennes sur l’Iran fin février et début mars, 15 appareils américains ont quitté ces bases andalouses, dont au moins 7 ont atterri à Ramstein en Allemagne. Ce refus marque un acte de souveraineté inédit.

Photographie aérienne de la station navale de Rota, grand port industriel avec quais, brise-lames et plusieurs navires dans un port par jour ensoleillé.
Photographie aérienne de la station navale de Rota, grand port industriel avec quais, brise-lames et plusieurs navires dans un port par jour ensoleillé. — (source)

Le Monde Idées (14/04/2026) lie cet acte à une transformation énergétique menée sur quinze ans. Madrid dispose d’une marge de manœuvre diplomatique parce qu’il a diversifié ses fournisseurs : 56,8 % d’électricité renouvelable, 7 terminaux de régazéification, 14 fournisseurs de gaz.

La tension entre Washington et Madrid apparaît dans ce reportage de franceinfo : 

Pour comprendre le contexte du conflit, voir notre analyse Guerre États-Unis-Israël-Iran 2026 : analyse d’un conflit systémique.

La transformation énergétique : le levier caché de la souveraineté

Le Trésor français (Flash Conjoncture, 27/03/2026) détaille la structure énergétique espagnole. Les fossiles représentent encore 64 % du mix global, le pétrole pesant 43 % (surtout dans les transports). Mais l’électricité a changé de visage.

L’électricité verte : un succès mesurable

Entre 2019 et 2024, la production électrique renouvelable a progressé de 60 %. Elle couvre 56 % de la production et environ 60 % de la consommation, contre 48 % en moyenne dans l’Union européenne. Le solaire a triplé. Sur la même période, l’Espagne a réduit ses importations de gaz pour l’électricité de 26 milliards de m³, soit 13,5 milliards d’euros d’économies.

La première ferme hybride solaire et éolienne d'Espagne, qui augmente la production de plus de 60 %.
La première ferme hybride solaire et éolienne d'Espagne, qui augmente la production de plus de 60 %. — (source)

Le pétrole, angle mort de la transition

La dépendance persiste dans les transports. Le pétrole représente 43 % du mix énergétique total. Cette part limite une indépendance totale : l’Espagne reste vulnérable au prix du brut, même si son électricité est verte.

Qui paie la liberté énergétique ? Le plan à 5 milliards d’euros

La crise des prix liée au conflit au Moyen-Orient a contraint Madrid à dépenser. Boursorama/AFP (20/03/2026) rapporte un plan de 5 milliards d’euros, décliné en 80 mesures. La TVA sur l’électricité passe à 10 %. Le prix du carburant baisse jusqu’à 30 centimes par litre. L’agriculture et le transport reçoivent une subvention de 20 centimes par litre.

Ce soutien est financé par le budget de l’État, donc par les contribuables espagnols. Le blocage du détroit d’Ormuz, évoqué dans notre article Blocage du détroit d’Ormuz : impact sur le prix du gaz et votre connexion Internet, explique en partie la hausse des prix que ce plan veut amortir.

La limite : la dépendance au gaz algérien

La résilience espagnole repose sur la diversification, pas sur l’autosuffisance. L’Algérie reste le premier fournisseur de gaz : 33,9 % de part de marché au premier semestre 2026 (64,23 TWh), selon L’Économiste Maghrébin (21/07/2026). L’ISPI confirme ~34 % des importations de gaz sur la même période.

La crise de 2022 montre les risques. Après le revirement de Sánchez sur le Sahara occidental, Alger a rappelé son ambassadeur et suspendu le traité d’amitié de 2002. Les contrats de gaz ont été honorés, mais le réengagement pragmatique a suivi, avec une visite de Sánchez à Alger en juillet 2026 pour augmenter les importations. L’Espagne dépend donc d’un partenaire qui peut utiliser cette fourniture comme levier.

La France face au même dilemme

La France offre un autre modèle. Selon le SDES, elle importe du gaz en 2024 depuis la Norvège (40 %), les États-Unis (21 %), la Russie (18 %) et l’Algérie (11 %). Elle est devenue le premier importateur européen de GNL américain en 2025. Pendant la crise énergétique de 2026, Paris n’a pas envisagé de baisse de TVA sur les carburants, contrairement au plan espagnol.

Notre article France, Iran et survol de son espace aérien : ce qui se passe vraiment montre que Paris a fait d’autres choix diplomatiques face au même conflit. La question reste ouverte : le modèle français, fondé sur le nucléaire et des importations diversifiées, offrirait-il la même marge de manœuvre pour dire non à Washington ?

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Sources

  1. boursorama.com · boursorama.com
  2. ispionline.it · ispionline.it
  3. leconomistemaghrebin.com · leconomistemaghrebin.com
  4. lemonde.fr · lemonde.fr
  5. statistiques.developpement-durable.gouv.fr · statistiques.developpement-durable.gouv.fr
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Manon Gerbot @debat-live

Étudiante en droit à Nantes, j'adore suivre les grands débats de société et la vie politique française. Je participe au club d'éloquence de ma fac et je peux défendre une idée comme son contraire pour mieux la comprendre.

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