La ministre nord-coréenne des Affaires étrangères Choe Son Hui a posé le pied sur le tarmac moscovite le 18 juillet 2026, invitée par son homologue russe Sergueï Lavrov. Le communiqué du ministère russe des Affaires étrangères, laconique, annonçait une visite officielle sans fournir le moindre détail sur l’ordre du jour. Ce silence n’est pas un oubli. Il est le premier signal d’une rencontre qui dépasse largement le cadre des échanges diplomatiques ordinaires.

Cette visite s’inscrit dans la continuité directe du traité de partenariat stratégique global signé le 18 juin 2024 à Pyongyang entre Vladimir Poutine et Kim Jong-un. Un accord que l’agence Yonhap décrit comme ayant « effectivement rétabli l’alliance militaire de l’ère de la Guerre froide ». L’opacité qui entoure le programme de Choe Son Hui à Moscou est en soi une indication : les sujets les plus sensibles — livraisons d’armes, déploiement de troupes, contournement des sanctions internationales — ne se négocient pas devant les micros.
Le timing renforce cette lecture. La visite intervient alors que la guerre en Ukraine s’enlise dans une phase d’usure épuisante, et que Pyongyang poursuit ses tirs de missiles balistiques en défiant les résolutions de l’ONU. Choe Son Hui n’est pas venue à Moscou pour échanger des banalités protocolaires. Elle est là pour coordonner la mise en œuvre concrète d’une alliance qui, sous couvert de « vues communes sur toutes les questions stratégiques », redessine les équilibres mondiaux.
Une arrivée discrète à Moscou et un programme tenu secret
Le black-out informationnel, marque de fabrique des rendez-vous sensibles
Les images de l’arrivée de Choe Son Hui à l’aéroport de Moscou ont été diffusées au compte-gouttes. Aucune déclaration officielle n’a accompagné son débarquement. Le ministère russe des Affaires étrangères s’est contenté d’un communiqué minimal : « La ministre nord-coréenne des Affaires étrangères arrive en Fédération de Russie le 18 juillet pour une visite officielle. » Aucun détail sur l’ordre du jour, aucune conférence de presse annoncée, aucune rencontre publique programmée.

Ce black-out informationnel est un classique des rendez-vous sensibles entre Moscou et Pyongyang. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les deux régimes ont pris l’habitude de conduire leurs échanges les plus stratégiques loin des regards. Les livraisons d’armes nord-coréennes vers la Russie, documentées par des images satellites et des rapports de renseignement, n’ont jamais fait l’objet d’une confirmation officielle de la part des deux capitales. La visite de Choe Son Hui suit la même logique : plus l’agenda est secret, plus les enjeux sont élevés.
Des déclarations qui en disent long sur la nature de l’alliance
Selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, la visite intervient dans un contexte de « renforcement des liens politiques et militaires » entre les deux pays. Les observateurs notent que la ministre nord-coréenne n’a pas publié la moindre déclaration avant son départ, contrairement à ses habitudes lors de déplacements à l’étranger. Un silence qui en dit long.
Pourtant, Choe Son Hui avait déjà posé les bases de cette visite quelques semaines plus tôt. Elle avait alors déclaré que la Corée du Nord et la Russie partagent des « vues communes sur toutes les questions stratégiques », reflétant « le niveau de leurs relations alliées ». Elle avait ajouté que la position de Pyongyang était de poursuivre « l’expansion et le développement complets des liens avec la Russie sur la base de la camaraderie et de la confiance, testées par le sang à travers les épreuves sévères du temps ». Des mots lourds de sens, qui annoncent une alliance scellée dans le combat commun.
Le traité de 2024 qui verrouille l’alliance
De Kim Jong-un à Poutine : la signature historique
Pour comprendre la visite de Choe Son Hui, il faut revenir deux ans en arrière. Le 18 juin 2024, Vladimir Poutine atterrit à Pyongyang pour une visite d’État historique. Au terme des discussions avec Kim Jong-un, les deux dirigeants signent le Comprehensive Strategic Partnership Treaty, un accord de défense mutuelle de 23 articles. L’article 4 est le plus explosif : il prévoit une assistance militaire immédiate si l’une des parties est « mise en état de guerre » par une agression extérieure.

Ce traité est bien plus qu’un simple document diplomatique. Comme le souligne Yonhap, il a « effectivement rétabli l’alliance militaire de l’ère de la Guerre froide » entre Moscou et Pyongyang. Pendant des décennies, la Corée du Nord et la Russie avaient entretenu des relations cordiales mais distantes. La guerre en Ukraine a tout changé. Isolés tous les deux par les sanctions occidentales, confrontés à des difficultés économiques croissantes, les deux régimes ont trouvé un intérêt commun à resserrer les rangs.
Un cadre juridique pour une coopération militaire approfondie
Le traité de 2024 est la clé de voûte qui rend la visite actuelle de Choe Son Hui possible et nécessaire. Possible, parce qu’il fournit le cadre juridique et politique à une coopération militaire approfondie. Nécessaire, parce que sa mise en œuvre concrète exige une coordination constante entre les appareils d’État des deux pays. La ministre nord-coréenne des Affaires étrangères n’est pas à Moscou pour signer un nouvel accord, mais pour vérifier que les engrenages de l’alliance tournent correctement.
Ce traité a ouvert la voie à une escalade sans précédent. Après sa signature, Pyongyang a déployé environ 15 000 soldats en Russie. Les échanges d’armes et de pétrole se sont intensifiés. La coopération technologique, dans le cyber et le spatial, s’est accélérée. La visite de Choe Son Hui sert à coordonner tous ces volets, à s’assurer que chaque partie tient ses engagements et que les flux restent stables.
Obus nord-coréens contre pétrole russe : l’enquête sur le troc qui fait tourner deux guerres
Derrière les sourires protocolaires et les déclarations de principe, la visite de Choe Son Hui cache une réalité bien plus crue : un échange de survie mutuelle entre deux régimes asphyxiés par les sanctions internationales. D’un côté, la Corée du Nord livre à la Russie des munitions d’artillerie, des missiles balistiques et des roquettes. De l’autre, Moscou expédie à Pyongyang du pétrole brut, des devises et des technologies militaires. Un troc qui contourne ouvertement les embargos de l’ONU et qui profite aux deux parties.

Les données chiffrées recueillies par l’Open Source Centre, un organisme britannique spécialisé dans l’analyse des flux illicites, donnent la mesure du phénomène. Selon une enquête relayée par le HuffPost, la Russie aurait fourni à la Corée du Nord plus d’un million de barils de pétrole depuis mars 2025. En échange, Pyongyang aurait expédié à Moscou des milliers de conteneurs d’armes et déployé environ 15 000 soldats sur le front ukrainien.
Ce deal n’est pas une transaction ponctuelle. C’est un mécanisme durable qui structure l’économie de guerre des deux pays. Comme le résume Joe Byrne, analyste à l’Open Source Centre : « Alors que Kim Jong-un fournit à Vladimir Poutine une bouée de sauvetage pour poursuivre sa guerre, la Russie fournit discrètement à la Corée du Nord sa propre bouée de sauvetage. »
1 million de barils en un an : les 43 voyages des pétroliers fantômes
Les satellites ne mentent pas. Entre mars et novembre 2025, les analystes de l’Open Source Centre ont recensé 43 voyages de pétroliers battant pavillon nord-coréen entre la Corée du Nord et le port de Vostochny, situé en Extrême-Orient russe. Le scénario est toujours le même : les navires arrivent vides à destination, chargent du pétrole brut, puis repartent pleins vers la Corée du Nord.

Au total, ce sont plus d’un million de barils de pétrole qui ont transité par cette route maritime en moins d’un an. Pour l’économie nord-coréenne, ce volume est colossal. Le pays, soumis à un embargo pétrolier strict depuis 2017, ne peut importer légalement que 500 000 barils par an. Les livraisons russes doublent donc sa capacité d’approvisionnement.
Ce pétrole n’est pas destiné au confort des citoyens nord-coréens. Il sert à faire tourner les raffineries locales, à ravitailler l’armée et à maintenir en état de fonctionnement les infrastructures critiques du régime. Sans ce carburant, les chars de Kim Jong-un resteraient dans leurs hangars et ses missiles ne pourraient pas être testés. La Russie, en ouvrant ce robinet, permet à Pyongyang de survivre aux sanctions et de poursuivre son programme militaire.
Missiles et obus : comment Pyongyang remplit les arsenaux russes
La réciproque de l’échange est tout aussi impressionnante. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie a consommé des quantités astronomiques de munitions d’artillerie. Les stocks de l’armée russe, hérités de l’ère soviétique, s’épuisent. Les usines nationales, même en fonctionnement accéléré, ne parviennent pas à compenser les pertes.
C’est là qu’intervient la Corée du Nord. Pyongyang dispose d’un immense stock de munitions de calibre 122 mm et 152 mm, compatibles avec les canons russes. Les premiers convois d’obus nord-coréens ont été repérés dès l’automne 2023. Depuis, les livraisons n’ont cessé de s’intensifier. Selon les estimations du renseignement sud-coréen, la Corée du Nord aurait expédié à la Russie l’équivalent de plusieurs millions d’obus, ainsi que des missiles balistiques de type KN-23 et KN-24.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a résumé la situation en des termes sans ambiguïté : « Pour continuer à se battre en Ukraine, la Russie est devenue de plus en plus dépendante de la Corée du Nord. » Il a ajouté que cette dépendance concerne aussi bien les troupes que les armes, en échange de pétrole. Les obus nord-coréens permettent à l’armée russe de maintenir un rythme de tir élevé sur le front, sans lequel l’offensive ukrainienne aurait peut-être percé les lignes russes.
« Une bouée de sauvetage mutuelle » : le deal qui verrouille l’alliance
L’échange entre Moscou et Pyongyang n’est pas un simple marché. C’est une symbiose. Chaque partie possède ce que l’autre ne peut obtenir ailleurs. La Corée du Nord a besoin de pétrole et de devises pour survivre aux sanctions. La Russie a besoin de munitions et de soldats pour poursuivre sa guerre d’usure en Ukraine.
Ce troc structure une alliance durable, bien au-delà des déclarations diplomatiques. Les deux régimes sont désormais liés par une dépendance réciproque qui rend toute rupture improbable. Si la Russie cessait ses livraisons de pétrole, l’économie nord-coréenne s’effondrerait. Si la Corée du Nord arrêtait ses expéditions d’obus, l’armée russe perdrait un avantage tactique décisif.
La visite de Choe Son Hui à Moscou sert à verrouiller ce deal. La ministre nord-coréenne n’est pas venue négocier les termes de l’échange, mais s’assurer que les flux restent stables et que les deux parties respectent leurs engagements. Dans les couloirs du ministère russe des Affaires étrangères, on ne parle pas de paix en Ukraine. On parle de logistique, de volumes et de calendriers de livraison.
Soldats nord-coréens en Ukraine : le tabou tombe, les pertes s’affichent
Le troc ne se limite pas aux armes et au pétrole. Depuis l’été 2024, la Corée du Nord a franchi un cap supplémentaire en envoyant ses propres soldats combattre aux côtés des troupes russes en Ukraine. Selon les sources sud-coréennes, environ 15 000 fantassins nord-coréens auraient été déployés sur le théâtre d’opérations.

Ce déploiement marque un tournant dans l’histoire militaire de la Corée du Nord. Jamais, depuis la guerre de Corée (1950-1953), Pyongyang n’avait envoyé autant de soldats combattre à l’étranger. Les soldats nord-coréens, formés dans des conditions spartiates et endoctrinés à la loyauté absolue envers Kim Jong-un, constituent une force d’appoint précieuse pour une armée russe qui peine à recruter.
Les 15 000 fantassins de Kim Jong-un : de la Corée du Nord aux tranchées ukrainiennes
Le parcours de ces soldats est jalonné d’étapes méticuleusement planifiées. Partis de Corée du Nord par voie terrestre, ils sont d’abord acheminés vers l’Extrême-Orient russe, où ils suivent un entraînement accéléré dans des camps spécialement aménagés. Les instructeurs russes leur enseignent les bases du combat en milieu urbain, l’utilisation des armes russes et les procédures de communication.
Une fois prêts, les soldats nord-coréens sont intégrés aux unités russes, souvent en première ligne. Les témoignages recueillis par les services de renseignement ukrainiens les situent principalement dans l’oblast de Koursk, où ils participent aux opérations de nettoyage, et dans le Donbass, où ils renforcent les positions russes face aux contre-attaques ukrainiennes.
Les problèmes de communication sont réels. La barrière de la langue oblige à recourir à des interprètes, ce qui ralentit les prises de décision sur le terrain. Les différences culturelles et tactiques entre les armées russe et nord-coréenne créent des frictions. Mais pour Moscou, l’apport numérique de ces 15 000 hommes compense largement ces inconvénients.
Le musée des soldats tombés : quand Pyongyang assume ses pertes
Le geste le plus frappant de Pyongyang n’est pas l’envoi de soldats, mais la reconnaissance officielle de leurs pertes. En 2025, la Corée du Nord a ouvert un musée dédié aux soldats tombés en Ukraine. Un espace mémoriel qui, pour la première fois, admet publiquement que des soldats nord-coréens meurent à l’étranger.
Ce changement de communication est majeur. Pendant des décennies, la Corée du Nord a nié toute implication militaire directe dans des conflits extérieurs, préférant agir par intermédiaires ou par déni plausible. L’ouverture de ce musée brise ce tabou. Il officialise l’implication de Pyongyang dans la guerre en Ukraine et prépare idéologiquement la population à des pertes plus lourdes.
Pour le régime de Kim Jong-un, ce musée remplit une double fonction. D’un côté, il glorifie le sacrifice des soldats nord-coréens, présentés comme des héros luttant contre l’impérialisme occidental. De l’autre, il normalise l’idée que la Corée du Nord est en guerre, même si cette guerre se déroule à des milliers de kilomètres de ses frontières. C’est un outil de propagande puissant, qui permet de justifier les privations économiques et le contrôle social accru.
Hackers et satellites espions : le paiement technologique de la Russie
L’échange entre Moscou et Pyongyang ne se limite pas aux obus et au pétrole. Une dimension high-tech, moins visible mais tout aussi cruciale, complète le tableau : la Russie paie la Corée du Nord en capacités numériques et spatiales.

Ces transferts de technologies transforment en profondeur les capacités offensives de Pyongyang. Jusqu’ici isolé et privé d’accès aux technologies de pointe, le régime nord-coréen bénéficie désormais d’un appui russe qui lui permet de franchir des paliers technologiques majeurs. Les hackers nord-coréens, déjà redoutables, deviennent encore plus efficaces. Les satellites espions, longtemps un rêve inaccessible, deviennent une réalité.
Lazarus Group et les cyberattaques : comment Moscou finance la guerre secrète
La Corée du Nord possède l’un des arsenaux cyber les plus agressifs de la planète. Des groupes comme Lazarus Group ou Kimsuky sont responsables de certaines des plus grandes cyberattaques de l’histoire : vol de 1,7 milliard de dollars en crypto-monnaies, piratage de la banque centrale du Bangladesh, infiltration de réseaux gouvernementaux sud-coréens.
La Russie apporte à ces groupes un soutien précieux. Elle leur fournit des cibles, des infrastructures techniques et, potentiellement, des rançons. En échange, les hackers nord-coréens mènent des opérations de déstabilisation contre les intérêts occidentaux, notamment européens. Des hôpitaux, des centrales électriques et des réseaux de transport se retrouvent dans le viseur de ces attaques.
Cette coopération cyber est un paiement en nature. Au lieu de transférer des devises à Pyongyang, ce qui serait détectable par les systèmes financiers internationaux, Moscou offre un accès à son expertise en matière de piratage et de contournement des sécurités numériques. Pour la Corée du Nord, dont l’économie repose en partie sur le vol de crypto-monnaies, c’est une bouée de sauvetage supplémentaire.
Satellites militaires : la fenêtre sur le monde offerte par Moscou
Le deuxième volet de la coopération high-tech concerne l’espace. En novembre 2023, la Corée du Nord a réussi à placer en orbite son premier satellite espion, le Malligyong-1. Un exploit technique qui n’aurait pas été possible sans l’aide de la Russie.
Les images satellites de reconnaissance permettent à Pyongyang de collecter du renseignement en temps réel sur les mouvements militaires sud-coréens et américains. Les missiles nord-coréens, jusqu’ici guidés par des coordonnées approximatives, peuvent désormais être ciblés avec une précision accrue. C’est une rupture technologique majeure pour un pays qui, il y a encore cinq ans, peinait à maintenir en orbite un satellite fonctionnel.
La Russie a fourni à la Corée du Nord des composants clés, des logiciels de traitement d’images et une assistance technique pour le lancement. En échange, Pyongyang partage avec Moscou les données collectées par ses satellites, notamment sur les bases américaines en Asie du Sud-Est. Un échange gagnant-gagnant qui renforce la capacité de nuisance des deux régimes.
Chine, États-Unis, OTAN : qui gagne et qui perd face à l’axe Moscou-Pyongyang ?
La visite de Choe Son Hui à Moscou n’est pas un simple événement bilatéral. C’est un catalyseur de tensions mondiales qui oblige chaque grande puissance à se positionner. L’axe Moscou-Pyongyang redessine les équilibres géopolitiques et crée de nouvelles lignes de fracture.
Les réactions internationales ne se sont pas fait attendre. Les États-Unis et l’Union européenne ont condamné la visite et annoncé de nouvelles sanctions. La Corée du Sud a renforcé ses exercices militaires conjoints avec Washington. Le Japon a exprimé sa « vive préoccupation ». Mais derrière ces déclarations, chaque acteur cherche à protéger ses intérêts dans un jeu d’échecs de plus en plus complexe.
La Chine, arbitre ou complice silencieuse ?
La position de la Chine est la plus délicate. Pékin est le principal allié économique de la Russie et l’un des rares partenaires diplomatiques de la Corée du Nord. Mais l’alliance militaire croissante entre Moscou et Pyongyang n’est pas sans créer des tensions avec les intérêts chinois.
D’un côté, la Chine profite de l’affaiblissement de l’Occident et de la fragmentation de l’ordre mondial. Un axe Moscou-Pyongyang fort contribue à contrer l’influence américaine en Asie et en Europe. De l’autre côté, Pékin craint qu’une alliance trop agressive n’embrase la péninsule coréenne, ce qui menacerait directement sa sécurité et son économie.
La visite de Choe Son Hui à Moscou n’a suscité aucune déclaration forte de la part des autorités chinoises. Un silence qui en dit long. Pékin observe, calcule, et attend de voir quel parti tirer de cette situation. La Chine pourrait jouer le rôle d’arbitre, ou de complice silencieuse, selon l’évolution des événements.
Séoul, Washington et l’OTAN : le réveil militaire face à la nouvelle menace
En face, les États-Unis et leurs alliés ne restent pas les bras croisés. La Corée du Sud, directement menacée par les missiles nord-coréens, a renforcé ses exercices militaires conjoints avec Washington et Tokyo. Séoul a également annoncé des livraisons d’armes à l’Ukraine, une décision historique qui marque un changement de cap dans sa politique étrangère.
L’OTAN, de son côté, a durci le ton. L’Alliance atlantique a imposé de nouvelles sanctions contre les entités russes et nord-coréennes impliquées dans le troc d’armes et de pétrole. Les États-Unis ont déployé des moyens navals supplémentaires dans la mer du Japon pour surveiller les mouvements de pétroliers nord-coréens.
La stratégie russe ne se limite pas à l’axe Moscou-Pyongyang. Comme le montre la visite du vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov à Cuba, Moscou cherche à créer un réseau d’axes anti-occidentaux en s’appuyant sur des pays isolés. Une stratégie d'encerclement qui vise à affaiblir l’influence américaine sur plusieurs fronts à la fois.
Guerre en Ukraine, prix du gaz et désinformation : pourquoi cette visite te concerne
La visite de Choe Son Hui à Moscou peut sembler lointaine, réservée aux initiés de la géopolitique. Pourtant, ses conséquences se font sentir dans le quotidien des jeunes Français. Le lien est moins abstrait qu’il n’y paraît.
Chaque obus nord-coréen tiré en Ukraine retarde une potentielle paix et maintient la pression sur les prix de l’énergie en Europe. Chaque soldat nord-coréen déployé sur le front prolonge la guerre d’usure et alimente l’instabilité économique. Et chaque hack nord-coréen, facilité par la Russie, menace les infrastructures numériques dont dépendent les jeunes générations.

Un conflit qui s’enlise = une facture d’énergie qui explose
Le mécanisme est simple : plus la Russie reçoit d’obus nord-coréens, plus elle peut poursuivre sa guerre d’usure en Ukraine. Plus la guerre dure, plus les prix du gaz et de l’électricité restent volatils en Europe.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les prix de l’énergie ont connu des fluctuations historiques. Les factures de gaz des ménages français ont augmenté de 40 % en moyenne. Les jeunes, souvent locataires de logements mal isolés et dépendants du chauffage électrique, sont parmi les plus touchés par cette hausse.
Chaque livraison d’obus nord-coréens à la Russie contribue à prolonger cette situation. Sans ces munitions, l’armée russe serait contrainte de réduire son rythme de tir, ce qui pourrait ouvrir la voie à des négociations de paix. Avec ces munitions, Moscou peut continuer à faire durer le conflit, et donc à maintenir la pression sur les marchés de l’énergie.
TikTok, Telegram, X : comment la propagande de l’axe Russie-Corée du Nord cible les jeunes
La guerre ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle se joue aussi sur le terrain informationnel. La Russie et la Corée du Nord ont développé un récit commun anti-occidental, diffusé massivement sur les réseaux sociaux.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, accuse régulièrement les médias occidentaux de silence sur les « atrocités ukrainiennes » et de parti pris systématique. Ce discours, amplifié par des influenceurs pro-russes sur TikTok, Telegram et X, vise à semer la défiance envers les médias traditionnels et à diviser l’opinion publique européenne.
Les jeunes sont particulièrement vulnérables à cette propagande. Exposés en permanence aux contenus des réseaux sociaux, ils sont souvent moins armés pour distinguer les informations vérifiées des manipulations. Les algorithmes de recommandation amplifient les contenus les plus clivants, créant des bulles informationnelles où le récit russe et nord-coréen se répète sans contradiction.
L’objectif de cette guerre informationnelle est clair : affaiblir le soutien des opinions publiques européennes à l’Ukraine, diviser les sociétés occidentales et créer un sentiment de lassitude face à un conflit qui semble sans fin. Les jeunes, en première ligne de cette exposition numérique, en sont les premières cibles.
Conclusion : ce que l’axe Moscou-Pyongyang signifie pour la décennie à venir
La visite de Choe Son Hui à Moscou n’est pas un événement ponctuel. C’est la confirmation que l’axe Moscou-Pyongyang est institutionnalisé, durable et structurant pour les équilibres mondiaux des dix prochaines années.
Le traité de 2024 a posé les bases juridiques de cette alliance. Les livraisons d’armes et de pétrole en ont assuré la viabilité économique. Le déploiement de soldats nord-coréens en Ukraine en a démontré la crédibilité militaire. Et la coopération technologique, dans le cyber et le spatial, en a étendu la portée bien au-delà du champ de bataille ukrainien.
Pour la génération Z, qui n’a connu ni la Guerre froide ni la chute du mur de Berlin, cette alliance signifie un retour à un monde plus fragmenté, plus dangereux et plus conflictuel. La guerre est de retour en Europe. Les tensions sont à leur comble en Asie. Le cyberespace est devenu un champ de bataille permanent.
Les conséquences sont multiples. Sur le plan économique, la prolongation de la guerre en Ukraine maintient une pression sur les prix de l’énergie et des matières premières. Sur le plan sécuritaire, la menace de cyberattaques contre les infrastructures critiques européennes s’accroît. Sur le plan social, la propagande de l’axe Moscou-Pyongyang alimente la défiance envers les institutions et fragilise la cohésion des sociétés démocratiques.
Cette alliance change la donne pour la décennie à venir. Les jeunes Européens en sont les premiers spectateurs et les premières victimes collatérales. Non pas parce qu’ils sont directement menacés par les missiles nord-coréens, mais parce que l’instabilité générée par cet axe pèse sur leur pouvoir d’achat, leur sécurité numérique et leur perception du monde.
La visite de Choe Son Hui à Moscou le 18 juillet 2026 restera dans les livres d’histoire comme le moment où deux régimes isolés ont scellé une alliance qui redessine les équilibres mondiaux. Une alliance dont les conséquences, pour les jeunes Français, ne font que commencer à se faire sentir.