Charles III a payé 12,9 millions de livres d’impôts pour l’exercice 2024-2025. C’est la première fois qu’un monarque britannique rend public ce montant. Le palais a annoncé cette publication le 20 juin 2026, à la demande expresse du roi, dans un effort de transparence des finances royales.

Les chiffres publiés et le cadre de l’annonce
Les comptes annuels de la maison royale, rapportés par la BBC, montrent que le roi a versé 12,9 millions de livres au fisc pour 2024-2025. Ce niveau place Charles III parmi les cent plus grands contribuables du Royaume-Uni. Le prince William a déclaré de son côté 7,76 millions de livres sur la même période. L’année précédente, le roi avait payé 11,7 millions de livres, selon la BBC et Euronews. Depuis son accession au trône en septembre 2022, Charles III a acquitté plus de 30 millions de livres d’impôts au total.
Buckingham Palace a précisé que le souverain, âgé de 77 ans, avait souhaité lui-même cette divulgation. Un porte-parole a indiqué que c’était la première fois qu’un monarque partageait ces informations personnelles en tant que chef d’État, poursuivant une pratique déjà suivie quand Charles était prince de Galles. Les données de l’année 2025-2026 seront publiées l’an prochain, après audit.

Alors que des rumeurs de fausse mort du roi avaient circulé sur TikTok Fausse mort du roi Charles III : leçon de vérification pour la génération TikTok, cette facture fiscale offre une donnée officielle vérifiable.
Un impôt payé sans y être légalement tenu
Les souverains britanniques sont exonérés d’impôt sur le revenu et sur les plus-values. Ils ne paient pas non plus de droits de succession sur les actifs transmis d’un monarque à l’autre, une exemption issue d’un accord de 1993. Charles III choisit pourtant de s’acquitter volontairement de l’impôt sur le revenu et sur les plus-values, conformément au mémorandum de 2023 conclu avec le gouvernement. Sa mère, Elizabeth II, avait initié cette pratique.
La publication ne révèle pas les revenus détaillés du roi ni l’état de sa fortune. Les revenus privés proviennent principalement du duché de Lancaster, qui a rapporté environ 25 millions de livres en 2025-2026, selon la BBC. D’autres sources incluent les domaines de Balmoral et Sandringham et des investissements personnels.

Le chiffre global ne donne aucune ventilation du calcul. Dan Neidle, fondateur de Tax Policy Associates, a qualifié la divulgation de « highly opaque » (très opaque) sur BBC Radio 4. Graham Smith, du mouvement antimonarchiste Republic, relève que le montant isolé ne signifie rien sans le détail des revenus. Le palais présente ce geste comme un moyen d’améliorer la compréhension de la responsabilité financière de la monarchie, mais l’absence de détail entretient une zone d’ombre.
Le roi accomplit aussi des actes symboliques, comme sa rencontre émouvante avec des victimes d’antisémitisme à Golders Green Visite de Charles III aux victimes d'antisémitisme : un geste qui a ému Golders Green.
En France, le patrimoine se publie, l’impôt reste secret
En France, les candidats à la présidentielle et le président élu déposent une déclaration de situation patrimoniale et une déclaration d’intérêts. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) publie ces documents, comme elle l’a fait pour la présidentielle de 2022. Emmanuel Macron a ainsi vu son patrimoine publié au Journal officiel. Ces déclarations ne font pas l’objet d’un contrôle de la part de la Haute Autorité à ce stade, et surtout elles ne contiennent pas l’avis d’imposition ni le montant de l’impôt acquitté.
Le secret fiscal, garanti par l’article L.103 du Livre des procédures fiscales, interdit à un tiers de publier le montant de l’impôt d’un contribuable. L’article L.111 permet seulement à un contribuable de consulter sur place, dans sa direction départementale des finances publiques, certains éléments d’un autre contribuable du même département. La publication nominative de ces informations est punie d’une amende égale au montant des impôts divulgués et de sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 4 500 euros d’amende et cinq ans de prison.
En mars 2012, Nicolas Sarkozy, alors président, a refusé en direct de dire combien il payait d’impôts. Il a invoqué le droit de consultation : « Ma feuille d’impôt est accessible » pour tout contribuable. Un journaliste de RMC a pu consulter l’avis d’imposition présidentiel à Paris, mais le juriste l’a averti qu’il risquait 4 500 euros d’amende et cinq ans de prison s’il publiait le chiffre. Vincent Drezet, du syndicat des impôts, a rappelé que les chiffres doivent rester à la seule connaissance du consultant. Aucun président français n’a donc rendu public son montant d’impôt.
Une transparence choisie, à mettre en perspective
La première facture fiscale de Charles III est un geste volontaire et partiel. Le roi décide de publier un montant global, sans détail d’assiette ni vision de la fortune, alors qu’il n’y est pas contraint par la loi. En France, la règle inverse s’applique : le patrimoine et les intérêts des responsables sont publics, mais le secret fiscal protège l’impôt acquitté. Les deux cadres répondent à des logiques distinctes, sans que l’un résolve l’opacité pointée outre-Manche.