Le 22 juillet 2026, une lettre ouverte adressée au nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham a fait l’effet d’une bombe dans le paysage politique outre-Manche. Signée par 120 millionnaires, elle ne demandait pas une baisse d’impôts, mais l’inverse : une hausse significative de la fiscalité sur les plus hauts patrimoines. « We want you to tax us. We can afford it », écrivent les signataires — « Nous voulons que vous nous taxiez. Nous pouvons nous le permettre. » Le paradoxe est saisissant : ce sont les contribuables les plus fortunés qui réclament d’être davantage mis à contribution.

La lettre, organisée par le collectif Patriotic Millionaires UK, arrive à un moment politique crucial. Burnham, fraîchement installé au 10 Downing Street après avoir remporté la direction du Parti travailliste, prépare son premier budget. Les services publics britanniques sont exsangues, le National Health Service (NHS) croule sous les listes d’attente, et la crise du logement s’aggrave. Dans ce contexte, la demande des millionnaires pose une question centrale : s’agit-il d’un véritable altruisme, d’une opération de communication savamment orchestrée, ou d’un calcul stratégique pour éviter des mesures plus radicales ?
Les figures de proue de la lettre « Proud to Pay »
Le collectif « Proud to Pay » (Fiers de payer) ne rassemble pas des anonymes. Parmi les 120 signataires, on trouve des figures majeures de la société britannique, issues de secteurs variés.

Gary Lineker, Brian Eno et les autres : le casting de la pétition
Gary Lineker, ancien footballeur vedette devenu le présentateur le mieux payé de la BBC, est sans doute le plus connu. À ses côtés, Brian Eno, musicien et producteur légendaire qui a façonné le son de groupes comme U2 et Coldplay. La romancière Val McDermid, auteure de best-sellers policiers, a également apposé sa signature. Le monde des affaires est représenté par Ian Gregg, ancien président de la chaîne de boulangeries Greggs, une institution dans le nord de l’Angleterre.
Julia Davies, fondatrice de Patriotic Millionaires UK, est la cheville ouvrière de cette campagne. Gary Stevenson, économiste et ancien trader de la City devenu une voix influente sur les questions d’inégalités, complète ce casting hétéroclite. Leur point commun : tous estiment que leur fortune personnelle doit davantage contribuer au bien commun. Ces profils ne sont pas ceux d’un groupuscule marginal. Il s’agit de personnalités respectées, ce qui confère à leur demande une crédibilité que n’aurait pas une simple pétition de militants.
« Nous ne parlons pas de ceux qui travaillent tous les jours »

L’argument central de la lettre repose sur une distinction soigneusement construite entre le capital et le travail. « We’re not talking about higher taxes on those who get up and go to work for their income every day », précisent les signataires. En d’autres termes : la hausse d’impôts qu’ils réclament ne concerne pas les salaires, mais la fortune accumulée — les actions, les biens immobiliers, les placements financiers.
Cette nuance est cruciale pour désamorcer les critiques classiques. Trop souvent, les débats sur l’impôt se heurtent à l’argument selon lequel la hausse toucherait la classe moyenne. En ciblant explicitement le capital, les millionnaires britanniques neutralisent cette objection. Ils ne demandent pas d’augmenter l’impôt sur le revenu des actifs, mais de taxer davantage les patrimoines qui dépassent plusieurs millions de livres.
Les signataires citent un sondage réalisé par leur collectif : 88 % des millionnaires britanniques seraient fiers de payer des impôts. Ce chiffre, s’il est exact, suggère un décalage frappant entre le discours politique dominant — qui présente l’impôt comme une contrainte — et le sentiment d’une partie des contribuables les plus aisés. La fierté de contribuer au financement des services publics serait, selon eux, largement partagée.

Une proposition chiffrée : 2 % sur la fortune au-dessus de 10 millions
Au-delà du message politique, la lettre « Proud to Pay » contient une proposition technique précise. Les signataires ne se contentent pas de réclamer « plus d’impôts » : ils détaillent le mécanisme, le taux et les recettes attendues.
24 milliards de livres par an pour renflouer les services publics
Le cœur de la proposition est une taxe annuelle de 2 % sur la fortune nette au-dessus de 10 millions de livres sterling. Concrètement, un contribuable possédant 15 millions de livres ne paierait cette taxe que sur les 5 millions excédant le seuil, soit 100 000 livres par an. Selon les calculs de Patriotic Millionaires UK, relayés par LBC, cette mesure rapporterait environ 24 milliards de livres par an. À cela s’ajouterait une réforme de l’impôt sur les plus-values, qui pourrait générer 12 milliards supplémentaires.
Ces chiffres méritent d’être mis en perspective. 24 milliards de livres, c’est l’équivalent du budget annuel de plusieurs ministères. Cela permettrait de recruter des centaines de milliers d’infirmières, de construire des dizaines de milliers de logements sociaux, ou de rénover des écoles vétustes. Le sondage cité par les signataires indique que 80 % des millionnaires britanniques soutiennent cette taxe spécifique — un niveau d’adhésion qui dépasse largement ce que les sondages d’opinion générale mesurent habituellement sur la fiscalité.

Il faut toutefois noter que ces estimations sont contestées par certains économistes. La fuite des capitaux, l’optimisation fiscale et les comportements d’évitement pourraient réduire les recettes réelles. Mais les signataires anticipent cet argument : ils s’engagent eux-mêmes à rester au Royaume-Uni et à payer leur dû.
Revenu vs patrimoine : une réforme qui cible le sommet de la pyramide
La distinction entre impôt sur le revenu et impôt sur la fortune est technique mais essentielle pour comprendre l’enjeu. Le Royaume-Uni, malgré son statut de première place financière européenne, taxe très peu le capital par rapport à d’autres pays développés. La France, avant la suppression de l’ISF en 2017, prélevait un impôt sur la fortune nette à partir d’un seuil d’un million d’euros. Le Royaume-Uni n’a jamais eu d’équivalent direct.
Le système britannique repose principalement sur l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales. Or, les très hauts patrimoines tirent l’essentiel de leurs revenus de plus-values et de dividendes, qui sont taxés à des taux bien inférieurs à ceux des salaires. Un trader de la City peut payer un taux effectif d’impôt sur le revenu nettement plus bas qu’un infirmier, simplement parce que ses gains prennent la forme de plus-values.
Le statut des « non-doms » — ces résidents fiscaux britanniques dont le domicile fiscal est considéré comme étant à l’étranger — symbolise cette architecture inégalitaire. Ils peuvent ne pas payer d’impôt sur leurs revenus et plus-values réalisés hors du Royaume-Uni, tant qu’ils ne rapatrient pas ces sommes. Ce régime, qui profite à plusieurs milliers de personnes, fait perdre des milliards à l’État chaque année. La taxe sur la fortune proposée par les 120 millionnaires contournerait en partie ces échappatoires en s’attaquant directement au patrimoine, quel que soit son lieu de détention.
Un Royaume-Uni à deux vitesses : pourquoi l’impôt sur la fortune devient inévitable
La demande des 120 millionnaires ne surgit pas dans un vide politique. Elle s’appuie sur des données accablantes concernant les inégalités au Royaume-Uni, et sur une opinion publique de plus en plus sensibilisée à ces écarts.
9ᵉ pays le plus inégalitaire de l’OCDE
Selon les données de l’Equality Trust, le Royaume-Uni se classe au 9ᵉ rang des pays les plus inégalitaires de l’OCDE. Les chiffres donnent le vertige : les 20 % les plus riches détiennent 63 % de la richesse nationale totale, tandis que les 20 % les plus pauvres ne possèdent que 0,5 %. En matière de revenus, l’écart est également saisissant : les 20 % les plus aisés captent 36 % des revenus contre seulement 8 % pour les 20 % les plus modestes.

Le 1 % le plus riche du pays concentrait 14,7 % des revenus en 2007, juste avant la crise financière. Ce niveau reste élevé aujourd’hui. Mais ce sont surtout les inégalités de patrimoine qui explosent. La crise du logement aggrave encore le phénomène : la flambée des prix de l’immobilier a enrichi les propriétaires tout en excluant les jeunes générations de l’accès à la propriété. Le NHS, autrefois fierté nationale, est miné par des années de sous-investissement. Les files d’attente pour une opération chirurgicale se comptent en mois, voire en années.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils se traduisent par une espérance de vie qui stagne, voire diminue dans les régions les plus pauvres, par une précarité énergétique qui touche des millions de foyers, et par un sentiment d’injustice qui nourrit la défiance envers les institutions. La taxation des très hauts patrimoines apparaît, dans ce contexte, non plus comme une option idéologique, mais comme une nécessité pragmatique.
Les 50 familles les plus riches possèdent plus que la moitié du pays
Le chiffre le plus frappant du rapport Equality Trust est celui-ci : les 50 familles les plus riches du Royaume-Uni détiennent plus de richesses que 34,1 millions de Britanniques réunis. C’est plus que la moitié de la population. Cette concentration extrême est difficilement compatible avec les principes de base d’une démocratie fonctionnelle.
Pour un gouvernement travailliste, un tel niveau d’inégalité est politiquement intenable. Andy Burnham, qui a construit sa carrière politique sur un discours de justice sociale, ne peut ignorer ces données. La demande des 120 millionnaires lui offre un levier inespéré : elle démontre que même une partie des ultra-riches reconnaît le problème et est prête à contribuer à sa solution. Cela fragilise l’argument des opposants à la taxe, qui ne pourront pas prétendre qu’il s’agit d’une « guerre des classes » imposée par des politiciens envieux.
Le pouvoir d’Andy Burnham : de Manchester à la réforme fiscale

La faisabilité politique de la taxe dépend en grande partie de la volonté et des capacités du nouveau Premier ministre. Andy Burnham, élu en juillet 2026 après la démission de Keir Starmer, a-t-il les leviers nécessaires pour imposer une telle réforme ?
Un Premier ministre qui a déjà théorisé la refonte fiscale
Andy Burnham n’est pas un novice en matière de réforme fiscale. Avant même de devenir Premier ministre, il avait esquissé des propositions ambitieuses lorsqu’il était maire de Manchester. En novembre 2023, il avait notamment suggéré de réformer l’impôt sur l’héritage et d’introduire un revenu de base universel, comme le rapporte LabourList. Il avait également proposé la création d’un « National Care Service » — un service national de soins calqué sur le NHS.
Ces positions montrent une cohérence idéologique. Burnham pense que le système fiscal britannique est structurellement injuste et qu’une réforme en profondeur est nécessaire pour financer des services publics de qualité. Le fait qu’il ait été élu Premier ministre avec un programme social-démocrate renforce la probabilité qu’il donne suite à la demande des 120 millionnaires.
Gary Stevenson, l’économiste signataire de la lettre, évalue à 70 % les chances de Burnham de remporter l’élection générale et d’imposer sa vision. Ce pronostic, formulé avant le scrutin, s’est avéré exact pour la première partie. Reste à voir si la seconde se concrétisera. Burnham doit composer avec une majorité peut-être étroite, des députés réticents, et une opposition qui dénoncera une « taxe punitive ».
Les obstacles parlementaires et la menace de la fuite des capitaux
Les obstacles sont réels. La composition du Parlement, même avec une majorité travailliste, n’est pas garantie pour une réforme aussi sensible. La Chambre des Lords, où siègent de nombreuses personnalités issues du monde des affaires, pourrait bloquer ou amender le texte. Le processus législatif serait long et incertain.
Le risque économique le plus souvent invoqué est celui de la fuite des capitaux. Les très hauts patrimoines sont mobiles : un milliardaire peut changer de résidence fiscale en quelques semaines. La question est de savoir si une taxe de 2 % sur la fortune est suffisamment faible pour ne pas provoquer un exode massif, ou trop élevée pour retenir les capitaux. Les études économiques sur le sujet sont divergentes. Certaines montrent que l’élasticité des très hauts patrimoines est limitée, car ces contribuables sont attachés à leur pays, à leur réseau professionnel et à leur mode de vie. D’autres indiquent que les délocalisations fiscales augmentent significativement au-delà d’un certain seuil.
Le dilemme est classique : trop basse, la taxe ne rapporte pas assez ; trop élevée, elle fait fuir les contribuables et rapporte encore moins. Les 120 signataires proposent un taux de 2 %, qui se situe dans la fourchette basse des propositions internationales. La France, avec la taxe Zucman, envisageait également 2 %. Ce niveau semble suffisamment modéré pour ne pas provoquer de panique chez les contribuables concernés, tout en générant des recettes substantielles.
Silence français contre mobilisation britannique : le choc des cultures fiscales
La comparaison avec la France est éclairante. Pourquoi les ultra-riches français ne signent-ils pas de lettre équivalente ? Quels freins culturels et politiques expliquent ce contraste saisissant ?
« Ils ne veulent pas d’ennuis » : la discrétion des milliardaires français
Une enquête du Monde publiée en janvier 2026 décrit la « curieuse discrétion » des milliardaires français sur le sujet de la taxation. Cécile Duflot, directrice d’Oxfam France, a rencontré 8 à 9 milliardaires pour sonder leurs positions. Son constat est nuancé : « Tous n’étaient pas forcément contre un surplus de taxation. C’est particulièrement vrai pour ceux qui ont fait fortune par eux-mêmes. » Mais aucun n’était prêt à s’exprimer publiquement.
La raison invoquée est simple : « Ils ne veulent pas d’ennuis. » En France, un milliardaire qui réclamerait une hausse d’impôts s’exposerait à des critiques virulentes sur les réseaux sociaux, à des articles dans la presse people, et à une surveillance accrue de l’administration fiscale. Le risque de « bad buzz » dissuade les plus riches de prendre la parole sur ce sujet. Le contexte culturel français, marqué par une défiance historique envers les grandes fortunes, ne se prête pas à ce type de démarche.
86 % des Français pour la taxe Zucman, une opinion publique en avance sur ses élites
Pourtant, l’opinion publique française est massivement favorable à une taxation des ultra-riches. La « taxe Zucman » — du nom de l’économiste Gabriel Zucman — propose un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des contribuables possédant plus de 100 millions d’euros. Adoptée par l’Assemblée nationale en février 2025, elle a été rejetée par le Sénat en juin 2025. Elle concernerait environ 1 800 contribuables et rapporterait entre 20 et 25 milliards d’euros par an.
Un sondage Ifop réalisé pour Public Sénat montre que 86 % des Français y sont favorables, y compris chez les sympathisants de droite. Ce chiffre est remarquable par son ampleur et son caractère transpartisan. Il révèle un décalage entre une opinion publique prête à accepter une taxation plus lourde des ultra-riches, et des élites politiques et économiques qui freinent le projet.
La différence avec le Royaume-Uni tient donc moins à l’opinion publique qu’à la capacité des concernés à s’organiser et à prendre la parole. Là où les milliardaires français se taisent par crainte des retombées médiatiques, leurs homologues britanniques, portés par une culture philanthropique plus développée et un sens du devoir civique, n’hésitent pas à monter au créneau.
Générosité ou calcul politique : les vrais enjeux du mouvement « Proud to Pay »
La question centrale demeure : les 120 signataires agissent-ils par pure générosité, ou leurs motivations sont-elles plus stratégiques ?
Contrôler le débat pour éviter des mesures plus radicales
L’hypothèse la plus crédible est celle d’un calcul politique à long terme. En proposant une taxe modérée de 2 % sur la fortune, les millionnaires tentent d’orienter le débat et d’éviter des mesures plus radicales qui pourraient émerger si la pression populaire devenait trop forte. Gary Stevenson, l’un des signataires, analyse cette fenêtre politique comme unique : si les travaillistes ne parviennent pas à imposer une réforme fiscale maintenant, le moment pourrait ne jamais revenir.
Le concept de « self-preservation philanthropique » décrit bien cette stratégie. Accepter une perte marginale aujourd’hui — 2 % de sa fortune par an — pour sécuriser l’essentiel de son patrimoine demain. Si la taxe n’est pas adoptée, le mécontentement social pourrait déboucher sur des mesures bien plus punitives, comme une taxation confiscatoire ou une nationalisation de certains actifs. Les millionnaires britanniques, en prenant les devants, cherchent à garder la main sur le processus.
Cette analyse ne nie pas l’altruisme individuel de certains signataires. Gary Lineker, Brian Eno ou Val McDermid sont probablement sincères dans leur engagement. Mais le mouvement dans son ensemble répond à une logique de classe : les plus riches préfèrent négocier une taxe acceptable plutôt que de subir une révolution fiscale.
Le risque de l’exil fiscal : une promesse fragile
L’envers du décor est moins reluisant. Si la taxe est adoptée, les capitaux pourraient fuir. Les signataires de la lettre s’engagent-ils à rester au Royaume-Uni ? Leurs promesses personnelles ne lient pas les autres millionnaires, qui n’ont pas signé la lettre. Les études économiques sur l’élasticité des très hauts patrimoines montrent que les comportements d’évitement sont réels, surtout pour les contribuables les plus mobiles.
Une taxe sur la fortune peut également réduire l’investissement productif. Les entrepreneurs qui ont bâti leur entreprise pourraient être incités à vendre ou à délocaliser leur activité. L’incitation à créer de la richesse pourrait diminuer si une partie importante de celle-ci est prélevée chaque année. Ces arguments, souvent avancés par les opposants à l’impôt sur la fortune, méritent d’être pris au sérieux.
Le paradoxe est le suivant : même les riches qui veulent payer plus d’impôts ne peuvent pas le faire sans un cadre fiscal international coordonné. Si le Royaume-Uni adopte une taxe de 2 % sur la fortune, les capitaux partiront vers des paradis fiscaux ou des pays sans impôt sur le patrimoine. La solution passe par une coordination au niveau du G20 ou de l’OCDE, comme le propose Gabriel Zucman. En attendant, la promesse des 120 millionnaires reste fragile.
Conclusion : vers une nouvelle ère fiscale au Royaume-Uni ?
La conjonction des facteurs est rare. Un Premier ministre travailliste fraîchement élu, porteur d’un programme de justice sociale. Une opinion publique sensibilisée aux inégalités par la crise du logement et la dégradation des services publics. Et, fait inédit, une partie des ultra-riches eux-mêmes qui appellent à la taxation. Le momentum politique est unique.
Les chances réelles de voir cette taxe aboutir dépendent de plusieurs variables. La composition de la majorité parlementaire, la capacité de Burnham à surmonter l’opposition de la Chambre des Lords, et la réaction des marchés financiers sont autant d’inconnues. Mais la demande des 120 millionnaires change la donne : elle prive les opposants de leur principal argument, selon lequel la taxation des riches serait une mesure idéologique imposée contre leur volonté.
Pour la France, l’exemple britannique est instructif. Le contraste entre le silence des milliardaires français et la mobilisation de leurs homologues britanniques montre que la culture fiscale n’est pas une donnée immuable. Elle se construit, se débat, se transforme. Les jeunes électeurs, qui placent la justice fiscale en tête de leurs priorités, pourraient bien être les moteurs de ce changement. La question n’est plus de savoir si la taxation des ultra-riches est souhaitable, mais comment la rendre politiquement acceptable et économiquement efficace. Le Royaume-Uni, avec la lettre « Proud to Pay », vient de franchir une étape décisive dans ce débat.