Le 8 mai 2026, l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA) a officiellement ouvert la voie à l'utilisation du carburant américain Jet A sur le continent européen. Cette décision intervient dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui ont réduit d'environ 30 % les approvisionnements européens en kérosène. La guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, couplée à la fermeture du détroit d'Ormuz, a provoqué une envolée de 50 % du prix du Jet A-1, le carburant standard utilisé en Europe. Les réserves stockées dans le hub d'Amsterdam-Rotterdam-Anvers ont chuté de moitié depuis le début du conflit.

Quelles différences techniques entre Jet A et Jet A-1 ?
Le carburant américain Jet A et son équivalent international Jet A-1 sont tous deux des formes de kérosène, mais ils présentent une différence cruciale : leur point de congélation.
Un écart de température déterminant pour les vols polaires
Le Jet A gèle à -41 °C, tandis que le Jet A-1 supporte des températures jusqu'à -47 °C. Cette différence de 7 °C peut sembler anecdotique, mais elle est vitale pour les vols polaires et les long-courriers traversant des zones où les températures en altitude descendent régulièrement sous les -50 °C. Les compagnies nord-américaines contournent cette limitation en ajoutant des additifs spéciaux, ce qui leur permet de desservir des destinations comme Fairbanks en Alaska, où le mercure peut chuter à -30 °C au sol.
Des pratiques déjà existantes en Amérique du Nord
Plusieurs compagnies aériennes canadiennes alternent déjà entre les deux types de kérosène selon les saisons. En été, le Jet A convient parfaitement à la plupart des vols nord-américains. En hiver, elles basculent sur le Jet A-1 ou enrichissent le Jet A avec des additifs antigel. Cette flexibilité opérationnelle montre que la transition ne pose pas de problème technique majeur, à condition d'être bien gérée.
Des propriétés chimiques proches mais pas identiques
Les deux carburants sont des formes de kérosène raffiné, avec des spécifications très similaires. Leur composition chimique est presque identique, ce qui explique pourquoi ils peuvent être mélangés sans risque dans les réservoirs. La différence principale réside dans les spécifications de point de congélation, définies par les normes ASTM D1655 pour le Jet A et la norme britannique DEF STAN 91-91 pour le Jet A-1. Les additifs utilisés, comme les agents antistatiques et les inhibiteurs de corrosion, sont les mêmes dans les deux cas.
Comment l'AESA encadre-t-elle l'utilisation du Jet A en Europe ?
Le 8 mai 2026, l'AESA a publié un bulletin d'information de sécurité détaillant les conditions d'utilisation du Jet A en Europe. L'agence a clairement indiqué qu'une introduction du carburant américain ne poserait pas de problème de sécurité, pourvu que cette introduction soit correctement encadrée.
Les garde-fous imposés aux compagnies aériennes
L'AESA a mis en garde contre une adoption trop rapide et sans préparation. Les compagnies aériennes devront former leurs équipes au sol, adapter leurs procédures de ravitaillement et s'assurer que les avions concernés peuvent utiliser le Jet A sans risque. Pour les vols polaires et les liaisons long-courriers traversant des régions très froides, le Jet A-1 restera obligatoire. L'agence recommande également un étiquetage clair des réservoirs et des documents de vol pour éviter toute confusion.
Un précédent réglementaire en période de crise
Cette décision marque une rupture avec les pratiques habituelles. Jusqu'à présent, l'Europe imposait des normes strictes et uniformes pour tous les carburants aviation. La crise actuelle a forcé les régulateurs à faire preuve de souplesse, tout en maintenant des exigences de sécurité élevées. L'AESA a précisé que cette autorisation resterait en vigueur tant que durerait la situation d'urgence, avec une réévaluation prévue dans six mois.
Les directives opérationnelles détaillées
Le bulletin de sécurité de l'AESA comprend plusieurs annexes techniques. Les compagnies doivent notamment documenter chaque ravitaillement en Jet A, conserver des échantillons de carburant pour analyse, et mettre en place des procédures de contrôle qualité renforcées. Les aéroports doivent également adapter leurs infrastructures de stockage pour éviter toute contamination croisée entre les deux types de kérosène.
Pourquoi l'Europe est-elle si dépendante du Moyen-Orient ?
Avant le conflit, l'Europe consommait environ 1,6 million de barils de kérosène par jour. Sur ce total, 500 000 barils étaient importés, dont 20 % transitaient par le détroit d'Ormuz. La fermeture de ce passage stratégique a provoqué une onde de choc sur tout le continent.
Des chiffres qui donnent le vertige
Depuis le début de la guerre, les prix du Jet A-1 ont bondi de 50 %. Les réserves stockées dans le hub d'Amsterdam-Rotterdam-Anvers, qui sert de référence pour toute l'Europe, ont chuté de moitié. Les compagnies aériennes subissent une pression financière énorme. Lufthansa a annoncé l'annulation de 20 000 vols court-courrier pour l'été 2026. Transavia, filiale d'Air France-KLM, a déjà supprimé plusieurs liaisons entre mai et juin. En Allemagne, les aéroports prévoient que jusqu'à 20 millions de voyageurs pourraient être affectés par des annulations.
L'impact direct sur les voyageurs
Les passagers subissent déjà les conséquences de cette crise. Volotea, compagnie low-cost espagnole, a tenté d'ajouter des suppléments carburant après l'achat des billets, une pratique que l'UE a rappelée comme étant illégale. Les annulations de vols se multiplient, créant une situation chaotique pour des millions de vacanciers européens. La situation rappelle la pénurie d'essence en France qui avait paralysé le pays lors de précédentes crises pétrolières.
Une dépendance historique aux approvisionnements extérieurs
L'Europe n'a jamais été autosuffisante en kérosène. Avant la crise, les raffineries européennes couvraient environ 70 % des besoins, le reste provenant principalement du Moyen-Orient, de l'Inde et de la Russie. La guerre en Ukraine avait déjà réduit les importations russes de carburant aviation de près de 40 % depuis 2022. La crise actuelle achève de fragiliser un système d'approvisionnement déjà sous tension.
Comment les exportations américaines explosent-elles ?
Face à la crise, les États-Unis sont devenus le fournisseur de dernier recours de l'Europe. En avril 2026, près de 40 % des importations de kérosène vers le continent provenaient du marché américain, contre une moyenne d'environ 3 % avant le conflit.

Des flux records vers l'Europe
Les exportations américaines de carburéacteur vers l'Europe ont atteint entre 149 000 et 200 000 barils par jour en avril 2026. Sur la semaine se terminant le 3 avril, les États-Unis ont expédié environ 442 000 barils de kérosène vers toutes destinations confondues, soit le double de la moyenne hebdomadaire habituelle. Ces chiffres illustrent l'ampleur du redéploiement logistique opéré en quelques semaines.
Une dépendance stratégique inédite
Cette situation crée une dépendance inédite de l'Europe vis-à-vis des États-Unis pour son approvisionnement en carburant aviation. Avant la crise, les raffineries européennes couvraient l'essentiel des besoins, avec des importations principalement en provenance du Moyen-Orient. Aujourd'hui, le continent doit compter sur les capacités de production américaines, un virage stratégique qui soulève des questions sur la sécurité des approvisionnements à long terme.
Les capacités de production américaines mises à l'épreuve
Les raffineries américaines tournent actuellement à près de 95 % de leur capacité pour répondre à la demande européenne. Les ports de la côte du Golfe du Mexique, comme Houston et La Nouvelle-Orléans, ont vu leurs expéditions de kérosène doubler en deux mois. Les compagnies pétrolières américaines ont réorienté une partie de leur production initialement destinée au marché asiatique vers l'Europe, où les prix sont désormais plus attractifs.
Quelles mesures complémentaires l'Union européenne a-t-elle prises ?
L'autorisation du Jet A n'est qu'une partie de la réponse européenne à la crise. Bruxelles a déployé plusieurs autres mesures pour tenter de stabiliser la situation.
Un observatoire des carburants pour anticiper les pénuries
Le 21 avril 2026, le commissaire aux Transports Apostolos Tzitzikostas a annoncé la création d'un observatoire des carburants. Cet organisme sera chargé de suivre en temps réel l'approvisionnement et les niveaux de stocks de kérosène dans tous les États membres. L'objectif est de détecter rapidement les tensions et d'anticiper les pénuries avant qu'elles ne deviennent critiques.
Des réserves minimales obligatoires de kérosène
Bruxelles envisage d'imposer aux États européens la constitution de réserves minimales de kérosène, sur le modèle des stocks stratégiques de pétrole brut déjà existants. Cette mesure, si elle est adoptée, obligerait chaque pays à maintenir un volume de carburant aviation équivalent à plusieurs semaines de consommation. La situation rappelle les alertes sur les stockages de gaz en Europe, où des niveaux bas avaient provoqué une flambée des prix.
Une flexibilité accrue sur les créneaux aéroportuaires
L'UE a également assoupli les règles sur les créneaux aéroportuaires. Normalement, les compagnies aériennes doivent utiliser au moins 80 % de leurs créneaux sous peine de les perdre. Cette règle a été suspendue pour permettre aux transporteurs de réduire leurs vols sans être pénalisés. Les compagnies qui renoncent à des créneaux à cause du coût du carburant ne seront pas sanctionnées.
Des discussions sur les carburants durables
Parallèlement, la Commission européenne a accéléré les discussions sur les carburants d'aviation durables (SAF). Plusieurs États membres plaident pour un relèvement des objectifs d'incorporation de SAF, actuellement fixés à 2 % pour 2026. Le Royaume-Uni, via son groupe de travail sur les SAF, a publié un rapport recommandant des investissements massifs dans les filières de production de carburants synthétiques et de biocarburants avancés.
Quels défis logistiques et opérationnels attendent les acteurs du secteur ?
L'introduction du Jet A en Europe ne se fera pas sans difficultés. Les aéroports, les compagnies et les fournisseurs doivent s'adapter rapidement.
La formation des équipes au sol
Les personnels au sol doivent apprendre à manipuler un carburant aux propriétés légèrement différentes. Les procédures de ravitaillement, les contrôles de qualité et les tests de sécurité devront être ajustés. Les compagnies aériennes doivent également former leurs pilotes et leurs équipes techniques à identifier le type de carburant utilisé et à adapter leurs calculs de vol en conséquence.
La gestion des stocks mélangés
Un des principaux défis concerne le mélange des deux types de kérosène dans les réservoirs des avions et dans les cuves des aéroports. L'AESA a publié des directives précises sur les proportions acceptables et les précautions à prendre. En pratique, les deux carburants sont miscibles, mais des tests supplémentaires seront nécessaires pour garantir la qualité du mélange, notamment en ce qui concerne le point de congélation final.
Les adaptations techniques des aéroports
Les aéroports européens doivent modifier leurs infrastructures de stockage pour accueillir le Jet A. Cela implique de nettoyer certaines cuves, d'installer des systèmes de filtration supplémentaires et de mettre en place des procédures de traçabilité renforcées. Les petits aéroports régionaux, qui disposent de moyens plus limités, pourraient rencontrer des difficultés particulières pour se conformer aux nouvelles exigences.
Quelles perspectives pour l'été 2026 ?
L'été s'annonce comme une période-test pour ce nouveau dispositif. Les compagnies aériennes espèrent que l'autorisation du Jet A permettra de limiter les annulations de vols et de stabiliser les prix.
Un été sous tension
Malgré ces mesures, les perturbations resteront importantes. Les annonces d'annulations continuent de tomber, et les voyageurs doivent s'attendre à des retards et des changements de dernière minute. Les aéroports allemands ont prévenu que jusqu'à 20 millions de passagers pourraient être concernés par des annulations. En France, la situation est moins critique mais reste tendue.
Le rôle clé des États-Unis pour l'approvisionnement
La capacité des raffineries américaines à maintenir leurs exportations à un niveau élevé sera déterminante. Si les flux se tarissent, l'Europe n'aura pas d'autre solution que de réduire encore davantage son trafic aérien. La question de la pénurie de missiles américains montre que la dépendance européenne vis-à-vis des États-Unis ne se limite pas au carburant, mais touche également des domaines stratégiques comme la défense.
Les scénarios possibles pour les mois à venir
Plusieurs scénarios se dessinent pour la suite de l'année 2026. Dans le meilleur des cas, un cessez-le-feu au Moyen-Orient permettrait une réouverture progressive du détroit d'Ormuz et un retour à des prix plus normaux d'ici la fin de l'année. Dans le pire des cas, le conflit pourrait s'étendre et durer plusieurs mois, obligeant l'Europe à maintenir des restrictions sur le trafic aérien pendant tout l'été. Les économistes estiment que le prix du kérosène pourrait rester élevé jusqu'à fin 2027, même en cas de résolution rapide du conflit, en raison des stocks à reconstituer.
Conclusion
L'autorisation du carburant américain Jet A en Europe représente une réponse pragmatique à une crise sans précédent. La fermeture du détroit d'Ormuz et la guerre au Moyen-Orient ont brutalement révélé la vulnérabilité du continent en matière d'approvisionnement énergétique. En ouvrant la voie au Jet A, l'AESA offre une bouffée d'oxygène aux compagnies aériennes, mais cette solution reste temporaire. La différence de point de congélation entre les deux carburants limite son utilisation aux vols ne traversant pas les zones les plus froides. À plus long terme, l'Europe devra repenser sa stratégie d'approvisionnement en kérosène, diversifier ses sources et constituer des réserves stratégiques pour éviter de se retrouver dans une situation aussi précaire. L'été 2026 sera un test grandeur nature pour ce nouveau dispositif, et les voyageurs devront s'armer de patience face aux perturbations annoncées.