Le camp As-Sayliyah : un purgatoire administratif pour 1 100 alliés afghans
Plus de 1 100 évacués afghans alliés des États-Unis et leurs familles sont bloqués au camp As-Sayliyah au Qatar. Ils attendent une réinstallation aux États-Unis. La fermeture du camp avait été annoncée pour le 31 mars 2026.

Au camp, environ 800 résidents sont dans la filière de réinstallation des réfugiés (USRAP), suspendue. Environ 300 sont dans le programme de visas spéciaux (SIV) ou d'immigration. 150 sont des familles de militaires américains. Plus de la moitié sont des femmes et des enfants.

Le Qatar héberge ce camp depuis l'évacuation de 2021. Il s'agit d'une installation gérée par les États-Unis, que Washington et Doha ont reconvertie après la chute de Kaboul ; les sources disponibles ne détaillent pas précisément le financement de l'attente des résidents. La tension régionale autour du Golfe, comme le montre l'article Qatar et Iran : la crise de la "trahison" secoue le Golfe, complique le cadre diplomatique de cette attente.
Le programme SIV : un mécanisme juridique à l'arrêt
Le visa SIV permet aux alliés afghans d'entrer aux États-Unis. La loi du 23 mars 2024 a ajouté 12 000 visas SIV supplémentaires et prolongé le programme jusqu'au 31 décembre 2025. La fenêtre de dépôt de nouvelles demandes a donc clos définitivement le 31 décembre 2025.
Depuis la suspension du 1er janvier 2026, seuls 3 visas SIV afghans ont été délivrés. Un tribunal fédéral a ordonné le 6 février 2026 de poursuivre l'adjudication des dossiers en cours. Mais la délivrance des visas et l'entrée aux États-Unis restent suspendues.
En février 2026, environ 5 900 numéros de visa SIV restent disponibles. Ils concernent environ 178 110 alliés afghans dont la demande a été approuvée par le Département d'État mais qui n'ont pas encore de visa. Le Congrès n'a pas voté d'extension des programmes comme l'Enduring Welcome Act ou l'Afghan Adjustment Act.
Washington propose un "auto-départ" : paiements et relocalisation vers des pays tiers
Le Département d'État a offert environ 4 500 dollars par personne principale et 1 200 dollars par famille pour un retour en Afghanistan. Il justifie la fermeture du camp par un manque de vetting des résidents. L'organisation AfghanEvac conteste cette affirmation de déficit de contrôle. L'absence de résolution sur ce point laisse planer un doute sur la justification officielle.
Le Département d'État déclare qu'environ 150 personnes auraient accepté l'offre. Il affirme qu'il n'y a pas de rapatriement forcé. La relocalisation vers des pays tiers est présentée comme une "bonne issue". Le camp serait un héritage d'un vetting défaillant sous l'administration Biden.
L'administration négocie une relocalisation vers des pays tiers. Le New York Times cite la RD Congo, le Wall Street Journal mentionne deux pays africains et un asiatique. 27 personnes d'Abou Dabi ont été envoyées au Rwanda en août 2025 et y sont bloquées.

Des élus démocrates, les représentantes Kamlager-Dove et Meeks, qualifient le plan de "trahison" et de rupture de parole américaine. Cette étiquette est une caractérisation politique, pas une conclusion juridique. L'organisation AfghanEvac dénonce un "self-deport" (auto-déportation) non volontaire, contestant le récit officiel de départ volontaire.
La date de fermeture annoncée du 31 mars 2026 est désormais dépassée, et les résidents du camp As-Sayliyah n'ont toujours pas de destination sûre. Les options de relocalisation restent incertaines.