Le 7 avril 2026, la police fédérale australienne a arrêté Ben Roberts-Smith à bord d'un vol commercial à Sydney. Ce soldat, présenté comme le soldat australien vivant le plus décoré, a été inculpé de cinq chefs d'accusation de meurtre en temps de guerre pour des assassinats présumés de détenus afghans non armés, un tournant inédit dans l'histoire militaire australienne.

Le conflit afghan et l'ouverture de poursuites inédites
Les faits retenus par l'accusation s'échelonnent entre 2009 et 2012, alors que les forces australiennes opéraient en Afghanistan. Il s'agit notamment d'assassinats présumés de détenus afghans non armés. Le rapport Brereton de 2020 avait déjà porté un regard inquiet sur les opérations des commandos des forces spéciales australiennes, révélant des preuves crédibles d'assassinats illégaux de 39 personnes et recommandant l'ouverture d'enquêtes sur 19 membres actuels ou anciens des forces de défense australiennes.
C'est dans ce contexte que l'Office of the Special Investigator (OSI), créé en 2021 après la publication du rapport Brereton, a mené son enquête. L'institution a lancé 53 dossiers, en a achevé 39, mais n'a poursuivi qu'un seul autre individu à ce jour : Oliver Schulz, un ancien soldat du SAS.
Un procès sans précédent
L'affaire Roberts-Smith marque une première mondiale : un soldat porteur de la Victoria Cross, la plus haute distinction militaire australienne, est désormais accusé de crime de guerre. Il serait le premier récipiendaire de cette distinction à être inculpé pour crime de guerre.
Si les circonstances de l'arrestation ont suscité des interrogations (des médias avaient eu connaissance des plans d'arrestation avant l'intervention, un fait signalé à la Commission nationale anti-corruption), Roberts-Smith a passé plus d'une semaine en détention avant d'être libéré sous caution le 17 avril 2026.

Ses conditions de libération comprennent la remise de son passeport et une interdiction formelle de contacter des soldats avec lesquels il a servi en Afghanistan. Quatre témoins clés de son précédent procès en diffamation (une procédure qui a duré sept ans et coûté plusieurs millions de dollars) ont reçu une immunité en échange de leur témoignage lors du procès pénal.
Le poids des preuves
Contrairement à l'affaire Schulz, aucune image n'est publiquement connue pour étayer les accusations contre Roberts-Smith. Les procureurs devront s'appuyer entièrement sur les témoignages d'anciens collègues et de civils afghans.
Ross Barnett, directeur des enquêtes à l'OSI, a reconnu les difficultés rencontrées : "Ils font face à des circonstances difficiles - notamment un manque de preuves physiques préservées et l'absence de coopération policière transfrontalière".
En cas de condamnation pour les cinq chefs d'accusation, Roberts-Smith risque la prison à vie. À ce jour, selon l'analyste Maxim Shanahan, aucune personne n'a jamais été condamnée pour crime de guerre dans l'Australie contemporaine, ce qui fait de cette affaire un jalon majeur.
Un débat national
L'affaire divise l'opinion australienne. D'un côté, certains voient dans les poursuites un triomphe de la transparence et de l'État de droit. Le chercheur en éthique militaire Deane-Peter Baker estime que "c'est un moment que les Australiens devraient être fiers de".
De l'autre, des voix s'élèvent pour dénoncer une forme de persécution. L'ancien Premier ministre Tony Abbott a déclaré que certains soldats des forces spéciales de la campagne afghane "ont été victimes d'une forme de persécution par le pays qu'ils ont servi".
Le financement de l'OSI
Le gouvernement fédéral a alloué 43,8 millions de dollars australiens à l'OSI dans le budget 2026-2027, soulignant l'engagement financier et institutionnel du pays envers la justice militaire.
Cela contraste avec les approches des autres pays alliés. Selon certains observateurs, les États-Unis et le Royaume-Uni ont connu des condamnations pour crimes de guerre annulées et des enquêtes abandonnées dans des affaires militaires similaires, ce qui fait de l'Australie un modèle de rigueur dans la poursuite des crimes de guerre.
Le Royaume-Uni, toutefois, a annoncé ses propres enquêtes inspirées du rapport Brereton face à des accusations de manquements.
Vers un procès historique
La procédure a désormais été transférée au Département des poursuites civiles et pénales (CDPP), mais aucune date de procès n'a été officiellement fixée. Les analystes s'attendent à ce que le dossier prenne plusieurs années avant d'atteindre les juridictions compétentes.
Dans un pays où les commandos australiens ont longtemps été vénérés pour leur rôle dans les conflits internationaux, l'affaire Roberts-Smith marque peut-être une réorientation du mythe national vers une culture de responsabilité. L'affaire Schulz, quant à elle, est perçue comme un test pilote pour la manière dont le droit australien sera interprété et appliqué dans les prochains procès.
L'affaire met en tension le respect dû aux soldats et l'exigence de justice.
Questions fréquentes
De quoi est-il accusé ?
Ben Roberts-Smith a été inculpé de cinq chefs d'accusation de meurtre en temps de guerre pour des assassinats présumés de détenus afghans non armés, commis entre 2009 et 2012 en Afghanistan.
Quand a-t-il été arrêté ?
Ben Roberts-Smith a été arrêté le 7 avril 2026 à bord d'un vol commercial à Sydney.