Un avocat présente un téléphone à un homme âgé lors d'une audience au tribunal en Ouganda.
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L'avocat de l'opposant ougandais Besigye inculpé pour une infraction liée à la trahison

Enlevé par l'armée, inculpé pour ne pas avoir dénoncé son client, l'avocat de l'opposant Besigye devient le symbole d'une répression judiciaire qui muselle les défenseurs et verrouille l'avenir politique de l'Ouganda.

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L'affaire qui secoue l'Ouganda depuis le 15 juin 2026 dépasse le simple cadre judiciaire. Erias Lukwago, ancien maire de Kampala et avocat principal de l'opposant historique Kizza Besigye, a été enlevé à son domicile par des soldats cagoulés avant d'être inculpé pour « misprision de trahison » — un délit rare qui consiste à ne pas avoir dénoncé un complot présumé. Cette arrestation, ordonnée par le chef de l'armée Muhoozi Kainerugaba — fils du président Yoweri Museveni —, intervient alors que Lukwago s'apprêtait à signifier une citation à comparaître à ce même général. Plongée dans un système où l'arme judiciaire sert à éliminer les opposants et à museler leurs défenseurs.

Un avocat présente un téléphone à un homme âgé lors d'une audience au tribunal en Ouganda.
Un avocat présente un téléphone à un homme âgé lors d'une audience au tribunal en Ouganda. — (source)

L'enlèvement de l'avocat Erias Lukwago : un scénario digne d'un roman policier

Le 15 juin 2026, aux premières lueurs de l'aube, des hommes armés en tenue militaire encerclent une maison du quartier Wakaliga, dans la division Rubaga de Kampala. À l'intérieur, Erias Lukwago, 53 ans, prépare les documents qu'il doit remettre en main propre au général Muhoozi Kainerugaba plus tard dans la journée. Il s'agit d'une citation à comparaître dans le cadre d'une plainte déposée par son client Kizza Besigye, qui accuse le chef de l'armée de menaces de mort répétées sur les réseaux sociaux.

Les soldats défoncent la porte, bousculent les membres de la famille et emmènent l'avocat menotté et les yeux bandés. Pendant près de quarante-huit heures, personne ne sait où il se trouve. Sa femme, Zawedde Lubwama Lukwago, décrit une scène qui rappelle les heures les plus sombres de l'histoire ougandaise : « Aujourd'hui, nous avons assisté à ce dont nous entendions parler sous Idi Amin », déclare-t-elle à la presse, en référence au dictateur qui régna par la terreur entre 1971 et 1979.

Un avocat prend la parole lors d'une audience au tribunal en Ouganda.
Un avocat prend la parole lors d'une audience au tribunal en Ouganda. — (source)

Le jour où l'armée a enlevé un avocat chez lui

Les témoignages recueillis par les médias locaux brossent un tableau glaçant. Une dizaine de soldats cagoulés, lourdement armés, pénètrent dans la résidence vers 7 heures du matin. L'opération est rapide, méthodique. L'épouse de Lukwago raconte avoir supplié les hommes de lui dire où ils emmenaient son mari. Réponse : le silence. L'avocat est conduit dans un lieu tenu secret — on apprendra plus tard qu'il s'agit du sous-sol d'un bâtiment militaire, ce que Kainerugaba lui-même appellera « le sous-sol » dans un tweet provocateur.

Le général n'a pas attendu longtemps pour revendiquer l'opération. Sur son compte X, il écrit avoir « capturé un imbécile » et publie une photo de Lukwago les yeux bandés, dans une posture humiliante. Dans un autre message, il clame : « Je suis fier de toute la douleur et de toute la souffrance que je vais infliger au CRIMINEL LUKWAGO ! » Le ton ne laisse aucun doute : il s'agit d'une vengeance personnelle, déguisée en opération de sécurité nationale.

La charge de « misprision de trahison » expliquée en trois minutes

Le 17 juin 2026, Lukwago est finalement présenté devant le tribunal de première instance de Makindye. La charge retenue contre lui est aussi rare que redoutable : la « misprision de trahison », prévue par l'article 25 du Code pénal ougandais. Ce délit consiste à avoir eu connaissance d'un projet de trahison — entre 2021 et 2024, selon l'acte d'accusation — et à ne pas l'avoir signalé aux autorités (ministre, magistrat ou officier de police).

Contrairement à la trahison elle-même, la misprision n'exige aucune participation active au complot. Il suffit d'avoir su et de s'être tu. La peine maximale est de sept ans d'emprisonnement. Ce délit, tombé en désuétude depuis des décennies, est réactivé pour la première fois depuis longtemps. Les experts juridiques ougandais soulignent que son utilisation contre un avocat est sans précédent dans l'histoire récente du pays.

« Comment pourrais-je commettre ce crime quand je suis leur avocat ? »

Devant le juge, Lukwago plaide non coupable et oppose une défense aussi simple que percutante. « Ce n'est pas vrai. En réalité, les personnes mentionnées sont mes clients. Comment pourrais-je commettre ce crime quand je suis leur avocat ? » Sa question soulève un problème juridique fondamental : la confidentialité des échanges entre un avocat et son client. En accusant Lukwago de ne pas avoir dénoncé Besigye et ses co-accusés, l'État ougandais exigerait en réalité qu'il trahisse le secret professionnel — un principe sacré dans toute démocratie digne de ce nom.

Le juge ordonne son placement en détention provisoire à la prison de Luzira jusqu'au 22 juin 2026, date de sa prochaine audience. L'Ordre des avocats ougandais (Uganda Law Society) exige sa libération immédiate, affirmant que l'armée « n'a absolument aucun rôle à jouer dans l'intimidation, les menaces ou l'arrestation des avocats », selon les mots de son secrétaire Babu Ssali.

Des avocats et magistrats échangent des poignées de main lors d'une audience.
Des avocats et magistrats échangent des poignées de main lors d'une audience. — (source)
UBC UGANDA@ubctvuganda·FollowUPDATE: Former Kampala Lord Mayor Erias Lukwago has been remanded to Luzira Prison until June 22, 2026, after appearing before Makindye Chief Magistrate’s Court on a charge of misprision of treason, which he denied.

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Eron Kiiza, le précédent qui a lancé l'alerte

L'arrestation de Lukwago n'est pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans une stratégie systématique de musellement de la défense, dont le premier acte remonte à janvier 2025. À l'époque, un autre avocat de Besigye, Eron Kiiza, est arrêté en pleine audience au tribunal militaire de Makindye. Son crime : avoir assisté son client dans le box des accusés.

Ce précédent est crucial pour comprendre la logique du régime. En ciblant les avocats, Kampala cherche à priver l'opposition de ses défenseurs légaux, rendant toute procédure judiciaire équitable impossible. La méthode est simple : on arrête l'avocat, on le condamne sommairement, et on envoie un message à tous les autres membres du barreau.

Neuf mois de prison pour un « outrage au tribunal » militaire

Le 7 janvier 2025, Eron Kiiza se tient aux côtés de son client Hajji Obeide Lutale, co-accusé de Besigye, dans la salle d'audience du General Court Martial. Sans préavis, le tribunal le déclare coupable d'« outrage au tribunal ». Il n'a droit à aucune défense, à aucun délai pour préparer sa réponse. La sentence tombe : neuf mois de prison ferme à Kitalya.

Des avocats escortés par un soldat dans un couloir du tribunal ougandais.
Des avocats escortés par un soldat dans un couloir du tribunal ougandais. — (source)

Amnesty International dénonce une décision « outrageuse » et exige sa libération immédiate. L'organisation rappelle que Kiiza a été condamné pour avoir simplement fait son travail — assister un client dans le cadre d'une procédure judiciaire. Son arrestation dans l'enceinte même du tribunal militaire, sans possibilité de se défendre, viole les principes les plus élémentaires du droit à un procès équitable.

Kiiza était également le premier avocat de Lutale. Après sa condamnation, un vide juridique s'est créé dans la défense des co-accusés de Besigye, que Lukwago a tenté de combler — jusqu'à son propre enlèvement.

La colère de l'Ordre des avocats ougandais

La profession juridique ougandaise est en ébullition. L'Uganda Law Society, qui regroupe les avocats du pays, multiplie les déclarations et les actions en justice pour dénoncer ce qu'elle considère comme une attaque frontale contre l'indépendance du barreau. Babu Ssali, son secrétaire, est catégorique : l'armée n'a aucun droit d'arrêter des avocats dans l'exercice de leurs fonctions.

Le malaise est profond. De nombreux avocats ougandais confient craindre pour leur sécurité. Certains refusent désormais de représenter des opposants politiques, par peur de subir le même sort que Kiiza ou Lukwago. La frontière entre le pouvoir judiciaire civil et le pouvoir militaire s'estompe dangereusement, laissant planer le spectre d'une justice aux ordres du régime.

La « trahison » comme sport national : retour sur les accusations contre Besigye

Pour comprendre l'inculpation de Lukwago, il faut revenir sur le sort de son client, Kizza Besigye. Cet ancien médecin personnel de Yoweri Museveni, devenu son principal opposant, croupit en prison depuis novembre 2024. Les charges qui pèsent contre lui sont d'une gravité extrême : trahison (chef principal), perfidie (chef accessoire, passible de la peine de mort), possession illicite d'armes et terrorisme.

L'accumulation de ces qualifications pénales n'est pas le fruit du hasard. Elle vise à rendre toute libération sous caution impossible et à maintenir Besigye hors course pour les prochaines échéances électorales. La stratégie du régime est limpide : empiler les charges jusqu'à ce que l'opposant soit enterré sous leur poids.

Enlevé au Kenya, jugé par un tribunal militaire : le calvaire de Besigye

Le 16 novembre 2024, Kizza Besigye est enlevé à Nairobi, au Kenya, par des hommes non identifiés. Il est transféré illégalement en Ouganda et incarcéré dans une prison militaire. Aucune procédure d'extradition n'est respectée. Le Kenya, pourtant signataire de conventions internationales sur l'extradition, ne proteste pas officiellement.

Le chef de l'armée ougandaise Muhoozi Kainerugaba s'adresse à la presse.
Le chef de l'armée ougandaise Muhoozi Kainerugaba s'adresse à la presse. — (source)

Depuis son arrestation, Besigye a entamé plusieurs grèves de la faim prolongées pour protester contre les conditions de sa détention et l'illégalité de sa captivité. Toutes ses demandes de libération sous caution ont été rejetées. Le tribunal militaire qui le juge — la « cour martiale » — est régulièrement accusé d'incompétence par des organisations de défense des droits humains. La Cour constitutionnelle ougandaise elle-même a déjà jugé, dans des décisions antérieures, que les tribunaux militaires n'avaient pas compétence pour entendre des affaires de terrorisme ou de possession d'armes à feu. Ces décisions sont ignorées.

Trahison, perfidie, terrorisme : un arsenal pénal pour neutraliser un opposant

L'arsenal juridique déployé contre Besigye est impressionnant. Outre la trahison — complot en vue de renverser le gouvernement entre 2023 et 2024, dans divers lieux à travers le monde —, les autorités ont ajouté en janvier 2025 une charge de « perfidie » au titre de l'article 23(3)(a) du Code pénal. Il s'agit d'une infraction capitale, passible de la peine de mort.

La perfidie, dans le droit ougandais, désigne le fait de trahir la confiance de l'État en abusant de sa position. Les procureurs affirment que Besigye aurait utilisé son statut d'ancien militaire pour ourdir un complot. À cela s'ajoutent des accusations de possession illicite d'armes et de terrorisme, qui relèvent normalement de la juridiction civile mais ont été transférées à la cour martiale.

Cette accumulation de charges vise un objectif politique clair : neutraliser définitivement le principal opposant au régime Museveni, en le maintenant derrière les barreaux par tous les moyens légaux — et parfois illégaux.

2026, l'élection qui change tout : la répression judiciaire monte d'un cran

Le scrutin présidentiel du 15 janvier 2026 a marqué un tournant. Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis 1986, a remporté un septième mandat contesté. Son principal adversaire, Bobi Wine (Robert Kyagulanyi), a fui aux États-Unis après l'annonce des résultats. La victoire a été émaillée de violences et d'irrégularités, selon les observateurs internationaux.

Depuis cette élection, la répression s'est intensifiée. Le fils du président, Muhoozi Kainerugaba, s'affirme comme l'homme fort du régime, se positionnant comme le successeur désigné de son père. Son style — provocateur, brutal, assumé — contraste avec la retenue calculée de Museveni. Kainerugaba utilise les réseaux sociaux comme une arme d'intimidation massive.

400 arrestations, 32 journalistes attaqués : les chiffres d'une campagne sous tension

Les chiffres compilés par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) donnent la mesure de la répression. Plus de 400 militants de l'opposition ont été arrêtés dans le cadre de la campagne électorale. Trente-deux journalistes ont été agressés lors d'une élection partielle en mars 2025. Cinq organisations de la société civile ont été suspendues. Le fournisseur d'accès Internet Starlink a reçu l'ordre de couper son service dans certaines zones, pour empêcher la coordination des manifestations.

Parmi les cas les plus emblématiques, celui de l'avocate Sarah Bireete, arrêtée le 30 décembre 2025, deux semaines avant le scrutin. Elle défendait des militants de l'opposition. Sa détention a été dénoncée par plusieurs organisations internationales, mais sans effet.

Le fils du président, « juge et bourreau » sur les réseaux sociaux

Muhoozi Kainerugaba ne cache pas son mépris pour les procédures judiciaires. Ses tweets, postés depuis son compte officiel, sont autant de déclarations de guerre contre quiconque ose défier le régime. « J'ai capturé un imbécile », écrit-il après l'enlèvement de Lukwago. « Je suis fier de toute la douleur et de toute la souffrance que je vais infliger au criminel Lukwago », ajoute-t-il dans un autre message.

Ces déclarations publiques posent un problème grave. Le chef de l'armée ougandaise se présente ouvertement comme celui qui décide des arrestations, des détentions et des châtiments, court-circuitant la justice civile. Un citoyen ougandais, Ronald Agaba Jr., lui adresse une lettre ouverte sur X : « Le pouvoir vous a complètement corrompu. Vous croyez maintenant que porter l'uniforme de chef d'état-major vous donne le droit d'agir comme juge, jury et bourreau, au-dessus de la Constitution. » Ronald Agaba Jr 🏳️‍🌈🇺🇬@ronnieagabajr·FollowOpen Letter to the Chief of Defence Forces, General Muhoozi Kainerugaba, @cdfupdf

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De Minsk à Kampala : le manuel de la répression par la trahison

Si l'affaire Lukwago semble propre à l'Ouganda, elle s'inscrit dans un modèle bien plus large. La criminalisation de l'opposition via des accusations de trahison ou de complot n'est pas une invention ougandaise. On la retrouve dans plusieurs régimes autoritaires, qui ont perfectionné l'art d'utiliser le droit pour éliminer leurs adversaires.

Le parallèle avec la Biélorussie est frappant. Depuis la contestation de 2020, le régime de Loukachenko a multiplié les poursuites contre les avocats ayant défendu des opposants, les accusant de financer des activités extrémistes ou de ne pas avoir dénoncé des complots présumés. La même logique prévaut en Russie, où la loi sur les « agents de l'étranger » sert à criminaliser toute forme de défense des droits humains. Ce manuel de la répression par la trahison semble avoir été copié et adapté à Kampala.

En Biélorussie, les avocats de l'opposition radiés pour « extrémisme »

Après les élections contestées d'août 2020 en Biélorussie, des centaines d'avocats ont été radiés du barreau pour avoir représenté des opposants politiques. Le motif invoqué : « financement d'activités extrémistes ». Dans la pratique, il s'agissait d'avoir accepté de défendre des clients accusés d'avoir participé aux manifestations.

La similitude avec la « misprision de trahison » ougandaise est frappante. Dans les deux cas, l'État ne reproche pas à l'avocat d'avoir commis un acte illégal, mais d'avoir eu connaissance d'un complot présumé sans le dénoncer. La confidentialité avocat-client, pilier de l'état de droit, est ainsi sacrifiée sur l'autel de la répression politique.

La communauté internationale regarde-t-elle ailleurs ?

Une question dérangeante se pose : pourquoi l'indignation internationale est-elle si mesurée face à la dérive autoritaire ougandaise ? Plusieurs facteurs l'expliquent. L'Ouganda est un acteur clé dans la région des Grands Lacs, engagé militairement en Somalie contre les shebabs et considéré comme un allié occidental dans la lutte contre le terrorisme. Yoweri Museveni, malgré ses 40 ans de pouvoir, bénéficie encore de certains soutiens diplomatiques.

Les chiffres de la FIDH — 400 arrestations, 32 journalistes agressés, 5 ONG suspendues — n'ont pas déclenché de sanctions concrètes de la part des partenaires occidentaux de Kampala. L'affaire Lukwago pourrait changer la donne, mais rien n'est moins sûr. Comme le rappelle un expert cité par TV5 Monde, le régime de Kampala adapte ses méthodes à l'ère numérique, tout en sachant que la communauté internationale a d'autres priorités géopolitiques.

Les jeunes Ougandais dans l'étau : engagement numérique vs répression physique

Avec 46 millions d'habitants dont 71 % ont moins de 30 ans, l'Ouganda est l'un des pays les plus jeunes du monde. Cette jeunesse, confrontée à un chômage massif — 43 % des jeunes sont sans emploi —, constitue à la fois la principale force de contestation et la cible prioritaire de la répression.

Les réseaux sociaux sont devenus le champ de bataille principal. C'est sur X que les jeunes Ougandais s'informent, s'organisent et dénoncent les abus du régime. C'est aussi sur X que le général Kainerugaba insulte les avocats et menace ses opposants. La bataille est numérique, mais ses conséquences sont bien physiques.

71 % de moins de 30 ans, 43 % de chômage : la bombe sociale ougandaise

Les chiffres sont implacables. Sur 46 millions d'Ougandais, 33 millions ont moins de 30 ans. Chaque année, 700 000 diplômés sortent des universités, mais seuls 90 000 trouvent un emploi formel. Le revenu par tête est de 987 dollars par an, l'un des plus faibles d'Afrique de l'Est. Au classement de la perception de la corruption de Transparency International, l'Ouganda occupe la 140e place sur 180.

Ce terreau économique est explosif. Sans perspective d'emploi, sans avenir dans le système formel, une partie croissante de la jeunesse se tourne vers le militantisme politique. Bobi Wine, avec son discours anti-système et sa musique populaire, a cristallisé cette colère. Mais après son exil aux États-Unis, la jeunesse ougandaise se retrouve sans figure de proue, mais pas sans combativité.

Twitter comme champ de bataille : quand un général insulte les avocats

Les tweets de Kainerugaba sont reçus avec colère et incrédulité par une partie de la jeunesse ougandaise. Agather Atuhaire, militante des droits humains, résume le sentiment général : « On assiste ici à un niveau d'impunité tel que ce type pense qu'il ne subira aucune conséquence. » Elle fait référence à l'absence de réaction des autorités judiciaires face aux menaces proférées par le chef de l'armée.

Ronald Agaba Jr., un citoyen ordinaire, a écrit une lettre ouverte qui a été largement partagée sur X. Il y dénonce un chef d'état-major qui se fait « juge, jury et bourreau », au mépris de la Constitution. Ces voix montrent que la société civile ougandaise n'est pas résignée. Mais chaque prise de parole expose son auteur à des représailles.

Le régime de Kampala ne se contente pas d'arrêter des avocats. Il adapte ses méthodes de répression à l'ère numérique. En janvier 2026, Starlink a reçu l'ordre de couper l'accès à son service Internet par satellite dans plusieurs zones du pays. L'objectif : empêcher la coordination des manifestations et limiter la diffusion d'informations non contrôlées.

Cinq organisations de la société civile ont été suspendues, officiellement pour « non-respect des obligations légales ». En réalité, il s'agit d'organisations qui documentaient les violations des droits humains et soutenaient les familles des opposants emprisonnés. La défenseure des droits humains Sarah Bireete, arrêtée fin 2025, est toujours détenue. Le message est clair : toute tentative d'organisation indépendante sera réprimée.

Conclusion : le procès de Lukwago, test ultime pour la justice ougandaise

L'affaire Erias Lukwago dépasse largement le sort d'un seul avocat. Elle révèle la détermination du clan Museveni à éliminer toute opposition par l'arme judiciaire, à museler les défenseurs et à verrouiller la transition à venir. En ciblant les avocats, le régime attaque le fondement même de l'état de droit : le droit à une défense équitable.

La réaction des juridictions ougandaises — civiles et militaires — sera déterminante. Si la justice civile ose tenir tête à l'armée et ordonner la libération de Lukwago, elle démontrera qu'elle n'est pas entièrement inféodée au pouvoir. Si elle cède, le signal sera désastreux. La communauté internationale, de son côté, devra choisir entre ses intérêts géopolitiques dans la région des Grands Lacs et la défense des principes démocratiques.

Le procès de Lukwago, dont la prochaine audience est fixée au 22 juin 2026, sera un test pour l'avenir de la justice en Ouganda. Mais il pose aussi une question plus large, qui dépasse les frontières du pays : dans un monde où la criminalisation des professions juridiques devient une technique de répression courante, comment protéger ceux qui ont pour mission de défendre les droits des plus vulnérables ? La réponse à cette question déterminera si l'état de droit a encore un avenir en Afrique — et ailleurs.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la misprision de trahison en Ouganda ?

La misprision de trahison est un délit rare prévu par l'article 25 du Code pénal ougandais. Il consiste à avoir eu connaissance d'un projet de trahison sans le signaler aux autorités, et est passible de sept ans d'emprisonnement.

Pourquoi Erias Lukwago a-t-il été arrêté ?

Erias Lukwago, avocat de l'opposant Kizza Besigye, a été enlevé à son domicile par des soldats puis inculpé pour misprision de trahison. Il s'apprêtait à signifier une citation à comparaître au général Muhoozi Kainerugaba, fils du président.

Quelles charges pèsent contre Kizza Besigye ?

Kizza Besigye est accusé de trahison, perfidie (passible de la peine de mort), possession illicite d'armes et terrorisme. Il a été enlevé au Kenya en novembre 2024 et est jugé par un tribunal militaire.

Quel rôle joue Muhoozi Kainerugaba dans cette affaire ?

Muhoozi Kainerugaba, chef de l'armée et fils du président, a ordonné l'arrestation de l'avocat Lukwago. Il a revendiqué l'opération sur X en insultant l'avocat et en se présentant comme juge et bourreau au-dessus de la Constitution.

Combien de militants arrêtés lors de l'élection 2026 en Ouganda ?

Plus de 400 militants de l'opposition ont été arrêtés pendant la campagne électorale de 2026. Trente-deux journalistes ont été agressés et cinq organisations de la société civile ont été suspendues, selon la FIDH.

Sources

  1. abcnews.com · abcnews.com
  2. africacenter.org · africacenter.org
  3. No, Ugandan opposition leader Kizza Besigye remains in detention ... · africacheck.org
  4. amnesty.org · amnesty.org
  5. aol.com · aol.com
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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