Jeudi 12 mars 2026, une sentence historique tombait dans le silence lourd du tribunal militaire de Moscou, mettant un terme judiciaire à l'un des drames les plus sanglants qu'ait connus la Russie contemporaine. Après des mois d'un procès à huis clos qui a suscité de nombreuses interrogations internationales, les juges du deuxième district militaire occidental ont rendu leur verdict. En Russie, les « loups de la nuit », surnom donné aux auteurs de l'attaque djihadiste du Crocus City Hall, viennent d'être condamnés aux peines les plus lourdes du code pénal. Ce jugement clôture provisoirement le chapitre d'un massacre qui a endeuillé plus de cent cinquante familles, mais il laisse aussi planer le doute sur la transparence d'une justice russe instrumentalisée par la géopolitique.

Quinze condamnations à la perpétuité : le verdict final dans la cage de verre du tribunal
L'atmosphère était électrique dans la salle d'audience du tribunal militaire du deuxième district occidental de Moscou ce jeudi 12 mars 2026. À l'intérieur de la cage en verre blindée, les accusés, visage baissé, écoutaient la lecture du verdict qui scellait leur destin pour l'éternité. Le tribunal a prononcé quinze condamnations à la prison à perpétuité, une sanction collective d'une rare sévérité, même dans le contexte judiciaire russe antiterroriste. Cette audience solennelle marquait le point d'orgue d'un procès qui s'était déroulé à l'abri des regards du public et de la presse internationale, ne laissant filtrer que des bribes d'une enquête politiquement sensible.

Douze mars deux-mille-vingt-six : la fin d'un procès historique à Moscou
Ce 12 mars 2026, la sécurité du palais de justice était renforcée à l'extrême, quadrillée par des agents en tenue civile et des membres des services spéciaux, témoignant de l'importance stratégique de ce moment. Le procès s'était ouvert le 4 août 2025, mais très rapidement, les magistrats avaient ordonné le huis clos, mesure exceptionnelle justifiée par le parquet au nom de la sécurité nationale. Seule la séance consacrée à la lecture du verdict a été publique, offrant aux victimes et aux observateurs une vision limitée de la justice en action. Les juges y ont officiellement acté la culpabilité des quinze hommes principaux, soulignant avec gravité la nature exceptionnellement barbare des faits reprochés, qui ont traumatisé le pays entier. La présence de nombreux agents des forces de sécurité dans la salle, encerclant la cage des accusés, ajoutait à la tension d'un moment déjà lourd de sens pour les familles des victimes présentes.
Les quinze hommes condamnés pour l'attentat le plus meurtrier depuis vingt ans
Au centre de ce dispositif judiciaire se trouvent les quatre principaux auteurs matériels de la tuerie : Chamsidine Faridouni, Dalerdjon Mirzoïev, Makhammadsobir Faïzov et Saïdakrami Ratchabalizoda. Tous de nationalité tadjike, ils ont été reconnus coupables de commission d'actes terroristes, de meurtres commis en bande organisée et de détention illégale d'armes. Onze autres hommes, qualifiés de complices logistiques et financiers par l'accusation, ont également reçu la peine de perpétuité, conformément aux réquisitions du procureur. Parallèlement, quatre autres individus jugés pour des liens moindres avec le terrorisme ont été condamnés à des peines de prison ferme allant de dix-neuf ans et onze mois à vingt-deux ans et six mois d'emprisonnement, marquant la fin d'une procédure judiciaire sans précédent dans la Russie moderne.

Les réactions des victimes face à l'annonce de la perpétuité
Dans la salle d'audience bondée, l'annonce des peines a provoqué des réactions mitigées parmi les victimes et leurs proches. Si la perpétuité apporte une forme de justice symbolique et apaise le sentiment de colère, beaucoup craignent la mise en œuvre de mécanismes juridiques qui pourraient, à terme, permettre une libération conditionnelle. Plusieurs avocats des parties civiles ont immédiatement annoncé leur intention de surveiller de près l'application des peines, notamment pour éviter que les condamnés ne puissent bénéficier de mesures de grâce ou d'amnistie. Ils exigent que ces hommes, surnommés les « loups de la nuit », meurent derrière les barreaux, garantissant qu'ils ne représentent plus jamais une menace pour la société. Les victimes ont également insisté pour que les condamnés ne soient pas déchus de leur nationalité russe, une mesure qui aurait pu permettre leur extradition vers le Tadjikistan.
Soirée rock sanglante : le vingt-deux mars, le Crocus City Hall s'embrase
Pour comprendre la violence de ce verdict, il est impératif de revenir à la scène du crime, le soir du vendredi 22 mars 2024. Ce jour-là, la salle de spectacle Crocus City Hall, située à Krasnogorsk dans la banlieue chic de l'ouest de Moscou, vibrait d'attente. Des milliers de fans s'étaient pressés pour assister au concert du groupe de rock russe Picnic, ignorant que ce lieu de festivité allait se transformer en piège mortel en quelques minutes. Cette attaque, par sa brutalité et son modus operandi, a constitué le pire attentat perpétré sur le sol russe depuis la prise d'otages de Beslan en 2004.
L'irruption des tireurs avant le concert du groupe Picnic
Vers 20 heures, alors que les premiers spectateurs s'installaient dans la grande salle, quatre hommes cagoulés et armés de fusils d'assaut automatiques ont fait irruption par l'entrée principale. Sans aucune sommation ni revendication immédiate, ils ont ouvert le feu sur la foule dense et désorientée. Les rafales d'armes automatiques ont fauché des dizaines de personnes en quelques secondes, transformant l'ambiance électrique du concert en scène de guerre et de panique absolue. Les assaillants, équipés de vestes de camouflage tactique, se sont déplacés méthodiquement dans le hall, tirant sans discernement sur tout ce qui bougeait, semant le chaos et l'épouvante au cœur de la banlieue moscovite.
Cent cinquante morts et plus de six cents blessés : le bilan de la tuerie
Le bilan humain de cette attaque dépasse l'entendement. Cent cinquante personnes ont perdu la vie, et plus de six cents autres ont été blessées, dont beaucoup grièvement brûlés ou atteints par balles. La situation a pris une tournure encore plus tragique lorsque les assaillants ont déclenché un incendie violent en utilisant des cocktails Molotov et en incendiant les rideaux acoustiques de la salle. Le feu s'est propagé à une vitesse fulgurante, piégeant de nombreux spectateurs qui tentaient de se cacher dans les toilettes ou les couloirs. Les secours ont eu extrêmement de mal à pénétrer dans le bâtiment en raison de la chaleur intense et de l'effondrement partiel du toit, prolongeant l'agonie des survivants coincés dans les décombres fumants.

Islam Khalilov, le héros de quinze ans qui a sauvé des dizaines de spectateurs
Au milieu de ce cauchemar, des actes de bravoure individuelle ont sauvé de nombreuses vies. Islam Khalilov, un jeune employé du vestiaire présent sur les lieux ce soir-là, s'est distingué par un sang-froid remarquable. Voyant la foule se diriger vers des issues bouchées ou dangereuses, il a pris l'initiative de guider plusieurs dizaines de personnes paniquées vers une sortie de secours dissimulée dans les sous-sols, une zone normalement réservée au personnel et aux expositions. Bien que son âge exact ait fait l'objet de débats, certains le décrivant comme un adolescent de quinze ans et d'autres comme un adulte né en 1991, son rôle héroïque ce soir-là est unanimement reconnu. Grâce à sa connaissance précise des lieux et à son courage, une centaine de spectateurs ont pu échapper au massacre et aux flammes, sauvés in extremis par ce jeune homme qui a refusé d'abandonner son poste malgré le danger imminent.
Faridouni, Mirzoïev, Faïzov et Ratchabalizoda : qui sont les quatre tireurs tadjiks ?
L'enquête a très rapidement permis d'identifier les quatre exécuteurs du massacre, traquant leurs profils jusqu'à leur interpellation. Contrairement aux représentations classiques du terroriste endoctriné depuis des années, ces hommes n'étaient pas des vétérans de guerre, mais des migrants économiques précaires, souvent isolés. Leur passage à l'acte radicalisé interroge sur les mécanismes de recrutement des groupes djihadistes en Asie centrale et sur la vulnérabilité de travailleurs étrangers prêts à commettre l'irréparable pour une somme d'argent promise par des recruteurs anonymes sur le dark web.
De chauffeurs de taxi à assaillants djihadistes : le parcours des quatre hommes
Chamsidine Faridouni, Dalerdjon Mirzoïev, Makhammadsobir Faïzov et Saïdakrami Ratchabalizoda étaient âgés de 20 à 31 ans au moment des faits. Originaires du Tadjikistan, une ancienne république soviétique d'Asie centrale, ils menaient une vie modeste et laborieuse en Russie, travaillant comme chauffeurs de taxi, ouvriers d'usine ou du bâtiment. Leur intégration sociale était fragile, marquée par la précarité financière et l'éloignement de leurs familles restées au pays. C'est cette vulnérabilité sociale qui semble avoir été exploitée par les recruteurs de l'État islamique via des applications de messagerie cryptée, transformant des pères de famille et des jeunes travailleurs en « loups solitaires » prêts à tuer pour de l'argent. Selon certaines informations rapportées par l'agence Meduza, Faridouni, considéré comme le meneur, aurait rejoint l'État islamique et reçu un entraînement en Turquie avant de se voir confier cette mission.

La traque et l'arrestation à la frontière de la Biélorussie et de l'Ukraine
Moins de 24 heures après l'attaque, les forces de sécurité russes ont bouclé le filet autour des fuyards. Les quatre hommes prenaient la fuite en voiture, espérant traverser la frontière vers la Biélorussie ou l'Ukraine. Interceptés sur une route dans la région de Bryansk, à seulement quelques kilomètres de la frontière, ils ont été arrêtés. La vidéo de leur arrestation, largement diffusée, montre des hommes à terre, maîtrisés par des policiers en colère, une scène brute qui témoigne de la rage populaire et de la détermination des autorités après le choc de l'attentat. Selon les rapports officiels, ils tentaient de rejoindre une zone de combat ou de disparaître dans la nature lorsqu'ils ont été interceptés. Interrogés sur leur destination finale, les éléments recueillis suggèrent qu'ils cherchaient simplement à quitter le territoire russe pour échapper aux forces de l'ordre.
Des visages tuméfiés et des traces de torture : la première comparution choc
Lors de leur première présentation au tribunal, les images diffusées par les médias russes ont profondément choqué la communauté internationale. Les accusés affichaient des visages tuméfiés et des blessures inquiétantes, suggérant des mauvais traitements systématiques. Saïdakrami Ratchabalizoda apparaissait avec une partie de l'oreille coupée, une blessure infligée lors de son arrestation selon certaines vidéos circulant sur les réseaux sociaux, où l'on voyait même un membre d'un groupe néonazi s'enorgueillir de cet acte barbare. Muhammadsobir Faïzov, quant à lui, était allongé sur un brancard dans un état semi-conscient, incapable de se tenir debout, le cou entravé par un collier cervical. Ces images ont immédiatement suscité des cris d'alarme de la part des défenseurs des droits de l'homme, dénonçant l'usage de la torture pour obtenir des aveux, pratique qui semble être devenue courante selon certains témoignages.

Justice russe : les cas de terrorisme jugés dans le secret d'un tribunal militaire
Le procès de cet attentat majeur s'est déroulé dans une opacité quasi totale, caractéristique de la justice russe lorsqu'elle est confrontée au terrorisme et aux enjeux géopolitiques sensibles. Ce huis clos prolongé a été justifié par les autorités par des impératifs de sécurité nationale, mais il alimente aujourd'hui les suspicions quant à la transparence de l'enquête et la réalité des preuves présentées à l'appui de la thèse officielle. L'absence de débat public empêche toute analyse indépendante des liens réels entre les exécuteurs et leurs éventuels commanditaires.
Un huis clos total pendant sept mois au tribunal du deuxième district militaire
Dès l'ouverture du procès le 4 août 2025, le parquet a requis et obtenu le huis clos, argumentant que les complices toujours en liberté pourraient planifier de nouvelles attaques « démonstratives » ciblant les participants au procès. Bien que plus de cent journalistes aient été accrédités pour la première audience, les juges ont très rapidement validé la demande du ministère public, chassant la presse et le public de la salle d'audience. Pendant sept mois, le déroulement des débats, les témoignages et les détails de l'instruction sont restés confidentiels, ne laissant filtrer que les déclarations officielles et succinctes du Comité d'enquête, l'institution puissante chargée des grandes affaires criminelles en Russie. Cette absence de transparence rend impossible la vérification des allégations et laisse craindre que la justice n'ait servi que valider un récit politique préétabli.
Les chefs d'accusation et la stratégie de défense des complices présumés
Les quinze accusés ont été jugés sur la base d'une liste impressionnante de chefs d'accusation : terrorisme, participation à une communauté terroriste, meurtre avec préméditation et trafic d'armes. Les quatre tireurs principaux ont fini par plaider coupables, bien que la validité de leurs aveux soit fortement soupçonnée d'avoir été extorquée sous la contrainte physique et psychologique. Les onze complices, pour leur part, ont tenté de se défendre avec vigueur en niant toute connaissance des intentions meurtrières des tireurs. Certains ont affirmé devant le tribunal avoir cru louer un simple appartement ou vendre une voiture à des particuliers, sans imaginer un seul instant qu'ils contribuaient à un projet d'attentat de cette envergure. D'autres encore ont plaidé pour être envoyés au front en Ukraine plutôt que de purger une peine de prison, espérant racheter leur faute par le sang, une demande qui témoigne de la confusion et de la désespérance qui régnaient parmi les accusés.

L'ombre de la torture et les aveux forcés selon les défenseurs des droits humains
Les marques de torture visibles sur les accusés lors de leur arrestation et de leur inculpation planent durablement sur la validité morale du procès. De nombreuses organisations de défense des droits humains ont pointé du doigt les méthodes brutales des services de sécurité russes (FSB), suggérant que les aveux des « loups de la nuit » n'étaient peut-être pas libres. En Russie, la torture est une pratique malheureusement documentée dans les commissariats et centres de détention, particulièrement pour les affaires de terrorisme, pour obtenir des résultats rapides et satisfaire une demande publique de justice. Cette situation rend difficile toute distinction entre la vérité judiciaire et une vérité forgée par la contrainte, un problème qui dépasse les frontières russes et touche également d'autres contextes judiciaires internationaux. Le silence des ONG russes, sous la pression des autorités, laisse craindre que ces violations ne soient que la partie émergée de l'iceberg.

Les failles sécuritaires en Russie : les avertissements américains balayés par Moscou
L'attaque du Crocus City Hall constitue également un échec cinglant pour les services de renseignement russes et leur appareil de sécurité. Des semaines avant le drame, les États-Unis avaient alerté Moscou avec insistance sur une menace imminente visant des lieux de rassemblement public. Ces avertissements, précis et urgents, ont été ignorés, voire méprisés par le Kremlin, qui les a rejetés publiquement comme étant de la « propagande » occidentale. Cette arrogance politique et ce refus de coopérer ont probablement coûté la vie à de nombreuses victimes innocentes, laissant les terroristes opérer sans entrave.
L'avertissement inexploité de l'ambassade des États-Unis début mars
Dès le 7 mars 2024, soit quinze jours avant l'attentat, l'ambassade des États-Unis à Moscou avait publié une alerte de sécurité explicite sur son site officiel, appelant les citoyens américains à éviter les grands rassemblements publics, notamment les concerts, en raison de « projets imminents d'extrémistes ». Washington avait même transmis des informations plus spécifiques et classifiées aux services russes via les canaux de contre-terrorisme, identifiant l'État islamique-Khorasan (EI-K) comme l'instigateur de la menace et mentionnant même la possibilité d'une attaque contre une grande salle de concert. Pourtant, ces informations cruciales n'ont jamais été prises en compte par le FSB, le service fédéral de sécurité russe, qui a continué d'affirmer publiquement que la situation terroriste était sous contrôle. Quelques jours avant le drame, le président Vladimir Poutine lui-même avait qualifié ces avertissements occidentaux de « provocation » et de « chantage », scellant le sort des spectateurs qui allaient assister au concert du groupe Picnic.
La revendication de l'État islamique contre la thèse du Kremlin pointant Kiev
Dans les heures qui ont suivi le massacre, l'État islamique, via sa filiale Khorasan (EI-K), a revendiqué l'attaque de manière détaillée et diffusé des vidéos de surveillance montrant les hommes armés en action. Le groupe djihadiste, ennemi juré des régimes laïcs comme la Russie, a fourni des preuves et des éléments de contexte pour étayer sa responsabilité. Néanmoins, le Kremlin a immédiatement rejeté cette thèse, avançant l'hypothèse, sans apporter la moindre preuve matérielle tangible, d'une implication ukrainienne. Ce narratif correspondait à la ligne officielle du gouvernement russe cherchant à justifier son offensive militaire en Ukraine par la nécessité de combattre un « terrorisme » parrainé par Kiev, malgré l'absence totale de lien avéré entre les assaillants tadjiks et les services secrets ukrainiens.
Le Comité d'enquête russe et la théorie de la déstabilisation ukrainienne
Plus d'un an après les faits, le 23 juin 2025, le Comité d'enquête russe a officiellement clos l'enquête. Dans un communiqué diffusé par les médias d'État, sa porte-parole Svetlana Petrenko a affirmé que ce « crime inhumain » avait été « planifié et commis » dans l'intérêt du gouvernement ukrainien pour « déstabiliser la situation politique » en Russie. Cette position officielle a permis d'inscrire l'attentat dans la continuité du conflit russo-ukrainien, transformant une tragédie terroriste complexe en un outil de propagande de guerre. Cette officialisation de la thèse ukrainienne, bien que contredite par les revendications de l'EI et par le profil des exécuteurs, illustre la volonté du pouvoir russe de contrôler le récit historique de cet événement, quitte à occulter la réalité de la menace djihadiste sur son propre sol.
La peur qui s'installe dans les villes russes et le sort des condamnés à perpétuité
Le verdict du 12 mars 2026 ne met pas fin aux interrogations sur l'avenir. Pour les condamnés, une vie de souffrance commence dans les pénitenciers les plus durs du système carcéral russe, réputés pour leur rigueur impitoyable. Pour la société civile, un sentiment d'insécurité persiste, tandis que les familles des victimes tentent de panser leurs plaies et que les proches des accusés crient leur innocence, pris dans l'étau d'une histoire qui les dépasse et brise des vies des deux côtés du barreau. Cet événement a bouleversé la perception de la sécurité dans les grandes métropoles russes.
La destination probable des condamnés : les colonies spéciales comme le « Cygne blanc »
Les quatre principaux condamnés risquent d'être transférés dans des établissements pénitentiaires de régime spécial, connus pour leur rigueur extrême. Parmi eux figure le complexe pénitentiaire VK-240/2 de Solikamsk, surnommé le « Cygne blanc ». Au cœur de la chaîne de l'Oural se dresse cet établissement pénitentiaire de haute sécurité, tristement réputé pour la rudesse de son régime exclusivement réservé aux condamnés à la réclusion à perpétuité. Les détenus y sont plongés dans un isolement quasi total, sous le regard inquisiteur de gardiens armés qui épient le moindre de leurs mouvements. Contrairement aux colonies pénitentiaires conventionnelles, ce centre fonctionne selon une discipline paramilitaire implacable, encadrant méticuleusement chaque déplacement dans le but de prévenir toute velléité de soulèvement ou acte d'auto-destruction. C'est précisément au sein de cette forteresse carcérale que les « loups de la nuit » passeront probablement le reste de leurs jours, enfermés dans des cellules individuelles.
L'impact sur la sécurité des grands événements en Europe et en Russie
L'attentat du Crocus City Hall a eu des répercussions bien au-delà des frontières russes, envoyant une onde de choc dans les services de renseignement européens. En Europe, la vigilance s'est considérablement accrue lors des grands rassemblements culturels et sportifs. Les services de sécurité français et européens ont intégré la menace de l'EI-K dans leurs évaluations de risques, conscients que les réseaux de recrutement peuvent toucher des ressortissants étrangers présents sur le territoire. En Russie, les mesures de contrôle aux abords des salles de concert, des centres commerciaux et des métros ont été drastiquement renforcées, transformant l'accès aux loisirs et aux transports en commun en un parcours du combattant ponctué de contrôles d'identité systématiques et de fouilles approfondies. Cette sécurisation accrue, bien que nécessaire, contribue à une atmosphère de défiance permanente dans les espaces publics.
La détresse des familles et les plaintes pour injustice de la mère de Mirzoïev
Si la Russie officielle pleure ses victimes et célèbre la justice rendue, une autre douleur, celle des familles des accusés, s'exprime dans l'ombre et le silence. Gulrakat Mirzoyeva, la mère de Dalerdjon Mirzoïev, a exprimé son désespoir face à un verdict qu'elle juge inique et absurde. Elle a confié aux journalistes de Radio Free Europe/Radio Liberty qu'il s'agit de « calomnies, ce sont tous des mensonges ». Elle affirme avec force que son fils est innocent et qu'il a été utilisé comme un bouc émissaire dans une machination politique qu'elle ne comprend pas. Selon son témoignage, elle est convaincue que les aveux lui ont été arrachés sous la torture et que la justice russe a choisi des coupables commodes pour clore une affaire trop politiquement sensible. Ces voix discordantes rappellent que derrière la grande géopolitique et le terrorisme se trouvent des vies brisées, incapables de se faire entendre face au rouleau compresseur de l'État.
Un chapitre judiciaire clos, mais un récit officiel qui laisse perplexe
La condamnation à la perpétuité des quinze hommes marque la fin officielle de la procédure judiciaire liée à l'attentat du Crocus City Hall, mais elle ne suffit pas à apaiser toutes les interrogations. Le procès s'est déroulé à huis clos, basé sur des aveux controversés obtenus dans des conditions suspectes, et piloté par une narration politique qui privilégie la thèse ukrainienne contre toute évidence tangible. Ce décalage flagrant entre la réalité des faits sur le terrain, clairement revendiquée par l'État islamique, et le discours officiel russe alimente la méfiance internationale et les doutes sur l'intégrité de la procédure.
Une justice rendue, mais une vérité masquée par les enjeux de la guerre
Le doute plane désormais de manière persistante sur la véritable identité des commanditaires de cet attentat meurtrier. Alors que l'État islamique a fourni des preuves détaillées de son implication et que le profil des exécuteurs correspond parfaitement à leur méthodologie habituelle de recrutement, la Russie persiste à pointer du doigt l'Ukraine. Cette obstination, au mépris de la logique criminologique et des indices matériels, suggère que le verdict de Moscou est autant un acte judiciaire qu'un acte politique. En condamnant les auteurs matériels tout en désignant Kiev comme le donneur d'ordre ultime, le régime tente de justifier la « guerre spéciale » en Ukraine et d'unir sa population contre un ennemi extérieur, quitte à occulter la menace réelle et interne que représente le djihadisme sur son propre sol.
Le traumatisme durable d'une Russie face à la menace de l'État islamique
Finalement, cet épisode tragique rappelle brutalement que la Russie reste et restera une cible prioritaire pour les groupes djihadistes, une menace qui ne s'évapore pas par des décrets politiques ou des jugements expéditifs. L'attaque du Crocus City Hall a brisé le mythe d'une sécurité retrouvée et absolue sous l'ère Poutine, rappelant la vulnérabilité permanente des espaces publics face à la violence aveugle. Tant que les causes profondes de la radicalisation, l'isolement des communautés migrantes et l'influence des idéologies extrémistes en ligne ne seront pas traitées avec intelligence, les « loups de la nuit » continueront de rôder aux frontières de la Russie et de l'Europe, attendant la moindre faille dans les dispositifs de sécurité pour frapper à nouveau. Le verdict du 12 mars 2026 offre une réponse légale, mais certainement pas une solution définitive à cette menace existentielle qui pèse sur la société russe et, plus largement, sur le monde.
Conclusion
Le verdict rendu par le tribunal militaire de Moscou met un terme à la phase judiciaire de l'attentat le plus meurtrier en Russie depuis vingt ans, mais il laisse persister de lourds doutes sur les vrais commanditaires et la sécurité future des grands événements publics. En condamnant les « loups de la nuit » à perpétuité, décision par laquelle Moscou a cherché à apaiser la soif de justice des familles endeuillées tout en envoyant un message dissuasif contre toute résurgence terroriste. Néanmoins, la communauté internationale conteste vigoureusement la validité de ce verdict, dénonçant des audiences tenues à huis clos, des aveux vraisemblablement extorqués sous la contrainte et un narratif officiel pointant du doigt Kiev en dépit de l'absence de preuves matérielles étayant cette accusation. Il est fort à parier que les quatre hommes condamnés achèveront leur existence dans des établissements de détention de maximum sécurité, à l'instar du « Cygne blanc », mais la société russe et le monde entier restent confrontés à la réalité brutale du terrorisme international et à l'incapacité persistante des États à prévenir de telles tragédies, même lorsqu'ils en sont avertis.