Le déroulement des faits rue Emilia Centro
Une course folle dans le centre historique
Les faits se sont produits vers 16 heures, rue Emilia Centro, l'une des artères commerçantes les plus fréquentées de Modène, à quelques centaines de mètres du célèbre dôme de la ville. Selon les premiers témoignages recueillis par la presse italienne, une Citroën grise a été aperçue roulant à vive allure, à environ 100 km/h, dans cette zone pourtant piétonne et très animée un samedi après-midi.

Un témoin interrogé par les chaînes de télévision locales a raconté avoir vu la voiture arriver à toute vitesse, sans ralentir, avant de percuter plusieurs personnes sur le trottoir. « J'ai réussi à me jeter à terre », a expliqué un passant qui a échappé de justesse au véhicule. Le conducteur a d'abord heurté un cycliste, puis a continué sa course en visant délibérément le trottoir, selon le maire Massimo Mezzetti.
L'intervention des citoyens et l'arrestation
Après avoir percuté plusieurs piétons, le conducteur a sorti un couteau et a tenté de poignarder des passants. C'est à ce moment-là que des citoyens courageux sont intervenus pour le maîtriser, avant l'arrivée des forces de l'ordre. Le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a d'ailleurs téléphoné au maire pour remercier ces civils qui ont permis d'éviter un bilan encore plus lourd.

La police a rapidement interpellé le suspect, dont l'interrogatoire est en cours. Selon les premiers éléments, l'homme n'était pas sous l'emprise de stupéfiants ni d'alcool, les tests s'étant révélés négatifs.
Bilan humain : huit blessés dont quatre dans un état critique
Quatre blessés graves dont une femme entre la vie et la mort
Le dernier bilan officiel, communiqué par le maire de Modène à la chaîne RaiNews, fait état de huit blessés dont quatre graves. Parmi les victimes les plus touchées, une femme de 55 ans est décrite comme « entre la vie et la mort » par le quotidien La Stampa. Un homme de 52 ans se trouve également dans un état critique. Une autre femme a subi l'amputation de ses deux jambes, après avoir été percutée de plein fouet par le véhicule.

Le maire Massimo Mezzetti a précisé que la voiture avait percuté « de plein fouet une femme, la plus gravement atteinte, avec les jambes écrasées ». Les victimes ont été transportées dans les hôpitaux de Modène et des villes voisines, où elles reçoivent des soins intensifs.
Un bilan qui pourrait encore s'alourdir
Les autorités locales redoutent que le bilan ne s'aggrave dans les prochaines heures, certains blessés se trouvant dans un état extrêmement préoccupant. Le maire s'est dit « profondément touché » par cet événement dramatique, appelant à la prudence dans l'attente des résultats de l'enquête.
Le profil du suspect : Salim El Koudri
Un Italien de 31 ans suivi pour troubles psychiatriques
Le suspect a été identifié comme étant Salim El Koudri, un Italien de 31 ans né le 30 mars 1995 à Seriate, dans la province de Bergame. Il résidait à Ravarino, dans l'arrière-pays de Modène. Diplômé en économie, il était décrit comme « exaspéré » par les enquêteurs, sans que l'on sache encore précisément ce qui a motivé son geste.
Selon le quotidien La Stampa, Salim El Koudri était suivi pour des troubles psychiatriques dans la ville voisine de Castelfranco Emilia. Cette information pourrait orienter l'enquête vers un mobile lié à la santé mentale plutôt qu'à une radicalisation idéologique, même si toutes les pistes restent ouvertes.

Les réactions politiques : Salvini s'empare de l'affaire
Matteo Salvini, le vice-président du conseil des ministres italien et leader de la Ligue du Nord, a rapidement réagi sur X (anciennement Twitter) en publiant le nom du suspect. Il a qualifié Salim El Koudri de « criminel de deuxième génération », une expression qui a suscité des réactions contrastées dans le paysage politique italien.
« Voici le nom du criminel "de deuxième génération" qui, aujourd'hui à Modène, a fauché, avec sa voiture à folle vitesse, des passants innocents. Arrêté par des citoyens courageux malgré le fait qu'il avait un couteau, il a été appréhendé. Il ne peut y avoir aucune justification pour un crime aussi infâme », a écrit Salvini.
De son côté, le vice-premier ministre Antonio Tajani a évoqué une « agression violente et brutale », sans se prononcer sur la nature exacte de l'attaque. Le maire Massimo Mezzetti a déclaré : « Quelle qu'en soit la nature, c'est un fait extrêmement grave. Si c'était un attentat, ce serait encore plus grave. »
Attaques à la voiture bélier : un phénomène récurrent en Europe
Une technique qui a fait des dizaines de victimes
L'attaque à la voiture bélier n'est malheureusement pas un phénomène nouveau en Europe. Cette technique, qui consiste à utiliser un véhicule comme une arme pour percuter des piétons, a été popularisée par les groupes djihadistes à partir de 2014, notamment via le magazine Inspire d'Al-Qaïda et les appels de l'État islamique.
Les attentats les plus meurtriers de ce type restent celui de Nice le 14 juillet 2016 (86 morts avec un camion-bélier) et celui de Berlin le 19 décembre 2016 (13 morts). Mais la technique a également été utilisée par des individus d'extrême droite, comme à Charlottesville aux États-Unis en 2017, et par des personnes souffrant de troubles psychiatriques, comme lors des incidents de Nantes et Dijon en 2014.

Une récurrence qui interroge
Le fait que ce type d'attaque se reproduise régulièrement en Europe pose la question de la prévention et de la protection des espaces publics. Les rues piétonnes, les marchés de Noël et les rassemblements populaires restent des cibles vulnérables, difficiles à sécuriser complètement sans transformer les villes en forteresses.
Les autorités italiennes ont déjà mis en place des mesures de sécurité dans les zones piétonnes après les attentats de Nice et Berlin, mais force est de constater que ces dispositifs n'ont pas empêché la tragédie de Modène.
Un parallèle avec l'attaque de Leipzig
Deux attaques similaires à douze jours d'intervalle
L'attaque de Modène survient seulement douze jours après une course meurtrière à Leipzig, en Allemagne, où un Allemand de 33 ans avait foncé dans une rue piétonne, tuant un homme de 77 ans et une femme de 63 ans, et faisant de nombreux blessés.
Dans ce cas également, le suspect avait des antécédents psychiatriques. Il avait été hospitalisé volontairement en psychiatrie et libéré fin avril, avant de commettre son acte le 4 mai. Les autorités allemandes avaient écarté tout mobile politique ou religieux, qualifiant l'acte d'« Amokfahrt » (course folle meurtrière). L'homme avait été interné en psychiatrie après les faits.
Des similitudes troublantes
Les similitudes entre les deux affaires sont frappantes : dans les deux cas, le suspect est un homme d'une trentaine d'années, suivi pour des troubles psychiatriques, qui a utilisé un véhicule pour percuter des piétons dans une zone piétonne fréquentée. Dans les deux cas, les tests d'alcool et de stupéfiants se sont révélés négatifs.
Ces parallèles soulèvent des questions sur la prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux en Europe, et sur la capacité des systèmes de santé à détecter les signes de passage à l'acte violent.
Les réactions des autorités italiennes et européennes
Une enquête en cours sous haute tension
Les enquêteurs italiens travaillent désormais à déterminer les motivations exactes de Salim El Koudri. Plusieurs pistes sont explorées : la radicalisation islamiste, l'extrémisme politique, ou plus probablement un passage à l'acte lié à ses troubles psychiatriques.
Le parquet de Modène a ouvert une enquête pour tentative de meurtre et association de malfaiteurs, en fonction des éléments qui seront découverts lors de l'interrogatoire du suspect et de l'analyse de ses communications et de son historique médical.
La classe politique italienne sous pression
L'attaque de Modène intervient dans un contexte politique italien déjà tendu, marqué par des débats sur l'immigration et la sécurité. Les déclarations de Matteo Salvini, qui a immédiatement mis l'accent sur les origines du suspect, risquent de polariser davantage le débat public.
Le président Mattarella a appelé à la retenue et à la solidarité, tandis que le maire de Modène a insisté sur la nécessité de ne pas tirer de conclusions hâtives avant que l'enquête n'ait livré ses résultats.
Conclusion
L'attaque à la voiture bélier de Modène, qui a fait huit blessés dont quatre graves, vient rappeler la vulnérabilité des espaces publics face à ce type d'actes. Le suspect, Salim El Koudri, un Italien de 31 ans suivi pour troubles psychiatriques, a été arrêté et son interrogatoire est en cours. Les similitudes avec l'attaque de Leipzig survenue douze jours plus tôt interrogent sur la récurrence de ce phénomène en Europe. Alors que les autorités italiennes tentent de déterminer les motivations exactes de l'assaillant, la question de la prévention et de la protection des zones piétonnes reste plus que jamais d'actualité. Dans l'attente des résultats de l'enquête, la ville de Modène est en deuil, et l'Europe retient son souffle face à cette nouvelle tragédie.