Samedi 28 février 2026 restera gravé dans les mémoires comme une journée de contrastes violents au Venezuela. Tandis que les hauts fonctionnaires célébraient la libération de 80 prisonniers politiques comme une victoire diplomatique, l'atmosphère restait électrique aux abords des centres pénitentiaires du pays. Cette mesure d'ampleur, bien que réelle, semble ne constituer qu'une première étape timide sur le chemin de la réconciliation, laissant des centaines de familles dans l'attente angoissante d'une libération qui ne vient pas. Le fossé entre la communication triomphante du pouvoir et la désespérance des proches des détenus soulève des questions fondamentales sur la nature réelle de cette transition politique.
Samedi de liesse ou samedi de colère ? Les visages contrastés de l'amnistie vénézuélienne
Le week-end écoulé a mis en lumière la fracture profonde qui parcourt la société vénézuélienne, tiraillée entre espoir et résignation. Si les communiqués officiels s'accordent à saluer une avancée historique vers la paix, le terrain raconte une histoire bien différente, faite de douleurs persistantes et de revendications silencieuses. Cette dichotomie entre le récit médiatique et la réalité carcérale interroge sur la portée réelle des mesures prises par le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez.
Les 80 sortis de l'ombre : une victoire politique affichée par Jorge Rodriguez

L'annonce officielle est tombée samedi 21 février, mais elle continue de faire l'actualité. Jorge Rodriguez, président du Parlement, a confirmé devant l'Agence France-Presse la libération immédiate de 80 prisonniers politiques. Cette opération fait suite à la promulgation, quelques jours plus tôt, d'une loi d'amnistie couvrant potentiellement 379 personnes. Pour l'exécutif, il s'agit d'une démonstration de force politique : prouver que la machine législative fonctionne et que la volonté de libération est réelle. Jorge Rodriguez, artisan principal de ce texte, a présenté ces libérations comme l'application concrète d'une justice désormais apaisée.
La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a quant à elle salué ce moment comme un « grand pas » vers la réconciliation nationale. Cependant, cette victoire affichée sert aussi de vitrine politique. En mettant en avant ces 80 libérations, le gouvernement cherche à rassurer la communauté internationale et à montrer patte blanche vis-à-vis des exigences américaines. Toutefois, pour les observateurs avertis, cette sélection pose question. Pourquoi ces 80-là et pas d'autres ? La sélection semble avoir été opérée selon des critères qui privilégient les profils politiques « médiatiques » plutôt que les cas de détention arbitraire les plus complexes, laissant entendre que cette manœuvre est autant dictée par la communication que par l'humanisme.

De l'autre côté des murs, la grève de la faim s'intensifie à Rodeo I
À quelques kilomètres de Caracas, la réalité de la prison de Rodeo I offre un contrepoint saisissant au discours officiel. Là-bas, ce n'est pas la liesse qui règne, mais la colère et la faim. Plus de 200 détenus ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur exclusion de la loi d'amnistie. Ce mouvement, qui a débuté le week-end précédent, s'est intensifié suite à l'annonce des 80 libérations, perçue comme une injustice criante par ceux qui restent enfermés.
Yalitza Garcia, belle-mère d'un détenu, a témoigné de la tension extrême qui règne au sein de l'établissement. Selon elle, beaucoup de ces prisonniers sont exclus car ils sont accusés de terrorisme ou appartiennent à la sphère militaire. Devant les murs de la prison, les familles campent dans des conditions précaires, scandant des slogans comme « Rodeo 1 résiste, ta famille insiste ! ». Cette mobilisation témoigne d'une lassitude profonde mais aussi d'une détermination farouche. L'intervention du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), autorisé à entrer dans l'établissement pour évaluer l'état de santé des grévistes, souligne l'urgence humanitaire de la situation. Ce contraste brutal entre les 80 libérés célébrés et les 200 grévistes ignorés résume l'ambiguïté d'une transition qui semble laisser de côté une partie significative de ses victimes.

Pourquoi 600 prisonniers restent enfermés : le casse-tête des exclus de la paix
Si les libérations récentes ont occupé le devant de la scène médiatique, elles ne doivent pas occulter une statistique glaciale : plus de 600 prisonniers politiques demeurent incarcérés selon les estimations de l'ONG Foro Penal. Ce chiffre élevé s'explique par les nombreuses zones d'ombre et les critères d'exclusion qui parsèment la nouvelle législation. Comprendre qui sont ces oubliés et pourquoi ils ne bénéficient pas de l'amnistie est essentiel pour saisir les limites de cette mesure.
Accusés de terrorisme : le sort des militaires sacrifiés sur l'autel de la diplomatie
Le point névralgique de la contestation concerne l'exclusion automatique des militaires et des personnes accusées d'actes de terrorisme ou de trahison. Cette disposition juridique agit comme un véritable filtre discriminatoire qui prive de liberté une frange entière de l'opposition. L'ONG Foro Penal estime qu'environ 185 militaires sont actuellement emprisonnés pour des motifs politiques. Si l'on ajoute leurs familles et proches également poursuivis, ce sont près de 400 personnes qui se trouvent exclues de facto du bénéfice de l'amnistie.
Alfredo Romero, directeur de Foro Penal, n'a pas mâché ses mots pour qualifier cette situation. Il dénonce une pratique « discriminatoire et inconstitutionnelle » qui rend impossible toute véritable « coexistence nationale ». Pour le pouvoir actuel, maintenir ces militaires derrière les barreaux pourrait être une concession nécessaire pour rassurer les hautes sphères de l'armée, ou encore une condition tacite des négociations avec Washington qui ne veut pas voir revenir sur la scène politique des éléments jugés radicaux ou dangereux. Cependant, sur le plan humain, ce sacrifice diplomatique se traduit par des années de prison supplémentaires pour des hommes qui considèrent avoir simplement servi leur pays ou résisté à une dictature. En excluant cette catégorie, la loi d'amnistie entérine l'idée que la lutte armée ou le putschisme, même présumés, sont impardonnables, tandis que la désobéissance civile pacifique peut l'être.

Maryoling et les autres : l'attente interminable des familles devant les barreaux
Derrière ces statistiques politiques se cachent des vies brisées et des familles déchirées. L'histoire de Maryoling González, 43 ans, est emblématique de ce désespoir silencieux. Son mari, le capitaine Ebro Delgado, père de leurs trois enfants, croupit en prison depuis juillet 2022. Condamné à une peine de 30 ans pour « sabotage » d'une raffinerie, il fait partie de ces exclus que la loi ne touche pas. Pour Maryoling, l'annonce de l'amnistie a été un choc douloureux : « Pour moi, ça a été très décevant, puisque énormément de cas sont exclus… Ce sont eux les véritables prisonniers politiques », confie-t-elle.
D'autres récits, comme celui d'Hiowanka Avila, 39 ans, dont le frère est accusé d'avoir participé à l'attentat au drone contre Maduro en 2018, illustrent la même impuissance. Hiowanka raconte que parmi les familles, les réactions sont partagées entre surprise et tristesse, mais l'attente reste le dénominateur commun. Ces témoignages poignants humanisent la crise et rappellent que l'amnistie n'est pas qu'un concept juridique abstrait. Pour ces femmes et ces hommes qui campent devant les prisons, chaque jour qui passe sans réponse est un jour de trop. Leurs visages et leurs cris rappellent au monde que la justice ne saurait être sélective sans perdre son âme.

Une loi d'amnistie aux contours flous : l'analyse critique de Foro Penal
Au-delà des cas individuels, c'est la structure même de la loi d'amnistie qui est passée au crible par les experts. Pour les jeunes générations qui observent la politique vénézuélienne, il est crucial de comprendre que les outils juridiques peuvent être utilisés comme des instruments de manipulation. L'analyse détaillée fournie par des organisations comme Foro Penal révèle des failles techniques et sémantiques qui limitent considérablement la portée « réparatrice » du texte.
« Acte de miséricorde » ou reconnaissance de culpabilité ?
L'un des débats les plus vifs concerne la terminologie employée par le pouvoir. Delcy Rodríguez a présenté la loi comme un « acte de miséricorde » de l'État. Cette formulation n'est pas anodine : elle place le gouvernement dans une position de donneur de grâce, suggérant implicitement que les prisonniers étaient coupables et que l'État choisit, par bonté d'âme, de leur pardonner leurs fautes. Gonzalo Himiob, vice-président de Foro Penal, rejette vigoureusement cette vision. Pour lui, l'amnistie devrait être une reconnaissance par l'État qu'il n'avait pas à punir ces personnes, car elles étaient victimes d'une injustice politique.

Cette différence sémantique a des conséquences concrètes. Si la libération est perçue comme une « miséricorde », les prisonniers libérés gardent l'étiquette de « pardonnés », voire de coupables graciés, ce qui peut entacher leur réputation et leur avenir politique. En revanche, si elle est admise comme une réparation d'une erreur judiciaire, elle rétablit leur honneur. Le refus du pouvoir d'admettre que des innocents ont été emprisonnés montre une certaine réticence à rompre totalement avec le passé répressif. C'est une manière de sauver la face institutionnelle tout en vidant les cellules, mais cela laisse un goût d'inachevé à ceux qui ont tout perdu.
20 mois contre 27 ans : la faille temporelle qui condamne les opposants de longue date
Une autre critique majeure formulée par les ONG concerne la fenêtre temporelle de la loi. L'amnistie couvre une période spécifique correspondant à environ 20 mois sur les 27 dernières années de présidence (incluant les mandats d'Hugo Chávez et de Nicolas Maduro). Cette restriction, qualifiée de « faille temporelle », a des effets dévastateurs pour de nombreux opposants. Des milliers de personnes arrêtées lors des vagues de protestation de 2014 ou de 2017, ou encore les exilés de longue date, ne peuvent en bénéficier.

Cette sélection temporelle suggère que la loi a été conçue pour répondre à la crise immédiate post-électorale de 2024 et à la période de transition actuelle, plutôt que pour faire justice globale. Pour un activiste emprisonné depuis cinq ans pour une manifestation en 2019, cette loi ressemble à une double peine : non seulement il reste en prison, mais en plus, l'État indique par ce silence que seule la répression la plus récente mérite d'être corrigée. C'est une négation de leur lutte passée. Foro Penal souligne que cette restriction rend la loi inéquitable, transformant un outil de justice potentielle en une mesure administrée au compte-gouttes, selon des priorités politiques qui échappent au citoyen lambda.
L'ombre de Washington et la chute de Maduro : les dessous d'une réconciliation forcée
Il est impossible d'analyser la situation actuelle au Venezuela sans prendre en compte le bouleversement géopolitique survenu en janvier 2026. La capture de Nicolas Maduro lors d'une opération militaire américaine a fondamentalement changé la donne, plaçant le pays sous une tutelle de facto et contraignant le nouveau pouvoir à des concessions inenvisageables quelques mois plus tôt. L'amnistie doit être lue à travers ce prisme : celle d'une réconciliation imposée par l'étranger autant que désirée de l'intérieur.
Janvier 2026 : le raid américain qui a tout changé pour la justice vénézuélienne
Le 3 janvier 2026, le raid des forces spéciales américaines à Caracas a sonné le glas de l'ère Maduro. Cet événement historique a placé Delcy Rodríguez à la tête d'un gouvernement intérimaire chancelant, dépendant du bon vouloir de Washington pour sa survie politique et économique. Dès les premiers jours de la transition, les États-Unis ont posé leurs conditions, et au premier rang figurait la libération des prisonniers politiques et la normalisation des relations diplomatiques rompues depuis 2019.

C'est dans ce contexte de « pistolet sur la tempe » que la loi d'amnistie a été conçue et votée à une vitesse record par le Parlement. L'administration américaine a fait de la situation des droits de l'homme un prérequis non négociable pour tout allègement des sanctions ou aide économique. Cette précipitation, si elle a permis d'obtenir des résultats rapides, alimente le scepticisme quant à la sincérité du processus. Beaucoup s'interrogent : le gouvernement agit-il par conviction démocratique réelle, ou simplement pour se maintenir au pouvoir et apaiser son puissant voisin du Nord ? Cette ambiguïté fragilise la crédibilité des réformes entreprises.
Delcy Rodríguez et la stratégie de survie du chavisme sous tutelle
La posture de Delcy Rodríguez est un véritable exercice d'équilibriste. En signant la loi d'amnistie, elle accomplit un geste symbolique fort : elle admet implicitement que le régime qu'elle a servi détenait des prisonniers politiques, ce que l'ancien pouvoir avait toujours nié avec véhémence. C'est une reconnaissance de culpabilité par la force des choses, un virage idéologique contraint pour une figure historique du chavisme.
Cependant, Delcy Rodríguez tente de naviguer entre les eaux de la transition et les exigences de sa base politique. Lors de la signature de la loi, elle a utilisé des formules nuancées, expliquant que les dirigeants « lâchaient un peu d'intolérance ». Cette phrase suggère une manœuvre de survie politique : lâcher du lest sur les droits humains pour préserver le noyau dur du système. Il s'agit d'un « letting go » calculé, destiné à apaiser Washington tout en tentant de rassurer les factions les plus dures du régime. Cette stratégie risque de se révéler périlleuse si les attentes de réforme deviennent trop fortes par rapport à la réalité des changements structurels, laissant craindre que le chavisme n'ait changé que sa rhétorique sans altérer ses mécanismes de contrôle.

Guerre des chiffres et défiance : l'opposition dénonce une opération de blanchiment
Dans l'arène de la communication, une autre bataille fait rage : celle des chiffres. Le gouvernement et les ONG avancent des données radicalement différentes sur l'ampleur des libérations, reflétant la profondeur de la défiance qui règne dans le pays. Tandis que le pouvoir cherche à maximiser l'impact de sa loi, l'opposition et les organisations de la société civile dénoncent une tentative de « blanchiment » d'image destinée à occulter des années de répression.
900 libérations selon le régime contre 200 selon les ONG : la vérité des chiffres
Le discours officiel se veut triomphant : le gouvernement affirme avoir réalisé environ 900 libérations depuis décembre 2025. Ce chiffre, brandi comme une preuve de l'efficacité de la nouvelle politique, est pourtant vigoureusement contesté. De son côté, l'ONG Foro Penal, qui tient une comptabilité méticuleuse et indépendante, ne compte qu'environ 200 libérations effectives de prisonniers politiques sur la même période, sur les 644 qui, selon eux, restent incarcérés.
Comment expliquer un tel écart ? L'analyse des méthodes comptables révèle une instrumentalisation des statistiques. Le chiffre de 900 avancé par le pouvoir inclut vraisemblablement des libérations conditionnelles octroyées bien avant la loi d'amnistie, ou des détenus de droit commun sans lien avec la contestation politique. En gonflant artificiellement le bilan, l'exécutif cherche à créer une impression de raz-de-marée humanitaire pour justifier son action et obtenir des gains diplomatiques. Pour les familles des véritables prisonniers politiques, cette manipulation est une blessure supplémentaire : chaque « fausse libération » comptabilisée est un vol d'espoir pour celles qui attendent toujours devant les portes fermées des prisons.
Maria Corina Machado et ses alliés : une liberté accueillie avec méfiance
Du côté de l'opposition, l'euphorie est absente. Maria Corina Machado, figure emblématique de la résistance et chef du parti Vente Venezuela, accueille ces mesures avec une prudence extrême. Son entourage dénonce une opération de communication visant à « blanchir leur image ». Magalli Meda, directrice de campagne de Maria Corina Machado, a résumé ce sentiment en affirmant que le pouvoir essayait de faire oublier ses crimes et d'agir en toute impunité.
Même la libération de cadres importants comme Freddy Superlano ou Juan Freites, tous deux alliés de Machado, n'a pas suffi à faire taire les critiques. Si leur retour est célébré par leurs proches, l'opposition radicale craint que ces sorties sélectives ne servent qu'à diviser le mouvement protestataire et à faire taire les revendications de justice internationale. La peur profonde est que cette amnistie ne soit qu'un cosmétique appliqué sur un appareil d'État qui reste fondamentalement répressif. Pour Maria Corina Machado et ses partisans, la véritable liberté ne se mesurera pas au nombre de détenus libérés un samedi de février, mais à la capacité du peuple à s'exprimer sans craindre demain d'être à nouveau arrêté.

Vers une véritable démocratie ou simple changement de geôlier ?
Alors que le monde entier observe les premiers balbutiements de cette transition forcée, une question cruciale hante les esprits : le Venezuela s'achemine-t-il réellement vers une démocratie apaisée, ou assiste-t-on à un simple changement de geôlier ? L'analyse des experts suggère que sans une refonte totale de l'appareil judiciaire et sécuritaire, l'amnistie risque de demeurer une « paix imparfaite », fragile et susceptible de s'effriter au premier conflit.
La capacité de répression de l'État reste intacte
De nombreux analystes tirent la sonnette d'alarme sur la stabilité structurelle de l'appareil répressif. Benigno Alarcon Deza, politologue vénézuélien reconnu, souligne avec justesse que des mesures symboliques comme la fermeture de la prison de l'Hélicoïde ou la promulgation d'une loi d'amnistie ne changent rien à la capacité de répression de l'État. Les institutions de coercition — police, armée, tribunaux, services de renseignement — sont toujours en place et opèrent souvent selon les mêmes logiques qu'auparavant.
Maibort Petit, journaliste d'investigation spécialisée dans le système pénitencier, va plus loin en qualifiant cette amnistie de « réaction politique impulsive ». Sans une réforme structurelle profonde garantissant l'indépendance de la justice et le respect des droits de la défense, la porte reste grande ouverte à de nouvelles arrestations arbitraires. Le risque est réel que demain, de nouveaux opposants soient jetés en prison pour exactement les mêmes motifs qui ont conduit à l'incarcération des 80 libérés samedi. C'est le danger majeur d'une transition dirigée « d'en haut » sans s'attaquer aux racines du mal : on vide les prisons par nécessité politique, sans modifier le système qui les a remplies.
L'appel des familles : « Nous avons besoin d'actes, pas de paroles »
Sur le terrain, c'est la voix des familles qui résume le mieux l'attente du pays. Devant la prison Zone 7 de Caracas, Narwin Gil reste campé, refusant de bouger tant que la justice ne sera pas totale. Son message, lancé à la presse internationale, est un cri du cœur : « Tant que les proches ne sortent pas tous, nous restons ici pacifiquement. Nous avons besoin d'actes, pas de paroles ».
Cette résistance pacifique illustre le fossé qui sépare la loi promulguée au Parlement de la réalité vécue par le peuple. Pour Narwin et des centaines d'autres, la libération des 80 prisonniers de samedi n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de leurs attentes. Ils savent que la véritable victoire ne se mesurera pas aux communiqués triomphants de Jorge Rodriguez, mais à la capacité de l'État à garantir que personne ne sera plus jamais emprisonné pour ses idées. Leur détermination devant les murs des prisons est le rappel constant que la justice est indivisible : elle n'est réelle que si elle est pour tous, sans exception ni discrimination. Tant que le système répressif ne sera pas démantelé, l'amnistie restera une victoire incomplète.
Conclusion
L'amnistie au Venezuela, annoncée avec faste ce samedi, ressemble davantage à une opération de communication complexe qu'à une rupture définitive avec l'autoritarisme passé. Si la libération de 80 prisonniers politiques est une bouffée d'oxygène pour leurs familles et un signe indéniable que la pression internationale porte ses fruits, elle ne doit pas masquer les zones d'ombre persistantes. Plus de 600 détenus restent derrière les barreaux, exclus par des critères juridiques flous ou des considérations géopolitiques froides. Les critiques acerbes d'ONG comme Foro Penal soulignent les failles structurelles et temporelles d'un texte qui semble taillé sur mesure pour apaiser Washington sans réparer intégralement les torts du passé.
Dans ce contexte de transition forcée, où le gouvernement intérimaire tente de survivre sous la tutelle américaine, la prudence reste de mise. Le scepticisme de l'opposition, incarné par des figures comme Maria Corina Machado, et la douleur des familles qui attendent devant les prisons rappellent que la confiance se gagne par des actes, et non par des promesses électorales ou législatives. Sans une réforme profonde du système judiciaire et policier, cette amnistie risque de n'être qu'une « paix imparfaite », une façade démocratique derrière laquelle les mécanismes de la répression restent intacts. Le chemin vers une véritable démocratie est encore long et sinueux.