Le 10 juillet 2026, Alger et Bamako ont annoncé le retour réciproque de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens. Cette décision met fin à une rupture ouverte en avril 2025, il y a environ quinze mois.

La rupture d'avril 2025 et ses racines
La crise a démarré par un incident frontalier. En avril 2025, la défense antiaérienne algérienne a abattu un drone malien près de la frontière. Alger invoque une violation de son espace aérien. Le Mali conteste et affirme que le drone se trouvait sur son territoire.
Dans le même mois, le Mali a apporté son soutien au plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental. Cette position contredit celle de l'Algérie, qui soutient le Polisario, et la tension s'est aggravée. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l'Alliance des Etats du Sahel (AES), ont retiré leurs ambassadeurs d'Alger en avril 2025 par solidarité avec le Mali, élargissant la crise.

L'ambassadeur d'Algérie à Bamako, Kamel Retieb, rappelé en avril 2025, reprend ses fonctions. Le porte-parole du Mali, Issa Ousmane Coulibaly, a confirmé la réciprocité du retour.
Les tensions ne datent pas d'avril 2025. Le Mali a rappelé son ambassadeur le 20 décembre 2023 pour "actes hostiles", et l'Algérie a riposté le lendemain. Le 25 janvier 2024, Bamako a abrogé l'Accord d'Alger de 2015 et rejeté la médiation algérienne. En décembre 2024, l'Algérie a rappelé ses ambassadeurs au Mali et au Niger et différé son ambassadeur au Burkina Faso, signant une intensification.
Une frontière poreuse et le rôle de médiateur
L'Algérie et le Mali partagent 1 374 km de frontière désertique et poreuse. Cette zone sert de base à des séparatistes et à des groupes djihadistes. Alger craint un débordement sur son sol. La normalisation vise à sécuriser cette limite.
L'Algérie est le parrain de l'Accord d'Alger de 2015, conclu pour la paix dans le nord du Mali. Pendant la crise de 2025, elle a abandonné son rôle de médiateur, ce qui a inquiété pour la sécurité des deux pays. Le dégel de juillet doit restaurer cette fonction.
Le contexte régional pèse. Le Mali a tourné le dos à la France avec le départ de Barkhane en 2022 et s'est rapproché de la Russie via Africa Corps. Alger critique cette présence russe et revient dans un Sahel que Paris a quitté et Moscou s'implante. Notre analyse sur la stratégie algérienne dans la région est à lire ici : Algérie-Sahel : la stratégie de reconquête d'Alger face aux crises.
En avril 2026, avant le dégel, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réaffirmé le soutien à l'intégrité territoriale du Mali et rejeté "toutes les formes de terrorisme". Ce signal précédait la reprise diplomatique.
Le différend sur le Sahara reste un point de friction, comme le rappelle cet article : Sahara occidental : comment Macron a sous-estimé la colère d'Alger.
Après le 10 juillet : consolidation et lectures opposées
Le rapprochement s'est précisé après l'annonce. Un appel entre les ministres Ghrieb et Maïga a eu lieu le 9 août. Le Premier ministre malien Maïga doit se rendre à Alger le 24 août 2026.
Une lecture contrastée existe. Pour certains, ce dégel reflèterait une capitulation algérienne forcée, face à la constance malienne et à la crainte d'une influence marocaine au Sahel, plutôt qu'une stratégie algérienne maîtrisée. L'incertitude persiste sur la durabilité de la médiation algérienne et sur la stabilisation du nord Mali.