
Aux abords de la Grand-Place de Bruxelles, on ne fait pas cent mètres sans croiser un studio de piercing et de tatouage. Marie-Charlotte et son copain s'arrêtent devant une de ces vitrines. Ils entrent et se retrouvent face à un groupe d'ados venus, comme eux, franchir le grand pas.
Marie-Charlotte, 18 ans, reste "soft". Juste les lobes de l'oreille, demande-t-elle à Ben qu'elle accompagne dans un cabinet. Celui-ci enfile des gants en plastique et, à l'aide d'un coton, lui désinfecte les lobes avant d'y pointer l'emplacement des trous avec un marqueur.
J'ai un peu les mains moites, avoue la jeune fille. Mais elle n'a même pas le temps d'achever sa phrase que les trous sont déjà faits. N'oublie pas de bien laver et sécher régulièrement le piercing et les trous, explique Ben. Sinon, tu risques des irritations et des infections.

Les oreilles, mais aussi l'arcade sourcilière, le nez, la langue, le nombril... Depuis une dizaine d'années, tous ces endroits se voient de plus en plus affublés de perles, anneaux et barrettes. Je suis l'un des premiers à avoir ouvert un magasin de piercing en Belgique, note Yvan Molitor, le patron.
Avant d'être un phénomène à la mode, le piercing est un acte qui a des origines tribales, que l'on retrouve un peu partout dans le monde et à toutes les époques. Bien des sociétés primitives ont utilisé les bijoux corporels de manière rituelle, pour des raisons esthétiques ou pour affirmer son appartenance à un groupe. Il en est de même pour les tatouages.

En Occident, ces pratiques sont réellement en vogue depuis la fin des années 80. D'abord aux États-Unis, à travers les mouvements punk ou certains artistes. En France, le styliste Jean-Paul Gaultier fut sans doute le premier à faire (re)découvrir au grand public une pratique jusqu'alors considérée comme marginale.
L'aspect tabou ou transgression est totalement dépassé aujourd'hui, note Yvan Molitor. La vocation du piercing est avant tout esthétique. Je vois souvent débarquer des femmes de 50 ans qui veulent se faire "piercer" ! Dans sa boutique, il faut avoir 16 ans pour se faire piercer. Ce n'est pas comme une coupe de cheveux, explique Yvan. Je n'ai pas envie de voir débarquer des pères furieux dans mon magasin ! De plus, au-dessous de 16 ans, on manque parfois de maturité. Vouloir faire comme ses potes et puis le regretter... On risque aussi de négliger les mesures d'hygiène. Bien sûr, des gens de 20 ou 40 ans peuvent être immatures. Mais il faut bien mettre des règles quelque part...
Définitions
PUNK : Mouvement de contestation regroupant des jeunes qui affichent des signes provocateurs.
MARGINAL : Qui vit en marge de la société.