Le mythe du pull bleu céruléen va bientôt trouver preneur. Christie's organise du 1er au 15 septembre 2026 une vente aux enchères en ligne des costumes portés dans Le Diable s'habille en Prada 2, avec à la clé le fameux pull porté par Anne Hathaway, devenu culte depuis le monologue de Miranda Priestly dans le premier volet. Tous les bénéfices seront reversés au Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et au Council of Fashion Designers of America (CFDA).

Une vente aux enchères pas comme les autres : dates, lots et bénéficiaires
L'initiative vient de Meryl Streep elle-même. L'actrice, déjà à l'origine d'une vente caritative de costumes après le premier film, a imaginé et soutenu cette nouvelle opération, comme le rapporte RTL. Les fans pourront enchérir en ligne sur Christies.com pendant deux semaines, tandis qu'une exposition physique des tenues sera visible gratuitement chez Christie's à New York du 8 au 13 septembre, pendant la Fashion Week. Une vente caritative en direct est également prévue le 10 septembre.
Des pièces iconiques et des stars au programme
Au-delà du pull bleu céruléen d'Andy, la vente propose une sélection de pièces portées à l'écran par les stars du film : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Lady Gaga et Simone Ashley. Parmi les lots les plus convoités figurent les escarpins rouges Valentino Garavani Rockstud de Miranda Priestly, une veste Schiaparelli noire et blanche, un manteau à pampilles Dries Van Noten, la robe Gabriela Hearst d'Andy Sachs et une spectaculaire robe à plumes Bad Binch TongTong by Terrence Zhou portée par Lady Gaga dans le clip de « RUNWAY ». Des pièces signées Dolce & Gabbana, Dior, Fendi, Elie Saab ou encore Vhernier complètent le catalogue, aux côtés d'« expériences sur mesure » dont les détails n'ont pas été précisés.

Un clin d'œil direct au scénario du film
Le choix des bénéficiaires n'a rien d'anodin. Le CPJ défend la liberté de la presse dans le monde, tandis que le CFDA soutient les créateurs de mode américains. Deux causes qui font directement écho à l'intrigue du deuxième volet, où le magazine Runway doit faire face à des coupes budgétaires et à des bouleversements stratégiques. « Rejoignez-nous pour célébrer la vérité et la beauté, la beauté et la vérité ! », a déclaré Meryl Streep dans un communiqué.
Le pull bleu céruléen : un symbole devenu manifeste pour le goût humain

Si la vente fait vibrer la nostalgie, c'est d'abord grâce à ce pull. Dans le premier film, le monologue de Miranda Priestly sur le bleu céruléen est devenu un moment culte : l'éditrice y démontre à Andy, avec une ironie mordante, que son pull « moche » est en réalité le produit d'une chaîne de décisions humaines prises des années plus tôt dans les maisons de couture. La scène a traversé les générations et est régulièrement citée et détournée sur les réseaux sociaux. Mettre ce pull aux enchères, c'est permettre aux fans d'acquérir un objet qui incarne à lui seul le plaidoyer du film pour le goût humain.
Une fable sur la disparition de la curation
Car Le Diable s'habille en Prada 2 dépasse largement le cadre de la comédie de mode. Avec un démarrage mondial estimé à plus de 230 millions de dollars, le film confirme qu'un récit centré sur un magazine, la fragilisation des médias et la crise du goût peut encore mobiliser massivement le public. Comme le souligne le Journal du Luxe, la suite pose une question radicalement contemporaine : dans un monde gouverné par les plateformes et l'IA, avons-nous encore besoin de regards humains pour hiérarchiser, choisir, éditer, transmettre ?
Là où le premier volet satirisait la tyrannie du goût, ce deuxième épisode met en scène la tyrannie de la machine. Runway n'est plus seulement un décor glamour, c'est un champ de bataille où chaque décision humaine doit se justifier face à la data. Le film pose ainsi la question : les spectateurs se soucient-ils encore de ces objets culturels lents, incarnés, exigeants, où une vision éditoriale impose une hiérarchie au chaos du monde ? Il devient ainsi une fable sur la disparition possible de la curation.

Un acte politique et nostalgique pour la Gen Z
C'est précisément cette tension que la vente Christie's cristallise. En transformant le pull bleu céruléen en objet de collection, elle ne capitalise pas seulement sur l'attachement émotionnel des fans : elle donne une valeur marchande à un symbole du travail éditorial, du choix assumé, de la subjectivité cultivée. Pour une génération Z qui a grandi avec les algorithmes et le contenu généré par l'IA, enchérir sur ce pull, c'est affirmer que le goût humain a encore de la valeur. La rareté ne se joue plus seulement dans le produit ou le prix, mais dans la preuve qu'il y a quelqu'un derrière : un œil, une main, une équipe, une responsabilité.

La vente aux enchères devient ainsi un moment de communion générationnelle, où la nostalgie rencontre une réflexion sur le rôle de la curation humaine à l'ère numérique. Le montant exact de l'adjudication du pull n'a pas été divulgué par Christie's, mais sa charge symbolique, elle, n'a pas de prix. En enchérissant, les fans ne font pas seulement l'acquisition d'un accessoire de cinéma : ils participent à un acte politique et nostalgique, affirmant que dans un monde dominé par la machine, le goût humain reste la valeur la plus rare.