Une enquête familiale pour comprendre la transmission de la mémoire
Robin Josserand consacre six mois d'entretiens à son grand-père Jean-Claude, 86 ans, pour reconstituer l'histoire de Mireille Mallet. Institutrice, résistante, déportée à Ravensbrück, Mireille est l'arrière-grand-mère de l'auteur. Elle est morte trois ans avant sa naissance. C'est du moins ce que détaille Actualitté dans son avant-critique.

L'enquête part des archives familiales — photographies, manuscrits, le récit de déportation publié à compte d'auteur en 1946, Sous le signe du triangle. Elle se nourrit aussi des visites au mémorial de Ravensbrück. Mais le cœur du livre, c'est la voix de Jean-Claude, qui avait quatre ans et demi quand sa mère a été arrêtée. Livres Hebdo résume le projet : « Enquêtant sur son arrière-grand-mère survivante des camps, Robin Josserand se plonge dans les douloureux secrets de sa famille. »
Le roman maintient ensemble des vérités qui se heurtent. Mireille est la résistante décorée de la Légion d'honneur. Elle est aussi la mère qui a quitté ses fils. Ce double portrait ne s'additionne pas. Il coexiste.
La prose de Josserand, écrit Actualitté, est sobre, précise, attentive aux objets minuscules. Elle ne tranche pas. Elle laisse le lecteur face à une phrase qui résume le projet tout entier : « Grandir, c'est faire l'expérience de l'équivoque, du revers, de la dualité des personnes et des choses, le fameux « c'est compliqué » dont parlent les adultes. »
C'est là que le roman touche. Il ne raconte pas seulement l'histoire de Mireille. Il montre comment cette histoire a filtré, déformé, coloré les souvenirs d'enfance de Jean-Claude — et, par extension, comment toute mémoire familiale se construit sur des zones d'ombre, des silences et des reconstructions. On croit se souvenir de ce qu'on nous a raconté. On croit comprendre ce qu'on a vécu. Après Mireille déplace ces certitudes.
Robin Josserand : entre littérature et transmission
Robin Josserand est écrivain, bibliothécaire, musicien et critique littéraire pour La Règle du Jeu. Il vit et travaille à Lyon, comme le rappelle zone-critique.com. Son premier essai, paru en 2018, portait sur la Beat Generation.
Ses deux romans précédents, Prélude à son absence (2023) et Un adolescent amoureux (2024), tous deux publiés chez Mercure de France, avaient déjà exploré la mémoire intime et les liens familiaux. Le premier suivait un bibliothécaire trentenaire confronté à l'absence. Le second dessinait le portrait d'un lycéen en mal d'amour. Le Progrès, qui l'interrogeait en octobre 2024, décrivait ce deuxième roman comme « tout aussi sensible et pénétrant ».
Après Mireille prolonge cette veine. Mais il y ajoute une dimension historique. Le livre ne se contente pas de la fiction. Il se fonde sur une véritable enquête, menée dans les archives et dans la parole d'un témoin vieillissant. Josserand ne joue pas le rôle de l'historien. Il assume celui du petit-fils qui interroge, qui cherche, qui accepte de ne pas tout comprendre.
Ce positionnement est ce qui rend le livre efficace. Il ne prétend pas écrire l'histoire de la Résistance. Il écrit l'histoire d'une famille qui a hérité de la Résistance — et de ses conséquences.
Dans la rentrée littéraire 2026 : un roman à ne pas manquer
Après Mireille, roman familial dont le sous-titre évoque la mémoire et la transmission, paraît le 27 août 2026 chez Mercure de France, au prix de 18 € (ISBN 9782715268579). Il s'inscrit dans la rentrée littéraire d'août 2026, qui comptera 461 romans. Un écart de date existe entre les sources : certaines fiches mentionnent 2025, mais la date du 27 août 2026 est confirmée par Actualitté, Livres Hebdo et la fiche de l'éditeur.
Le livre arrive au bon moment. La mémoire familiale est un sujet qui traverse la littérature contemporaine. Après Mireille s'inscrit dans cette veine, tout en apportant une voix singulière.
Ce que propose Josserand, c'est un outil. Pas un mode d'emploi, mais un miroir. En lisant l'enquête de ce petit-fils sur son arrière-grand-mère, on se retrouve soi-même à revisiter ses propres souvenirs. Les histoires qu'on nous a racontées. Les silences qu'on n'a jamais percés. Les images d'enfance qui, à la lumière de l'âge adulte, prennent un sens nouveau — ou perdent celui qu'on leur attribuait.

Le roman ne promet pas de tout expliquer. Il promet de poser les bonnes questions. Et c'est suffisant pour changer la perspective.