Publié chez Gallimard le 1ᵉʳ octobre 2026 (282 pages, 21,50 €, 16 € en numérique), "Le Fondateur" arrive en rentrée hivernale, un mois après la salve de septembre qui a vu paraître Modiano, Christine Angot, Bernard-Henri Lévy ou Marc Lévy. Selon Livres Hebdo, le roman s'est vendu à 10 000 exemplaires en trois jours et entre directement à la 7ᵉ place du Top 20 NielsenIQ BookData / Livres Hebdo pour la semaine du 28 septembre au 4 octobre, "quelques jours seulement après sa sortie".

Réussite d'autant plus notable qu'il n'est pas lancé à la rentrée proprement dite. Reste la question qui donne envie d'ouvrir le livre : que raconte-t-il ?
Un conseiller déchu, un empire de la surveillance
G., le narrateur, est un ancien conseiller politique "abruptement congédié par les urnes", selon Le Monde. Désoeuvré, il quitte Rome pour Marbella, appelé par Alexander Zimmer, fondateur de Panoptik, un empire de la surveillance qui veut rendre le monde entièrement lisible. Il y prend la responsabilité des affaires publiques.
Panoptik collecte des masses de données, par la surveillance de masse et l'intelligence artificielle, pour prédire les soubresauts du monde. Marbella, QG de l'entreprise et station balnéaire où se côtoient fortunes, ambitions démesurées et voyous, devient le décor d'un micro-état technologique.
La référence est transparente : Alexander Zimmer est librement inspiré de Peter Thiel, cofondateur de Palantir, le géant américain de l'analyse de données au service du renseignement et de la sécurité, présenté par l'agence AFP comme "le patron libertarien" du groupe. Le nom de Panoptik convoque, lui, le panoptique de Jeremy Bentham relu par Michel Foucault dans "Surveiller et punir" : cette architecture où un gardien peut tout voir sans que les surveillés sachent s'ils le sont. Le choix du nom n'est pas un détail de décor.

On trouve ici le résumé de ce que le roman met en scène.
Le vrai sujet n'est pas technique, il est politique
La question centrale du livre n'est pas "que fait l'IA ?" mais "qui décide ?". C'est la fiche de la Page des Libraires qui la pose le plus nettement : les données changent la nature même du pouvoir. La souveraineté glisse des mains de ceux qui gouvernent vers celles de ceux qui possèdent le pouvoir d'infléchir le cours du monde.
G. appartient encore à l'ancien monde, celui des stratégies et des fidélités précaires ; Zimmer évolue déjà dans un univers affranchi de ces règles. Entre les deux se dessine, écrit la Page des Libraires, "notre époque, étrangement familière et pourtant déjà méconnaissable".
L'ambition du personnage va plus loin que le profit. Selon la revue de la Fnac, elle va rien de moins que "monopole de la condition humaine" : diriger le monde comme une entreprise, assumer une politique de la puissance où les forts écrasent les faibles, se libérer des carcans de la démocratie pour épouser une innovation sans contrainte. Le critique y voit un grand roman sur l'hubris, une dystopie qui n'a pas besoin d'aller dans le futur pour faire peur.
Le livre d'après, et l'essai d'avant
Giuliano da Empoli est un essayiste devenu romancier, ancien conseiller de Matteo Renzi. Sa méthode tient en une phrase : ses essais servent de travaux préparatoires à ses fictions. "Les ingénieurs du chaos" (2019), enquête sur les éminences grises du populisme européen, a précédé "Le mage du Kremlin" (2022). "L'heure des prédateurs" (2025), portraits corrosifs de seigneurs de la tech, précède "Le Fondateur".
Le contexte éditorial explique une part de la performance commerciale. "Le mage du Kremlin" a accumulé plusieurs centaines de milliers d'exemplaires - les évaluations divergent, de "plus de 500 000 lecteurs" selon la Fnac à "près d'un million" selon le Nouvel Observateur -, obtenu le Grand Prix de l'Académie française et manqué le Goncourt 2022 d'un cheveu face à Brigitte Giraud. L'ouvrage sera porté à l'écran par Olivier Assayas, avec Paul Dano, Jude Law et Alicia Vikander. Un lecteur venu pour ce premier roman vient chercher la suite de la même veine.
L'auteur lui-même va plus loin dans la crudité : "Au fond, une élite sociopathe est en train de réinventer la société", déclare-t-il au Nouvel Observateur. À Radio France, il résume son propos autrement : "La tech arrive aux frontières de la souveraineté", et décrit "une sorte de tournant guerrier".
Le contrepoint critique
Un angle mérite d'être signalé, parce qu'il tranche avec le reste des retours critiques repérés. Le Monde titre : "Avec "Le Fondateur", Giuliano da Empoli semble subjugué par son sujet, un patron de la tech inspiré de Peter Thiel".
L'objection que ce titre ouvre est celle, classique, des romans à thèse : à force de rendre séduisant et brillant un pouvoir qu'il dénonce, le romancier risque de banaliser ce qu'il met en scène. Notre lecture, pas nécessairement celle du critique - le reste du papier est derrière un mur de paiement.
C'est précisément ce débat qui rend la lecture intéressante. Da Empoli n'observait pas Vladimir Poutine de loin dans son premier roman ; il installait le lecteur à côté de son idéologue. Il fait de même ici avec un double de Peter Thiel. En plein effervescence autour de l'intelligence artificielle et de l'industrie militaire, la question n'est donc pas tant de savoir si l'intrigue tient que de mesurer ce que la fiction autorise à dire du présent - et ce qu'elle pourrait, malgré elle, rendre acceptable.
Questions fréquentes
Quelle est la thèse politique de "Le Fondateur" ?
C'est celle que la fiche de la Page des Libraires formule le plus nettement : la souveraineté glisse des mains de ceux qui gouvernent vers celles de ceux qui possèdent le pouvoir d'infléchir le cours du monde. Le livre ne raconte pas une course technologique, mais un transfert de prérogative.
Qui est Alexander Zimmer dans le roman ?
Zimmer est le fondateur de Panoptik, une entreprise de surveillance et de données, et le double librement inspiré de Peter Thiel. Le récit ne suit pas lui : c'est G., le narrateur, conseiller politique déchu, qui entre à son service.
D'où vient la fiche matérielle du livre ?
Gallimard, 282 pages, 21,50 € en version papier et 16 € en numérique, parution le 1ᵉʳ octobre 2026, selon Le Monde et Radio France.
Le livre s'est-il vraiment vendu à 10 000 exemplaires en trois jours ?
C'est la donnée rapportée par Livres Hebdo, qui signale aussi l'entrée du titre à la 7ᵉ place du Top 20 NielsenIQ BookData / Livres Hebdo pour la semaine du 28 septembre au 4 octobre. Le chiffre vient de la presse professionnelle du livre ; il n'a pas d'autre source indépendante dans nos éléments.
Le roman a-t-il été acclamé par la critique ?
On ne peut pas le dire en bloc. Le Monde signale, titre à l'appui, que l'auteur semble subjugué par son sujet. Le reste des retours n'a pas été sondé de manière exhaustive : ni louange unanime ni blâme général, un contrepoint, point.