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Lifestyle

Une vie en 2 dimensions

À 14 ans, il vit en 2D, absorbé par son écran. Entre jeux vidéo et information en continu, sa réalité s'anesthésie.

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Je suis un garçon, j'ai 14 ans et je vis en format 2D, celui de mon écran. Celui-ci absorbe la plus grande partie de mes jours et de mes nuits. Il me donne l'illusion d'être génial et tout-puissant. D'un point de vue biologique, mon cerveau n'est guère plus qu'un ectoplasme qui flotte, ballotté d'une image à une autre.

Je sais manier les mots et répondre du tac au tac, j'adore la vitesse et même l'ultravitesse. Sur mon écran, je suis le champion du killing. Je me sens si fort quand je défouaille à tout va les personnages de mes jeux vidéo.

Les femmes ne sont que des sexes à tirer, à tuer comme les cibles de mes jeux vidéo.

Dans ma chambre, il y a tous les écrans de ma vie d'enfant français du XXIe siècle. Je suis ultra-protégé à toute heure du jour et de la nuit.

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Je suis une mouche

À la télé, au 20h, je demeure fasciné comme la mouche engluée dans la toile de l'araignée. Des événements terribles et fascinants se passent dans un ailleurs irréel :

  • des tours immenses percutées par des avions fous et tous les gens qui fuient les flammes en sautant ;
  • d'immenses foules colorées se font régulièrement massacrées par milliers et millions. Les journalistes aiment tout particulièrement filmer l'agonie en direct des enfants. Je me dis que cela ne peut pas être plus vrai que l'équivalent dans mes jeux vidéo. Pourtant, bizarrement, je me sens quand même un peu mal à l'aise ;
  • une femme belle et célèbre se dévoue pour le service de son compagnon célèbre homme politique. Lui-même n'est dévoué qu'à sa bite vorace et à son égo, simple écho de sa bite ;
  • des usines et des centrales nucléaires explosées, des milliers de personnes obligées de quitter leur nid devenu hautement toxique ;
  • des peuples squelettiques à la recherche d'un grain de riz.

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Je suis anesthésié

Mais cela ne me semble pas plus réel que les monstres de mes jeux vidéo.

Quand je ferme la lucarne magique et que je regarde le confort douillet de ma chambre, je me dis que ce n'est qu'un cauchemar que je viens de voir, finalement ce n'est pas si grave. MOI, JE NE SAIS PAS, JE NE SENS MÊME PAS CE QUE VEUT DIRE LE MOT SOUFFRIR. MA VIE N'EST QU'UNE SUCCESSION DE PLAISIRS FACILES, IMMÉDIATS ET RECONFORTANTS.

Je n'ai pas de sens, pas de souffrances. Comme le dit la chanson, je baigne dans la ouate bien confortablement. QUE DU BONHEUR, répètent en boucle les publicités.

Je n'ai plus de racines, mais un éternel présent avenir qui scintille sur l'écran. Quand je dois réfléchir, heureusement comme c'est très stressant, cela ne m'arrive pas souvent... Par exemple, quand je dois résoudre un problème de maths à l'école, j'essaie la magie, bizarre, j'ai de mauvaises notes. JE NE VEUX PAS FAIRE D'EFFORT. JE NE VEUX PAS RÉFLÉCHIR. VIVEMENT LA SORTIE DE L'ÉCOLE que je regagne mes lucarnes lupanars.

Ma vie réelle est aussi plate, et peut-être même davantage, que celle de la limande qui se cache avec sa peur au sein des fonds sableux.

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kathara
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