
Maman est morte, c'est dur sans elle, surtout depuis que papa boit... Mon enfer commence !
Tous les jours, quand je rentre de l'école, j'ai peur. Peur, rien qu'à l'idée de croiser son regard. Un regard qui m'a aimée et qui, du jour au lendemain, ne m'a plus vue comme une enfant, mais comme un jouet, comme une poupée...
Un regard qui me fixe pendant que deux mains effleurent tout mon corps, commençant par me caresser les cheveux pour ensuite n'être plus rien que l'objet d'un désir malsain ! Cette sensation d'éternité me tue à petit feu. Plus les jours passent, plus les heures sont longues !
Comment éviter cet homme qui pourtant est mon père ? Comment oser le défier ? Comment faire pour arrêter ce massacre... Je me sens si sale, j'ai si mal !
Ce soir, je rentre plus tard. Il est là, à m'attendre dans son fauteuil en cuir, une bière à la main... Dans ma tête, tout est clair : ce soir je mets fin à ce calvaire et j'inverse les rôles. C'est moi qui menace à présent...
« Papa, ce n'est pas normal que j'aie peur de rentrer chez moi. Il faut arrêter ça maintenant, je veux aussi une vie d'enfant, moi... Si tu n'arrêtes pas, je... »
Les menaces du père
« Tu te tairas car je suis ton père, il est de ton devoir de m'aimer tel que tu le fais ! Je t'interdis de te plaindre, de dire aux gens que tu souffres, le mensonge est un péché ! Et ne me regarde pas comme ça, ne prends pas cet air mystérieux ! De toute façon personne ne te regarde, personne ne te prendra au sérieux, tu n'es RIEN ! Ton silence ma fille, ton silence voilà la clé de ton existence, voilà ce à quoi tu dois d'être encore là car si tu parles, tu ne seras plus !!! »

Le silence imposé d'une enfant brisée
Que puis-je dire à cela ?
Je me retourne et me dirige vers ma chambre en sachant que je n'ai que très peu de temps avant qu'il ne me parcoure de ses doigts...
Je dois me taire, cacher mes blessures, ne pas montrer combien je souffre de ses injures ! Je ne dois pas me plaindre, je ne dois pas dire que j'ai mal. Je dois rester silencieuse et faire croire que je suis heureuse ! Tu me dis que si je parle je ne serai plus, mais crois-tu que je le suis vraiment ?
Je ne veux plus être son jouet, c'en est assez. S. T. O. P.
Je meurs... Je meurs en versant ce sang que mon père a rendu impur pendant trop longtemps... Au moins là-bas, ou nulle part, je ne serai plus un objet de désir. Après tout, entre ça et mourir, qu'y a-t-il de pire ?!