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La dépendance affective, ou ne pas savoir dire "non"

La dépendance affective touche particulièrement les adolescentes. Découvrez les causes, les symptômes et les solutions pour celles qui ne savent pas dire « non » dans leurs relations.

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Dès la naissance, les êtres humains créent des liens affectifs avec leur entourage. À l'adolescence, les relations amoureuses entrent en scène — c'est à ce moment qu'une problématique peut surgir. Cet article explore la dépendance affective, un fléau qui touche particulièrement les femmes. Catherine Giguère croit que « les femmes sont plus sujettes à cette condition à cause de leur éducation. En effet, on nous apprend très jeunes à nous oublier pour voir au bonheur des autres, à plaire. » Dans le même article, elle indique que l'absence du père sur le plan émotif, pour les femmes, et une mère surprotectrice pour les hommes, représentent des éléments déclencheurs.

Daniel Piétro identifie quant à lui deux formes de dépendance affective : l'idée qu'on est responsable du bonheur de l'autre, et l'idée que l'autre est responsable de notre bonheur. Les dépendants affectifs ne sont pas seulement dépendants de leur conjoint : certains le sont face à leurs parents, leur patron ou leurs amis.

Qu'est-ce que la dépendance affective et quelles en sont les causes ?

La source du problème résiderait dans l'enfance. Le DSM-III indique que le « trouble : évitement de l'enfance » serait un facteur prédisposant. Un autre facteur pourrait être un problème non résolu lors de la crise du complexe d'Œdipe.

Anne Luria place l'autonomie au centre du développement de la dépendance. Elle mentionne que « l'être humain naît dépendant et, petit à petit, construit son autonomie. Mais ce processus peut être entravé par divers facteurs émotionnels et éducatifs. » Elle situe la mère comme acteur principal de la création de l'autonomie chez l'enfant : « Pour être suffisamment bonne, la mère doit savoir doser présence et absence. Absente, car trop occupée ou dépressive, elle induit précocement chez son petit une peur du manque. Trop présente, elle envahit son espace psychique et l'empêche de se construire des désirs à lui. »

Daniel Piétro, psychothérapeute spécialisé, situe la source au sein de la famille dysfonctionnelle. Selon lui, élever un enfant, c'est le porter vers une connaissance de lui-même, une confiance et une estime de lui. Dans les familles dysfonctionnelles, l'enfant ne reçoit que des messages négatifs : « Mal aimé, non valorisé, non accepté à force de se faire dire qu'il est incapable de faire quelque chose de bien, l'enfant finit par le croire. Il développe une dépendance affective. »

Amour ou dépendance : comment faire la différence ?

Il peut être difficile de distinguer l'amour de la dépendance. Par exemple, une amie qui décline une invitation pour passer la soirée avec son amoureux n'est pas forcément dépendante affective.

Annick Bourget établit cette différence : « En fait, un seul élément distingue l'amour de la dépendance : la souffrance. Et cette souffrance s'insinue dès qu'on commence à tout accepter et à "s'oublier" dans la relation au profit de l'autre. »

Pascale Senk affirme que « n'est pathologique ou abusif que le fait de retourner, malgré soi, à ce qui détruit », tandis que Marie-Chantal Deetjens parle d'une « tolérance à l'intolérable ». Anne Luria cite J. Viorst : « Un adulte sain peut quitter et être quitté. »

Pour Piétro, il s'agit du fait d'être « incapable de vivre, de fonctionner sans l'autre », comme continuer d'aimer une personne qui ne nous aime plus. Robin Norwood établit un parallèle intéressant : « Les dépendants affectifs aiment comme les boulimiques mangent. Avec voracité. »

Les symptômes de la dépendance affective

Une fiche d'information intitulée « Trouble de la personnalité dépendante », tirée de Dicopsy, mentionne qu'une dépendante affective est caractérisée par un comportement soumis doublé d'une peur de la séparation. On doit retrouver cinq symptômes ou plus parmi les huit mentionnés. Les plus facilement repérables sont la difficulté de manifester son désaccord par crainte de perdre l'être aimé et la recherche effrénée d'une nouvelle relation lors d'une rupture.

Le Dictionnaire des drogues et des dépendances ajoute que « ce type de personnalité caractérise un individu présentant un besoin continu et excessif d'être pris en charge. »

Une autre explication possible serait une inversion des besoins dans la pyramide de Maslow. Les dépendantes affectives placeraient l'amour et l'appartenance à la base, cherchant à combler ces besoins avant même les besoins essentiels comme manger et se loger. Cette théorie expliquerait pourquoi plusieurs dépendantes affectives finissent par vivre des problèmes alimentaires.

Les deux types de dépendance affective ont une base commune : « Le bien-être existentiel de la dépendante tient uniquement à la présence de l'autre. Le but de la relation consiste à ce que l'autre vienne combler le vide créé au cours de l'enfance. » N'ayant pas connu l'amour véritable dans l'enfance, la jeune adulte le recherche dans ses relations. Lorsqu'elle établit un contact sérieux, elle « s'accroche comme un morceau de velcro » et « s'accroche désespérément à de futiles indices de tendresse. »

Les caractéristiques fondamentales

La dépendante affective présente « deux caractéristiques fondamentales : la peur viscérale de l'abandon et l'absence d'amour-propre. » C'est pourquoi un adulte dépendant adoptera typiquement un rôle passif et laissera son conjoint décider de tout, comme les amis qu'elle a le droit de fréquenter.

Des indices permettent de repérer une femme aux prises avec ce problème : l'isolement (ne plus rien faire pour être toujours disponible), le dévouement acharné (tout abandonner pour l'autre), le besoin de contact constant avec l'être aimé et la perte d'intérêt pour sa propre vie.

Le déni et les types de dépendantes

Les dépendantes affectives refusent souvent de reconnaître leur problème, car cela équivaudrait à abandonner leur faux sentiment de sécurité. Elles se racontent des histoires pour ne pas regarder la réalité en face. Pascale Senk précise que ce déni n'est pas un mensonge volontaire, mais un mécanisme de défense. Elle identifie trois formes de déni : la rationalisation, la projection et la dispersion dans de nombreuses activités.

Il existe trois types de dépendantes affectives : les passives pures (souvent avec un conjoint manipulateur), les « toxicos de la passion » (accros aux sensations fortes du coup de foudre) et les angoissées (dont l'immense demande d'affection fait fuir les hommes).

Le DSM-III identifie quatre caractéristiques communes : un manque systématique de confiance en soi, une crainte d'être abandonnée, l'anxiété et la dépression majeure.

Une autre complication guette les dépendantes : « Elles peuvent en venir à combler leur dépendance par une autre, comme la toxicomanie, l'alcoolisme ou même le sport ou le magasinage à outrance. », indique Daniel Piétro.

Comment aider une personne dépendante affective ?

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les dépendantes affectives n'ont pas des dizaines de besoins. Ces besoins sont simplement extrêmement difficiles à combler car ce sont des besoins viscéraux négligés trop longtemps : reconnaissance, sécurité et protection, et être aimées.

Pour vaincre la dépendance, il faut amener ces femmes à se recentrer sur elles-mêmes et à renouer avec les besoins refoulés : l'accès au « je », l'estime de soi, être soi-même, l'affirmation, l'autonomie, faire face à ses émotions et apprivoiser la solitude.

Ce dernier besoin est particulièrement important pour les femmes ayant un conjoint abusif. Lorsqu'elles essaient de s'éloigner, le conjoint ne leur laisse pas la liberté de prendre du recul, ce qui les fait retourner systématiquement auprès de lui.

Soutien social et structures d'aide

La première structure médiatrice est le soutien par les pairs. Une femme souffrant de dépendance affective qui est seule risque de ne jamais prendre conscience que son comportement est néfaste. Le conjoint sera son seul contact et donc son seul « juge ». Si elle est bien entourée, ses proches pourront lui ouvrir les yeux en lui renvoyant une image d'elle différente de celle qu'elle a au contact de son conjoint.

Attention : un bon réseau social ne permet pas forcément de se sortir de cet état. Certaines femmes font fi des commentaires et ne renoncent pas à leur relation, croyant ainsi assurer une stabilité.

Deux autres moyens sont les lignes d'écoute et les groupes de soutien, qui offrent la possibilité de parler de ce qu'elles vivent. Selon Marie Borrel, « La dynamique de groupe, le regard des autres, l'identification à l'autre, la confrontation de chaque participant à cette difficulté émotionnelle provoque des déclics, de nouvelles prises de conscience. »

Prévention de la dépendance affective

Une des raisons pour lesquelles la dépendance affective est méconnue au Québec est que les mesures de prévention sont situées majoritairement aux États-Unis et en Europe.

Il existe deux niveaux de prévention. Le niveau primaire vise l'ensemble de la population : conférences, tests rédigés par des professionnels, livres et articles. Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux a même mis sur pied une activité pour les jeunes comprenant un questionnaire.

La toute première prévention, bien des années avant l'adolescence, est que les parents donnent les soins appropriés à leurs enfants et que la Direction de la Protection de la Jeunesse soit alertée si nécessaire.

Le niveau secondaire s'adresse aux dépendantes affectives : lignes d'écoute, groupes de soutien et de discussion, activités sociales organisées.

Thérapie et intervention professionnelle

Que les dépendantes cherchent une aide individuelle ou communautaire, elles vivent toutes le même cheminement.

La première étape est de reconnaître qu'elles ont un problème. Piétro affirme que « c'est d'ailleurs la phase la plus difficile à vivre dans toute démarche de croissance personnelle : admettre que le problème ne provient pas de sources extérieures mais de nous. » Marie Borrel ajoute que « cette constatation émerge lorsque les conséquences négatives du comportement addictif pèsent plus lourd que les bénéfices. »

Chez les dépendantes, la prise de conscience a souvent lieu au moment où le sujet pense à se suicider ou fait une tentative.

Les types de thérapie

Pour celles qui poursuivent, il existe deux branches d'aide professionnelle.

L'intervention communautaire comprend la thérapie de groupe, la thérapie systémique et un « programme en 12 étapes » inspiré du programme des Alcooliques Anonymes, une technique de guérison destinée à traiter un comportement de dépendance.

L'intervention individuelle offre le suivi par un psychanalyste ou un psychothérapeute spécialisé. Marie-Chantal Deetjens propose une liste de « 60 pas vers la recouvrance ».

La thérapie cognitivo-comportementale est le moyen d'intervention le plus répandu. Le psychiatre Jean Cottraux indique qu'elle compte trois niveaux : comportemental, cognitif et émotionnel. Elle vise à identifier les fausses perceptions que les dépendantes ont d'elles-mêmes, puis à les transformer.

Facteurs de risque et de protection : le modèle de Pranski

Cette analyse de la dépendance affective selon le modèle de Pranski examine les facteurs de risque et de robustesse. Ce modèle comprend neuf composantes. Les facteurs de risque sont : les attentes culturelles, le manque de possibilités, le stress, les facteurs organiques et le dysfonctionnement familial. Les facteurs de robustesse sont : la perception de soi, les compétences, l'information et le soutien social.

Les facteurs de risque

Les attentes culturelles : Bien que l'émancipation des femmes ait eu lieu, les stéréotypes persistent. On apprend aux jeunes filles à plaire et à s'oublier. L'homme est le pourvoyeur, la femme s'efface. Les dépendantes attendent donc de leur conjoint qu'il leur apporte la sécurité recherchée.

Le manque de possibilités : Les dépendantes ont plusieurs possibilités, mais ne les voient pas. Elles sont convaincues de ne pas avoir le choix. C'est d'autant plus vrai quand elles n'ont pas de réseau social ni d'argent, et que le conjoint devient père, ami, mari et pourvoyeur.

Le stress : Les dépendantes ont énormément peur de la solitude, synonyme d'inconnu. Elles s'accrochent à leur conjoint pour ne pas perdre la « sécurité » de la relation. Des événements stressants comme une absence permanente du père ou une maladie parentale peuvent aussi nuire.

Les facteurs organiques : La présence de psychopathologies chez les parents est un facteur prédisposant. Le rang de naissance peut jouer un rôle : les premières-nées développent plus d'autonomie, tandis que les benjamines, surprotégées, ont plus de risques. Les maladies infantiles peuvent aussi jouer un rôle mineur.

Le dysfonctionnement familial : L'absence du père au niveau émotionnel pousse la jeune fille à rechercher cet amour dans ses relations futures. Si la mère souffre de dépendance, la fille croira que la soumission est normale. Des soins inadéquats ou l'étouffement empêchent le développement de l'autonomie. Les messages négatifs continuels amènent l'enfant à croire qu'elle ne vaut rien.

Les facteurs de robustesse

La perception de soi : Les dépendantes souffrent d'un manque systématique de confiance en soi. Pour se connaître, elles doivent pratiquement partir de zéro : accéder à leur « je », développer leur estime et leur autonomie. Une personne qui débute dans la vie avec une bonne connaissance d'elle-même risque moins de souffrir de dépendance.

Les compétences : Les dépendantes doivent apprendre à se recentrer, reconnaître leurs besoins et comprendre que leur conjoint n'est pas la seule réponse. Une femme ayant développé des compétences propres sera capable de s'auto-réaliser.

Le soutien social : Une femme bien entourée a moins de chances de devenir dépendante. Ses amis lui enverront une image différente de celle du conjoint. Les thérapeutes et les groupes de soutien représentent également un soutien non négligeable.

L'information : L'information est importante pour tous : pour identifier les pièges, pour aider des proches, et pour que les dépendantes constatent que leur problème doit être réglé. Il existe des lignes d'écoute, des conférences, des questionnaires, des livres et le « programme en 12 étapes ».

Conclusion

Selon le modèle de Pranski, il y a plus de facteurs de risque que de facteurs de robustesse. Cela concorde avec la dépendance affective, un fléau difficile à enrayer car il repose sur des idéologies profondément enracinées depuis l'enfance.

L'estime de soi est le facteur le plus déterminant pour savoir si une personne développera ou non cette problématique, et si une dépendante pourra s'en sortir.

Il est important d'être là pour une personne dépendante, de ne pas la diminuer mais de l'aider à prendre conscience de sa vraie valeur personnelle. Ainsi, nous pourrons contribuer à la sauver d'elle-même et des fausses croyances qui la rendent esclave d'un conjoint.

J'espère que cette recherche permettra d'aider des filles vivant ce problème. Si vous souhaitez faire lire cet article à des personnes que ça pourrait aider, n'hésitez pas.

NB : Dans le texte original de cette recherche, on retrouvait toutes les références nécessaires en notes de bas de page.

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angie22
angie22 @angie22
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