
Je suis tombée. Dans ce que je me suis promis de ne jamais tomber. N'aurais-je pas un peu plus de volonté que cela ? Suis-je si faible ? Je désespère, mais je crois que ma famille souffre autant, peut-être plus que moi. Je vous invite à suivre mon histoire, ou en tout cas, une partie. Cela vous éclairera peut-être sur la maladie, autant physique que mentale, que l'on appelle la boulimie...
Pourquoi moi ?
J'ai touché le fond. Pourquoi moi ? Je n'étais qu'une petite fille comme tout le monde, qui ne se différenciait pas par son caractère ou sa façon de vivre. Je comptais exister dans cette sorte d'insouciance, de non-vie jusqu'à la fin de mes jours. Trouver un mari, avoir des enfants, mourir... Que m'importait le reste ? Je ne suis qu'une minuscule poussière dans le vide astral. Je ne compte pas, mon nom ne sera jamais sur toutes les lèvres. Je ne le désire pas. C'est comme si je n'existais pas.
Je ne veux pas voir vos visages désapprobateurs : « Encore une histoire qui exprime la douleur d'une gamine. » Non, encore une fois, on ne me distingue pas. Mais je voudrais exprimer ma souffrance... Une première et une dernière fois : exister à travers cet article, que personne ne lira.
Comment tout a commencé
En 5e, j'étais une petite fille timide, qui n'osait pas s'intégrer à sa classe, mais qui désirait ô combien que la classe s'intègre à elle. Je mangeais pour tromper mon ennui, et c'est comme ça que ma passion des livres est née. Je voudrais aborder plusieurs aspects de ma maladie, ouvrir des débats, mais il me faudrait plus qu'une seule vie, courte et triste, pour connaître vos avis à tous.
Avec mes livres est née une furieuse envie de grignoter, grignoter, grignoter. Je suis un esprit trop faible pour pouvoir résister à ce caprice. Encore au début, ce n'était pas bien grave, car mon estomac n'avait pas encore pris la place numéro un. Je grignotais, mais seulement quand j'étais seule chez moi. Cela n'arrivait pas souvent ! Heureusement, car sinon je serais dans un état pire que maintenant.
Quand ma mère a commencé à travailler, je me suis retrouvée la plupart du temps seule avec moi-même, chez moi. Pour me dégager de mon stress, je me suis remise à ronger, à ronger. Mon cas s'est aggravé petit à petit, sans que je m'en rende compte. Mes amies (parce que j'en ai !) m'ont traitée d'anorexique, mais pour elles, la définition se limite à « je-ne-mange-rien-et-je-vais-finir-dans-un-hôpital-psychiatrique-pour-folles ». Je sais que je ne mange pas beaucoup, mais elles ne savent pas de quoi je souffre réellement.
Comprendre la boulimie
La boulimie est en fait une maladie autant mentale que physique. On parle fréquemment de gens malades qui ne mangent rien, car ils n'arrivent pas à avaler quelque chose. Les boulimiques, eux, sont malades de vouloir ressembler au modèle « je-suis-fine-avec-une-énorme-poitrine ». Finalement, à la fin, nous sommes traité(e)s comme des squelettes, des morts-vivants.
J'ai récemment appris que la chair était, pour les scientifiques, des couches et des couches de graisses. Mes amies se sont tournées vers moi en espérant que je n'essaierais pas de me mutiler en entendant cette magnifique nouvelle ! Non, je suis malade, mais pas folle (en tout cas, je l'espère). Alors, je ne prendrai pas un bain de sels corrosifs pour ressembler à un tas d'os et de muscles qui marche.
Ma décision
Maintenant, quelques membres de FJ (merci à eux) m'ont conseillée d'en... parler. J'en ai peur. Pourquoi, me demanderez-vous ? J'ai peur qu'on ne me prenne pas au sérieux. Après tout, pourquoi est-ce qu'on se soucierait d'une gamine de 13 ans qui n'a, en fait, pas de problème ? Non ! Elle risque juste de devenir folle.
C'est vrai, je ne suis qu'un minuscule atome dans l'éternité, dans l'infini, et je redeviendrai un jour de la poussière. Mais c'est ma vie : peut-être serai-je assez forte pour m'en sortir sans que mes parents se saignent à mort pour m'offrir un traitement ? Je l'aurais fait si mes parents roulaient sur l'or.
Désolée de décevoir certains, mais j'ai pris ma décision : je n'en parlerai pas, car mes amies me traitent déjà de folle quand je leur dis que j'ai un (enfin... plusieurs) problème(s), alors mes parents ! Ils ont déjà assez de problèmes comme ça.