
Autour de nous, tout le monde est beau, plus heureux, plus chic, plus élégant, plus classe ou plus intelligent. Puis il y a le reste du monde. Deux jambes, deux bras, deux yeux, un cerveau et un seul cœur. Si la consultation psychologique est à la mode, qu'en est-il de la solidarité et de l'enrichissement personnel ? Prenons trois secondes pour analyser les gens qui nous entourent et nous remettre en question un instant.
Pensez à votre entourage, celui que vous côtoyez tous les jours, et posez-vous une question : à quoi ressemblent leurs vies secrètement ?
Souffrances invisibles : ces vies secrètes que l'on ignore
S'il le faut, elle se retrouve seule dans des toilettes glauques, deux doigts au fond de la gorge, les vaisseaux des yeux éclatés, à quatre pattes sur le sol de sa salle de bain. Elle pleure, appelle son amoureux, lui dit juste qu'elle est fatiguée. Passant l'éponge sur les murs, elle pense à ses dents qui se dégradent de jour en jour.
L'amoureux, qui lui raconte qu'il l'aime, fume, se casse les parois du nez à la poudre blanche et nettoie ses draps. Oui, une fille est passée, elle n'a pas de visage pour notre jolie fille, ni même de nom. Tout ce que la troisième fille a, c'est ce corps d'homme maigre et usé.
Il y en a d'autres. Ce garçon tout gentil qui était dans notre classe. On connaît vaguement sa vie, on sourit de ses remarques stupides et lui, le soir, reste seul chez lui. Il n'a pas d'amoureuse. Il ouvre une boîte de médicaments, ça l'apaise un instant. Il prend un comprimé, un deuxième. Il est enfin calmé jusqu'à ce que, deux heures plus tard, une bouffée d'émotion l'envahisse. Il se défoule, par des larmes ou des cris, suivis d'un silence. Pour oublier, il s'endort et se réveille au beau milieu de la nuit. Il a chaud, il transpire, son mal de ventre le traîne aux toilettes. Il ne sait pas quoi faire, il n'a pas la force de partir et s'allonge sur le sol froid. Il va mourir, pourrir. Il réalise qu'il n'aura rien accompli de sa vie. Il doit prouver des choses à quelqu'un qu'il ne connaît même pas : lui. Il hurle, sa bouche brûle, il vomit tout et le trou noir dure 24 heures. Il retourne en classe, personne ne s'est inquiété, tout le monde lui sourit.
La pression du bonheur : une mise aux enchères sociale
Tous ces corps qui pourrissent, ces âmes qui se détruisent ont toutes l'air si jolies. C'est à un point tel que la mode, sous toutes ses formes, nous sert de masque. Par les habits ou les photos que nous publions, nous participons à une enchère de bien-être. Luttons pour affirmer nos propres goûts.
Passons-nous le message, juste une minute de réflexion. Car ce texte a le mérite de détailler ce que l'on imagine et de ne pas donner de point de vue moral ou médical. Des anonymes d'une banalité sans nom.
Jouons plutôt aux enchères avec notre perversion qui nous attire vers tout ce qui a trait à l'autodestruction ou qui nous fait imaginer le pire à l'égard de tout le monde. Aujourd'hui, je veux juste sourire.